Janvier 29, 2021
Par Contrepoints (QC)
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En Ă©cho Ă  l’appel de textes lancĂ© en dĂ©but de semaine par le collectif « Pas de solution policiĂšre Ă  la crise sanitaire », le collectif Archives RĂ©volutionnaires republie ici son texte d’analyse de la crise sanitaire et sociale actuelle. Voir l’article original (24 janvier 2021).

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Au dĂ©but de l’annĂ©e 2020, la presse fait Ă©tat d’un nouveau virus se propageant Ă  travers le monde. Au printemps, dans un pacte officieux et en attendant d’en savoir plus sur les modalitĂ©s de transmission et la dangerositĂ© du nouveau coronavirus, la plupart des États capitalistes dĂ©cident de ralentir, voire de fermer la majeure partie de leur Ă©conomie. Au QuĂ©bec, l’état d’urgence sanitaire est dĂ©clarĂ© le 13 mars 2020. Pourtant, dĂšs que « l’on en sait un peu plus » et que l’on croit le virus contrĂŽlable, l’ensemble des pays industrialisĂ©s rouvrent leur Ă©conomie : il faut faire vite dans le but de ne pas ĂȘtre laissĂ© derriĂšre. Au dĂ©but du mois de mai, les magasins, la plupart des entreprises et les garderies entament une rĂ©ouverture au QuĂ©bec, la ville de MontrĂ©al retardant de quelques semaines sur le reste de la province. Un dĂ©confinement gĂ©nĂ©ral est amorcĂ© le 25 juin, alors que l’obligation de porter un masque dans les lieux publics fermĂ©s est dĂ©crĂ©tĂ©e le 18 juillet : l’économie fonctionne quasi Ă  plein rĂ©gime, quoique les citoyen.nes doivent changer quelques habitudes de vie. L’étĂ© semble offrir un rĂ©pit avant que le virus ne recommence Ă  se rĂ©pandre au dĂ©but du mois de septembre, grosso modo lors de la pĂ©riode du retour en classe et Ă  cause de la baisse graduelle des tempĂ©ratures qui pousse la population Ă  passer plus de temps Ă  l’intĂ©rieur et dans des lieux moins aĂ©rĂ©s, au travail comme ailleurs. En janvier 2021, le QuĂ©bec fait Ă©tat de plus de 250 000 cas et d’un bilan de plus de 9 400 mort.es de la COVID-191. Qu’est-ce qui nous a menĂ©s lĂ  ? Pourquoi, malgrĂ© un an d’efforts collectifs, la situation semble-telle toujours s’aggraver ? ÉlĂ©ments d’explication.

L’état dans lequel se trouve aujourd’hui le QuĂ©bec est directement imputable Ă  l’organisation capitaliste de notre sociĂ©tĂ©. Les gouvernements quĂ©bĂ©cois des 30 derniĂšres annĂ©es, en phase avec l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale, ont systĂ©matiquement dĂ©truit les structures de solidaritĂ© sociale, au premier rang desquels le systĂšme de santĂ© publique2. AnĂ©mique, le rĂ©seau hospitalier est dorĂ©navant incapable de supporter la pression d’un afflux supplĂ©mentaire de malades, comme il est incapable de prodiguer des soins adĂ©quats aux patient.es ou d’offrir des conditions de travail dignes Ă  la majoritĂ© de ses employĂ©.es. NĂ©gligĂ©s ou privatisĂ©s, les Centres d’hĂ©bergement de soins de longue durĂ©e (CHSLD) sont devenus le tombeau des improductif.ves. Dans ce tout-Ă -l’économie, focalisĂ© sur le maintien de la production et de la consommation, le gouvernement – de connivence avec l’industrie – a de surcroĂźt mis en danger les travailleur.euses en lĂ©sinant sur la fermeture du secteur manufacturier, de la construction et de nombreuses autres entreprises. Cette dĂ©sinvolture a entraĂźnĂ© la concentration des contaminations dans les quartiers ouvriers, rĂ©vĂ©lant au passage les inĂ©galitĂ©s sociales et la division de classes sur lesquels repose le systĂšme capitaliste3. Face Ă  cette gestion froide et comptable de la crise, qui rĂ©duit l’individu Ă  sa seule fonction productive tout en rudoyant les secteurs reproductifs (santĂ©, Ă©ducation
), une colĂšre multiforme se fait entendre. C’est pour dissimuler les facteurs structurels qui alimentent la pandĂ©mie et mater la colĂšre qui se gĂ©nĂ©ralise que le gouvernement de François Legault (Coalition Avenir QuĂ©bec) se dĂ©douane en responsabilisant les individus – pourtant victimes de la crise – et qu’il emploie de plus en plus de mesures fondĂ©es sur la peur, la rĂ©pression, la discipline policiĂšre et l’autoritarisme.

NĂ©olibĂ©ralisme et systĂšme de santĂ© : un mal profond

Les gouvernements pĂ©quistes, libĂ©raux et caquiste des 30 derniĂšres annĂ©es, adhĂ©rant tous Ă  l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale, ont systĂ©matiquement dĂ©truit les structures de solidaritĂ© sociale4, en particulier le systĂšme de santĂ© publique dont nous aurions tant besoin en ce moment. Le gouvernement de Lucien Bouchard (Parti QuĂ©bĂ©cois) – dans lequel François Legault Ă©tait ministre – a fait du nĂ©olibĂ©ralisme une politique d’État en imposant son programme du « dĂ©ficit zĂ©ro Â» en 1996, une politique Ă  laquelle se sont dĂ©sormais pliĂ©s tous les gouvernements successifs. Le gouvernement libĂ©ral de Philippe Couillard, quant Ă  lui, a donnĂ© le coup de grĂące en opĂ©rant des compressions massives et des restructurations au sein du systĂšme de santĂ© publique dans le cadre de la « rĂ©forme Barrette Â» amorcĂ©e en 20155. Ce programme a entraĂźnĂ© une dĂ©gradation majeure des conditions de travail des employĂ©.es du secteur public de la santĂ©, sans compter l’effondrement de la qualitĂ© des soins6.

Le rĂ©seau ressemble maintenant Ă  un monstre centralisĂ© et surbureaucratisĂ©7, dans lequel les travailleur.euses ont peu d’ascendant sur les dĂ©cisions qui affectent leur travail et doivent rĂ©pondre Ă  des standards de productivitĂ© difficilement applicables en contexte de soins8. De nombreux.euses employĂ©.es, incapables de supporter plus longtemps une telle pression – d’ailleurs contraire aux principes altruistes du systĂšme de santĂ© – quittent leur emploi dans le secteur public, ce qui entraĂźne des pĂ©nuries de personnel. La pandĂ©mie n’a fait qu’aggraver cette situation catastrophique. Le gouvernement du QuĂ©bec a suspendu plusieurs conventions collectives dans le domaine de la santĂ© en mars 2020, s’octroyant ainsi le droit de dĂ©placer le personnel Ă  sa guise et sans Ă©gard pour les postes occupĂ©s, d’annuler des congĂ©s prĂ©alablement autorisĂ©s et de refuser l’octroi de nouveaux congĂ©s9. Aucune rĂ©ponse n’a par ailleurs Ă©tĂ© donnĂ©e aux demandes lĂ©gitimes et aux mobilisations des travailleur.euses de la santĂ© concernant l’équipement de protection individuel adĂ©quat, l’interdiction de dĂ©placer le personnel hospitalier pour freiner la propagation du virus, les heures de travail, les congĂ©s ou la paie. En dĂ©cembre 2020, les travailleur.euses de l’hĂŽpital de Chicoutimi imploraient encore leur Centre intĂ©grĂ© universitaire de santĂ© et de services sociaux (CIUSSS qui chapeaute une rĂ©gion socio-sanitaire du QuĂ©bec) de leur fournir des masques N95 afin de freiner la contamination au sein du personnel soignant10.

Au cours des annĂ©es, l’État quĂ©bĂ©cois – responsable du domaine de la santĂ© – s’est montrĂ© incapable d’assumer sa responsabilitĂ© envers les personnes ĂągĂ©es et les CHSLD, en laissant nombre d’établissements aux mains du secteur privĂ© et en nĂ©gligeant ceux du secteur public. Sans surprise, les CHSLD privĂ©s imposent les pires conditions de travail pour le personnel et les salaires les plus bas, entraĂźnant lĂ  aussi une grave pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre. Ces Ă©tablissements ont par ailleurs fait la manchette en raison des nĂ©gligences dont leurs rĂ©sidant.es sont victimes. L’hĂ©catombe dans les CHSLD privĂ©s et publics du printemps 2020 est la consĂ©quence tragique d’un mode de gestion entrepreneurial de la sociĂ©tĂ© qui rejette sa responsabilitĂ© envers les aĂźnĂ©.es (vu.es comme des non-productif.ves) ou qui privatise cyniquement les soins auxquels il.les ont droit. Le travail de reproduction sociale associĂ© Ă  ces soins, principalement dĂ©volu Ă  des femmes (dont beaucoup sont issues de l’immigration) est naturellement dĂ©valorisĂ© en rĂ©gime capitaliste, sexiste et raciste. Pour remĂ©dier Ă  la catastrophe dans le systĂšme de santĂ©, aucune solution consĂ©quente ou structurelle n’a Ă©tĂ© proposĂ©e. Le comptable en chef, François Legault, se contente de fĂ©liciter les « anges gardiens Â» (entendre, les travailleur.euses essentiel.les), tout en laissant le systĂšme dĂ©pĂ©rir et en maintenant une attitude condescendante et violente envers celles et ceux qui travaillent dans le domaine de la santĂ©. Les gestionnaires d’établissements continuent d’user de la contrainte envers leur personnel en toute impunitĂ©11, notamment par l’imposition de « temps supplĂ©mentaire obligatoire Â». L’appel de plus en plus massif aux agences de placement pour pallier les pĂ©nuries de main-d’Ɠuvre contribue par ailleurs Ă  la contamination massive des employĂ©.es comme des patient.es12, alors que les « employĂ©.es volant.es Â» deviennent involontairement et Ă  leur grand dam des vecteurs de transmission.

Nous voilĂ  devant les consĂ©quences des compressions drastiques et des restructurations des gouvernements pĂ©quistes, libĂ©raux et caquiste qui, depuis les annĂ©es 1980, dĂ©truisent le systĂšme de santĂ© publique que le QuĂ©bec avait tentĂ© de mettre en place Ă  partir des annĂ©es 1960. L’économicisme et l’incurie sociale de ces gouvernements successifs tuent les plus vulnĂ©rables d’entre nous aujourd’hui. Un rĂ©seau dĂ©centralisĂ©, bien organisĂ© et bien financĂ©, aux employĂ©.es en nombre suffisant et bĂ©nĂ©ficiant de bonnes conditions de travail, aurait certainement fait la diffĂ©rence13. De mĂȘme, si une partie des soins de santĂ© pour les personnes en fin de vie ou ĂągĂ©es n’avait pas Ă©tĂ© laissĂ©e entre les mains du secteur privĂ©, nous n’aurions sĂ»rement pas subi ces terribles pertes en vies humaines dans les CHSLD au printemps 2020. Si nous ne pouvons pas revenir en arriĂšre, il est pourtant primordial de mettre en Ɠuvre des solutions systĂ©miques afin qu’une telle tragĂ©die ne se reproduise jamais. La solution Ă  long terme repose sur une vision de la santĂ© non capitaliste et qui fait fi du productivisme, ainsi que sur une gestion coopĂ©rative ou une autogestion des Ă©tablissements de santĂ©, qui place le bien-ĂȘtre des patient.es et du personnel au premier plan : nous savons dĂ©jĂ  que le personnel de santĂ© est le plus apte Ă  organiser convenablement les soins et c’est ce qu’il a prouvĂ© malgrĂ© les terribles conditions actuelles. Laissons-le travailler comme il l’entend pour le bien-ĂȘtre, la santĂ© et la dignitĂ© de toutes et tous.

Une crise pandĂ©mique qui en rĂ©vĂšle cent autres : quand le capitalisme dĂ©conne

En refusant d’élaborer un plan consĂ©quent, dans le temps long, de fermeture de diffĂ©rents secteurs de l’économie aprĂšs le printemps 2020, le gouvernement Legault, obsĂ©dĂ© par le maintien de la production et de la consommation, a mis en danger un grand nombre travailleur.euses, au premier rang desquels les employĂ©.es des secteurs manufacturiers, de l’entreposage, de l’alimentaire et des services (bien sĂ»r, sans compter celles et ceux de la santĂ©). Ce n’est pas un hasard si la crise sanitaire frappe le plus durement les quartiers ouvriers, populaires et paupĂ©risĂ©s – lĂ  oĂč vivent les travailleur.euses des secteurs maintenus en activitĂ© – depuis le printemps 2020.

C’est un lieu commun de dire que le mode de production capitaliste est crĂ©ateur de profondes inĂ©galitĂ©s tant au niveau national qu’international14. Ce systĂšme, qui gĂ©nĂšre des bĂ©nĂ©fices pour une minoritĂ© de privilĂ©giĂ©.es et laisse des miettes Ă  la majoritĂ© qui produit, s’appuie sur une division de classes, sexuelles et raciales du travail. L’accĂ©lĂ©ration du dĂ©confinement au printemps 2020, alors que la pandĂ©mie Ă©tait loin d’ĂȘtre maĂźtrisĂ©e, a ainsi frappĂ© de plein fouet les travailleur.euses les plus prĂ©caires, dont le large contingent des travailleur.euses essentiel.les. MalgrĂ© l’insistance mĂ©diatique sur les rencontres privĂ©es et les partys, les principaux lieux d’éclosion ont toujours Ă©tĂ© les milieux de travail, ainsi que les hĂŽpitaux, les Ă©coles et les garderies (qui sont aussi des milieux de travail). Le 31 aoĂ»t 2020, le journal MĂ©tro rapportait que quelque 1 200 entreprises montrĂ©alaises (excluant les services publics, entre autres les hĂŽpitaux) avaient officiellement recensĂ© au moins un cas de COVID-19 depuis la mi-mars. Parmi celles-ci, environ le quart Ă©tait considĂ©rĂ© comme des foyers d’éclosion15. En date du 23 janvier 2021, les milieux de travail comptabilisaient 56,1 % des Ă©closions terminĂ©es, les milieux scolaires, 21,3 % et les garderies, 6,6 %. Quant aux « milieux de vie et de soins Â», ils comptaient pour 11,5 % des Ă©closions terminĂ©es alors que la catĂ©gorie « autres milieux Â» en recensait 1,8 %16.

Qui sont les travailleur.euses les plus Ă  risque ? En sus des employĂ©.es de la santĂ© et du secteur tertiaire, ce sont les travailleur.euses des secteurs manufacturier, de l’entreposage et de l’alimentaire, des employĂ©.es prĂ©caires – en grande partie immigrĂ©.es, sans-papiers ou racisĂ©.es – qui doivent travailler dans des conditions difficiles et le plus souvent dangereuses, en « temps normal Â», mais aussi en temps de pandĂ©mie. Les abattoirs, par exemple, ont Ă©tĂ© des milieux particuliĂšrement touchĂ©s par le virus, pour la simple raison que les employĂ©.es sur les lignes de production doivent travailler cĂŽte Ă  cĂŽte et que les employeurs y nĂ©gligent les mesures de protection17. Des employĂ©.es des entrepĂŽts de Dollarama dĂ©nonçaient Ă  l’étĂ© 2020 leurs conditions de travail qui ne respectaient aucunement les consignes sanitaires18. Dans le secteur manufacturier, on continue Ă  dĂ©placer matin et soir des travailleur.euses dans des autobus scolaires (jaunes), ce qui constitue un important vecteur de transmission auquel les travailleur.euses ne peuvent pas Ă©chapper19. Tous ces secteurs ont en commun de faire appel massivement aux agences de placement, qui favorisent un grand roulement de personnel et augmentent la difficultĂ© d’organiser des syndicats
 et qui permettent aussi au virus de circuler et aux employeurs d’ĂȘtre nĂ©gligents sans avoir Ă  rĂ©pondre de leurs actions.

Le ministre Pierre Fitzgibbon ne se gĂȘnait pourtant pas pour mentir impunĂ©ment aussi rĂ©cemment que le 8 janvier en entretien au Devoir20, alors qu’il affirmait « qu’il n’y en a pas eu tant que ça [des contaminations en milieu de travail] Â», reconnaissant pourtant « qu’il y a peut-ĂȘtre eu un peu d’influence Â» de sa part pour que les manufactures et le secteur de la construction demeurent en activitĂ©. Le ministre affirmait compter sur « l’autodiscipline Â» des entreprises pour Ă©viter les Ă©closions de COVID-19 en milieu de travail. Nous sommes en droit de nous demander de quelle « autodiscipline Â» le ministre parle alors qu’un grand nombre d’entreprises fait visiblement passer le profit avant la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des employĂ©.es. Si plusieurs entreprises lĂ©sinent sur les mesures prĂ©ventives, celles qui les mettent en place, comme les Ă©piceries, trouvent d’autres moyens de malmener leurs employĂ©.es. La chaĂźne d’épicerie Loblaws, par exemple, a annulĂ© au cours de l’étĂ© 2020 son « augmentation salariale d’urgence Â» de 2 $ de l’heure qu’elle avait offerte Ă  ses employĂ©.es en raison des dangers encourus par celles et ceux-ci au dĂ©but de la pandĂ©mie. Ce 2 $ s’ajoutait Ă  un salaire de plus ou moins 13 $ de l’heure. Pendant ce temps, la fortune de la famille Weston, propriĂ©taire des Ă©piceries Loblaws, s’élevait (en septembre 2020) Ă  10,8 milliards de dollars21
 et les caissiĂšres et commis de Loblaws continuaient d’ĂȘtre exposĂ©.es au virus lors de la deuxiĂšme vague de l’automne.

Farm Workers / Vegetable and Fruit Pickers – Essential Worker Portrait no.6 (Carolyn Olson)

Dans de telles conditions, les quartiers ouvriers et populaires connaissent les taux de contamination les plus graves de la province depuis le printemps 2020. Ces quartiers, oĂč habitent un grand nombre de prĂ©posĂ©.es aux bĂ©nĂ©ficiaires, d’infirmier.Ăšres, de travailleur.euses des secteurs secondaire et tertiaire, des quartiers oĂč vivent de nombreux.euses travailleur.euses migrant.es et sans-papiers, les plus touchĂ©s par la pandĂ©mie, sont paradoxalement (mais sans surprise) les plus nĂ©gligĂ©s par les pouvoirs provinciaux et municipaux. Au printemps 2020, Le Devoir rĂ©vĂšle que les quartiers Saint-Michel, MontrĂ©al-Nord et RiviĂšre-des-Prairies Ă  MontrĂ©al sont les quartiers les plus touchĂ©s par le coronavirus22. À la mĂȘme pĂ©riode, le quartier Parc-Extension connaĂźt une hausse fulgurante des cas de COVID-19. Le mĂȘme article du Devoir rapporte qu’à MontrĂ©al-Nord, 40 % des cas de coronavirus sont directement liĂ©s aux travailleur.euses de la santĂ© et des CHSLD. Un grand nombre de rĂ©sident.es de Parc-Extension travaillent quant Ă  eux dans le secteur agricole – lui aussi durement touchĂ© par le virus23 â€“ et dans le secteur de la transformation alimentaire24, alors que les logements du quartier sont souvent trop petits pour accueillir les familles qui y vivent25. Conditions de travail non sĂ©curitaires et proximitĂ© dans les milieux de vie deviennent vite les raisons Ă©videntes de la contamination qui affecte les travailleur.euses et les quartiers populaires, loin du fantasme des « vilain.es fĂȘtard.es Â» sensĂ©.es ĂȘtre la cause principale de la propagation du virus. Face Ă  cette situation, bien peu est proposĂ© par le gouvernement provincial afin d’aider les travailleur.euses prĂ©caires, les locataires paupĂ©risĂ©.es ou les personnes marginalisĂ©.es, entre autres. L’incurie des administrations provinciales comme municipales a forcĂ© des citoyen.nes bĂ©nĂ©voles Ă  prendre en charge la prĂ©vention, la distribution de masques, le dĂ©pistage ou encore l’aide alimentaire. À MontrĂ©al-Nord, ce sont des bĂ©nĂ©voles (liĂ©.es aux organisations de quartier Hoodstock, Paroles d’excluEs et Un itinĂ©raire pour tous notamment) qui se sont occupĂ©.es de la sensibilisation ainsi que de la distribution de matĂ©riel de protection individuelle et de denrĂ©es alimentaires26.

La prĂ©caritĂ© Ă©conomique, les emplois Ă  risque, le manque de logements adĂ©quats, le surpeuplement et la densitĂ© de certains quartiers sont les facteurs systĂ©miques dĂ©terminants qui amplifient la crise pandĂ©mique. Le port du masque est certes l’une des meilleures barriĂšres contre la transmission du virus en situation fermĂ©e, mais comment espĂ©rer que des employĂ©.es travaillant, par exemple, dans une cuisine surchauffĂ©e et Ă©troite puissent respecter ledit port du masque durant huit heures d’affilĂ©e ? Comment croire que les lieux de travail seraient magiquement immunisĂ©s contre les Ă©closions, alors que c’est pourtant eux qui mettent en contact le plus rĂ©guliĂšrement et avec la plus grande proximitĂ© le plus grand nombre de personnes, sans compter la nĂ©gligence des entreprises qui sont lĂ  pour le profit et non pour le bien-ĂȘtre et la santĂ© des employĂ©.es ? Comment ignorer que le fait d’habiter dans des logements trop petits, mal aĂ©rĂ©s et surpeuplĂ©s – c’est le cas pour une grande partie des travailleur.euses – contribue Ă  la propagation du virus ? Si les mesures « de base Â» (distanciation, lavage de mains, port du masque, etc.) sont efficaces pour freiner la propagation du coronavirus, il faut pourtant, afin qu’elles portent rĂ©ellement fruit, qu’elles soient accompagnĂ©es de mesures structurelles favorisant rĂ©ellement et durablement la distanciation sociale, au travail comme Ă  la maison, sans abandonner des pans entiers de la population Ă  leur sort.

Comment croire que les lieux de travail seraient magiquement immunisĂ©s contre les Ă©closions, alors que c’est pourtant eux qui mettent en contact le plus rĂ©guliĂšrement et avec la plus grande proximitĂ© le plus grand nombre de personnes, sans compter la nĂ©gligence des entreprises qui sont lĂ  pour le profit et non pour le bien-ĂȘtre et la santĂ© des employĂ©.es ?

Pour ce faire, il est nĂ©cessaire d’impliquer les travailleur.euses (des secteurs public et privĂ©) et leurs organisations, notamment les sections syndicales locales, dans la mise en place des mesures sanitaires et que celles et ceux-ci jugent des conditions adĂ©quates et sĂ©curitaires de leur travail. Il faut (Ă  court terme) rĂ©gulariser la demi-journĂ©e de travail sans perte de revenu, rĂ©duire fortement et durablement les effectifs, fermer les lieux de travail dangereux et non essentiels, ne plus tolĂ©rer la complaisance envers les grandes industries et maintenir une aide financiĂšre consĂ©quente pour toutes les personnes affectĂ©es par la crise. La situation d’un grand nombre de travailleur.euses Ă  risque est invisibilisĂ©e et Ă©vacuĂ©e du discours gouvernemental et mĂ©diatique, car il reste malvenu de dire que les milieux de travail sont les lieux principaux de la contamination. Cela ne doit pas nous surprendre, puisque le gouvernement place l’économie avant le bien-ĂȘtre de la population, mais nous ne pouvons pas faire l’autruche et accepter bĂ©atement cette supercherie. S’il est bien plus commode de mettre en accusation le jeune, le fĂȘtard, le voyageur ou n’importe quelle figure Ă  mĂȘme d’attiser la grogne populaire dans la situation actuelle, il faut nous rappeler que celles et ceux qui perpĂ©tuent et amplifient la crise sanitaire et sociale sont nos dirigeant.es – gorgĂ©.es d’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale – de connivence avec les industriel.les et autres patron.nes sans scrupules : c’est contre eux et elles que doit se tourner notre colĂšre.

En refusant d’agir, le gouvernement ne fait qu’empirer les choses. En plus de nĂ©gliger la santĂ© et la sĂ©curitĂ© des travailleur.euses, l’obsession productiviste de François Legault l’a poussĂ© Ă  laisser tomber le secteur de la culture et ses travailleur.euses27 ainsi que de nombreux groupes aux marges de l’activitĂ© Ă©conomique. Un grand nombre de personnes n’a eu droit Ă  aucune aide, parce que leurs revenus n’étaient pas dĂ©clarĂ©s avant la crise, alors que bien d’autres ont dĂ» se dĂ©brouiller avec les mĂȘmes montants misĂ©rables – les personnes recevant de l’aide sociale ou du chĂŽmage par exemple – qu’avant la crise, qui a pourtant durci la situation socio-Ă©conomique pour toutes et tous. Le gouvernement se sent lĂ©gitime de laisser tomber, plus que jamais, cette large population Ă  la marge de la production, et ce, en pleine pĂ©riode de crise28. Enfin, l’arbitraire policier continue de s’abattre avec la bĂ©nĂ©diction du gouvernement et nombre de personnes continuent de souffrir et de mourir29.

En somme, malgrĂ© l’ampleur de l’actuelle tragĂ©die, les idĂ©ologues nĂ©olibĂ©raux continuent de nĂ©gliger le systĂšme de santĂ© et de violenter ses employĂ©.es, l’économie reste privilĂ©giĂ©e aux dĂ©pens de la sĂ©curitĂ©, de la santĂ© et de la dignitĂ© des gens, les quartiers ouvriers et immigrants sont encore les plus frappĂ©s, alors que bien sĂ»r, les travailleur.euses les plus pauvres ainsi que les personnes les plus marginalisĂ©es voient leur fardeau alourdi. Dans cette situation intenable pour la majoritĂ©, ce que toutes et tous demandent, c’est une pause Ă©conomique et une organisation solidaire. Mais le gouvernement, Ă  l’encontre du bon sens et du respect qui est dĂ» Ă  la population, effectue plutĂŽt une fuite vers l’avant et impose une gestion de plus en plus autoritaire de la catastrophe dont il se rend lui-mĂȘme coupable.

Pas de solution policiùre à la crise sanitaire
 et sociale

La stratĂ©gie du gouvernement caquiste, depuis la rĂ©ouverture partielle de l’économie au printemps 2020, a Ă©tĂ© de faire reposer la responsabilitĂ© pandĂ©mique sur l’action d’individus rĂ©calcitrants tout en refusant de s’attaquer aux causes structurelles qui perpĂ©tuent et aggravent la crise. Cette gestion basĂ©e sur la culpabilisation individuelle et le dĂ©douanement institutionnel – qui ramĂšne par ailleurs l’individu Ă  ses fonctions productive et consommatrice tout en nĂ©gligeant les secteurs reproductifs (santĂ©, Ă©ducation
) – a entraĂźnĂ© une colĂšre multiforme portĂ©e par diffĂ©rents secteurs de la sociĂ©tĂ© : les personnes ĂągĂ©es, les locataires, les communautĂ©s autochtones, les travailleur.euses de la santĂ©, le milieu communautaire, les syndicats, etc. C’est pour mater cette colĂšre toujours plus visible et pour dissimuler les facteurs structurels qui alimentent la pandĂ©mie, le tout afin de maintenir la production, que le gouvernement a employĂ© de plus en plus de mesures fondĂ©es sur la peur, la rĂ©pression, la discipline policiĂšre et la responsabilisation individuelle jusqu’à ce jour.

Depuis le dĂ©but de la crise, l’explication que le gouvernement Legault a privilĂ©giĂ©e afin d’expliquer les difficultĂ©s dans la lutte contre le coronavirus et les diffĂ©rentes recrudescences de la maladie est celle qui met en cause les comportements individuels nĂ©gligents, au travail ou dans la vie de tous les jours. S’il est bien sĂ»r important de respecter les mesures de distanciation sociale, de rĂ©duire au minimum les contacts sociaux et les dĂ©placements et d’adopter une hygiĂšne de vie prĂ©ventive (port du masque, lavage des mains) afin de ne pas mettre inutilement d’autres personnes en danger, il est faux de croire que cela suffise Ă  endiguer la transmission, alors que de nombreuses personnes sont objectivement dans l’impossibilitĂ© de se prĂ©munir ainsi que leur entourage : toutes et tous sont loin d’ĂȘtre Ă©gaux devant la pandĂ©mie30.

Comme nous l’exposions, la prĂ©caritĂ© Ă©conomique, les environnements de travail et de soins dĂ©structurĂ©s et dangereux, les logements trop petits, surpeuplĂ©s et mal ventilĂ©s, les quartiers denses et la sĂ©grĂ©gation sociale sont d’importants facteurs qui contribuent Ă  la perpĂ©tuation de la crise pandĂ©mique, sans Ă©gard pour la « morale sanitaire Â» des individus31. Il est plutĂŽt facile de respecter les mesures sanitaires pour celles et ceux qui sont en tĂ©lĂ©travail ou en tĂ©lĂ©-Ă©cole, ou qui habitent dans des maisons spacieuses avec toutes les commoditĂ©s, dont un grand terrain ; il devient beaucoup plus difficile d’éviter les contaminations pour celles et ceux qui sont forcĂ©.es de travailler, celles et ceux dont les enfants vont Ă  l’école, qui habitent avec plusieurs personnes ou qui sont sans domicile fixe, qui sont incarcĂ©rĂ©.es ou qui plus globalement manquent de ressources de toutes sortes. En maintenant un discours qui met l’accent sur l’agir problĂ©matique des « individualistes Â», le gouvernement dĂ©tourne l’attention et contribue Ă  crĂ©er un climat de suspicion sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e oĂč chacun devient l’ennemi de tous, chaque contaminĂ© devenant de plus un poids sur la sociĂ©tĂ©, un coupable – probable individualiste – plutĂŽt qu’une victime du virus qui a besoin de bienveillance et de soins. En parallĂšle Ă  cette culpabilisation, les gouvernements ont fait bien peu pour soutenir les efforts de solidaritĂ©, s’assurer de la mise Ă  niveau des normes sanitaires dans les entreprises, financer le secteur de la santĂ© ou s’occuper de la ventilation dans les Ă©coles, un effort simple et important qui aurait pu ĂȘtre fait durant l’étĂ©, du propre aveu du ministre de la SantĂ© Christian DubĂ©32. Le climat de rĂ©pression nuit d’autant plus aux efforts de lutte contre le virus qu’il fait craindre aux personnes atteintes de la maladie de dĂ©voiler des informations sur leurs activitĂ©s Ă  la santĂ© publique, par peur de recevoir une amende de 1000 $ Ă  6 000 $ (l’ampleur des amendes peut faire hĂ©siter bien des gens, mĂȘme s’il.les n’ont « rien Ă  se reprocher Â»)33. Il devient alors difficile de retracer les tierces personnes qui pourraient ĂȘtre porteuses de la COVID puisqu’elles auraient Ă©tĂ© en contact avec un.e tel.le malade.

Le manque de transparence du gouvernement dans plusieurs dossiers, son mĂ©pris affichĂ© pour les ĂȘtres humains qu’il persiste Ă  infantiliser et son manque d’écoute face aux nombreuses revendications lĂ©gitimes (des locataires, des travailleur.euses, des syndicats, des communautĂ©s autochtones, des professeur.es, des organismes communautaires, des organisations pour la protection des droits des personnes migrantes ou sans-papiers, etc.) ont contribuĂ© Ă  propager un sentiment de colĂšre au sein de la population qui a donnĂ© lieu Ă  de nombreuses mobilisations tout au long de l’annĂ©e 2020. Dans cette situation de gestion de crise Ă  la fois Ă©conomiciste et mĂ©prisante, qui impose rĂ©guliĂšrement de nouvelles contraintes sur les individus, cette colĂšre a parfois pris des formes erratiques, entre autres au sein des mouvements complotistes eux-mĂȘmes plus ou moins poreux Ă  des idĂ©es d’extrĂȘme droite ou libertariennes. Cette colĂšre confuse, que le gouvernement utilise comme un Ă©pouvantail, ne saurait pourtant cacher toutes les colĂšres et rĂ©voltes justifiĂ©es, venant de nombreux secteurs de la sociĂ©tĂ©.

La rĂ©pression dĂ©tourne l’attention et donne l’impression de l’action.

Le paroxysme de la gestion policiĂšre, antisociale et procapitaliste de la crise est atteint au dĂ©but de l’annĂ©e 2021, alors que le gouvernement du QuĂ©bec impose un couvre-feu gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă  l’ensemble du territoire le 9 janvier. Alors mĂȘme que le couvre-feu est annoncĂ©, le Dr Horacio Arruda, directeur national de la santĂ© publique, avoue qu’aucune Ă©tude contrĂŽlĂ©e n’a dĂ©montrĂ© l’efficacitĂ© d’une telle mesure34. On sent bien ici que le gouvernement responsabilise indĂ»ment les citoyen.nes qui, somme toute, font de leur mieux, alors que lui ne fait pas mĂȘme l’effort d’investir consĂ©quemment en santĂ©, de traiter dignement les infirmiĂšres, de ventiler les Ă©coles ou encore d’imposer une pause Ă©conomique digne de ce nom35. La rĂ©pression dĂ©tourne l’attention et donne l’impression de l’action. Comme cette gestion autoritaire ne sert qu’à cacher l’échec du gouvernement, il faut bien la justifier d’une maniĂšre ou d’une autre. La ligne communicationnelle du gouvernement est circulaire : la nĂ©cessitĂ© de la rĂ©pression se voit confirmĂ©e du fait mĂȘme que l’on trouve toujours des contrevenant.es au nouveau rĂšglement gouvernemental (tel.le citoyen.ne prenant une marche tardive, telle autre personne itinĂ©rante
). En date du 18 janvier, c’est plus de 200 contraventions par jour qui Ă©taient donnĂ©es pour non-respect du couvre-feu36, alors mĂȘme que nous parvenait la nouvelle du dĂ©cĂšs de RaphaĂ«l « Napa Â» AndrĂ©, un homme innu sans domicile fixe, mort seul alors qu’il se cachait des policiers dans une toilette chimique durant le couvre-feu37. La crise continue pourtant d’ĂȘtre alimentĂ©e par les dĂ©ficiences structurelles d’un systĂšme de santĂ© dĂ©truit et par les contaminations sur les lieux de travail, malgrĂ© que le gouvernement s’en prenne Ă  ses propres citoyen.nes afin de cacher son Ă©chec, tout en forçant le maintien de la production. La gestion autoritaire du gouvernement vise Ă  obliger les gens Ă  se conformer, Ă  travailler et Ă  consommer, ni plus ni moins38. En contrepartie, le plan de reconfinement partiel ne prend pas en compte les ressources complĂštement dĂ©faillantes, tant communautaires qu’en santĂ© mentale ou financiĂšres, laissant un grand nombre de personnes – considĂ©rĂ©es comme « improductives Â» – sans aucune aide ni ressource.

Bref, devant le mĂ©contentement populaire qui s’est dĂ©veloppĂ© en raison de l’incapacitĂ© du gouvernement Ă  gĂ©rer la crise, la stratĂ©gie de la CAQ a Ă©tĂ© de se dĂ©douaner de sa responsabilitĂ© en mettant la faute sur les lambdas. Cela lui permet de cacher sa gestion erratique – d’un point de vue sanitaire – tout en crĂ©ant un bouc Ă©missaire. Ensuite, cela justifie l’ensemble de son programme autoritaire, qui sert en fait Ă  mater la colĂšre lĂ©gitime, Ă  imposer le maintien de l’activitĂ© Ă©conomique et Ă  obliger les travailleur.euses de nombreux secteurs Ă  continuer le boulot : cette maniĂšre de faire perpĂ©tue paradoxalement la situation de crise et de contamination, en raison de l’ouverture des manufactures et de la construction par exemple. Le gouvernement, complĂštement bornĂ©, refuse d’avouer ses torts qu’il attribue Ă  autrui tout en continuant d’entretenir la catastrophe sanitaire. Pourquoi, pour le bĂ©nĂ©fice d’une poignĂ©e d’industries, et ce, Ă  court terme ? Et contre quoi, contre la santĂ©, la sĂ©curitĂ©, la dignitĂ© de toutes et tous ? La consĂ©quence de cette approche est une rĂ©pression dĂ©mesurĂ©e, mal ciblĂ©e et fonciĂšrement inique, alors que de nombreuses personnes continuent de mourir. La consĂ©quence en est aussi une colĂšre grandissante, qui – souhaitons-le – viendra bientĂŽt Ă©branler ce gouvernement incapable et nĂ©potique ainsi que son idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale, son Ă©conomie capitaliste et plus largement l’ensemble de ses structures antisociales.

En guise de conclusion : des solutions solidaires

Il est clair que la perpĂ©tuation de la crise sociale et sanitaire actuelle est due Ă  (au moins) trois facteurs systĂ©miques : premiĂšrement, la faiblesse gĂ©nĂ©ralisĂ©e du systĂšme de santĂ© publique, victime de la gestion entrepreneuriale des gouvernements acquis Ă  l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale ; deuxiĂšmement, la prioritĂ© absolue accordĂ©e Ă  l’économie (Ă  la production et Ă  la consommation notamment), entraĂźnant une nĂ©gligence constante quant aux conditions de travail et de vie des travailleur.euses, fortement Ă  risque de contracter le coronavirus ; et troisiĂšmement, le choix d’une gestion culpabilisante et autoritaire envers les individus plutĂŽt qu’une prise en charge collective, consĂ©quente et structurelle de la crise, des problĂšmes qu’elle soulĂšve et des solutions qui s’imposent. L’actuelle crise sociale et sanitaire est assurĂ©ment favorisĂ©e, perpĂ©tuĂ©e et mĂȘme amplifiĂ©e par ces trois facteurs qui lui prĂ©existaient, mais qui rĂ©vĂšlent plus que jamais leur toxicitĂ©. Il faudra bientĂŽt penser collectivement Ă  se dĂ©barrasser de l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale, de l’économie capitaliste et de la norme individualiste si nous voulons Ă©viter de telles catastrophes Ă  l’avenir, si nous voulons collectivement vivre39.

Une accusation frĂ©quente portĂ©e contre ceux et celles qui critiquent l’actuelle gestion gouvernementale consiste Ă  dire que ce n’est pas le temps de critiquer puisqu’il est dĂ©jĂ  trop tard (autrement dit, il vaudrait mieux agir sans penser maintenant et rĂ©flĂ©chir plus tard puisque « l’heure est grave Â»). Pourtant, comment ne pas critiquer alors que ce sont l’État et les industries qui sont responsables de la perpĂ©tuation de la crise, alors mĂȘme que l’obsession productiviste et le refus obstinĂ© d’investir dans les structures de solidaritĂ© sociale continuent de nourrir la bĂȘte pandĂ©mique ? Ce n’est pas parce que François Legault tente de cacher l’élĂ©phant dans la piĂšce, son Ă©chec retentissant causĂ© par son mĂ©pris des services publics et sa complaisance envers le secteur privĂ©, que nous devons tomber dans le panneau. Les gouvernements sont ceux qui possĂšdent, de loin, les plus grands leviers et ressources pour faire face Ă  la crise. Il est de leur devoir d’agir Ă  court terme. Nous sommes dans une pandĂ©mie mondiale depuis plus d’un an, l’Institut national de la santĂ© nous informe rigoureusement de son dĂ©veloppement, un grand nombre de scientifiques identifient les vĂ©ritables facteurs de contagion ; comment se fait-il que le gouvernement n’agisse pas pour la population et Ă  l’encontre de sa doxa Ă©conomiciste, du moins pour un temps afin de sauver des vies et notre dignitĂ© collective ?

Il faudra bientĂŽt penser collectivement Ă  se dĂ©barrasser de l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale, de l’économie capitaliste et de la norme individualiste si nous voulons Ă©viter de telles catastrophes Ă  l’avenir, si nous voulons collectivement vivre.

Le gouvernement a eu tout le temps d’installer des purificateurs d’air ainsi que des systĂšmes de ventilation dans les bĂątiments publics, puis d’obliger le secteur privĂ© Ă  faire de mĂȘme. Il a eu le temps de mettre les Ă©coles Ă  niveau40 et de fournir des ressources aux parents, comme il a eu l’occasion d’offrir le soutien et les ressources justement rĂ©clamĂ©es par les communautĂ©s autochtones. Il a eu un an pour Ă©tablir et imposer un plan de fermeture (majoritaire) et de sĂ©curisation des secteurs manufacturier et de la construction ainsi qu’agroalimentaire. Il a eu le temps de financer le systĂšme de santĂ©, les services communautaires, l’aide aux aĂźnĂ©.es, l’aide aux itinĂ©rant.es, l’aide aux groupes marginalisĂ©.es. Il aurait pu Ă  tout moment troquer sa rhĂ©torique mĂ©prisante envers les travailleur.euses et la population pour une attitude respectueuse. La liste est trop longue de ce qu’il aurait pu et dĂ» faire. Il n’y a pas lieu de croire qu’un gouvernement qui est capable de mettre en Ɠuvre une rĂ©pression qui s’étend chaque nuit Ă  l’ensemble du QuĂ©bec soit incapable de fournir des ressources consĂ©quentes afin de s’attaquer aux facteurs systĂ©miques qui aggravent la pandĂ©mie actuelle. Nous sommes peut-ĂȘtre trop avancĂ©s dans l’actuelle crise pour transformer en profondeur le systĂšme de santĂ© avant que celle-ci se termine, mais il n’est jamais trop tard pour fournir les ressources adĂ©quates fondĂ©es sur la solidaritĂ© sociale et le soin plutĂŽt que sur la rĂ©pression et la peur. Si le gouvernement refuse d’agir consĂ©quemment depuis un an, c’est qu’il est incapable d’aller, ne serait-ce que durant quelques mois, Ă  l’encontre de son essence entrepreneuriale et Ă©conomiciste. Ce gouvernement et les prĂ©cĂ©dents, nĂ©olibĂ©raux et capitalistes, ont donnĂ© la preuve qu’ils n’étaient capables que de nous mener collectivement Ă  la catastrophe et Ă  la mort, en cette circonstance comme en d’autres.

« Aide mutuelle : nous nous protégeons les un.es les autres. Solidarité. Contre la COVID, le capitalisme et les autres menaces mortelles. » (artiste inconnu)

À brĂšve Ă©chĂ©ance, face Ă  cette crise sociale et sanitaire, nous devons envisager des solutions faites par et pour les personnes concernĂ©es, qui savent mieux que quiconque ce dont ils et elles ont besoin pour bien faire leur travail, se protĂ©ger ainsi que leurs proches et leurs collĂšgues. Tou.tes les travailleur.euses de la santĂ©, des services publics et des entreprises privĂ©es doivent ĂȘtre Ă©coutĂ©.es quant Ă  l’organisation sĂ©curitaire de leur lieu de travail et Ă  la gestion pandĂ©mique de ces lieux. Nous devons exiger que les citoyen.nes soient impliquĂ©.es Ă  tous les niveaux dans la gestion de la crise et que nous ayons collectivement le contrĂŽle sur les dĂ©cisions nous affectant. La fermeture d’une grande partie de l’économie, accompagnĂ©e d’un soutien financier et global pour les travailleur.euses ainsi que pour tou.tes les citoyen.nes, doit devenir une prioritĂ©. Un gel immĂ©diat et prolongĂ© des loyers est aussi nĂ©cessaire. Nous devons exiger plus d’investissements en santĂ© et dans le systĂšme d’éducation ainsi que le financement massif et la rĂ©ouverture totale et sans contrainte des organismes d’aide aux plus dĂ©muni.es. La fin immĂ©diate du couvre-feu est une condition sine qua non au commencement d’une gestion socialement acceptable, non violente, non culpabilisante et collaborative de la crise. Nous devons miser le plus possible sur l’auto-organisation, avec l’obtention de tous les moyens de l’État, quitte Ă  les lui prendre s’il nous les refuse.

Cette crise pandĂ©mique, dont nous ne sommes toujours pas sorti.es, doit aussi nous faire rĂ©flĂ©chir Ă  de nouvelles formes d’organisation non capitalistes et non soumises aux impĂ©ratifs capitalistes, Ă  un systĂšme de santĂ© renouvelĂ©, solidaire, communautaire et autogĂ©rĂ©41. La prolifĂ©ration des groupes d’entraide au dĂ©but de la pandĂ©mie et les rĂ©flexes altruistes que nous constatons depuis un an montrent qu’il est possible d’envisager une sociĂ©tĂ© basĂ©e sur les principes de la solidaritĂ© et de la communautĂ©, de la coopĂ©rative et de l’autogestion : nous savons ce qui est le mieux pour nous, autoorganisons-nous selon nos volontĂ©s42. Car disons-le, Ă  moyen terme, nous ne pourrons plus tolĂ©rer l’idĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale et le rĂ©gime capitaliste qui dĂ©truisent nos vies ; nous ne pouvons plus, aprĂšs l’échec gouvernemental actuel, nous fier ni aux gestionnaires des vieux partis, ni Ă  leur potage idĂ©ologique infect, ni Ă  leur systĂšme qui alimente la catastrophe. L’angoisse et la tragĂ©die actuelles ne doivent pas nous empĂȘcher de continuer Ă  rĂ©flĂ©chir de maniĂšre critique au monde qui nous est imparti. Maintenant, organisons-nous et mettons la pression sur nos gouvernements, avant de mener Ă  terme notre combat contre l’État et le capitalisme puis d’édifier notre sociĂ©tĂ© nouvelle, solidaire, communautaire, coopĂ©rative et autogĂ©rĂ©e.


Notes :

[1] Plus d’une personne sur mille est morte de la COVID-19 au QuĂ©bec en moins d’un an et ce bilan ne cesse de s’alourdir.

[2] Dans ce texte, notre critique vise principalement les gouvernements provinciaux quĂ©bĂ©cois, dont relĂšve le systĂšme de santĂ© publique. Nous ciblons particuliĂšrement le gouvernement de François Legault (Coalition Avenir QuĂ©bec), Ă©lu majoritairement en octobre 2018 et principal gestionnaire de la crise sanitaire et sociale dans la province depuis le dĂ©but de l’annĂ©e 2020.

[3] La crise a donc servi Ă  rĂ©vĂ©ler et Ă  accĂ©lĂ©rer « les tendances de fond qui traversaient les sociĂ©tĂ©s Â», prĂ©cipitant quelque peu la transition vers un certain « capitalisme numĂ©rique Â». Pour en savoir plus : https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/CORDONNIER/62635

[4] Pour les peuples autochtones, ces structures de solidaritĂ© sociale, dont des services de santĂ© adĂ©quats, n’ont jamais rĂ©ellement Ă©tĂ© mises en place. De plus, le systĂšme quĂ©bĂ©cois est encore rongĂ© par le racisme systĂ©mique, comme en a rĂ©cemment tĂ©moignĂ© la mort de Joyce Echaquan, femme atikamekw, survenue le 28 septembre 2020 sous les insultes racistes du personnel de l’hĂŽpital de Joliette.

[5] https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2019-09-17/reforme-barrette-la-sante-publique-frappee-de-plein-fouet

[6] Le secteur privĂ© a lui aussi contribuĂ© Ă  cette situation, en pressurisant les gouvernements successifs pour qu’ils ne rĂ©pondent pas aux exigences lĂ©gitimes des employĂ©.es du secteur public
 afin d’éviter de voir des exigences semblables formulĂ©es dans le secteur privĂ© : https://iris-recherche.qc.ca/blogue/la-memoire-selective-du-milieu-des-affaires-quebecois

[7] Cette centralisation est diamétralement opposée aux principes qui devaient fonder le systÚme de santé publique au Québec, à savoir les soins de proximité et les cliniques de quartier, les fameux CLSC (Centre local de services communautaires).

[8] L’Institut de recherche et d’informations socioĂ©conomiques (IRIS) a produit un dossier trĂšs complet sur les consĂ©quences des compressions et des restructurations nĂ©olibĂ©rales sur le systĂšme de santĂ©. En 2017, l’Institut a publiĂ© une Ă©tude complĂšte sur l’allocation des ressources pour le domaine de la santĂ© et des services sociaux au QuĂ©bec. Le dossier et l’étude sont disponibles en ligne : https://mailchi.mp/iris-recherche.qc.ca/sante

[9] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1756578/ciusss-ouest-ile-montreal-annulation-vacances-hiver-2020

[10] https://www.lequotidien.com/actualites/la-fiq-propose-un-projet-pilote-n95-a7621e61ad2014d839f73cb1f48c8bba

[11] https://www.journaldequebec.com/2018/08/27/des-employes-dun-chsld-embarrees-pour-en-forcer-une-a-rester-au-boulot-denonce-le-syndicat

[12] https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-05-16/agences-de-placement-la-faille-du-reseau

[13] Un rĂ©seau, donc, fait par et pour les communautĂ©s, dont les valeurs centrales sont le soin, le respect et la dignitĂ©, comme en rĂ©clament par exemple les communautĂ©s autochtones – sans rĂ©ponse – depuis des lustres.

[14] Le systĂšme capitaliste est en effet le grand responsable de la perpĂ©tuation et de l’amplification de la crise sociale et sanitaire actuelle. À ce sujet : https://www.contretemps.eu/lecture-anticapitaliste-pandemie-covid19/

[15] https://journalmetro.com/local/saint-laurent/2507034/entreprises-covid-drsp-montreal/

[16] https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/situation-coronavirus-quebec/

[17] https://ricochet.media/fr/3133/abattoirs-contagion-covid19-quebec-canada-2020-olymel

[18] https://iwc-cti.ca/fr/les-artistes-montrealais-soutiennent-la-campagne-pour-la-justice-des-travailleur-euse-s-du-dollarama/

[19] https://www.ledevoir.com/societe/sante/592711/coronavirus-comment-briser-la-deuxieme-vague

[20] https://www.ledevoir.com/economie/592907/coronavirus-des-mesures-non-desastreuses-pour-l-economie-selon-pierre-fitzgibbon

[21] https://www.rcinet.ca/fr/2020/09/22/la-richesse-des-milliardaires-canadiens-a-explose-en-pleine-pandemie/

[22] https://www.ledevoir.com/politique/montreal/577870/montreal-nord-saint-michel-et-riviere-des-prairies-sont-des-quartiers-chauds-de-la-pandemie

[23] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1711732/travailleurs-etrangers-vegpro-main-doeuvre-stable-eclosion-coronavirus

[24] https://www.ledevoir.com/politique/montreal/578424/inquietude-dans-parc-extension

[25] https://www.cbc.ca/news/canada/montreal/parc-extension-covid-19-rate-increase-1.5775079

[26] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1699608/protection-epidemie-coronavirus-depistage-communaute et https://www.ledevoir.com/societe/586931/la-pandemie-ce-puissant-revelateur

[27] https://www.ledevoir.com/culture/593541/coronavirus-un-travailleur-de-la-culture-sur-quatre-a-perdu-son-emploi-en-2020

[28] Un exemple parmi d’autres : https://www.ledevoir.com/societe/sante/593644/hausse-des-psychoses-toxiques-chez-les-itinerants

[29] Un arbitraire et une violence qui affecteront certainement de maniĂšre disproportionnĂ©e les personnes autochtones et racisĂ©es, les minoritĂ©s de genre, les femmes, etc., alors que l’on sait que les corps policiers sont gangrĂ©nĂ©s par le racisme, l’homophobie, la transphobie et le sexisme (entre autres). Le Service de Police de la Ville de MontrĂ©al (SPVM) reconnaĂźt par exemple lui-mĂȘme le racisme systĂ©mique dans son organisation sans agir consĂ©quemment pour le supprimer. Voir entre autres : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1712386/spvm-reconnaissance-caractere-systemique-racisme-discrimination-rapport-ocpm

[30] Ă€ ce sujet : https://www.college-de-france.fr/site/didier-fassin/L-illusion-dangereuse-de-legalite-devant-lepidemie.htm

[31] La situation d’inĂ©galitĂ© de conditions et d’exigences face Ă  la pandĂ©mie n’est pas diffĂ©rente en France : « À l’opposĂ© de cette figure du bourgeois confinĂ©, en capacitĂ© de travailler Ă  distance ou de profiter de ses enfants dans un cadre spacieux et agrĂ©able, les personnes qui travaillent dans les centres de tri ou les entrepĂŽts, les assistantes maternelles, les livreurs, les Ă©boueurs, les femmes de mĂ©nage, les aides Ă  la personne, etc., tĂ©moignent toutes de l’absence de gants, de masques, de possibilitĂ© d’observer la distance requise [
] des difficultĂ©s Ă  trouver comment garder leurs enfants, d’assurer les cours Ă  la maison [
]. Elles doivent obĂ©ir aux injonctions contradictoires du gouvernement, le ‘en mĂȘme temps’ qui dit ‘allez travailler, mais ne sortez pas, car vous mettez les autres en danger’, sans que les moyens minimaux de protection ne soient fournis. » Article complet : https://www.contretemps.eu/travail-invisible-confinement-capitalisme-genre-racialisation-covid-19/

[32] https://www.ledevoir.com/politique/quebec/589529/quebec-aurait-du-s-occuper-de-la-ventilation-dans-les-ecoles-admet-dube

[33] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1761546/covid-enquete-tracage-quebec-coronavirus-sante-publique

[34] https://www.ledevoir.com/societe/sante/592788/point-de-presse-legault-17h

[35] « Il est dĂ©sormais Ă©vident pour une majeure partie des populations qui ont eu Ă  en subir les consĂ©quences que ces gouvernants sont prĂȘts Ă  tout pour masquer leur impĂ©ritie, leur absence de prise sur des Ă©vĂ©nements, surtout leur responsabilitĂ© dans l’insuffisance notoire de la capacitĂ© de rĂ©action d’un appareil sanitaire qu’ils ont sciemment affaibli, au prix de mensonges redoublĂ©s que leur redoublement mĂȘme finit par trahir. » Citation tirĂ©e de : https://www.contretemps.eu/covid-19-sorties-crise/

[36] https://www.ledevoir.com/societe/593510/deux-cents-contraventions-par-jour-pour-non-respect-du-couvre-feu

[37] https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2021-01-18/un-itinerant-autochtone-meurt-dehors-pendant-le-couvre-feu.php

[38] L’analyse du couvre-feu comme mesure autoritaire rĂ©duisant l’individu Ă  sa seule fonction productive est partagĂ©e par plusieurs :  https://acta.zone/couvre-feu-produire-quoi-quil-en-coute/

[39] Les mĂȘmes facteurs idĂ©ologiques et Ă©conomiques ainsi que les structures qui en dĂ©coulent nous ont prĂ©cipitĂ©s dans la crise climatique, dont il est incertain que nous sortions collectivement indemnes ; une raison de plus pour rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement au rejet du modĂšle Ă©conomique capitaliste et de la gouvernementalitĂ© qui lui est concomitante.

[40] Le gouvernement provincial aurait en effet pu installer des purificateurs d’air dans les Ă©coles, les hĂŽpitaux et divers bĂątiments publics, comme le lui conseillait l’Agence de la santĂ© publique du Canada : https://ricochet.media/fr/3436/oui-les-purificateurs-dair-peuvent-etre-utiles

[41] Un tel systĂšme est loin d’ĂȘtre une utopie et les auteur.es du prĂ©sent texte sont loin d’ĂȘtre les seul.es Ă  l’appeler de leurs vƓux : https://www.contretemps.eu/sante-publique-economie-democratique/

[42] Un tel monde autogĂ©rĂ© est envisageable et possible : https://www.contretemps.eu/autogestion-autre-monde-possible/




Source: Contrepoints.media