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Nous tenions à revenir un peu sur la manifestation parisienne du 28 avril, d’une part pour donner notre vision des choses et relater notre expérience, mais aussi pour émettre quelques critiques que nous espérons constructives.
Au groupe Regard noir, nous avions décidé, en accord avec les camarades d’autres groupes anarchistes (Salvador Ségui, Louise Michel, la Révolte entre autres), de nous rendre à la manifestation et de nous placer derrière le cortège autonome, devant le carré de tête syndical. Suite à quelques cafouillages nous n’avons rejoins cette place qu’au niveau du métro gobelin. Nous nous sommes alors placé.es derrière les cortèges de tête de manif.

 
C’est au niveau de la gare d’Austerlitz, comme chacun sait, que les affrontements ont réellement débutés. Des camarades ont commencé à dépaver, puis on copieusement allumé les flics, qui nous ont rendu la pareille à coup de lacrymo et de lbd40. Le cortège de tête s’est alors scindé en deux, une bonne partie a reflué derrière nous et une autre s’est enfoncée sur le pont. Nous nous sommes alors retrouvé.es en tête, une partie du cortège s’étant réfugiée derrière nos banderoles. Notre souci était de deux ordres : assurer la protection de notre cortège et de nos camarades, et renouer avec la tête de manif pour éviter qu’elle se fasse isoler. Nous sommes désolé.es de dire que la tâche n’a pas été facile, et pas seulement à cause des flics.
En effet, les injonctions « y aller », de la part de personnes qui, en réalité, n’osent pas le faire elles-même, nous ont plutôt agacé.es. Nous n’avons pas pour habitude d’obéir à des ordres braillés par qui que ce soit, à plus forte raison quand c’est pour aller au carton à sa place.
Deuxièmement, le cortège de tête s’est en grande partie isolé tout seul; la première fois que nous avons tenté de le rejoindre en entraînant le plus de monde possible avec nous, les camarades sur le pont on recommencé à attaquer la police, déclenchant une réponse immédiate des flics qui nous força à reculer de nouveau, ce qui permit aux CRS de s’insérer entre les deux parties du cortège de tête.
Enfin, nous n’avons aucun problème avec les affrontements, bien au contraire. Des flics qui se ramassent des projectiles ça a plutôt tendance à nous mettre de bonne humeur. Cependant, quand les projectiles viennent de derrière les rangs de camarades qui ne sont pas prêt.es à l’affrontement, nous trouvons ça inacceptable. Notre position servait de fait à faire tampon entre les camarades qui s’affrontent, et le reste de la manifestation, permettant aux gens de faire le lien et nous rejoindre sans que la rupture entre service d’ordre syndical et cagoulé.es soit si nette. Donc, quand des camarades lancent des projectiles trois ou quatre rangs derrière nous, alors que nous ne sommes pas masqué.es, cela a tendance à nous agacer ; d’une part parce que c’est un comportement opportuniste et irresponsable – quand on caillasse on attend d’avoir un secteur de tir dégagé pour ne pas prendre le risque de blesser ses camarades. Enfin, c’est utiliser un cortège qui n’a pas ce rôle et mettre des copa.in.es dans la merde, notre position statique et visible nous laissant complètement exposé.es aux projectiles des flics, comme nous le verrons plus tard.
Nous avons finalement pu traverser le pont à la suite des CRS, nous avions du mal à voir, mais il nous semblait que les gens dépassaient la ligne de SO des syndicats pour rejoindre l’avant de la manifestation. Les rues de cette partie de la rive droite étant plus resserrées, nous nous sommes retrouvé.es collé.es de près par des CSI et d’importants groupes de Bacqueux. Nous avons continué notre progression sur l’avenue Ledru-Rollin, essayant de renouer avec l’avant du cortège. Nous prenions des tirs de lacrymo qui freinaient notre avance, mais c’est juste avant l’avenue Dausmenil que ça a vraiment chauffé pour nous. Tout à coup, alors que la situation semblait plutôt calme comparativement à Austerlitz, nous avons subi plusieurs tirs simultanés de grenades lacrymo en tir tendu, et de grenades de désencerclements. Après coup, nous avons appris que c’était parce qu’un flic sans casque avait mis un coup de tête à un pavé. Le premier impact était vraisemblablement un tir tendu de lacrymo, la banderole a été arraché sous l’impact (voir photo), et la copine a mangé le tir en plein dans le ventre (voir photo). Étouffé.es par les lacrymo très denses qui nous entouraient nous tentions de reculer en groupe quand tout suite après une détonation a éclaté au sein de notre cortège. Les flics ont lancé une grenade de désencerclement (voir vidéo) qui en rebondissant a explosé au niveau du visage d’un camarade, lui lacérant le bras, le cou, une partie de l’arrière du crâne, le brûlant et l’assourdissant. Daignerons-nous rappeler que ces grenades ne sont pas sensées être à usage offensif comme c’est clairement le cas sur cette vidéo ? Encore une fois, big up à la medic team qui s’est occupée de nos deux camarades. La copine a pu continuer jusqu’à Nation. Le copain a par contre dû être évacué par les pompiers vers les urgences. Pour être franc à partir de ce moment tout est plus confus, une partie du groupe est restée avec le copain blessé, les autres ont resserré les rangs et continué jusqu’à Nation.


Que tirer de tout cela ?


Tout d’abord, il y a un manque de communication flagrant entre les personnes qui choisissent l’affrontement, et celles qui les soutiennent sans vouloir/pouvoir aller au contact, voir même parfois un comportement hostile à leur égard. Ceci est franchement idiot : sans un groupe important pour soutenir les affrontements et constituer un espace de repli, ces camarades se mettent en danger tout.es seul.es. De plus, amener l’affrontement au cœur même des cortèges dont l’intérêt tactique est de faire tampon entre les SO des syndicats, le reste de la manif et les gens qui veulent rejoindre le cortège de tête, c’est se tirer une balle dans le pied, en plus de mettre des gens en danger inutilement. Enfin, et nous insistons sur ce point, si une personne se ramène en braillant des ordres il se peut que nous cessions d’être patients. Nous bougeons quand nous avons décidé de bouger, et pas avant. C’est notre coordinateur-ice qui le décide. Si vraiment quelqu’un a l’idée du siècle, il ou elle peut demander qui coordonne et lui faire sa suggestion. Nul besoin d’être malpoli et désagréable : c’est le signe d’une absence de sang froid et souvent de l’inexpérience. On prends une bouffée de lacrymo, on se calme, et on discute ; nous sommes là pour les mêmes raisons, et nous n’avons pas plus envie que vous d’isoler les camarades qui se castagnent. Quand nous choisissons d’aller à l’affrontement nous n’allons pas casser les pieds à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas.

 
Nous espérons que ces quelques remarques participeront à nous rendre collectivement plus efficaces face à la montée en puissance de la brutalité policière que nous constatons.
Nos pensées et notre solidarité va aux autres blessé.es de cette journée de mobilisation, qui s’en sont souvent moins bien sorti.es que nous. Courage au camarade de Rennes.

Le groupe Regard noir

Une vidéo parmi d’autres de cette journée, sur celle-ci on voit le keuf qui lance la grenade de dés-encerclement : https://www.youtube.com/watch?v=BLYrC40yq6o&feature=youtu.be&t=1m24s

Photos des blessures des deux camarades du groupe :

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