208 visites


En mars, les intermittentes et intermittents du spectacle ont occupé les théâtres fermés depuis douze mois pour attirer l’attention sur leur détresse et revendiquer leur droit à l’existence. La réouverture des salles, souhaitée par les directions, reste en débat.

Le très symbolique théâtre de ­l’Odéon – qui fut bardé de drapeaux rouges et noirs en Mai 68 – a de nouveau été occupé ! A partir du 4 mars, une floraison d’occupations ont suivi, avec plus de 60 lieux culturels investis par les travailleurs et travailleuses de la culture et leurs soutiens.

Les revendications sont portées par la CGT-Spectacle, SUD-Culture et Médias et la Coordination des intermittent·es et précaires (CIP), un groupe dont le nom fait référence au mouvement social de 2003. L’enjeu : le retrait de la réforme de l’assurance chômage [1] et la prolongation des droits des artistes et technicien·nes du spectacle au-delà du 31 août 2021 (date butoir de l’année blanche), et au minimum pendant un an après la reprise totale du secteur culturel.

Est également revendiqué l’élar­gissement de cette mesure à toutes et tous les travailleurs précaires hors intermittence – extras et saison­nier·es, vacataires, CDD, étudiant·es arrivant sur le marché du travail, auteurs et autrices intermittentes entrantes, en congé maternité ou maladie.

Les occupant·es demandent également la mise en place d’une politique exceptionnelle de soutien à la création artistique, notamment sous forme de commande publique. Mais la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot choisit d’entretenir le flou au lieu de répondre aux revendications.
Quid de la question de la réouverture des lieux culturels ? Elle est surtout souhaitée par les directions des salles (et leur syndicat patronal, le Syndeac), impatientes de reprendre leur programmation. Ces directions ont d’ailleurs volontiers consenti aux occupations, en espérant récupérer leur écho médiatique pour interpeller les pouvoirs publics.

Occupation du Theatre Odeon, Paris, 8 Mars 2021.
Photographie de Martin Noda / Hans Lucas. Photothèque rouge

Au sein du mouvement d’occupation, la question est cependant encore en débat : à Marseille, l’AG s’est prononcée pour une réouverture « dans le respect des consignes sanitaires », à Caen aussi Commerces et lieux de cultes sont ouverts, pourquoi pas nos lieux de culture ? »).

Les artistes du spectacle vivant sont les plus demandeurs, pour des raisons existentielles mais aussi sociales (les représentations sont généralement mieux rémunérées que les répétitions) [2]. Le SFA-CGT (artistes) et le Synptac-CGT (technicien·es et personnels administratifs) revendiquent également la réouverture. Mais dans d’autres lieux occupés, comme à Toulouse, ce n’est pas dans les priorités. Au bout du compte, le troisième confinement, annoncé le 18 mars, a quelque peu étouffé le débat.

En se réappropriant ces lieux en mars, les occupantes et occupants en ont fait des laboratoires de démocratie directe où syndicats et collectifs autonomes ont remis sur le devant de la scène les revendications défendues depuis des mois, voire des années sur l’assurance chômage et sur le « statut » régulièrement attaqué de l’intermittence du spectacle. Pour le public et les usager·es cela a permis de prendre la parole pour affirmer sa solidarité et réaffirmer qu’on a toutes et tous besoin du secteur culturel.

Lucie (UCL Amiens), Aurel (UCL Toulouse)




Source: Unioncommunistelibertaire.org