Juillet 29, 2019
Par Le Monde Libertaire
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*R J’y songe, mĂȘme une fourmi se rĂ©volterait d’avoir Ă  tournicoter autour d’un robinet en or. Elle prĂ©fĂšre la terre Ă  l’or rutilant. Le mot ĂȘtre se dĂ©cline encore sur les bouches fatiguĂ©es et les ex-prĂ©sidents de la rĂ©publique vendent comme des savonnettes leurs livres au supermarchĂ©. Imaginez Montaigne dĂ©couvrir ses Ɠuvres Ă  proximitĂ© des cageots de lĂ©gumes !
Qui ne s’expose aujourd’hui ? Il n’y a d’école pour moi que celle de la pauvretĂ© mais nous vivons aujourd’hui celle de la surenchĂšre.
SURENCHISSEZ-VOUS et n’allez pas souffler sur l’humble coccinelle au bord du prĂ©cipice d’une feuille de laitue.
Il est beaucoup question des espĂšces en voie de disparition parmi les animaux mais il en est dont on ne parle guĂšre, ces espĂšces d’ĂȘtres qui sont nĂ©s au siĂšcle dernier, ce fameux 20Ăšme siĂšcle. Leur vĂ©cu ne pĂšse pas lourd, ils le croyaient pourtant arrivĂ©s en haut du 21Ăšme siĂšcle. Peu chĂšre, le tourbillon de l’ùre informatique, des rĂ©seaux sociaux les a balayĂ©s. Vous n’entendrez plus parler d’eux Ă  moins de vous asseoir sur un banc vermoulu dans la rue et de guetter le colporteur de poĂšmes. Celui-lĂ  n’a pas voulu entrer dans l’ordinateur, celui-lĂ  vous ne l’aurez rencontrĂ© que dans la rue ou dans un bar, celle-lĂ , incapable de se dĂ©pĂȘtrer des formulaires administratifs aura fini dans un ehpad. La faute Ă  leur vieillesse, allons donc ! Plus personne, nous dit-on, ne sait faire de la dentelle avec juste une aiguille. Mais cette espĂšce en voie de disparition, c’est aussi la nĂŽtre. Que craignez-vous ? Que ce que vous dites ne franchisse jamais la ligne mais quelle ligne ? Y a-t-il besoin de revĂȘtir sa bure de poĂšte ? Avec votre regard de coccinelle, vous pouvez encore observer autour de vous, vous satisfaire juste d’un frisson d’air, accorder votre respiration avec le mouvement d’hirondelles dans le ciel. C’est pas trĂšs politique tout ça ! Mais demandez-moi Ă  choisir entre une rencontre avec un chef d’état, une notoriĂ©tĂ© quelle qu’elle soit, et un Ă©tranger ou une Ă©trangĂšre, je choisirai l’inconnu, celui ou celle qui peut encore tout dire d’un seul regard, d’un seul sourire, d’une seule poignĂ©e de main, un inconnu dĂ©sarmĂ© qui n’aurait Ă  offrir qu’un frisson d’air.
Des dĂ©sarmĂ©s qui n’en a pas rencontrĂ©s ? Or, les yeux embuĂ©s par les rĂ©seaux sociaux, nous avons vite fait d’en faire abstraction. Mille personnes inconnues sur Facebook qui vous disent « Je t’aime Â» valent mieux qu’un pauvre type esseulĂ© en train de balbutier un poĂšme.
Mais j’entends le souligner, ceux sont ces dĂ©sarmĂ©s-lĂ  qui enchantent ma mĂ©moire, font bruisser des arbres dans ma tĂȘte et tant que je les entendrai souffler, je pourrai me dire, je fais partie de cette espĂšce en voie de disparition !




Source: Monde-libertaire.fr