Décembre 20, 2020
Par Contrepoints (QC)
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Entre le 15 et le 16 décembre dernier, trois personnes très impliquées dans les mouvements sociaux en Colombie (qu’on nomme leaders sociaux quand on traduit de l’espagnol) ont été arrêtées: Adelso Gallo, Teofilo Acuña et Robert Daza. Ces arrestations, qui font partie d’un processus systémique de criminalisation envers les personnes qui s’opposent au système et défendent les droits humains et sociaux, se sont déroulées quelques jours à peine après la sortie de prison de Julian Gil (suite à plus de 900 jours d’incarcération encore pour des motifs arbitraires). 

Qu’ont en commun ces quatre leaders sociaux? Ils sont impliqués dans le Congrès des Peuples (Congreso de los Pueblos). Le Congrès des Peuples est un mouvement qui regroupe de nombreuses organisations sociales qui ont en commun la recherche d’une vie digne pour tout le monde et le font en construisant un pouvoir populaire. 

Depuis les accords de paix entre le gouvernement et les FARC, en 2016, les assassinats de leaders sociaux ont été démesurément nombreux. Les organisations de défense des droits humains en Colombie ont identifié trois profils des dirigeants sociaux qui sont criminalisés au moyen des montages judiciaires : les personnes qui luttent pour la défense du territoire, celles qui luttent pour l’environnement et celles qui luttent pour la paix (http://comitedesolidaridad.com/infografias/Infografia7v2/). Les montages judicaires contre les leaders paysans Adelso Gallo, Teofilo Acuña et Robert Daza visent à désarticuler la mobilisation sociale pour la défense du territoire, de l’environnement et de la paix. Ce montage est orchestré par un gouvernement militariste qui permet aux multinationales le saccage et la contamination de la nature et qui laisse dans l’impunité les assassinats et la judiciarisation des dirigeant-es, ainsi que les massacres de la population.
Une des revendications du Sommet agraire, ethnique et populaire (Cumbre Agraria, etnica y popular) (un processus populaire dont fait partie le Congreso de los Pueblos) concerne le territoire et l’exploitation des ressources. Plusieurs demandes sont mises de l’avant pour dénoncer le système d’exploitation néolibéral actuel et pour freiner la locomotive minéro-énergétique. La Cumbre Argraria, Etnica y Popular émet des propositions pour la protection des territoires dont la mises en place de processus démocratiques, un changement du modèle économique au bénéfice du développement social, un moratoire sur les projets miniers, la réversion des blocs pétroliers, la suspension de nouveaux projets hydroélectriques et la reconnaissance et la réparation pour les victimes des impacts de ces mégaprojets.

Adelso  Gallo  est de la région Centre-Est de la Colombie et est membre de l’Association Nationale Paysanne José Antonio Galán Zorro -ASONALCA- et de la Coordination Nationale Agraire -CNA. Adelso a participé aux différentes luttes du mouvement paysan dans la région et au niveau national et s’est également opposé fermement aux compagnies pétrolières dans la région d’Arauca. Il a notamment dénoncé les compagnies Repsol, OXY et BP devant le tribunal permanent des peuples. Ces trois compagnies, accusées aux côtés de Pacific Rubiales Energy (une entreprise pétrolière canadienne qui a changé de nom depuis) sont responsables du pillage de ressources dans la région. Déplacements forcés, contamination de l’environnement, nuisance à la faune, bris du tissu social et de l’économie locale, l’extraction du pétrole s’accompagne en plus d’une militarisation (et paramilitarisation) accrue dans la région pour assurer le contrôle des ressources. L’Arauca est une région qui bénéficie de très peu de services de l’État en matière d’éducation, santé, routes et autres services publics, mais des ressources pour militariser, ça, il y en a! Adelso a également agi à titre de porte-parole aux tables de dialogue établies entre le mouvement social et le gouvernement national, dans le cadre du Sommet National, Agraire, Paysan, Ethnique et Populaire, après la grève nationale de 2014.

Teofilo Acuña est du sud de Bolivar. Il est porte-parole de la Commission d’Interlocution du Sud de Bolivar, du Centre et du Sud du César, du Sud du Magdalena et des processus des Santanderes et membre de la Coordination Nationale Agraire -CNA-. Teofilo est un défenseur des droits humains, un leader reconnu et un représentant de milliers de paysan-nes qui dépendent de l’exploitation minière et agricole à petite échelle. Il a défendu les territoires contre l’impact des sociétés transnationales telles qu’AngloGold Ashanti, et a participer à créer des formes alternatives de développement dans les communautés de la région, qui ont souffert de persécutions et de stigmatisation constantes. La lutte contre AngloGold Ashanti a mené à des grandes violences (déplacements de population, menaces ciblés, augmentation de la militarisation et paramilitarisation du territoire), mais les communautés continuent de résister aux mégaprojets. 

Robert Daza, du Nariño, est membre du Comité pour l’intégration du massif colombien -CIMA- et de la Coordination Nationale Agraire -CNA-. Reconnu pour ses activités sociales et son organisation communautaire, son travail se caractérise par la création de projets de transition agro-écologique, un exercice d’économie solidaire avec les communautés paysannes, dans le cadre de la proposition de territoires agro-alimentaires et de gouvernances paysannes. Il est reconnu au niveau national et international pour son travail politique et social. Robert s’est notamment opposé à la Gran Colombia Gold (une entreprise minière canadienne).
 

Si 75% des entreprises minières sont enregistrées au Canada, c’est que l’État est complice d’un système qui vise le profit avant la dignité humaine et la justice sociale. Les trois arrestations survenues en Colombie cette semaine ne sont donc pas si loin de nos réalités ici au soi-disant Canada. Les grandes entreprises minières, comme les pétrolières, les agro-industries et autres méga-projets minéro-énergétiques opèrent selon une même logique de destruction de l’environnement et du tissu social. Ces liens entre violations de droits humains et extractivisme, les trois camarades arrêtés les faisaient quotidiennement, que ce soit par la mobilisation dans la rue, la participation à des mouvements de grève générale nationale, les ateliers d’éducation populaire ou l’organisation d’alternatives locales et globales. Ce sont trois leaders sociaux très au courant du rôle des États comme le soi-disant Canada dans le pillage des ressources en Colombie. Certains avaient d’ailleurs dénoncé l’implication du soi-disant Canada dans la collaboration de la rédaction du code minier colombien aux profits des entreprises. 

Les arrestations des trois camarades ne freineront pas les processus sociaux, tout comme les 900 jours d’incarcération de Julian Gil ne l’a pas fait taire. Les outils d’intimidation et de répression de l’État n’ont pas réussi après des années à faire disparaître les mouvements sociaux qui se lèvent pour continuer de dénoncer, mais surtout pour construire le pays plus digne et respectueux des droits qu’iels aimeraient voir. La campagne Serlidersocialnoesdelito (être leader social n’est pas un crime) se poursuit pour dénoncer ces actes de criminalisation. Le collectif du Projet accompagnement solidarité Colombie joint sa voix à cette campagne et demande la libération des défenseurs de droits humains. Parallèlement à cette campagne, plusieurs autres groupes dénoncent fermement les mauvaises conditions carcérales et s’organisent pour dénoncer le système de détention colombien. Plusieurs grèves ont été organisées dans la dernière année. Nous nous joignons au Congrès des Peuples colombien pour dénoncer les violences systémiques du modèle extractif et des États qui soutiennent ces modèles. Surtout, nous envoyons de la force aux 3 camarades et nous nous tenons solidaires avec les communautés mobilisées contre ces politiques répressives. 




Source: Contrepoints.media