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Alors que le coût de la vie a explosé, Amazon refuse d’augmenter dignement les salaires. Face au mépris de la direction, les salarié·es sont rentré·es dans un rapport de force avec les patrons à l’occasion des NAO. Depuis quelques semaines, ce sont tous les grands entrepôts français de la multinationale qui sont touchés.

Tous les ans, lors des Négociations annuelles obligatoires (NAO) qui ont lieu à Amazon, les syndicats ne manquent pas de porter haut et fort les revendications des salarié·es de l’entreprise. Rappelons que chez « Amazon France Logistique » (de son nom complet), qui est distincte des autres filiales et regroupe les huit entrepôts géants du territoire, les raisons de se révolter ne manquent pas : salaires proches du SMIC, turn-over infernal, conditions de travail épuisantes et dangereuses, heures supplémentaires obligatoires …

Des négociations dédaignées

Cette année cependant, les NAO ont lieu dans un contexte particulier : celui d’une très forte inflation, entraînant la hausse des prix et du coût de la vie en général. En 2022 c’est sûr, la question sera cristallisée autour de la rémunération et c’est certain que les employé·es d’Amazon se sentirons concerné·es. Le 28 février lors du premier round des négociations, c’est sans surprise que la direction ne satisfait pas les exigences salariales, en ne proposant qu’une hausse de 2% ! En réaction et en guise d’avertissement à l’approche de la seconde réunion NAO, plusieurs débrayages de 24 heures ont lieu durant le mois de mars sur quelques sites, comme celui de Sevrey près de Chalon-sur-Saône. Déjà, les syndicats avaient pu remarquer un certain répondant de la part des équipes.


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Le 31 mars, pendant que se déroulait cette deuxième réunion NAO à Paris, l’entreprise a jugé bon de procéder à une annonce semant la confusion et frôlant l’illégalité. En effet, Amazon a communiqué aux employé·es via une application interne, qu’ils et elles allaient être augmenté·es de 3%, alors même que cette somme inacceptable était encore débattue. C’en était trop : toutes les organisations syndicales décidèrent de quitter immédiatement la réunion.

Là où Amazon peut donc se targuer d’avoir proposé une certaine avancée, c’est en ayant été suffisamment méprisant pour provoquer une intersyndicale inédite, réunissant SUD, la CGT, la CFDT, la CGE-CGC et le CAT (un petit syndicat autonome). Car c’est bien la première fois que les cinq syndicats représentatifs (au niveau national) de l’entreprise travaillent en commun dans une confrontation aussi directe avec leur employeur multi-milliardaire. Il faut dire qu’un tel travail unitaire est de circonstance, puisqu’il ne s’agît dorénavant même plus d’être moteur d’une mobilisation, mais de réussir à la suivre !

Objectif, au moins 5% d’augmentation

Car si le mouvement a clairement dépassé les équipes syndicales, il ne se limite même plus aux quelques non-syndiqué·es qu’il arrive parfois de réussir à mobiliser : cette fois-ci, on voit des collègues qui n’avaient jamais fait grève en trois ans de CDI, débrayer quasiment spontanément. Des grèves successives réunissant plus d’un millier de salarié·es, c’est même du jamais vu depuis l’implantation d’Amazon en France, en 2000. « Au boulot ça ne parle que de ça, parfois on nous appelle même pour nous prévenir qu’une équipe a décidé de se mettre en grève », raconte Antoine Delorme, délégué syndical CGT sur le site de Sevrey (LYS1).


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Ce dépassement ne doit pas nous faire oublier que c’est aussi le fruit d’un travail syndical de longue haleine, dans la durée. Patiemment, une prise de conscience s’est construite chez les ouvriers et ouvrières de la logistique du géant américain. Il leur est intolérable d’accepter une hausse salariale équivalente à une trentaine d’euros, alors même que leur grand patron Jeff Bezos, à lui seul a engrangé 33 milliards de dollars de profits, l’année dernière ! Une preuve de plus que la colère sociale de classe est bien là, ce qu’il faut c’est l’attiser et l’organiser !

Si la mobilisation est inédite par son ampleur, elle l’est également de par ses modalités. Bien que touchant tous les entrepôts géants d’Amazon en France, désormais au nombre de huit, les actions des salarié·es doivent s’adapter aux réalités économiques de la société du e-commerce. Car au delà de la répression anti-syndicale, le rapport de force économique est un défi en soit chez Amazon.

Modalités originales

Précisons que les NAO tombent pile pendant la période de baisse d’activité chez Amazon – quelle coïncidence. Ceci explique aussi le faible nombre d’intérimaires actuellement, utilisés comme effectif variable pendant ces moments « creux » … à fortiori suite à l’embauche de nombre d’entre eux et elles, grâce à une intervention de l’Inspection du Travail pour utilisation abusive de l’intérim.

Il faut donc redoubler d’effort pour peser économiquement dans le rapport de force. Bien au courant du fonctionnement de leur entreprise, les salarié·es de la logistique savent où il faut frapper. Ainsi, ils et elles misent sur une tactique de débrayages sauvages, parfois accompagnés de barrages filtrant pour bloquer les livraisons des camions. Ayant lieu souvent des jours différents d’un entrepôt à l’autre, ces débrayages remplissent un double objectif. D’une part il s’agît d’empêcher Amazon d’anticiper trop aisément les effets, car la multinationale bénéficie du relais de ses dizaines d’entrepôts européens pour briser une grève. D’autre part, il s’agît de désorganiser en priorité la journée de flux la plus importante de la semaine, différente selon chaque site.

De bonne foi, l’intersyndicale a proposé à Amazon une « sortie par le haut », via une rencontre intermédiaire entre la seconde et la prochaine réunion de négociations. Refus catégorique de la direction : prochain rendez-vous le 14 avril, jour de la troisième négociation salariale. En attendant, la pression reste à son maximum !

Victoire historique aux USA

Début avril, on apprenait par ailleurs la bonne nouvelle de la création du premier syndicat d’Amazon aux États-Unis, dans un entrepôt géant près de New-York [1]. Une victoire inédite et historique, que la direction compte déjà contester judiciairement. En effet, dans ce pays où le droit syndical est très restreint et peut être soumis au vote des salarié·es, Amazon est impitoyable envers les prolétaires qui s’organisent. Il y a un an, lors d’un vote similaire dans un entrepôt en Alabama, l’entreprise avait infligé une première défaite aux travailleurs et travailleuses en lutte, qui s’étaient donc vu refuser la création d’un syndicat après une intense campagne de propagande et d’intimidation.

Des deux côtés de l’Atlantique, solidarité et soutien à la lutte des salarié·es d’Amazon !

L’Union communiste libertaire, le 11 avril 2022.




Source: Unioncommunistelibertaire.org