Réunion à la Maison des chômeurs de Montpellier en présence du porte-national du DAL, le 7 novembre 2019

La rupture de la trêve hivernale des
expulsions sera l’un des moments forts dans la défense collective
des mal logés.

On avait senti le frémissement voici un mois :
la Maison des chômeurs, rue Levat, avait dû pousser ses murs pour
accueillir les participants à une discussion publique en présence
de Jean-Baptiste Eyraud, délégué national de Droit au Logement,
qui venait de passer sa journée à Montpellier. Pourtant, en début
de soirée, les organisateurs de cet événement n’étaient pas
convaincus eux-mêmes qu’ils attireraient suffisamment de monde pour
maintenir le rendez-vous.

Au cours de celui-ci, on visionnait aussi le
documentaire militant S’hab la ZUP, qui jette un regard critique sur
les opérations de rénovation urbaine menées à Nîmes. Des membres
de l’ex Justice pour le Petit Bard ayant prêté main forte à cette
réalisation. Des gens de cette ancienne association, ou de la
mouvance du M.I.B., le Mouvement indépendant des banlieues, qu’on
croyait d’une époque révolue, étaient à nouveau présents ce
mercredi 11 décembre à la Maison des chômeurs.

Il s’agissait cette fois de créer un comité
montpelliérain de Droit au Logement. C’est chose faite. Pas moins de
quatorze bonnes volontés se sont manifestées pour siéger à son
conseil. On lui souhaite plus grande prospérité que deux
précédentes tentatives analogues, restées éphémères, mais fort
lointaines (voici plus de quinze ans à présent). Parmi d’autres
collectifs militants du logement, la disparition du M.I.B. ou de
Justice pour le Petit Bard ont laissé un vide dans la capitale du
Languedoc.

Le logement est un droit. Le mal-logement est une
réalité sociale scandaleuse dans un pays aussi riche que la France.
Ce scandale découle du cadre général de sujétion de la vie
collective aux intérêts privés, et de la faiblesse délibérée
des politiques publiques pour y répondre. L’ère Macron, et son
racket sur les HLM ou l’allocation logement, n’arrangeant rien à
l’affaire.

L’auto-organisation des premiers concernés, la
défense collective des sans-logis et des mal-logés, la mobilisation
des citoyens solidaires, fondent la pratique de Droit au logement.
C’est par l’affirmation d’un droit social fondamental que se
combattent, en actes, les dérives rampantes vers la ghettoïsation,
le repli communautaire – et la reconduction de la gestion
clientéliste de la pénurie.

Les organisateurs montpelliérains n’ont de cesse
de préciser qu’il ne s’agit donc pas de créer « un nouveau
service social »
, même si des permanences hebdomadaires
seront tenues (les mardis de 15h à 18h au 4, rue Levat – attention
à la longue coupure de fin d’année, après le mardi 17 décembre).
Encore non formalisée, l’action militante du DAL a déjà concerné
le foyer Adoma (ex Sonacotra), qui abrite une population parmi les
plus défavorisées, et où l’installation d’une chaudière digne de
ce nom a dû être arrachée de haute lutte, tandis que reste un véritable problème d’habitat insalubre dans ces lieux pourtant
perçus comme para-publics.

L’attention se tourne aussi vers le Petit-Bard, où
la population se sent à nouveau exclue de la politique de rénovation
en cours ; la simple obtention d’un local pour se réunir y fait
problème. Aux Cévennes, les problèmes sont si nombreux que la
tenue d’une permanence détachée dans ce seul quartier est
envisagée. Par ailleurs, le DAL pourrait engendrer, à sa marge, un
regroupement spécifique de locataires d’organismes HLM, susceptible
de s’imposer comme interlocuteur incontournable desdits organismes.

Une date importante est maintenant inscrite dans
les agendas : celle du 28 mars, à laquelle prend fin la trêve
hivernale des expulsions locatives. En 2020, celle-ci ne se déroulera
pas de la façon habituelle à Montpellier. D’ici là, le DAL
naissant s’est donné l’objectif de bâtir un rapport de force, en
organisant les expulsables, de sorte que les parties adverses ne
puissent plus procéder aux mises à la rue sans s’inquiéter de
solutions d’hébergement, et ainsi créer des catastrophes sociales
où les plus fragiles s’enfoncent toujours plus sous les coups de
décisions qui les brutalisent.

« Dans une ville où il faut des années et des années d’attente pour que soit satisfaite une demande de logement social, ce n’est jamais par plaisir, ni par hasard, qu’on se retrouve en situation de mal logement » rappelle Sébastien, l’un des animateurs du nouveau comité. Ces questions ne sont pas individuelles, mais collectives. Politiques en définitive. Ainsi le DAL impose-t-il qu’au moins un tiers des personnes responsables de ses comités fassent eux-mêmes l’expérience du mal-logement, de la difficulté à se loger, sinon aient dû à la lutte solidaire d’avoir pu enfin en sortir.


Article publié le 12 Déc 2019 sur Lepoing.net