Par le Front Syndicalistes Révolutionnaires de l’UCL Bruxelles

Le dernier communiqué de La santé en lutte illustre l’importance du rapport de force créé par la mobilisation autonome des soignant.e.s qui force le gouvernement, avec la contribution bienveillante des syndicats, à réactiver la soi-disant concertation sociale pour obtenir la paix sociale.

Comme le conclut très bien ce communiqué, il est primordial de rester mobilisés dans la lutte car seule la pression des travailleur.euse.s contraindra l’état à capituler face à leurs revendications : « La mobilisation est l’arme ultime pour obtenir des victoires! De plus grands acquis sont à notre portée ! Nous appelons donc l’ensemble des collègues du secteur à continuer les actions et à se saisir des préavis de grève pour maintenir le rapport de force. Sans quoi, il est peu probable que des négociations aboutissent à de réelles avancées. »

Les événements des dernières semaines à la STIB et dans le secteur de la santé publique ont été riches en enseignement sur le rôle des syndicats.

La grève sauvage à la STIB illustra le manque de démocratie et de combativité des grands syndicats et leur déconnection de la réalité des travailleur.euse.s. L’attitude des directions syndicales qui ne soutiennent pas les revendications de la base en se réfugiant derrière un accord avec la direction – signé sans même avoir consulté les travailleur.euse.s – illustre parfaitement leur rôle de partenaire du patronat en substitut de celui de défendeur des revendications des travailleur.euse.s.

Dans le secteur de la santé publique, les dépôts de préavis de grève immédiatement suivi de l’ouverture de la négociation syndicale suite à la « main tendue » du gouvernement ne doivent pas nous duper sur le rôle joué par les syndicats.

En effet, suite au détricotement et à la casse du secteur de la santé publique mis en place par l’état durant les dernières années, le personnel soignant, en colère, s’est organisé et mobilisé afin de créer un rapport de force avec le but d’imposer leurs revendications (https://lasanteenlutte.org/nos-revendications/). Ce mouvement s’est trouvé renforcé par le soutien de l’opinion publique ne pouvant que constater durant la crise du Covid-19 les conséquences catastrophiques de cette politique de sous financement du secteur de la santé. Sous pression, le gouvernement a donc décidé de jouer la carte du dialogue en réactivant la concertation syndicale avec le but clair de regagner l’opinion publique et obtenir la paix sociale.

Alors que le rapport de force est en train de pencher en faveur des travailleur.euse.s, les syndicats ont sans plus attendre répondu positivement à cette « main tendue ». Ainsi, en faisant le choix d’ouvrir si rapidement la négociation et de suspendre le préavis de grève, ils choisissent de manière consciente et volontaire de calmer la révolte et la dynamique des travailleur.euse.s. au lieu de renforcer et de durcir le rapport de force en leur faveur – rapport de force pourtant nécessaire afin d’imposer l’ensemble de leurs revendications.

De manière évidente, ils jouent le rôle de partenaire du gouvernement et des patrons. Ils s’installent dans une position non combative d’intermédiaire au service de l’état au lieu de défendre les intérêts du personnel soignant. Leurs propres déclarations illustrent parfaitement ce rôle :

« C’est dommage que l’on ait dû en arriver à déposer des préavis pour être entendus et entamer une concertation. Mais le message est passé et, maintenant, tournons la page. Disons chiche, on va obtenir une revalorisation. Si on se rend compte qu’il n’y a pas de budget et qu’on nous sort des bouts de ficelles, nous reprendrons notre liberté » Yves Hellendorff. (secrétaire national non-marchand de la CNE).

En tant que syndicalistes révolutionnaires, nous condamnons ce syndicalisme bureaucratique et affirmons la nécessité de sortir de cette forme de syndicalisme institutionnalisé, coupé de sa base et, de fait, au service du patronat.

La grève spontanée sans le soutien des syndicats à la STIB et le rapport de force créé par la mobilisation et l’organisation autonome du personnel soignant (forçant le gouvernement à reculer), prouvent que les travailleur.euse.s n’ont pas besoin de syndicats jouant le rôle d’intermédiaire mais de syndicats de combat qui émanent directement de la base, organisés horizontalement et refusant la professionnalisation et la bureaucratie syndicale.

Construisons le syndicalisme de lutte et autogestionnaire !


Article publié le 31 Mai 2020 sur Bxl.communisteslibertaires.org