Octobre 24, 2020
Par CRIC Grenoble
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L’assassinat de Samuel Paty, enseignant d’Histoire de Conflans-Sainte-Honorine, est un crime odieux et une horreur sans nom. Le FUIQP tient en premier lieu Ă  adresser ses condolĂ©ances Ă  la famille et aux proches de la victime dans l’épreuve qu’ils subissent. Rien ne peut justifier ou excuser un tel acte et aucune circonstance « attĂ©nuante Â» ne peut ĂȘtre avancĂ©e devant ce qui ne peut ĂȘtre qualifiĂ© que par le terme d’« horreur Â». Elles vont Ă©galement au corps enseignant projetĂ© au premier rang de l’actualitĂ© par cet acte effroyable contre l’un de leurs collĂšgues et Ă©videmment aux Ă©lĂšves de ce collĂšge.

A ces pensĂ©es et Ă  la condamnation sans faille de cet acte abominable, s’ajoute la dĂ©nonciation des rĂ©cupĂ©rations politiciennes qui incriminent les musulmans en France.

Ils se retrouvent une nouvelle fois sur le banc des accusĂ©s par les discours mĂ©diatiques et politiques rĂ©ducteurs qui se multiplient et s’attendent de nouveaux Ă  subir une multitude de passage Ă  l’acte islamophobes. Les musulmans en France, rĂ©els ou supposĂ©s, se retrouvent une nouvelle fois pris en Ă©tau entre les agissements de quelques « terroristes Â» dont ils sont par ailleurs aussi les victimes et des groupes islamophobes les prĂ©sentant comme complices de celle-ci. 

Mais l’indignation ne suffit pas. Elle doit certes s’exprimer le plus fortement possible mais elle sera inutile socialement et politiquement si elle n’est pas accompagnĂ©e de la prise en compte des causes [de toutes les causes] qui rendent possibles un tel acte. Les premiĂšres rĂ©actions du gouvernement Macron vont Ă  l’opposĂ© de cette direction. Elles indiquent la volontĂ© d’instrumentaliser la sidĂ©ration collective devant l’horreur comme « effet d’aubaine Â» pour un gouvernement dĂ©crĂ©dibilisĂ© et atteint par une crise de lĂ©gitimitĂ© profonde.

L’organisation d’une « expĂ©dition punitive Â» trĂšs large rappelant les pratiques de rĂ©pression coloniale en tĂ©moigne.

L’annonce d’une charrette d’arrestations et d’expulsions et d’une vague de dissolution d’associations jugĂ©es « complices Â» du meurtrier [et mĂȘme plus largement considĂ©rĂ©es comme « ennemies de la RĂ©publique Â»] d’autre part, le confirme. Ce type de mesure met Ă  l’index et dĂ©signe comme bouc Ă©missaire l’ensemble des musulmans. Il les prĂ©sente Ă  l’opinion publique comme responsables plus ou moins directs de l’acte abominable [ et de ceux qui pourraient malheureusement survenir Ă  l’avenir] qui nous endeuille tous. La figure du musulman criminogĂšne, ennemi de l’intĂ©rieur et porteur de barbarie et de violence aveugle est ainsi promue mĂ©diatiquement et politiquement. 

Elle ne peut que dĂ©boucher sur une islamophobie encore plus systĂ©mique et structurelle dans un contexte d’une sociĂ©tĂ© caractĂ©risĂ©e par la paupĂ©risation et la prĂ©carisation [produites par les politiques nĂ©olibĂ©rales depuis de nombreuses dĂ©cennies que la pandĂ©mie et ses consĂ©quences Ă©conomiques ont encore accrues brusquement et considĂ©rablement].

Le fait que le CCIF soit une des associations visĂ©es par la menace de dissolution met en exergue un autre objectif de la tentative d’instrumentalisation de notre Ă©motion collective face Ă  l’horreur sans nom. Cette association fut et reste un des acteurs essentiels des prises de consciences de l’existence d’un racisme islamophobe en France et des mobilisations pour le combattre. Faire taire, par la peur et la menace, tous ceux [Barakacity, Ummah charity, et bien d’autres] qui ces derniĂšres annĂ©es ont utilisĂ© leur libertĂ© d’expression pour dĂ©noncer le racisme islamophobe est Ă  l’évidence un des objectifs de l’instrumentalisation du drame de Conflans. Le climat islamophobe est en effet bien utile, Ă  chaque fois qu’émerge le besoin d’un « dĂ©bat Ă©cran Â» pour dĂ©tourner l’attention d’une colĂšre sociale lĂ©gitime issue des consĂ©quences des choix politiques et Ă©conomiques.

Notre dĂ©nonciation du crime odieux de Conflans doit s’étendre Ă  la dĂ©nonciation de son instrumentalisation politique. Ne pas le faire, c’est alimenter un processus de dĂ©composition sociale ne pouvant ĂȘtre que porteur de passages Ă  l’acte violents, que cette violence s’argumente d’une pseudo dĂ©fense de l’Islam ou d’un prĂ©tendu combat contre la menace islamiste. Plus que jamais nous avons besoin de solidaritĂ©, d’organisation et de clartĂ© dans nos analyses.


FB : FUIQP Gre

mail : [email protected]le.org

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Source: Cric-grenoble.info