Du fait de cette crise, nous faisons face à des problématiques et des défis communs. À rebours des habituelles mobilisations sectorielles, ceci doit nous pousser à construire les conditions d’une offensive coordonnée, en France comme ailleurs.

Plusieurs l’ont dit avant nous : le confinement, et la simple possibilité de se protéger face au coronavirus tout en assurant sa survie quotidienne, ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Si pour certains, ce confinement n’est tout simplement pas possible faute de domicile, pour d’autres – lorsqu’il a lieu dans des cellules déjà surpeuplées et coupées du monde extérieur – il ne fait que les exposer davantage.

Alors que certains ont pu aller se réfugier dans leur résidence secondaire, s’offrant quelques vacances anticipées et révélant ainsi que leur travail n’a finalement d’autre utilité sociale que de combler l’ennui dans lequel ils paniquent désormais de se retrouver, d’autres au contraire, après avoir été méprisés et matraqués durant des mois, sont désormais applaudis tous les soirs sous la bannière d’une nouvelle unité nationale. Enfin, certains sont testé·e·s dès la moindre fièvre, tandis que d’autres se voient désintubés car leur vie est jugée moins digne d’être sauvée.

Ces situations sont diverses mais elles appellent une réponse commune. Nous ne saurions nous résigner à quémander quelques masques par-ci par-là, à nous satisfaire de l’ouverture de quelques gymnases municipaux, ou de la libération conditionnelle de quelques détenus par bonne conscience humanitaire. Parce que le renforcement sécuritaire et la reproduction désespérée de la normalité ne peuvent être des stratégies valables, nous proposons 5 mots d’ordre autour desquels organiser notre offensive, non pas contre le seul coronavirus, mais contre l’organisation sociale d’ensemble qui lui a permis de se propager en des termes si terrifiants.

1. Revenu de confinement pour toutes et tous

Avant le début de l’épidémie, beaucoup ne bénéficiaient pas d’un statut assez protecteur pour leur permettre de continuer à toucher au moins une partie de leur salaire malgré le confinement ou de bénéficier d’aides pour combler une perte de revenus : travailleurs de l’économie informelle, non déclarés, radiés de Pôle Emploi… Sans compter celles et ceux (surtout celles) qui ont arrêté un temps de travailler pour s’occuper d’un proche dépendant. Les mesures prises pour lutter contre l’épidémie, parce qu’elles s’inscrivent dans un contexte politique producteur d’inégalités, renforcent fortement ces dernières : aujourd’hui, celles et ceux pour qui la vie était déjà dure ne peuvent souvent compter que sur l’entraide populaire pour vivre. Un revenu de confinement doit permettre à chacun et chacune d’avoir de quoi vivre dignement et de prendre soin de soi et de ses proches sans risquer sa survie. Ce revenu de confinement doit aller de pair avec une suspension des loyers et des factures, afin que nous puissions mettre à profit toute notre énergie non plus dans la recherche d’argent mais dans l’entre-aide et la solidarité populaires.

2. Arrêt du travail

Malgré le désir non dissimulé que le pouvoir revienne de manière unilatérale aux employeurs, la loi sur l’état d’urgence sanitaire n’autorise le déplacement des congés qu’en cas d’accord de branche ou d’entreprise. Cette mesure continue cependant de subordonner la sécurité des travailleurs aux intérêts économiques de l’entreprise. L’arrêt du travail dans les secteurs non-essentiels est pourtant un impératif sanitaire, il n’a pas à faire l’objet de négociations au profit des entreprises.

Par ailleurs, cet arrêt du travail dans les secteurs « non-essentiels » doit aller de pair avec une véritable revalorisation des salaires et des conditions de travail de celles et ceux qui sont aujourd’hui en première ligne pour sauver des vies, notamment dans les secteurs de la santé et du soin, mais aussi dans celui de l’alimentation. La rhétorique de la gratitude et de l’héroïsme (décidément toujours là lorsqu’il s’agit de ne pas rémunérer le travail féminisé) ne suffira pas à combler le manque de moyens, d’effectifs, de repos, et les prises de risques inconsidérées qui découlent du saccage de l’hôpital public par des années de réformes néolibérales.

Cette revalorisation du travail de soin ne doit pas s’arrêter aux frontières du monde du travail et des services publics : le confinement doit être l’occasion, pour chacun et chacune d’entre nous, de réfléchir sur l’organisation et la division (notamment sexuelle et raciale) de ce travail dans nos espaces privés.

3. Réquisitions et redistribution

La précarisation de plus en plus massive – qui fait suite aux différentes réformes du droit du travail, du chômage, des aides sociales – en même temps que les conséquences dramatiques des guerres impérialistes qui ont poussé des centaines de milliers de personnes à chercher refuge en France ont rendu de plus en plus nombreux celles et ceux qui n’ont pas de logement ou vivent dans des conditions de logement indignes. Pour eux le confinement n’est pas une stratégie valable de prévention : comment se confiner lorsque l’on est à la rue, et que le peu qu’on a (parfois, au mieux, une tente et une couverture) est systématiquement détruit par les forces de police ? Comment empêcher le virus de circuler dans la promiscuité forcée d’un camp ou de dortoirs surpeuplés ?

De nombreux bâtiments sont vides, tandis que d’autres, comme les hôtels, se révèlent en effet “non essentiels” dans leur version marchande. Ces lieux pourraient pourtant offrir des conditions de vies bien plus dignes et bien plus adaptées à une situation de crise sanitaire. Ces lieux doivent être réquisitionnés et ouverts, dotés du nécessaire en termes d’hygiène, d’alimentation et d’accès à l’éducation et à la santé, afin d’accueillir les plus démunis. La solidarité populaire doit s’organiser autour de ces espaces, afin qu’y soient redistribués les produits de première nécessité et tous les biens et les services nécessaires.

Alors que le confinement peut aussi signifier – notamment pour un grand nombre de femmes – l’enfermement dans une situation de violences conjugales, les lieux d’accueil et d’hébergement pour les victimes de violences doivent également être multipliés.

La situation que nous vivons a révélé à celles et ceux qui refusaient de la voir la situation de crise permanente dans laquelle vit l’hôpital public : alors que les lits et le matériel manquent dans les hôpitaux, il est urgent de réquisitionner les cliniques privées afin d’augmenter le nombre de patients pouvant être pris en charge.

Les dispositifs privés de soin (cliniques) et d’hébergement (hôtels, logements vides) doivent être réquisitionnés.

4. Libération de tous les enfermés

La surpopulation, les conditions d’hygiène particulièrement indignes et l’enfermement qui structurent les centres de rétention ainsi que les prisons en font des lieux de contamination particulièrement dangereux. Le confinement tel qu’il est vécu dans ces espaces expose les personnes enfermées à de graves risques sanitaires et transforme ces lieux en foyers de propagation. Rappelons qu’un détenu de Fresnes est déjà décédé la semaine dernière et que plusieurs mutineries ont éclaté face à l’irresponsabilité sanitaire. Les Centres de Rétention Administrative (CRA) ne respectent également pas les précautions d’urgence : repas et dortoirs collectifs, pas de masques ni de gel antibactérien… Il ne s’agit pas de distanciation sociale, mais bien d’un isolement criminel ! Il y a urgence à fermer ces lieux !

Enfin, autre lieu d’enfermement où les conditions de vie sont régulièrement et légitimement dénoncées : les hôpitaux psychiatriques, qui font souvent office de « prisons alternatives », où règnent aussi isolement et traitements dégradants.

Pour un arrêt de la pandémie, libérons les enfermés !

5. Régularisation de tous les sans-papiers

Dans cette période particulièrement difficile, être sans-papier bloque l’accès à une mise en sécurité sanitaire. Confrontées à des conditions de vie désastreuses (mal-logées ou sans-abris, pas ou peu d’accès aux soins), les personnes sans-papiers sont donc parmi les plus enclines à être touchées par le virus. Par ailleurs, en période de confinement, alors qu’il est interdit de sortir sans attestation, la peur d’être contrôlé pour ses papiers constitue une entrave supplémentaire aux déplacements nécessaires que peuvent être amenées à faire les personnes sans-papiers (y compris des déplacements en lien avec leur santé). Il est donc nécessaire qu’ils soient régularisés d’urgence. Des papiers pour tous, les mêmes droits pour tous !


Article publié le 26 Mar 2020 sur Paris-luttes.info