Décembre 21, 2021
Par CQFD
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CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
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Mensuel de critique et d’expérimentation sociales – en kiosque le premier vendredi du mois.
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<span class=”caps”>CQFD</span>, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
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Effets de manche
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2021-12-20T12:37:25Z
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Emilien Bernard

<p>Largement médiatisé, le naufrage qui a fait 27 morts au large de Calais le 24 novembre a arraché quelques larmes de crocodiles aux requins qui gouvernent la France et l’Angleterre. Un bal des tartuffes qui n’occultera pas cette vérité : la fermeture meurtrière de la frontière maritime de la Manche, toujours plus militarisée, ils en sont les premiers responsables. «<small class=”fine d-inline”> </small>Le véritable ennemi voyage en jets privés, pas sur des embarcations de fortune.<small class=”fine d-inline”> </small>» (Tag sur un mur du centre-ville de Douvres, octobre 2021) (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

<div class=’rss_chapo’><p>Largement médiatisé, le naufrage qui a fait 27 morts au large de Calais le 24 novembre a arraché quelques larmes de crocodiles aux requins qui gouvernent la France et l’Angleterre. Un bal des tartuffes qui n’occultera pas cette vérité : la fermeture meurtrière de la frontière maritime de la Manche, toujours plus militarisée, ils en sont les premiers responsables.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4163 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”23″data-legende-lenx=””
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<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200effetsdemanche_resultat-2.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200effetsdemanche_resultat-2.jpg’ width=’500′ height=’333′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Photo de Louis Witter
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<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le véritable ennemi voyage en jets privés, pas sur des embarcations de fortune.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» (Tag sur un mur du centre-ville de Douvres, octobre 2021)</div>
<p>***</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Rivage français</strong></div>
<p>De la plage de Sangatte, par temps dégagé, on voit clairement les falaises blanches de Douvres, de l’autre côté du <i>Channel</i>. Elles miroitent à une trentaine de bornes, pas plus, quasiment la porte à côté. Mirage séduisant qui explique sans doute que certains exilés se lancent à l’assaut de la Manche depuis cet endroit passablement surveillé. Cela réussit rarement. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il y a peu, trois Soudanais y ont tenté le passage en kayak au petit matin, mais ils ont vite été arraisonnés par les gardes-côtes</i><small class=”fine d-inline”> </small>», expliquait début octobre Gabriella * du collectif Watch the Channel.</p>
<p>Proche du réseau européen AlarmPhone qui apporte une assistance téléphonique aux personnes en détresse dans leur traversée de la Méditerranée<a href=’#nb1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lire à ce sujet« En mer Égée : “Le bateau a un trou mais les gardes-côtes ne nous (…)’ id=’nh1′>1</a>, Watch the Channel a été créé en 2018 par des militants français et anglais, en réponse à la hausse des tentatives de passage par la mer. L’objectif : donner aux personnes concernées et aux associations qui les aident le maximum d’informations pour atténuer les risques. Parmi ces consignes, dans le petit flyer que le collectif distribue aux exilés, cet impératif : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Do not try without an engine</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Sans moteur, en effet, le risque est grand de se faire emporter beaucoup plus au nord par les courants. Si le drame a été évité pour le trio en kayak dont parlait Gabriella, ce n’est pas toujours le cas. Le jeudi 11 novembre, trois personnes étaient portées disparues après s’être lancées sur le même type d’embarcation.</p>
<p>Comme pour le passage via les ferries ou les wagons d’Eurotunnel, de moins en moins plébiscité car toujours plus difficile au vu des techniques de surveillance quasi dystopiques qui y sont désormais déployées, les modalités des tentatives maritimes varient selon de multiples données. S’y croisent météo, logistique des réseaux de passeurs et bouche-à-oreille. Parmi ces facteurs, l’accroissement constant du harcèlement policier à Calais et dans ses environs est déterminant. Conséquence : les tentatives se font depuis des zones toujours plus éloignées, réparties sur le littoral de 130 kilomètres faisant face à l’Angleterre, du Dunkerquois à la baie de Somme.</p>
<p>Mais si les passages réussis sont nombreux (environ 26 000 personnes entre janvier et fin novembre 2021), de même que les sauvetages (8 200 côté français pour la même période, selon la préfecture maritime), les drames se multiplient à l’approche de l’hiver. Officiellement trois personnes mortes et quatre disparues de janvier à mi-novembre – des chiffres sous-estimés selon Watch the Channel. Avec en outre des sauveteurs estimant être au «<small class=”fine d-inline”> </small><i>bord du point de rupture</i><a href=’#nb2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lire« Dans la Manche, les sauveteurs au secours des migrants craignent (…)’ id=’nh2′>2</a><small class=”fine d-inline”> </small>». Et une nouvelle glaçante qui tombe à l’instant <i>T</i> de la rédaction de cet article, mercredi 24 novembre : vingt-sept nouveaux morts dans un naufrage au large de Calais. <i>Vingt-sept</i>.</p>
<p>Le bilan pourrait être plus lourd encore. Car, contrairement à ce qui se passe en Méditerranée, ici les secours en mer officiels mènent pour l’instant un travail essentiel, des deux côtés de la ligne séparant les eaux françaises et anglaises. Gabriella évoque ainsi le cas de ce <i>small boat</i> en difficulté côté France, dont deux des occupants sont secourus tandis que les autres choisissent de continuer, avant d’être à leur tour récupérés quand la situation empire. Mais les militants calaisiens craignent une détérioration du secours. Mi-octobre, Gabriella lançait l’alerte : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On commence à avoir des gens qui disent “On a attendu des heures avant d’être secourus”. Ou bien les deux côtés qui se renvoient la balle. Et alors que l’hiver s’annonce et que les cas d’hypothermie se multiplient, on redoute des drames encore pires</i>.<small class=”fine d-inline”> </small>» Et d’ajouter : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le climat politique en Angleterre ne pousse pas vraiment à l’optimisme.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» C’est peu dire.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Rivage anglais</strong></div>
<p>Dans le port de Douvres, beaucoup moins sécurisé que celui de Calais, il y a une zone à l’écart où sont prises en charge les personnes récupérées par la Border Force. Souvent débarquées au petit matin, elles sont régulièrement filmées par des militants d’extrême droite, explique Mark*, de Watch the Channel, me montrant sur son smartphone des photos des poètes en question qui, selon un autre témoignage<a href=’#nb3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Channel Rescue, la patrouille citoyenne à l’affût des arrivées de migrants sur (…)’ id=’nh3′>3</a>, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>intimident et harcèlent les migrants</i><small class=”fine d-inline”> </small>» régulièrement : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ces gens font des </i>live-stream<i> des arrivées en expliquant qu’elles font partie d’une invasion</i><small class=”fine d-inline”> </small>», détaille Mark. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Proches</i> [du groupe d’extrême droite]<i> English Defense League, ils veulent imposer la narration du grand remplacement. Et leur discours a clairement une porosité auprès du gouvernement, qui a une posture de plus en plus extrémiste.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>En octobre 2020, des documents fuitent dans la presse anglaise, concernant les discussions menées au ministère de l’Intérieur pour enrayer les passages maritimes. Parmi les plans évoqués : la mise en place d’une gigantesque machine à vagues anti-<i>small boats</i> ou la construction d’un mur flottant<a href=’#nb4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lire notamment« No 10 confirms UK offshore asylum plan under consideration », (…)’ id=’nh4′>4</a>. Projets irréalistes, sans doute, mais qui avancent avec d’autres propositions plus <i>concrètes</i>. Comme l’éventuelle construction d’un centre de détention pour migrants sur l’île de l’Ascension, territoire britannique d’outre-mer, à 4 000 kilomètres au sud, en plein Atlantique. Les Britanniques lorgnent de fait avec insistance du côté de l’Australie, qui mène une politique de refoulement vers des camps-prisons hors de son territoire continental. Quant à la criminelle proposition de la ministre de l’Intérieur Priti Patel de recourir aux <i>pushbacks</i> (refoulements) en mer pour repousser les embarcations vers la France, elle est très sérieusement discutée par la classe politique anglaise et a même donné lieu à des exercices au large de Douvres, avec des jet-skis de la Border Force s’entraînant à arraisonner des embarcations. La marque d’un débat échappant à tout contrôle, dans lequel Patel se sent pousser des ailes.</p>
<p>Ministre de l’Intérieur du gouvernement Johnson depuis 2019 et égérie de l’aile droite du parti conservateur, Priti Patel se veut une dure à cuire. Admiratrice de Thatcher, partisane de la peine de mort et fervent soutien du Brexit, elle est celle qui incarne le mieux l’extrême-droitisation du gouvernement. Elle porte d’ailleurs un projet de loi actuellement discuté au Parlement, le «<small class=”fine d-inline”> </small>Nationality and Borders Bill<small class=”fine d-inline”> </small>», mêlant durcissement du droit d’asile et criminalisation accrue des personnes débarquant clandestinement par bateau. Alors même que le nombre de demandeurs d’asile a baissé en 2020 <a href=’#nb5′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Voir notamment « The Observer view on Priti Patel’s fake migrant crisis », The (…)’ id=’nh5′>5</a> et que le pays accueille proportionnellement beaucoup moins de personnes exilées que ses voisins européens, le débat est devenu tellement toxique que l’incendiaire Patel est accusée dans ses propres rangs d’être trop droit-de-l’hommiste. Une course à l’échalote nationaliste qui influe également, quelle surprise, sur la situation de l’autre côté de la Manche.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Ping-pong sécuritaire</strong></div>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Calais, tunnel sous l’humain<small class=”fine d-inline”> </small>». Ainsi était titré l’article publié dans le dernier numéro de <i><span class=”caps”>CQFD</span></i>. Une autopsie froide de la traque aux personnes exilées menée par l’État français. Depuis notre passage, elle continue dans l’indifférence générale <i>(lire dans ce même numéro, <a href=”http://cqfd-journal.org/Exiles-dans-la-boue-et-le-froid-l”>«<small class=”fine d-inline”> </small>Exilés dans la boue et le froid : l’État assume<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>)</i>, avec pour seule réponse une inflation des moyens sécuritaires, à Calais et ailleurs. Aux drones et policiers à cheval patrouillant sur les rivages s’ajoute ainsi la course à la vidéosurveillance côtière. Une évolution documentée par les canards locaux, à l’image de <i>la</i> <i>Voix du Nord </i>publiant le 22 octobre dernier un article intitulé <a href=”https://www.lavoixdunord.fr/1088417/article/2021-10-22/migrants-les-elus-du-calaisis-presque-tous-favorables-aux-cameras-anti-passeurs” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Les élus du Calaisis (presque) tous favorables aux caméras anti-passeurs<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, mentionnant la déception du maire de Marck-en-Calaisis : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Seul bémol, l’installation de quatre caméras a été proposée. C’est insuffisant pour l’élu.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Un <i>élu</i> qui donne le<i> la</i> : aujourd’hui comme hier ou demain, <i>c’est insuffisant</i>, il faut toujours plus de caméras, de barbelés à lames rasoirs, de drones…</p>
<p>Lundi 22 novembre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin annonçait ainsi un plan de dotation matérielle de 11 millions d’euros pour des quads, des 4×4 ou des caméras thermiques. Soit une petite partie de l’enveloppe de 62,7 millions d’euros promise en 2021 par les Anglais pour lutter contre l’immigration clandestine. L’objectif : une militarisation toujours plus marquée de la frontière, dans la droite ligne des politiques européennes en la matière.</p>
<p>C’est ainsi que, de mois en mois, se perpétue des deux côtés de la Manche le spectacle d’une <i>invasion</i> mise en scène comme <i>ingérable</i> et exigeant une réponse martiale immédiate, dans un jeu de ping-pong politique misant sur des symboles et une médiatisation anxiogènes. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Calais est un espace hautement stratégique en matière de communication, où l’on expérimente de nouvelles politiques sécuritaires sur des personnes étrangères</i><small class=”fine d-inline”> </small>», nous rappelait Juliette Delaplace du Secours catholique à la mi-octobre. Dit autrement par les militants de Corporate Watch<a href=’#nb6′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Dans leur livre The UK Border Regime, 2018, en accès libre sur la (…)’ id=’nh6′>6</a> : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>[La ville] a une importance fondamentale en tant que symbole pour la propagande anti-migrants – le parfait récit alarmiste qui guide le régime des frontières.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>L’énième drame qui vient de se dérouler au large de Calais, lequel aura un temps orienté sur place caméras et politiciens, s’inscrit déjà dans cette narration sécuritaire, mêlant dénonciation des passeurs et appels à Frontex, le bras armé des frontières européennes. Une chose est sûre : le sang du<i> Channel</i> ne sera pas lavé par ceux qui l’ont fait couler.</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Émilien Bernard</strong></div>
<p><strong>* Prénom modifié. </strong></p>
<hr class=”spip” />
<div class=”texteencadre-spip spip”><h3 class=”spip”>De l’autre côté du miroir</h3>
<p>L’histoire du renforcement de la frontière franco-anglaise est faite de multiples jalons, de l’accord du Touquet, en 2003, répartissant les rôles entre les deux États (les Anglais financent, les Français contrôlent) à celui de Sandhurst, en 2018, le prolongeant en resserrant les boulons sécuritaires. Des deux côtés de la Manche, leur socle, l’instrumentalisation de la question migratoire s’est développé, tout au long de cette période, avec des visées électoralistes évidentes. On en connaît logiquement mieux les rances contours français. Mais le miroir anglais de cette grandissante xénophobie d’État est tout aussi édifiant. Dans un ouvrage intitulé <i>The <span class=”caps”>UK</span> Border Regime</i> (2018), les militants de Corporate Watch détaillent ainsi l’alliance successive de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>la guerre du Labour contre les demandeurs d’asile</i><small class=”fine d-inline”> </small>» menée suite à l’élection du travailliste Tony Blair en 1997, puis la politique dite de l'<small class=”fine d-inline”> </small>» <i>environnement hostile aux migrants</i><small class=”fine d-inline”> </small>» de Theresa May, à partir de 2012. Une factice construction de l’immigration comme problème à résoudre urgemment, menée main dans la main avec des médias réactionnaires faisandés et une industrie sécuritaire florissante, débouchant sur ce que le collectif désigne comme une «<small class=”fine d-inline”> </small><i>escalade dramatique de la répression des migrants</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Le tout ayant depuis été parachevé par le triomphe de Boris Johnson, du Brexit et des délires nationalistes <i>made in</i> Perfide Albion. France-Angleterre : zéro-zéro.</p>
</div></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh1′ class=’spip_note’ title=’Notes 1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Lire à ce sujet<a href=”http://cqfd-journal.org/En-mer-Egee-Le-bateau-a-un-trou”>«<small class=”fine d-inline”> </small>En mer Égée : “Le bateau a un trou mais les gardes-côtes ne nous aident pas”<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i> n° 186 (avril 2021).</p>
</div><div id=’nb2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2′ class=’spip_note’ title=’Notes 2′ rev=’appendix’>2</a> </span>Lire<a href=”https://www.lemonde.fr/international/article/2021/11/18/dans-la-manche-les-sauveteurs-au-secours-des-migrants-redoutent-le-point-de-rupture_6102499_3210.html” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Dans la Manche, les sauveteurs au secours des migrants craignent d’atteindre “le point de rupture”<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>Le Monde </i>(18/11/2021).</p>
</div><div id=’nb3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh3′ class=’spip_note’ title=’Notes 3′ rev=’appendix’>3</a> </span><a href=”https://www.infomigrants.net/fr/post/31132/channel-rescue-la-patrouille-citoyenne-a-laffut-des-arrivees-de-migrants-sur-les-cotes-anglaises” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Channel Rescue, la patrouille citoyenne à l’affût des arrivées de migrants sur les côtes anglaises<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>InfoMigrants</i> (26/03/2021).</p>
</div><div id=’nb4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4′ class=’spip_note’ title=’Notes 4′ rev=’appendix’>4</a> </span>Lire notamment<a href=”https://www.ft.com/content/9baaf989-f64d-417d-90c5-b0ea8f78bf0c” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>No 10 confirms <span class=”caps”><span class=”caps”>UK</span></span> offshore asylum plan under consideration<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>The Financial Times</i> (30/09/2020).</p>
</div><div id=’nb5′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5′ class=’spip_note’ title=’Notes 5′ rev=’appendix’>5</a> </span>Voir notamment <a href=”https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/nov/21/observer-view-migrant-crisis-priti-patel” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>The Observer view on Priti Patel’s fake migrant crisis<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>The Guardian</i> (21/11/2021). On y lit : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le nombre de personnes venant sur place demander l’asile a baissé de 4<small class=”fine d-inline”> </small>% l’année dernière et représente au plus la moitié de ce qu’il était au début des années 2000.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
</div><div id=’nb6′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh6′ class=’spip_note’ title=’Notes 6′ rev=’appendix’>6</a> </span>Dans leur livre <i>The <span class=”caps”><span class=”caps”>UK</span></span> Border Regime</i>, 2018, en accès libre sur la Toile.</p>
</div></div>

« Je crache sur votre argent en chien de fusil »
http://cqfd-journal.org/Je-crache-sur-votre-argent-en
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2021-12-14T13:21:58Z
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<p>Mortibus la poésie<small class=”fine d-inline”> </small>? Que nenni. Cette chronique «<small class=”fine d-inline”> </small>Vox Poetik<small class=”fine d-inline”> </small>» reviendra régulièrement vous le seriner en vous proposant des extraits qui nous hérissent les chakras. Première salve, un extrait du fabuleux poète québécois Gaston Miron. Parce que poète de langue française nous parlant d’outre-Atlantique et des rives du Saint-Laurent, le territoire poétique de Gaston Miron est mâtiné de mots dont le sens a été oublié par ici… Avant lecture, voici donc trois définitions : Garrocher = lancer, jeter Maganer = (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/Vox-Poetik” rel=”directory”>Vox Poetik</a>

<div class=’rss_chapo’><p>Mortibus la poésie<small class=”fine d-inline”> </small>? Que nenni. Cette chronique «<small class=”fine d-inline”> </small>Vox Poetik<small class=”fine d-inline”> </small>» reviendra régulièrement vous le seriner en vous proposant des extraits qui nous hérissent les chakras. Première salve, un extrait du fabuleux poète québécois Gaston Miron.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4162 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center’>
<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/91evcx7efgl.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/91evcx7efgl.jpg’ width=’500′ height=’846′ alt=” /></a>
</figure>
</div>
<p>Parce que poète de langue française nous parlant d’outre-Atlantique et des rives du Saint-Laurent, le territoire poétique de Gaston Miron est mâtiné de mots dont le sens a été oublié par ici…</p>
<p>Avant lecture, voici donc trois définitions :</p>
<p><i>Garrocher</i> = lancer, jeter<br class=’manualbr’ /><i>Maganer</i> = endommager, abîmer, maltraiter<br class=’manualbr’ /><i>Babiche</i> = lanière de cuir</p>
<p>Le reste relève de la langue du combat, de la colère… <br class=’manualbr’ />Le reste se passe de commentaires… <br class=’manualbr’ />Le reste est un bréviaire pour franchir les crevasses. <br class=’manualbr’ />Elles sont nombreuses.</p>
<p>***</p>
<p><i>Vous pouvez me bâillonner, m’enfermer<br class=’manualbr’ />je crache sur votre argent en chien de fusil<br class=’manualbr’ />sur vos polices et vos lois d’exception<br class=’manualbr’ />je vous réponds non<br class=’manualbr’ />je vous réponds, je recommence<br class=’manualbr’ />je vous garroche mes volées de copeaux de haine<br class=’manualbr’ />de désirs homicides<br class=’manualbr’ />je vous magane, je vous use, je vous rends fous<br class=’manualbr’ />je vous fais honte<br class=’manualbr’ />vous ne m’aurez pas vous devrez m’abattre<br class=’manualbr’ />avec ma tête de tocson, de nœud de bois, de souche<br class=’manualbr’ />ma tête de semailles nouvelles<br class=’manualbr’ />j’ai endurance, j’ai couenne et peau de babiche<br class=’manualbr’ />mon grand sexe claque<br class=’manualbr’ />je me désinvestis de vous, je vous échappe<br class=’manualbr’ />les sommeils bougent, ma poitrine résonne</p>
<p>J’ai retrouvé l’avenir</i></p>
<p>Gaston Miron, extrait de «<small class=”fine d-inline”> </small>Séquences<small class=”fine d-inline”> </small>», in <i>L’homme rapaillé</i> (© Gallimard, collection «<small class=”fine d-inline”> </small>Poésie<small class=”fine d-inline”> </small>», 1999.)</p>
<p>***</p>
<p>Rab de frissons (mis en musique par Babx) :</p>
</div>

« Menstrutech » : une arnaque en règle ?
http://cqfd-journal.org/Menstrutech-une-arnaque-en-regle
http://cqfd-journal.org/Menstrutech-une-arnaque-en-regle
2021-12-14T11:35:48Z
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Tiphaine Guéret

Le dossier
Juliette Iturralde

<p>Elles s’appellent Glow, Flo ou encore Maya et font partie des (très) nombreuses applications qui promettent aux femmes de les aider à suivre leurs cycles menstruels. Empruntant à première vue à l’auto-gynécologie démocratisée par les féministes des années 1970, la plupart de ces applis s’en distinguent rapidement : plutôt normatives et assez peu inclusives, elles sont aussi friandes de données particulièrement sensibles. Quels chiffres affiche votre balance<small class=”fine d-inline”> </small>? Et votre thermomètre buccal<small class=”fine d-inline”> </small>? Quel aspect ont (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/Le-dossier” rel=”tag”>Le dossier</a>,
<a href=”http://cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde” rel=”tag”>Juliette Iturralde</a>

<div class=’rss_chapo’><p>Elles s’appellent Glow, Flo ou encore Maya et font partie des (très) nombreuses applications qui promettent aux femmes de les aider à suivre leurs cycles menstruels. Empruntant à première vue à l’auto-gynécologie démocratisée par les féministes des années 1970, la plupart de ces applis s’en distinguent rapidement : plutôt normatives et assez peu inclusives, elles sont aussi friandes de données particulièrement sensibles.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4156 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”33″data-legende-lenx=”x”
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<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200gyneco_resultat.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200gyneco_resultat.jpg’ width=’500′ height=’728′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Illustration Juliette Iturralde
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p>Quels chiffres affiche votre balance<small class=”fine d-inline”> </small>? Et votre thermomètre buccal<small class=”fine d-inline”> </small>? Quel aspect ont les sécrétions qui tapissent le fond de votre culotte<small class=”fine d-inline”> </small>? Et votre transit, il se porte bien<small class=”fine d-inline”> </small>? On se sent comment ce matin<small class=”fine d-inline”> </small>? Plutôt sexy ou un brin stressée<small class=”fine d-inline”> </small>? Voilà le degré d’intimité des informations à consigner dans les applications de suivi des cycles menstruels, téléchargeables sur smartphone. Leurs promesses<small class=”fine d-inline”> </small>? Aider les utilisatrices à comprendre le fonctionnement de leur corps, optimiser leurs chances de concevoir ou encore minimiser les risques de grossesse non désirée. Parmi les données récoltées, on trouve aussi la date des dernières règles, parfois l’allure du col de l’utérus ou de la poitrine, la fréquence à laquelle l’utilisatrice se masturbe ou encore le rendez-vous médical voire le rencard du jour. Autant d’informations sensibles, que personne n’aimerait voir divulguées.</p>
<p>Un vœu pieux : en 2019, l'<span class=”caps”>ONG</span> Privacy International dévoilait que certaines de ces applis «<small class=”fine d-inline”> </small><i>transmettaient à Facebook des données plus ou moins nombreuses et plus ou moins privées</i><a href=’#nb2-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Des applications de suivi des règles transmettent des données très (…)’ id=’nh2-1′>1</a><small class=”fine d-inline”> </small>». Maya, pour n’en citer qu’une, envoyait «<small class=”fine d-inline”> </small><i>ces informations ultra confidentielles vers les serveurs</i><small class=”fine d-inline”> </small>» du réseau social. La sonnette d’alarme avait pourtant été tirée dès 2017 par l’association américaine de défense des libertés numériques Electronic Frontier Foundation qui révélait déjà à l’époque «<small class=”fine d-inline”> </small><i>de nombreuses failles de sécurité dans l’utilisation et la protection de la masse de données récupérées par ces applications</i><a href=’#nb2-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Que deviennent les données des applications pour le suivi des règles ? », Le (…)’ id=’nh2-2′>2</a><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<p>Aujourd’hui, Lucie Ronfaut, journaliste spécialiste de ce qu’elle nomme la «<small class=”fine d-inline”> </small>menstrutech<small class=”fine d-inline”> </small>», l’assure : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Toutes ces applications disent respecter le règlement général sur la protection des données (<span class=”caps”>RGPD</span>).</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Chaque appli est en effet tenue de se conformer à ce règlement appliqué depuis 2018 et censé renforcer, à l’échelle de l’Union européenne, la sécurité des données personnelles. Si des efforts ont été faits, l’année dernière le sujet inquiétait toujours la <span class=”caps”>CNIL</span><a href=’#nb2-3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Commission nationale de l’informatique et des libertés.’ id=’nh2-3′>3</a> : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>À l’heure où s’occuper de soi est une injonction morale, ces applications semblent offrir un moyen de ne pas être en échec, et le prix à payer est celui de la collecte et potentielle marchandisation de nos données les plus intimes</i><a href=’#nb2-4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« La médecine connectée à nos culottes », site du Laboratoire d’innovation (…)’ id=’nh2-4′>4</a><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<p>***</p>
<p>L’idée était pourtant séduisante, ces applis promettant de mettre entre les mains des femmes des outils leur permettant d’acquérir une forme d’expertise sur le fonctionnement de leur corps et de leurs cycles. Un peu à la manière des ateliers d’auto-gynécologie démocratisés dans les années 1970 par des collectifs féministes et aujourd’hui investis notamment par certaines antennes du Planning familial. Ces applications offrent en effet la possibilité de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>développer des pratiques et des connaissances propres dans le domaine gynécologique,</i> [permettant entre autres] <i>d’atténuer une relation dissymétrique avec le corps médical et de développer une certaine autonomie vis-à-vis des médecins</i><a href=’#nb2-5′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« L’auto-gynécologie : écoféminisme et intersectionnalité », Travail, genre et (…)’ id=’nh2-5′>5</a><small class=”fine d-inline”> </small>». La dimension numérique offre quant à elle la possibilité de visualiser plus facilement la variation des cycles (par exemple à l’aide de graphiques) et de toucher un public plus varié, qui ne ferait pas forcément la démarche de se rendre à un atelier d’auto-gynécologie collectif.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Jeunes, riches et en bonne santé</strong></div>
<p>Problème : si ces applis ratissent plus large, elles ne sont pas pour autant plus inclusives. C’est en tout cas ce qu’a soulevé Marion Coville, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication et atteinte d’endométriose<a href=’#nb2-6′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Maladie gynécologique fréquente, potentiellement très douloureuse et (…)’ id=’nh2-6′>6</a>. En 2018, elle racontait dans un article<a href=’#nb2-7′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Rendre visible le corps et ses douleurs : les technologies de l’endométriose (…)’ id=’nh2-7′>7</a> son expérience des applications de suivi des cycles : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>J’ai cherché à appréhender plus précisément le rythme des douleurs, pour saisir plus finement leurs répercussions dans ma vie quotidienne. Mais aussi pour tenter d’identifier des corrélations entre les douleurs et mon mode de vie, afin de trouver des moyens de gérer l’incertitude liée à la maladie chronique.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Une expérience qui ne l’a pas convaincue, la chercheuse s’étant rapidement frottée aux limites de ces outils : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>La visualisation des données est basée sur un fonctionnement cyclique. En d’autres termes, si vous n’êtes pas en mesure d’indiquer environ une fois par mois la date de vos menstruations, l’application est rapidement inopérante et les données sont encore moins lisibles.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Autre critique : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Les douleurs occupent […] peu de place et sont souvent restreintes à quelques douleurs “typiques” du cycle menstruel : il n’est pas possible de renseigner soi-même leur localisation. Surtout, l’interface ne permet pas d’évaluer leur intensité.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Pourtant, certaines applis comme Clue, se félicitent de participer à la recherche scientifique en «<small class=”fine d-inline”> </small>santé féminine<small class=”fine d-inline”> </small>» en fournissant à des universités des données produites par les utilisatrices. Une démarche qui interroge quand on sait que la base de données exclut <i>de facto</i> les personnes auxquelles la recherche devrait peut-être s’intéresser en priorité. La question de l’échantillon soulève également d’autres questions, estime Lucie Ronfaut : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On peut supposer que les personnes qui utilisent ces applis sont plutôt jeunes et favorisées : cet échantillon ignore donc de fait beaucoup de femmes.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Pour elle, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>ce modèle de la recherche main dans la main avec les applications est très américain, très lié à la privatisation de la recherche</i><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Clichés éculés et hétéronormativité</strong></div>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Montrez à ce monstre</i> [qu’est le syndrome prémenstruel] <i>de quoi vous êtes capable.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Votre cycle peut grandement affecter la vie de votre partenaire.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Voici le genre de messages quotidiens, infantilisants voire culpabilisants, que certaines applications délivrent à leurs utilisatrices. Des clichés éculés qui creusent le fossé entre ces outils numériques et la pratique initiale du <i>self-help</i> gynécologique, laquelle s’inscrit dans une démarche clairement féministe. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On ne peut pas non plus renseigner</i> <i>certains évènements pourtant très fréquents comme une fausse couche ou un avortement</i><small class=”fine d-inline”> </small>», souligne Lucie Ronfaut.</p>
<p>Sur un autre plan, si certaines applis mettent à disposition une documentation connexe, rares sont celles qui relaient des articles destinés aux personnes <span class=”caps”>LGBTQIA</span>+<a href=’#nb2-8′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Qui désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, (…)’ id=’nh2-8′>8</a>, en dehors de Clue qui traite par exemple de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>ce que ça fait d’avoir ses règles quand on est trans</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Lucie Ronfaut confirme : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ces applications sont assez normatives. Particulièrement celles qui s’adressent plutôt aux jeunes filles et vont donner des conseils sexo, du genre “comment bien sucer son mec”. Elles ont du mal à s’éloigner de ces clichés sexistes et à sortir de l’hétéronormativité.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Face à une «<small class=”fine d-inline”> </small>menstrutech<small class=”fine d-inline”> </small>» monopolistique qui semble bien loin d’incarner une quelconque révolution féministe numérique, deux horizons peuvent se dégager : se détourner de ces usages ou les disrupter. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il existe quelques applications </i>open source<a href=’#nb2-9′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Logiciel libre qui autorise les utilisatrices à modifier elles-mêmes le (…)’ id=’nh2-9′>9</a><small class=”fine d-inline”> </small>», rappelle Lucie Ronfaut en citant Drip, qui à sa connaissance est la plus aboutie. Un premier pas pour renouer avec la dimension résolument <i>Do It Yourself</i> de la pratique de l’auto-gynécologie<small class=”fine d-inline”> </small>?</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Tiphaine Guéret</strong></div></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb2-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-1′ rev=’appendix’>1</a> </span><a href=”https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/09/10/des-applications-de-suivi-des-regles-transmettent-des-donnees-tres-personnelles-a-facebook_5508615_4408996.html” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Des applications de suivi des règles transmettent des données très personnelles à Facebook<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>Le Monde</i> (10/09/2019).</p>
</div><div id=’nb2-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-2′ rev=’appendix’>2</a> </span><a href=”https://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/08/24/que-deviennent-les-donnees-des-applications-pour-le-suivi-des-menstruations_5176119_4408996.html” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Que deviennent les données des applications pour le suivi des règles<small class=”fine d-inline”> </small>?<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>Le Monde</i> (24/08/2017).</p>
</div><div id=’nb2-3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-3′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-3′ rev=’appendix’>3</a> </span>Commission nationale de l’informatique et des libertés.</p>
</div><div id=’nb2-4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-4′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-4′ rev=’appendix’>4</a> </span><a href=”https://linc.cnil.fr/fr/la-medecine-connectee-nos-culottes” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>La médecine connectée à nos culottes<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, site du Laboratoire d’innovation numérique de la <span class=”caps”><span class=”caps”>CNIL</span></span> (21/01/2020).</p>
</div><div id=’nb2-5′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-5′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-5′ rev=’appendix’>5</a> </span><a href=”https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2019-2-page-109.htm” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>L’auto-gynécologie : écoféminisme et intersectionnalité<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>Travail, genre et société </i>n° 42, 2019.</p>
</div><div id=’nb2-6′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-6′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-6′ rev=’appendix’>6</a> </span>Maladie gynécologique fréquente, potentiellement très douloureuse et incommodante, caractérisée par la présence, en dehors de l’utérus, de tissus ressemblant à ceux qui tapissent ce dernier.</p>
</div><div id=’nb2-7′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-7′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-7′ rev=’appendix’>7</a> </span><a href=”https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02526091″ class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Rendre visible le corps et ses douleurs : les technologies de l’endométriose<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>hypotheses.org</i> (10/09/2018).</p>
</div><div id=’nb2-8′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-8′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-8′ rev=’appendix’>8</a> </span>Qui désigne les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles.</p>
</div><div id=’nb2-9′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh2-9′ class=’spip_note’ title=’Notes 2-9′ rev=’appendix’>9</a> </span>Logiciel libre qui autorise les utilisatrices à modifier elles-mêmes le logiciel et son code source.</p>
</div></div>

Le flow de Moria
http://cqfd-journal.org/Le-flow-de-Moria
http://cqfd-journal.org/Le-flow-de-Moria
2021-12-14T11:23:09Z
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fr
Robin Bouctot

Ruoyi Jin

<p>Coincé sur l’île grecque de Lesbos depuis deux ans, Mohamed Hussein, jeune rappeur afghan, a connu les épouvantables conditions de vie du camp de Moria. Ses morceaux sont la chronique des destinées brisées par la forteresse Europe. Une dizaine de jours après le grand incendie des 8 et 9 septembre 2020, Mohamed et quelques potes se faufilent entre les barrages et les patrouilles pour parcourir les ruines du camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos. Après avoir été plus de 20 000 – au plus fort de la (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin” rel=”tag”>Ruoyi Jin</a>

<div class=’rss_chapo’><p>Coincé sur l’île grecque de Lesbos depuis deux ans, Mohamed Hussein, jeune rappeur afghan, a connu les épouvantables conditions de vie du camp de Moria. Ses morceaux sont la chronique des destinées brisées par la forteresse Europe.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”27″data-legende-lenx=””
>
<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200rapmoria_resultat.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200rapmoria_resultat.jpg’ width=’500′ height=’766′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Illustration de Ruoyi Jin
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p>Une dizaine de jours après le grand incendie des 8 et 9 septembre 2020, Mohamed et quelques potes se faufilent entre les barrages et les patrouilles pour parcourir les ruines du camp de Moria, sur l’île grecque de Lesbos. Après avoir été plus de 20 000 – au plus fort de la crise –, 13 000 exilés y survivaient encore au moment du sinistre, contraints à l’isolement par la flambée du Covid et entassés dans des conditions déplorables<a href=’#nb3-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lire à ce sujet : « À Lesbos, contre les barbelés de la mer Égée », CQFD n° 185 (…)’ id=’nh3-1′>1</a>. En septembre 2020, la «<small class=”fine d-inline”> </small>honte de l’Europe<small class=”fine d-inline”> </small>» était rayée de la carte par les flammes. Les exilés, eux, ont aussitôt été déplacés vers d’autres camps, guère différents, voire encore plus fermés.</p>
<p>Les pieds dans la cendre et le verre pilé, au milieu des containers cramés, des tôles à moitié fondues et des restes de ce qui fut, un temps, le plus grand camp de réfugiés d’Europe, le jeune afghan commence à rapper «<small class=”fine d-inline”> </small><i>au nom de la liberté</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Ça donne <i>Dead Rabbits</i><a href=’#nb3-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Produit par Heartboy et à écouter sur YouTube.’ id=’nh3-2′>2</a>. Un texte brut, scandé en farsi. Un cri de rage déclamé avec ses tripes et l’indescriptible colère accumulée pendant ses longs mois de descente aux enfers. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Nous sommes aussi des humains, quelle est notre différence</i> <i>/ nous ne sommes pas des criminels ou des animaux</i> <i>/</i> <i>où est cette culture occidentale</i> <i>/</i> <i>où sont les droits de l’homme</i><small class=”fine d-inline”> </small>», débite Mohamed, face caméra, au milieu des décombres.</p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ce que j’écris, ce que je dis, c’est ce que j’ai devant moi. C’est ce que je vois, dans notre cage. Je ne cherche pas à faire des rimes, c’est juste l’horreur de notre vie</i><small class=”fine d-inline”> </small>», lâche-t-il des mois plus tard à la terrasse d’un petit café de Mytilène, la grande ville de l’île de Lesbos. À deux rues de là, le port et les embarcations de Frontex<a href=’#nb3-3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, créée en 2004, pour (…)’ id=’nh3-3′>3</a> le font rire jaune : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ces gros navires de guerre, là, ça ressemble à des bateaux pour venir en aide à des gens en mer</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Le jeune homme au regard noir porte une queue de cheval et une fine barbe. Une veste camouflage cache des avant-bras tatoués et des ongles vernis. Il fume lentement une des quelques cigarettes qu’il s’offre chaque jour. Il a 26 ans, et plus vraiment de rêves.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Un chaos nommé Moria</strong></div>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Je suis venu en Europe avec des projets. Étudier l’astrophysique à l’université, faire de la musique, construire une vie, ce genre de trucs. J’ai tout perdu à Moria. Tout. Là-bas, la seule chose qui comptait, c’était : comment survivre</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Il y est resté coincé pendant neuf mois, en 2019. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Dans cet enfer</i><small class=”fine d-inline”> </small>», au milieu des tentes et des abris de fortune, des gosses à la dérive et des mères en détresse, rongé par la peur et bouffé par la haine. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Tous mes espoirs se sont effondrés là. J’avais des idées suicidaires.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Et de s’interroger : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Comment je pourrais avoir un enfant un jour et lui dire que les hommes sont capables de ça</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>? Comment y croire après tout ce que j’ai vu</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>***</p>
<p>Ado, en Afghanistan, Mohamed est un jeune athée révolté, bien seul dans une famille croyante, menacé par le pire et rêvant du meilleur. Il écrit déjà un peu. Se remplit les oreilles de hip-hop, galvanisé par ceux qui rappent leur douleur et la noirceur de leur monde<small class=”fine d-inline”> </small>; blasé par ceux qui s’inventent un style mi-gangsta, mi-bling-bling. Dans son coin il bidouille des sons et essaye d’y poser sa voix. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Je devais faire ça en cachette : mes paroles étaient contre les talibans, contre les fascistes, contre l’islam qu’on nous imposait…</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Devenu adulte, son pays change, le ton de ses proches aussi. Mohamed est de plus en plus critiqué et rejeté. Menacé de mort par un de ses oncles proche des talibans, il prend la fuite en 2016, aidé par sa mère. Il rejoint l’Iran où il bosse comme un furieux dans des usines et met de côté le petit pécule indispensable pour prendre la route de l’Europe. Puis c’est la Turquie, après avoir traversé la frontière et s’être retrouvé «<small class=”fine d-inline”> </small><i>poursuivi par les policiers et leurs chiens pendant des heures, de nuit. On ne comprend pas vraiment ce qu’est une frontière tant qu’on n’a pas été frappé en essayant de la traverser</i><small class=”fine d-inline”> </small>». À Istanbul, tout se passe mal. On le vole, il passe quelques jours en taule, ressort sans rien, galère et flippe d’être expulsé à tout instant. Il y restera deux ans avec «<small class=”fine d-inline”> </small><i>d’autres Afghans</i><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<p>Une nuit, à l’automne 2019, il embarque finalement dans un canot plein à craquer. L’île de Lesbos, porte de l’Europe, est à seulement quelques kilomètres de la Turquie. En journée, on devine ses côtes depuis la plage. L’embarcation passe six heures terrifiantes en mer mais finit par toucher terre. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On nous a tout de suite emmenés au camp de Moria.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Le chaos règne derrière les barbelés du bidonville, qui n’a plus du «<small class=”fine d-inline”> </small><i>centre de réception des demandeurs d’asile</i><small class=”fine d-inline”> </small>» que le nom. En neuf mois, son Europe idéalisée s’effondre. Pour tenir le coup, le jeune homme apprend l’anglais «<small class=”fine d-inline”> </small><i>à fond</i><small class=”fine d-inline”> </small>», fait un peu de traduction et se donne corps et âme à tous ceux qui l’entourent, jusqu’à l’épuisement. La matrice d’une grande colère : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Tous ces gens n’ont pas choisi de naître dans une zone de guerre. Ce n’était pas notre choix de fuir</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>! J’ai fui pour survivre</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>! On vient de la guerre, vous entendez ça, bordel</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>? On vient de ça</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>! Est-ce qu’on n’est pas humains</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>? Ou est-ce qu’ils ne le sont pas, eux</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>», fulmine-t-il, ciblant autant les responsables européens, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>les fascistes</i><small class=”fine d-inline”> </small>» et «<small class=”fine d-inline”> </small><i>les racistes</i><small class=”fine d-inline”> </small>» que «<small class=”fine d-inline”> </small><i>les jeunes Européens qui préfèrent se battre pour les animaux</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Avant de préciser : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Et pourtant je suis végétarien…</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Des mots sur les plaies</strong></div>
<p>La nuit, l’horreur et la colère accumulées se transforment en mots, qu’il lâche d’un seul jet sur le papier. Des récits d’exil, de vies volées, de combat, de sang, de gamins coincés dans des barbelés. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>C’est sous mes yeux, je n’invente rien.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Mohamed parle, écoute, se fait des potes. Plus tard, il pose ses mots sur des instrus, envoyées par des copains militants ou piquées sur internet. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ce qui compte là-dedans, ce n’est pas la musique, mais que les gens entendent ce que je dis</i><small class=”fine d-inline”> </small>», insiste le jeune rappeur, tout près de sortir son premier album, bricolé dans un petit appartement de Mytilène. Ça s’appellera <i>Interview</i>, l’Europe et les réfugiés seront dans tous les morceaux. C’est en farsi, mais Mohamed – nom de scène <span class=”caps”>MO</span> ou Mohamad ou encore Mohamed, selon les jours – bosse sur les traductions en anglais. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Les gens doivent entendre nos histoires, c’est le plus important</i><small class=”fine d-inline”> </small>», répète-t-il encore et encore. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le rap est politique, il doit servir à ça.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Début octobre, il a attrapé un micro sur une scène pour la première fois de sa vie. C’était à Bineio, un grand squat de Mytilène, à l’occasion d’une soirée «<small class=”fine d-inline”> </small>Rap against borders<small class=”fine d-inline”> </small>». Un concert de soutien aux six jeunes réfugiés déclarés responsables de l’incendie du camp de Moria et condamnés à des peines astronomiques<a href=’#nb3-4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’En mars et juin 2021 ont eu lieu deux procès ayant abouti à la condamnation (…)’ id=’nh3-4′>4</a>. Plus de 200 personnes étaient là. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>L’union avec les gens, voir ce que la musique peut faire… C’était énorme</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>!</i><small class=”fine d-inline”> </small>», dit-il. L’écho de la foule, reprenant <i>Dead Rabbits</i> avec lui. Une flamme commune. Un cri du cœur contre cette Europe et ces «<small class=”fine d-inline”> </small><i>politiques qui jouent avec la vie des gens, en prennent quelques-uns ou en enferment d’autres selon leurs besoins</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Quelques Afghans sont venus le voir à la fin, pour le remercier. Pour lui dire qu’il avait mis des mots sur leurs plaies. Et Mohamed de conclure : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Cette musique n’est pas la mienne, c’est juste nos putains de vies.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Robin Bouctot</strong></div></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb3-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh3-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 3-1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Lire à ce sujet : «<small class=”fine d-inline”> </small>À Lesbos, contre les barbelés de la mer Égée<small class=”fine d-inline”> </small>», <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i> n° 185 (mars 2020) et «<small class=”fine d-inline”> </small>Lesbos : une traînée de poudre qui n’en finit pas<small class=”fine d-inline”> </small>», <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i> n° 186 (avril 2020).</p>
</div><div id=’nb3-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh3-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 3-2′ rev=’appendix’>2</a> </span>Produit par Heartboy et à écouter sur YouTube.</p>
</div><div id=’nb3-3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh3-3′ class=’spip_note’ title=’Notes 3-3′ rev=’appendix’>3</a> </span>L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, créée en 2004, pour protéger les frontières extérieures de l’espace de libre circulation de l’Union européenne.</p>
</div><div id=’nb3-4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh3-4′ class=’spip_note’ title=’Notes 3-4′ rev=’appendix’>4</a> </span>En mars et juin 2021 ont eu lieu deux procès ayant abouti à la condamnation respectivement de deux mineurs afghans à cinq ans de prison ferme et de quatre autres jeunes Afghans à dix ans, ferme également.</p>
</div></div>

Ci-gît le secret médical
http://cqfd-journal.org/Ci-git-le-secret-medical
http://cqfd-journal.org/Ci-git-le-secret-medical
2021-12-13T08:34:30Z
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fr
Frédéric Peylet

Le dossier
Théo Bedard
d’un
France
Santé
données
Gafam
data
santé connectée
Health Data
Data Hub
Microsoft

<p>Une cartographie du business des données de santé. C’est ce que dessine Ma santé, mes données, livre-enquête de la journaliste Coralie Lemke, publié en septembre dernier par les éditions Premier Parallèle. Elle y alerte sur les mirages de ce nouvel eldorado économique que convoitent Google, Amazon et consorts. Il est un monde d’avant, bien antérieur à la pandémie, dont les images se parent déjà des teintes sépia et fanées des époques révolues : le temps des relations confidentielles et exclusives entre (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<div class=’rss_chapo’><p>Une cartographie du business des données de santé. C’est ce que dessine <i>Ma santé, mes données</i>, livre-enquête de la journaliste Coralie Lemke, publié en septembre dernier par les éditions Premier Parallèle. Elle y alerte sur les mirages de ce nouvel eldorado économique que convoitent Google, Amazon et consorts.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”29″data-legende-lenx=””
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<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200masanta_c_mesdonna_c_es_resultat.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH388/1200masanta_c_mesdonna_c_es_resultat-223d3.jpg?1640101657′ width=’500′ height=’388′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Illustration de Théo Bedard
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p>Il est un monde d’avant, bien antérieur à la pandémie, dont les images se parent déjà des teintes sépia et fanées des époques révolues : le temps des relations confidentielles et exclusives entre médecin et patient. Un temps où toute une existence de maux, petits et grands, reposait dans des chemises cartonnées, nominatives, soigneusement rangées et précieusement conservées. Ce monde du secret médical n’est plus, emporté par une onde numérique qui se décline en dénominations garanties 100<small class=”fine d-inline”> </small>% start-up nation : Health Data Hub, e-santé, <i>data broker</i>… Désormais, du hochet au caveau, nos résultats médicaux, nos hospitalisations, nos consultations s’appellent des données de santé : elles se stockent en lignes de code plus ou moins anonymes, s’échangent ou se monnayent, nourrissent la recherche, aiguisent les appétits des Gafam<a href=’#nb4-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Acronyme qui désigne les géants de la toile Google, Apple, Facebook, Amazon (…)’ id=’nh4-1′>1</a> et autres licornes émergentes du web, attirant en écho les requins de la cybercriminalité.</p>
<p>Un monde complexe où le bien (les espoirs du progrès scientifique) côtoie le pire (l’appât du gain sans limites) et sur lequel Coralie Lemke, journaliste scientifique, a enquêté longuement pour les besoins d’un ouvrage, <i>Ma santé, mes données</i>, paru cet automne aux éditions Premier Parallèle. Sans dénigrer les bienfaits qu’on peut en espérer, elle place le curseur sur quelques points de vigilance qu’il ne faudra pas lâcher de l’œil dans les années à venir.</p>
<p>***</p>
<p><strong>La santé connectée concerne un très vaste champ d’usages avec, au sommet de la pyramide numérique, la création en 2019 par l’État français d’une plateforme nommée Health Data Hub. À quoi est-elle destinée<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Il s’agit d’un “entrepôt virtuel” d’un genre très particulier : l’idée initiale est de rassembler toutes les bases existantes de données sur la santé des Français, qui sont nombreuses et massives. Sur cette plateforme, on trouve d’abord toutes celles collectées par l’Assurance maladie, soit les dépenses de santé de chaque affilié en termes de consultations médicales, bilans biologiques et achats en pharmacie. Une autre base de données, très volumineuse, est celle provenant des hôpitaux avec, pour chaque patient, les entrées et sorties, les examens réalisés et les opérations effectuées. Figure également dans le périmètre du Health Data Hub le registre des certificats et des causes de décès.</p>
<p>L’agrégation de données en un même espace favorise la recherche en permettant aux équipes qui s’y consacrent d’avoir un accès plus fluide et plus précis à ces informations, et de les recouper.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>Où étaient stockées ces données auparavant<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Elles étaient totalement éparpillées, seulement disponibles sur des supports déconnectés les uns des autres, ce qui empêchait tout projet de recherche transversal. Remédier à ces obstacles était un souhait de la communauté scientifique.</p>
<p>Sauf que, pour gérer cet énorme stock de données, il a fallu faire appel à un acteur numérique assez “massif” pour en supporter la charge. Et qui a été choisi<small class=”fine d-inline”> </small>? Microsoft. Plus précisément : Azure, la solution de “cloud” numérique de la multinationale. Rien d’illégal sur le fond car, au regard de la loi, Microsoft a bien l’agrément d’hébergeur de données de santé, condition <i>sine qua non</i> pour être choisi. Le problème est que Microsoft est une entreprise états-unienne, dépendant de fait des lois propres au pays dont celle du “Cloud Act” de 2018 <a href=’#nb4-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Loi qui peut contraindre les fournisseurs de services établis aux États-Unis (…)’ id=’nh4-2′>2</a> qui stipule, entre autres, que toutes les données stockées sur un serveur d’une entreprise états-unienne relèvent du droit national. Ça a provoqué un tollé monstre en France car ce dispositif entre en conflit total avec la législation européenne, dont celle du <span class=”caps”>RGPD</span><a href=’#nb4-3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Le règlement général sur la protection des données est un règlement européen (…)’ id=’nh4-3′>3</a> qui établit l’interdiction de récolter des données sensibles (dont font évidemment partie celles sur la santé), ou de les traiter sans l’approbation du patient.</p>
<p>Cela a conduit le ministre de la Santé, Olivier Véran, à un énorme rétropédalage : il a assuré que la France choisirait fin 2022 un autre acteur que Microsoft, avant de signer un arrêté assurant que d’ici là aucune donnée ne pourrait sortir de France. Pour faire bonne figure, Microsoft s’est adapté, en transférant notamment ses serveurs en Île-de-France, assurant dans le même temps que, si d’aventure des informations avaient fuité, ce qu’il est très difficile de prouver, les “victimes” lésées seraient dédommagées…<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>Vous citez dans votre livre Martin Drago, juriste à La Quadrature du net, qui dit : «<small class=”fine d-inline”> </small>Il faut garder à l’esprit que les Gafam et plein d’autres entreprises du numérique moins grandes ne respectent pas la loi.<small class=”fine d-inline”> </small>» Ce que corrobore votre enquête<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Les Gafam vont toujours plus vite que la législation<small class=”fine d-inline”> </small>! Et ce qui doit alerter, c’est la latitude dont ils disposent avant qu’on ne vienne leur rappeler que ce qu’ils font est limite, voire franchement illégal. Par exemple, pour l’Europe, c’est la Cnil<a href=’#nb4-4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Commission nationale de l’informatique et des libertés.’ id=’nh4-4′>4</a> irlandaise qui est habilitée à gérer les plaintes déposées contre les Gafam en matière de transgression de la protection des données. Or cette institution ne joue pas le jeu : 99,93<small class=”fine d-inline”> </small>% des plaintes déposées auprès de ses services n’aboutissent pas<small class=”fine d-inline”> </small>! Manque de volonté ou manque de moyens, on ne sait pas, mais elle n’est absolument pas performante. Face à cette inertie, les Gafam peuvent estimer avoir les mains libres. On peut difficilement leur donner tort… C’est extrêmement décourageant.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>Dans un contexte de surveillance numérique de plus en plus intense et intrusif, qu’y-a-t-il de spécifique, en matière de santé, à craindre venant des Gafam<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Le gros risque serait l’alliance des Gafam avec les assurances, qui occasionnerait un dangereux mélange des genres entre le soin des patients (mission première de la médecine) et des contrats d’assurances qui seraient modulés selon le profil des patients. Pour l’instant, la France est protégée sur ce point par un arsenal législatif efficace. Aux États-Unis ce n’est pas le cas et confier des données médicales aux Gafam, comme à Google qui s’est octroyé la gestion des dossiers de patients du groupe de santé Ascension (2 600 établissements, dont 150 hôpitaux), revient à leur permettre d’utiliser et croiser ces données comme bon leur semble… donc de les partager ou les revendre à n’importe quel autre acteur du monde de la santé, dont les compagnies d’assurances.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>On a connu un monde où le secret médical reposait sur une relation triangulaire patient/médecin/Sécurité sociale. Avec ces nouveaux acteurs, peut-on encore croire en l’idée même du secret médical<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Il est clairement mis à mal, à tel point que la certitude d’un secret médical garanti n’existe plus. Notamment parce qu’au-delà de l’irruption des Gafam dans le paysage de la santé publique, il y a le problème de la cybercriminalité.</p>
<p>Les systèmes informatiques des établissements de santé en France sont tellement mal protégés, avec des équipements carrément obsolètes et des niveaux de protection si faibles qu’il est très facile de hacker des hôpitaux ou des laboratoires à coups de “rançongiciels<a href=’#nb4-5′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Logiciel ou virus qui « prend en otage » les données ou bloque l’accès à la (…)’ id=’nh4-5′>5</a>”. Ces derniers peuvent paralyser très rapidement toute une structure, avec des conséquences gravissimes pour des patients en attente d’opérations urgentes par exemple. Rares il y a encore peu de temps, ces attaques sont en progression fulgurante, surtout depuis le début de la pandémie de Covid-19. On a ainsi relevé une augmentation de 475<small class=”fine d-inline”> </small>% des cyberattaques durant le premier trimestre 2020 en Europe.</p>
<p>À titre individuel, les patients sont également vulnérables. Les concernant, les cybercriminels s’appuient sur deux leviers pour monnayer les données dérobées : la revente des données sur le dark web – un business très lucratif – et la demande de rançon adressée directement au patient quand les éléments volés leur ont permis d’obtenir à la fois dossier médical et coordonnées personnelles. Les cybercriminels les plus ingénieux cumulent parfois les deux et doublent ainsi la mise.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>Que fait l’État face à cette situation<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Il y a eu une première réponse avec le déblocage d’1 milliard d’euros pour renforcer la protection des systèmes informatiques institutionnels en France. Mais il manquait une précision, apportée lors du Ségur de la Santé en 2020 : seul un tiers de cette somme serait consacré aux services de santé. Si les professionnels du secteur ont salué l’intention première, ils ont immédiatement craint et regretté que ce ne soit qu’une parade dérisoire. L’ingéniosité de la cybercriminalité est telle que cet investissement, dans un nouveau parc informatique par exemple, ne suffira plus dans quelques mois à contrer de nouvelles attaques. Il faut une politique sur le long terme et pas un “chèque miracle” censé arranger la situation d’un seul coup<small class=”fine d-inline”> </small>! La France présente ce paradoxe d’avoir d’un côté un Health Data Hub ultra moderne, plutôt bien protégé, et de l’autre un système de base, pour la santé de tous les jours, qui est complètement défaillant.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>En dehors de cette cybercriminalité, quels sont les autres aspects lucratifs de la numérisation des données<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Il y a un volet financier qui concerne davantage les laboratoires et la recherche. Pour faire des économies dans le cadre des études nécessaires à l’élaboration d’un nouveau médicament, coûteuses et chronophages, des laboratoires pharmaceutiques vont chercher à acquérir des lots de données prêtes à l’emploi. Pour ça, ils vont solliciter une nouvelle profession, encore peu connue : les <i>data brokers</i>, ou courtiers en données, dont le travail consiste à chercher des données disponibles. C’est un marché légal, florissant aux États-Unis, où un <i>data broker</i> va pouvoir faire une offre d’achat pour un lot de données concernant par exemple des hommes diabétiques de 50 à 65 ans… et il trouvera des clients prêts à les lui vendre<small class=”fine d-inline”> </small>!</p>
<p>En France, le <span class=”caps”>RGPD</span> nous protège normalement de ce genre de transaction. Sauf qu’il y a des failles. En septembre 2018, la Cnil a ainsi autorisé la société <span class=”caps”>IQVIA</span>, leader mondial des données de santé<a href=’#nb4-6′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Multinationale états-unienne, IQVIA se définit comme spécialiste de « la (…)’ id=’nh4-6′>6</a>, à acter un partenariat avec 40<small class=”fine d-inline”> </small>% des pharmacies françaises. À chaque fois que le client présente sa carte Vitale lors de son passage en caisse, toutes les données de ce qu’il a acheté, qu’il s’agisse de médicaments prescrits par un médecin ou d’articles de parapharmacie, sont consignées dans un logiciel et transmises à <span class=”caps”>IQVIA</span>. Ensuite, il est impossible de savoir à qui <span class=”caps”>IQVIA</span> revend toutes ces informations ni à quoi elles servent. Les clients français auraient pourtant légalement dû donner leur consentement. Ajoutons qu’en théorie les pharmaciens sont tenus d’informer chaque client de cet accord…<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p><strong>Après plus d’un an de pandémie et d’état d’urgence sanitaire, qu’est-ce qui a changé dans les usages liés à la santé connectée<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small>Des confinements successifs à la mise en place du passe sanitaire, en passant par toutes les étapes du plan vaccination, la santé a pris une place centrale dans nos vies depuis bientôt deux ans. Et la rapidité de la mobilisation de tous les acteurs du monde de la recherche pour mettre au point des vaccins a été quelque chose d’inédit dans l’histoire de la médecine. Pour autant, on ne peut pas lier cette “performance” à la santé connectée.</p>
<p>La pandémie n’a rien changé aux problèmes, qui se profilaient avant elle et qui demeurent d’actualité, sur lesquels j’alerte en parlant de stopper l’hémorragie des données. Ces points de vigilance concernent avant tout les Gafam qui n’ont pas d’expertise en médecine et qui sont pourtant en train de se créer une place au cœur même des métiers de la santé. D’autre part, il faut garder un œil sur les laboratoires qui sont là pour mettre au point de nouveaux médicaments, de nouvelles molécules, en gardant en tête qu’ils sont avant tout guidés par des logiques financières et que la disponibilité de lots de données leur permet <i>in fine </i>de s’enrichir.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<strong>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”>Propos recueillis par Frédéric Peylet</div> </strong></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb4-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Acronyme qui désigne les géants de la toile Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.</p>
</div><div id=’nb4-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-2′ rev=’appendix’>2</a> </span>Loi qui peut contraindre les fournisseurs de services établis aux États-Unis à fournir des données à la justice américaine.</p>
</div><div id=’nb4-3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-3′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-3′ rev=’appendix’>3</a> </span>Le règlement général sur la protection des données est un règlement européen qui encadre le traitement des données de manière égalitaire sur tout le territoire de l’Union européenne.</p>
</div><div id=’nb4-4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-4′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-4′ rev=’appendix’>4</a> </span>Commission nationale de l’informatique et des libertés.</p>
</div><div id=’nb4-5′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-5′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-5′ rev=’appendix’>5</a> </span>Logiciel ou virus qui «<small class=”fine d-inline”> </small>prend en otage<small class=”fine d-inline”> </small>» les données ou bloque l’accès à la machine tant que la victime n’a pas envoyé une certaine somme d’argent.</p>
</div><div id=’nb4-6′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh4-6′ class=’spip_note’ title=’Notes 4-6′ rev=’appendix’>6</a> </span>Multinationale états-unienne, <span class=”caps”><span class=”caps”>IQVIA</span></span> se définit comme spécialiste de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>la fourniture d’informations, de technologies innovantes et de services d’études de recherche sous contrat utilisant la donnée et la science pour aider les acteurs de la santé et trouver les meilleures solutions pour les patients</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Elle déclare sur son site posséder plus d’un milliard de dossiers médicaux…</p>
</div></div>

En Kanaky, le variant delta du colonialisme
http://cqfd-journal.org/En-Kanaky-le-variant-delta-du
http://cqfd-journal.org/En-Kanaky-le-variant-delta-du
2021-12-09T13:03:46Z
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fr
Benoît Godin

6col

<p>En Nouvelle-Calédonie, le dernier des trois référendums d’autodétermination prévus par l’accord de Nouméa se tiendra ce dimanche 12 décembre. Ainsi a tranché l’État français après d’âpres débats sur un possible report au vu du contexte sanitaire et social. Cette consultation est pourtant vidée de son sens, l’ensemble des indépendantistes appelant à la «<small class=”fine d-inline”> </small>non-participation<small class=”fine d-inline”> </small>» : le vote devrait donc se faire pour ainsi dire sans les Kanak, peuple premier du territoire, pro-indépendance à une écrasante majorité. Un (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/6col” rel=”tag”>6col</a>

<div class=’rss_chapo’><p>En Nouvelle-Calédonie, le dernier des trois référendums d’autodétermination prévus par l’accord de Nouméa se tiendra ce dimanche 12 décembre. Ainsi a tranché l’État français après d’âpres débats sur un possible report au vu du contexte sanitaire et social. Cette consultation est pourtant vidée de son sens, l’ensemble des indépendantistes appelant à la «<small class=”fine d-inline”> </small>non-participation<small class=”fine d-inline”> </small>» : le vote devrait donc se faire pour ainsi dire sans les Kanak, peuple premier du territoire, pro-indépendance à une écrasante majorité. Un passage en force qui vise à purger le processus de décolonisation de la Nouvelle-Calédonie, quitte à précipiter l’archipel dans une crise politique profonde.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”14″data-legende-lenx=””
>
<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200kanaky_resultat.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200kanaky_resultat.jpg’ width=’500′ height=’372′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Collage 6Col
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p><span class=”lettrine”>A</span>loisio Sako nous reçoit chez lui à Dumbéa, dans la banlieue de Nouméa, en tenue de travail. Ce septuagénaire imposant, président du Rassemblement démocratique océanien, l’une des quatre composantes du Front de libération nationale kanak et socialiste (<span class=”caps”>FLNKS</span>), est en train de labourer un vaste champ qui accueillera bientôt des plants d’igname, tubercule incontournable dans le Pacifique. Il commence par dire la dureté de la pandémie qui frappe la Nouvelle-Calédonie, évoque les proches fauchés par le Covid-19, les cérémonies de deuil qui n’ont pu encore se tenir – peut-être à la toute fin du mois de novembre, espère-t-il. Il confie d’une voix basse qu’il n’a pas complètement la tête à la politique, à mener une campagne.</p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Pour nous, Océaniens,</i> explique-t-il, <i>la mort, comme la naissance et le mariage, sont des moments essentiels. Il y a des rituels, des discours, des cérémonies coutumières qui exigent du temps. Pour demander pardon pour la disparition du sang, dont les propriétaires sont les tontons maternels, mais aussi pour se réconcilier, consolider les liens.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Aloisio Sako est membre de l’importante communauté wallisienne<a href=’#nb5-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Originaires du territoire français de Wallis-et-Futuna, Wallisiens et (…)’ id=’nh5-1′>1</a> de Nouvelle-Calédonie, mais la réalité qu’il décrit vaut également pour le monde kanak. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Là, nous sommes plongés dans le deuil et cela concerne des clans entiers. Ce qui représente des centaines, voire des milliers de personnes.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Fin octobre, l’ensemble des indépendantistes, <span class=”caps”>FLNKS</span> en tête, font savoir qu’ils ne participeront pas au troisième et dernier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie prévu le 12 décembre et réclament son report. Qu’importe : un mois jour pour jour avant la date prévue, l’État annonce le maintien du scrutin, sous les vivats du camp anti-indépendantiste. Christian Téin, commissaire général de l’Union calédonienne (<span class=”caps”>UC</span>, parti membre du <span class=”caps”>FLNKS</span>), réagit, visiblement ému : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Après trente années, souvent difficiles, à construire ce pays, ce n’est pas à la légère que nous avons décidé de ne pas y aller. Mais cette pandémie est grave. Nous avions demandé du temps pour que le vote puisse se faire dans l’apaisement, avec tout le monde. La manière de faire de l’État, c’est de monter les populations les unes contre les autres, on ne peut pas l’accepter.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Et d’ajouter : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On appelle les nôtres à ne pas participer parce qu’on a une responsabilité devant l’histoire de ce pays. Et devant tous ceux qui sont morts pour arriver là où nous sommes.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Un an de «<small class=”fine d-inline”> </small>deuil kanak<small class=”fine d-inline”> </small>»</strong></div>
<p>Le Covid-19 n’avait fait jusque-là que quelques incursions sans gravité dans une Nouvelle-Calédonie quasi bouclée. Avant que le variant delta ne déboule début septembre : quelque 12 000 contaminations, plus de 270 décès en moins de trois mois – pour une population qui dépasse à peine les 270 000 personnes. Malgré l’absence de statistiques officielles, chacun s’accorde ici sur le fait que les communautés océaniennes – et kanak en premier lieu – sont les principales victimes de la pandémie. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Nous sommes des populations très fragiles,</i> note Aloisio Sako. <i>Beaucoup de comorbidités, de personnes encore non vaccinées…</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Le 9 novembre, le Sénat coutumier, l’instance qui gère le droit autochtone dans l’archipel, décrète un an de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>deuil kanak</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Selon son président, Yvon Kona, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>plus de 500 familles directes </i>[sont] <i>concernées et plus d’un millier de clans endeuillés</i><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<blockquote class=”spip_poesie”><div>«<small class=”fine d-inline”> </small>Il y a encore quelques jours, nous étions confinés le week-end et toutes les restrictions ne sont pas encore levées… Une campagne d’un mois à peine, dans de telles conditions, pour un sujet aussi important que l’émancipation d’un peuple, cela n’a pas de sens<small class=”fine d-inline”> </small>!<small class=”fine d-inline”> </small>»</div>
</blockquote>
<p>Luc Tournabien, membre de la rédaction du journal <i>La Voix de Kanaky</i> et animateur du blog <i>L’indépendant</i><a href=’#nb5-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’lindependant-knc.com.’ id=’nh5-2′>2</a>, estime que bien des Kanak ne seraient pas allés voter le 12, même sans ces deuils en suspens et l’appel à non-participation des indépendantistes : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il y a dans cette communauté, qui a beaucoup souffert des maladies amenées par les colons ou plus récemment de la lèpre, une peur de la maladie bien plus importante que chez les Européens</i><a href=’#nb5-3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lire à ce sujet « La Kanaky toujours malade du colonialisme », CQFD n° 189 (…)’ id=’nh5-3′>3</a><small class=”fine d-inline”> </small>». Avant de souligner : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il y a encore quelques jours </i>[jusqu’au 7 novembre, <span class=”caps”>NDLR</span>],<i> nous étions confinés le week-end et toutes les restrictions ne sont pas encore levées</i><a href=’#nb5-4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Notamment l’interdiction de rassemblement de plus de trente personnes et un (…)’ id=’nh5-4′>4</a>. Une <i>campagne d’un mois à peine, dans de telles conditions, pour un sujet aussi important que l’émancipation d’un peuple, cela n’a pas de sens</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>!</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>La droite accuse maintenant les indépendantistes de se défiler parce qu’ils auraient peur de perdre,</i> poursuit Luc Tournabien. <i>Mais ce référendum, ce sont eux qui l’ont demandé</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>!</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Ce sont en effet les élus indépendantistes qui ont enclenché, en avril dernier, la procédure conduisant à cette troisième consultation. Mais avec une tout autre date en tête : en 2019, Édouard Philippe, alors Premier ministre, avait assuré que le dernier des trois votes prévus par l’accord de Nouméa ne se tiendrait pas avant fin août 2022, afin de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>bien distinguer les échéances électorales nationales et celles propres à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Le choix du 12 décembre est donc une énième promesse non tenue de l’État dans le dossier calédonien. Tout en la dénonçant, les indépendantistes avaient dû se résoudre à accepter cette accélération du calendrier et avaient lancé leur campagne fin août, en même temps que les anti-indépendantistes. Deux semaines plus tard, la pandémie venait tout stopper.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>La «<small class=”fine d-inline”> </small>main tendue<small class=”fine d-inline”> </small>» des Kanak</strong></div>
<p>À l’issue du deuxième référendum, qui s’est tenu le 4 octobre 2020, le militant indépendantiste Gérald Cortot s’interrogeait dans nos colonnes : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Est-ce que la France va enfin réussir une décolonisation</i><a href=’#nb5-5′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Article paru dans CQFD n° 192 (novembre 2020).’ id=’nh5-5′>5</a> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Un an après, nous le retrouvons à son domicile nouméen. Sa réponse est sans appel : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Non. Mais ce n’est pas étonnant, elle n’en a jamais réussi une seule.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Et de rappeler le droit international, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>jamais évoqué, selon lui, par les responsables français actuels</i><small class=”fine d-inline”> </small>» : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On entend le ministre des Colonies</i> [Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, <span class=”caps”>NDLR</span>], <i>repris par la droite ici, dire que la démocratie n’oblige pas les gens à aller voter, que seul le résultat compte. Mais s’il y a référendum aujourd’hui, c’est que la Nouvelle-Calédonie est inscrite sur la liste de l'<span class=”caps”>ONU</span></i><a href=’#nb5-6′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Il s’agit plus précisément de la liste des « territoires non autonomes », « dont (…)’ id=’nh5-6′>6</a> <i>des pays à décoloniser</i>. <i>Faut-il rappeler les déclarations des Nations unies affirmant le droit des peuples colonisés à disposer d’eux-mêmes</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>? Ici, ce sont les Kanak.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Et de demander : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Quelle légitimité peut avoir un vote sans eux</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Vétéran de l'<span class=”caps”>UC</span>, Gérald Cortot connaît bien l’histoire de la lutte d’émancipation du peuple kanak : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Les Kanak sont les ayants droit naturels de la décolonisation. Dès 1983, ils ont accepté de partager ce droit en invitant les autres communautés de Nouvelle-Calédonie à construire le futur pays avec eux</i><a href=’#nb5-7′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Lors de la table ronde de Nainville-les-Roches (Essonne) qui rassemblait (…)’ id=’nh5-7′>7</a>.<small class=”fine d-inline”> </small>» Il précise : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Cela ne pouvait pas concerner toute la population, puisqu’il y avait eu une politique visant à noyer le peuple originel</i><a href=’#nb5-8′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Une politique dont l’objectif délibéré était d’éviter la naissance d’un mouvement (…)’ id=’nh5-8′>8</a><i>, mais les Kanak ont dès lors reconnu les personnes implantées de longue date. Notamment celles qu’on a appelées les“victimes de l’histoire”, envoyées ici de force, comme à l’époque de la colonie pénitentiaire.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Gérald Cortot dénonce le fait que cette «<small class=”fine d-inline”> </small><i>main tendue</i><small class=”fine d-inline”> </small>» des Kanak soit une nouvelle fois retournée contre eux : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ce sont ces personnes invitées qui, avec la complicité de l’État, font tout pour rester dans la France en agissant comme si les colonisés n’avaient pas voix au chapitre. C’est un retour au colonialisme le plus primaire</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>!</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Saborder l’accord de Nouméa</strong></div>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>L’État et la droite anti-indépendantiste locale cherchent aujourd’hui à profiter de manière indécente de la situation sanitaire et humaine,</i> s’insurge Luc Tournabien. <i>Depuis que la seconde consultation a montré que l’indépendance gagnait du terrain</i><a href=’#nb5-9′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’La consultation de 2020 voyait le « Oui » bondir de plus de trois points par (…)’ id=’nh5-9′>9</a><i>, il y a une volonté affichée, notamment du côté du gouvernement, de casser coûte que coûte la revendication indépendantiste.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Le 20 octobre, devant le Sénat, Jean Castex affirmait, pour la seconde fois en un an, son souhait de conserver la Nouvelle-Calédonie dans la France. Une attitude qui tranche avec la posture de neutralité qui était celle, au moins officiellement, de l’État depuis la signature des accords de Matignon en 1988, puis, de celui de Nouméa dix ans plus tard. Ce dernier ouvrait un exceptionnel processus de décolonisation… qui paraît aujourd’hui moribond.</p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il y a une volonté manifeste de saborder la sortie de l’accord de Nouméa</i><small class=”fine d-inline”> </small>», analyse Luc Tournabien, relevant que l’État s’y était engagé à reconnaître «<small class=”fine d-inline”> </small><i>la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier d’une complète émancipation</i><small class=”fine d-inline”> </small>». «<small class=”fine d-inline”> </small><i>L’État n’a pas vraiment joué le jeu. Quant aux anti-indépendantistes, ils n’ont signé l’accord que pour gagner vingt ans. Ce temps prévu pour la construction collective de l’indépendance, qu’ils ont utilisé pour l’empêcher par tous les moyens. C’est désastreux, car on aurait pu enfin sortir de cette division incessante.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Un regard que partage Gérald Cortot : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On aura toujours des opposants irréductibles, mais une bonne partie de la population calédonienne serait désormais susceptible d’accepter l’indépendance si l’État, qui a la responsabilité de la colonisation et donc de la décolonisation, arrêtait d’instrumentaliser les non-Kanak.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Il ne cache pas sa déception : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Aujourd’hui, alors que ce troisième vote aurait dû se faire autour d’un projet concerté pour le pays à venir, on ravive les divisions et on revient plus de trente ans en arrière.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<blockquote class=”spip_poesie”><div>«<small class=”fine d-inline”> </small>Ils peuvent bien envoyer 5 000, 10 000 hommes, je ne vois pas ce que ça pourra changer à notre aspiration à l’indépendance.<small class=”fine d-inline”> </small>»</div>
</blockquote>
<p>Côté indépendantiste, Charles Washétine, porte-parole du Palika (Parti de libération kanak, <span class=”caps”>FLNKS</span>) a été l’un de ceux qui ont le plus vivement réagi à l’annonce du maintien du référendum : une «<small class=”fine d-inline”> </small><i>insulte</i><small class=”fine d-inline”> </small>», une «<small class=”fine d-inline”> </small><i>provocation politique</i><small class=”fine d-inline”> </small>» qui «<small class=”fine d-inline”> </small><i>s’apparente à une véritable déclaration de guerre contre le peuple kanak et les citoyens progressistes de ce pays</i><a href=’#nb5-10′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Communiqué du 14/11/2021.’ id=’nh5-10′>10</a><small class=”fine d-inline”> </small>». De tels termes ne sont pas anodins dans une Nouvelle-Calédonie encore traumatisée par les «<small class=”fine d-inline”> </small>Événements<small class=”fine d-inline”> </small>» violents des années 1980. Luc Tournabien juge, lui aussi, que l’État joue avec le feu : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Devant tant de mépris, de trahisons, quelle autre solution auront les Kanak pour faire valoir leurs droits que de se rebeller</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>? Nous avons subi les “Événements”, enterré des amis, beaucoup dont moi-même ont fait de la prison. Personne n’a envie de revivre ça, mais l’État est en train de réunir toutes les conditions pour qu’une nouvelle révolte éclate.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Conscient du caractère pyromane de son action – ou, plus sûrement, répondant à un vieux réflexe colonial – l’État français a décidé l’envoi de 2 000 policiers, gendarmes et militaires dans l’archipel. Ces renforts, deux fois plus importants que lors du vote de 2018, viendront s’ajouter aux 1 400 membres des forces de l’ordre déjà en poste sur place. Un quadrillage du territoire effarant… et inutile pour Aloisio Sako : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ils peuvent bien envoyer 5 000, 10 000 hommes, je ne vois pas ce que ça pourra changer à notre aspiration à l’indépendance.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Tournés vers l’après-12 décembre</strong></div>
<p>À l’heure où ces lignes sont écrites, la Nouvelle-Calédonie est calme. Les banderoles qui ornent l’entrée de nombreuses communes et les rassemblements de protestation devant le Congrès (l’assemblée délibérante locale) n’ont pas (encore<small class=”fine d-inline”> </small>?) pour thème le référendum, mais l’opposition d’une partie de la population à l’obligation vaccinale, prévue pour début 2022. Seuls les loyalistes (ainsi que s’autoproclament les anti-indépendantistes), rassemblés sous l’étiquette des «<small class=”fine d-inline”> </small>Voix du non<small class=”fine d-inline”> </small>», font campagne, plutôt mollement, pour ce vote joué d’avance. Le Comité stratégique indépendantiste de non-participation, qui regroupe la mouvance indépendantiste et nationaliste, ne prévoit quant à lui que quelques discrètes «<small class=”fine d-inline”> </small>réunions de travail<small class=”fine d-inline”> </small>» afin de transmettre ses mots d’ordre sur le terrain. De part et d’autre, on semble d’ores et déjà tourné vers l’après-12 décembre.</p>
<p>Roch Wamytan, président indépendantiste du Congrès, a d’emblée annoncé que le <span class=”caps”>FLNKS</span> dénoncerait le résultat de ce référendum devant les instances internationales, notamment l'<span class=”caps”>ONU</span>. Tandis qu’Emmanuel Macron promet, sans rire, que l’État reprendra «<small class=”fine d-inline”> </small><i>l’initiative du dialogue</i><small class=”fine d-inline”> </small>». De fait, des négociations devront se rouvrir après cette consultation pour rien. Mais sur quelles bases<small class=”fine d-inline”> </small>? «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il y a fort à parier que le gouvernement, comme en rêvent les loyalistes, fort de trois scrutins gagnés, va vouloir enterrer l’indépendance,</i> prédit Luc Tournabien. <i>Mais aussi revenir sur le gel du corps électoral voulu par l’accord de Nouméa.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Les leaders loyalistes ne cessent en effet de répéter leur volonté de mettre fin aux corps électoraux spéciaux, les seuls autorisés à s’exprimer sur l’avenir du territoire. Cela reviendrait à intégrer d’un coup sur les listes pas moins de 40 000 personnes arrivées ces dernières années. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Autant dire que cela acterait une colonisation de peuplement dans des proportions inédites</i>,<i> </i>dénonce Luc Tournabien.</p>
<p><i>C’est voué à l’échec, mais c’est surtout très risqué.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Cette question cruciale de la composition du corps électoral est celle qui, déjà, avait amené les indépendantistes à boycotter les scrutins de 1984 et 1987. La première fois marquait le début des «<small class=”fine d-inline”> </small>Événements<small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<p>Le 23 novembre, l’essentiel des organisations indépendantistes rendait publique une «<small class=”fine d-inline”> </small>Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France<small class=”fine d-inline”> </small>». Celle-ci pose la question : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le gouvernement français pense-t-il sérieusement que le scrutin qu’il entend maintenir le 12 </i> <i>décembre mettra fin à la revendication du peuple kanak, lui ôtera toute légitimité et permettra</i> [à la France]<i> de poursuivre – un siècle encore, un siècle de plus, un siècle de trop – son travail d’assujettissement et de domination</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>?</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Comme une réponse anticipée, Aloisio Sako avertit : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Nous ne reviendrons à la table des discussions après le référendum que pour parler de l’indépendance, pas moins. Jusqu’ici, nous avons fait des concessions. Plus maintenant</i> <i><small class=”fine d-inline”> </small>! Seule l’indépendance pourra construire une société fraternelle entre les communautés vivant ici, et nous offrir une perspective d’avenir sereine.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<strong>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”>Benoît Godin</div> </strong></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb5-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Originaires du territoire français de Wallis-et-Futuna, Wallisiens et Futuniens représentaient en 2019, 8,3<small class=”fine d-inline”> </small>% de la population calédonienne. Une communauté traditionnellement rattachée à la droite anti-indépendantiste, mais qui aujourd’hui s’est rapprochée significativement du camp indépendantiste.</p>
</div><div id=’nb5-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-2′ rev=’appendix’>2</a> </span><i><a href=”https://www.lindependant-knc.com/” class=’spip_out’ rel=’external’>lindependant-knc.com</a></i>.</p>
</div><div id=’nb5-3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-3′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-3′ rev=’appendix’>3</a> </span>Lire à ce sujet «<small class=”fine d-inline”> </small><a href=’http://cqfd-journal.org/La-Kanaky-toujours-malade-du’ class=’spip_in’>La Kanaky toujours malade du colonialisme</a><small class=”fine d-inline”> </small>», <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i> n° 189 (juillet 2020).</p>
</div><div id=’nb5-4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-4′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-4′ rev=’appendix’>4</a> </span>Notamment l’interdiction de rassemblement de plus de trente personnes et un couvre-feu de 23 h à 5 h. À l’heure où ces lignes sont écrites, la pandémie est loin d’être contrôlée sur le territoire, avec des rebonds épidémiques à Thio, Houaïlou ou Maré, autant de communes à majorité kanak.</p>
</div><div id=’nb5-5′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-5′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-5′ rev=’appendix’>5</a> </span><a href=’http://cqfd-journal.org/Est-ce-que-la-France-va-enfin’ class=’spip_in’>Article</a> paru dans <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i> n° 192 (novembre 2020).</p>
</div><div id=’nb5-6′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-6′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-6′ rev=’appendix’>6</a> </span>Il s’agit plus précisément de la liste des «<small class=”fine d-inline”> </small>territoires non autonomes<small class=”fine d-inline”> </small>», «<small class=”fine d-inline”> </small><i>dont les populations ne s’administrent pas encore complètement elles-mêmes</i><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
</div><div id=’nb5-7′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-7′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-7′ rev=’appendix’>7</a> </span>Lors de la table ronde de Nainville-les-Roches (Essonne) qui rassemblait l’État et les principales forces politiques de Nouvelle-Calédonie.</p>
</div><div id=’nb5-8′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-8′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-8′ rev=’appendix’>8</a> </span>Une politique dont l’objectif délibéré était d’éviter la naissance d’un mouvement indépendantiste. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>La revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire</i><small class=”fine d-inline”> </small>», écrivait le Premier ministre Pierre Messmer en 1972.</p>
</div><div id=’nb5-9′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-9′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-9′ rev=’appendix’>9</a> </span>La consultation de 2020 voyait le «<small class=”fine d-inline”> </small>Oui<small class=”fine d-inline”> </small>» bondir de plus de trois points par rapport au référendum de 2018 (46,74<small class=”fine d-inline”> </small>% contre 43,33<small class=”fine d-inline”> </small>%).</p>
</div><div id=’nb5-10′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh5-10′ class=’spip_note’ title=’Notes 5-10′ rev=’appendix’>10</a> </span>Communiqué du 14/11/2021.</p>
</div></div>

Dockers de tous les pays, unissez-vous !
http://cqfd-journal.org/Dockers-de-tous-les-pays-unissez
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2021-12-09T10:47:59Z
text/html
fr
Elle Hache

<span class=”caps”>L.L.</span> de Mars

<p>À Gênes, le Collectif autonome des travailleurs portuaires (<span class=”caps”>CALP</span>), est en lutte contre l’industrie de l’armement depuis 2019. Par des actions de traçage et de blocage des navires, il tente d’empêcher le commerce des armes entre l’Europe et le Moyen-Orient. «<small class=”fine d-inline”> </small>Port ouvert aux étrangers et fermés aux armes<small class=”fine d-inline”> </small>». Ce slogan qui claque, c’est celui du <span class=”caps”>CALP</span>, le Collectif autonome des travailleurs portuaires (Collettivo Autonomo Lavoratori Portuali). Son credo<small class=”fine d-inline”> </small>? Empêcher l’acheminement maritime des armes vendues (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars” rel=”tag”><span class=”caps”>L.L.</span> de Mars</a>

<div class=’rss_chapo’><p>À Gênes, le Collectif autonome des travailleurs portuaires (<span class=”caps”>CALP</span>), est en lutte contre l’industrie de l’armement depuis 2019. Par des actions de traçage et de blocage des navires, il tente d’empêcher le commerce des armes entre l’Europe et le Moyen-Orient.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4150 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”15″data-legende-lenx=””
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<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200dockers_resultat.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200dockers_resultat.jpg’ width=’500′ height=’548′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘><span class=”caps”>L. L.</span> de Mars
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p><i>«<small class=”fine d-inline”> </small>Port ouvert aux étrangers et fermés aux armes</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Ce slogan qui claque, c’est celui du <span class=”caps”>CALP</span>, le Collectif autonome des travailleurs portuaires (Collettivo Autonomo Lavoratori Portuali). Son credo<small class=”fine d-inline”> </small>? Empêcher l’acheminement maritime des armes vendues par les pays européens, notamment aux dictatures du Moyen-Orient. Venus de la ville italienne de Gênes, où a été fondé le collectif, plusieurs de ses membres ont dernièrement fait le déplacement en France pour échanger autour de leur lutte. Après Marseille au mois de septembre, c’est à une quarantaine de kilomètres de la cité phocéenne, à Port-de-Bouc, que nous les avons retrouvés deux mois plus tard.</p>
<p>«<small class=”fine d-inline”> </small><i>Ces cargaisons et les guerres qu’elles nourrissent sont la cause directe de la fuite de milliers de personnes, qui ne sont pas des gens qui migrent mais des gens qui fuient – impossible de ne pas faire le lien</i><small class=”fine d-inline”> </small>», précise Ricky, un des dockers présents, qui insiste sur l’importance pour le collectif de mêler lutte antimilitariste et accueil des exilés.</p>
<p>Si pour le <span class=”caps”>CALP</span> les deux combats vont de pair, c’est à l’origine autour d’autres préoccupations que le collectif s’est constitué : les conditions dans lesquelles les travailleurs portuaires exercent leur métier. En 2009, la mort d’un docker provoquait les premières discussions entre les travailleurs du port de Gênes autour des problèmes de sécurité au travail. Deux ans plus tard naissait le <span class=”caps”>CALP</span>.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>De l’indignation au blocage</strong></div>
<p>Le tournant antimilitariste du collectif s’est quant à lui opéré quelques années plus tard. En avril 2019, le média indépendant <i>Disclose</i> révèle<a href=’#nb6-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Dans une enquête intitulée « Cartographie d’un mensonge d’État », disclose.ngo (…)’ id=’nh6-1′>1</a> que des canons Caesar de fabrication française sont chargés dans l’Hexagone par la compagnie maritime saoudienne Bahri pour être livrés en Arabie saoudite. <i>Disclose</i> démontre que ces armes sont utilisées dans la guerre que la monarchie du Golfe mène au Yémen contre les civils<a href=’#nb6-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’L’enquête de Disclose recense également 24 000 bombardements aériens entre 2015 (…)’ id=’nh6-2′>2</a>. Le 5 mai, le site d’investigation annonce sur Twitter qu’un navire, le <i>Bahri Yanbu</i>, doit prochainement transiter par la France pour un chargement d’armes. Suite à ces révélations, des <span class=”caps”>ONG</span> parmi lesquelles l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) et l’Aser (Action sécurité éthique républicaines) se mobilisent pour dénoncer l’opération et le bateau renonce finalement à accoster dans le port du Havre. Les dockers de Marseille-Fos préviennent dans la foulée qu’ils refuseront eux aussi de charger des armes.</p>
<blockquote class=”spip_poesie”><div>«<small class=”fine d-inline”> </small>La guerre commence entre autres ici, dans les ports d’Europe.<small class=”fine d-inline”> </small>»</div>
</blockquote>
<p>Le navire se rabat alors sur le port de Gênes où il accoste le 20 mai 2019, à l’aube. Mais les dockers locaux se sont organisés en amont, bien décidés à empêcher le chargement. Ils ont notamment saisi les autorités portuaires, questionnant la légalité de la cargaison. Un préavis de grève est même déposé, empêchant de facto le chargement. Le jour J, une manifestation est également organisée avec l’aide d’associations. La grève est massivement suivie. Comme une évidence : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Dans la tête d’une bonne partie des travailleurs portuaires, il y a cette idée que le travail est quelque chose qui doit être utile,</i> estime Ricky. <i>Quand tu te rends compte que les chargements dont tu t’occupes sont composés d’armes, de bombes et de missiles qui vont servir pour des guerres, ça ne te laisse pas indifférent.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Ce jour-là, le cortège qui agrège «<small class=”fine d-inline”> </small><i>du scout à l’anarchiste</i><small class=”fine d-inline”> </small>», selon l’expression de José, un des dockers présents aux côtés de Ricky, parvient à entrer dans le port grâce au découpage du grillage réalisé la nuit précédente. L’opération est un succès : le navire repart sans armes. Pour José, c’est avant tout le mélange des genres entre pratiques légales et actions directes qui a permis cette réussite. Mais cela tiendrait aussi au fait qu’ils ont su «<small class=”fine d-inline”> </small><i>décrypter la logique militariste et comprendre qu’au-delà du missile qui explose ou du tank qui pilonne, la guerre commence entre autres ici, dans les ports d’Europe</i><small class=”fine d-inline”> </small>».</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>L’éclaircie ne dure pas</strong></div>
<p>Cette victoire donne de la force au <span class=”caps”>CALP</span>. Le collectif continue ses actions de traçage et de faire pression sur les autorités portuaires, notamment en participant à la création de The Weapon Watch, un observatoire qui se concentre sur les armes entrant et sortant des ports méditerranéens. Les travailleurs du port tissent aussi des liens avec d’autres dockers, principalement dans les ports italiens de Trieste, Livourne ou encore Naples, afin de communiquer sur les allées et venues des navires.</p>
<p>En février 2020, le collectif tente une nouvelle mobilisation visant à empêcher le chargement d’un bateau qui doit transiter par Gênes avant de débarquer sa cargaison en Turquie, qui livre une guerre contre les Kurdes du Rojava. Alors que la <span class=”caps”>CGIL</span>, la Confederazione Generale Italiana del Lavoro – un imposant syndicat ouvrier – avait appuyé le <span class=”caps”>CALP</span> en 2019, ce n’est pas le cas cette fois. Amputée de ce soutien, la grève ne parvient pas à empêcher l’opération. Dans la foulée, les militants du <span class=”caps”>CALP</span> sont «<small class=”fine d-inline”> </small><i>visés par une enquête pour association de malfaiteurs et se font perquisitionner</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Ils sont encore aujourd’hui sous surveillance constante, ce qui limite leurs possibilités d’action. Le collectif se focalise depuis sur les liens avec les travailleurs des autres ports. Une coopération qui a abouti en juillet dernier à une assemblée générale en ligne réunissant des dockers de différents pays qui portent les idées antimilitaristes et pacifistes. À cette occasion, une grève internationale a été décidée. À l’heure où ces lignes sont écrites, son organisation suit son cours.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Nouer des contacts avec les dockers marseillais<small class=”fine d-inline”> </small>?</strong></div>
<p>Malgré des ramifications à l’internationale, le <span class=”caps”>CALP</span> peine à fédérer parmi la profession dans les Bouches-du-Rhône : à Marseille comme à Port-de-Bouc, les dockers du coin manquent à l’appel. La principale explication<small class=”fine d-inline”> </small>? Rickie raconte que la plupart des membres du <span class=”caps”>CALP</span> ont quitté la <span class=”caps”>CGIL</span> à laquelle ils adhéraient jusque là pour rejoindre le syndicat <span class=”caps”>USB</span> (Unione Sindacale di Base), plus fermement ancré à gauche. Or, les dockers de Marseille-Fos sont traditionnellement affiliés à la <span class=”caps”>CGT</span>, elle-même liée à la <span class=”caps”>CGIL</span> par des accords internationaux historiques. Pas simple donc, pour la <span class=”caps”>CGT</span> d’apporter un soutien officiel au <span class=”caps”>CALP</span>. Pourtant, les dockers de la <span class=”caps”>CGT</span> avaient eux aussi refusé de charger le <i>Bahri Yandu</i> en 2019. Le syndicat s’inscrit d’ailleurs de longue date dans une tradition de lutte antimilitariste puisque les dockers de Marseille-Fos avaient refusé de charger des armes en 1949 pendant la guerre d’Indochine.</p>
<p>D’après Ricky, un autre élément pourrait permettre de comprendre les réticences de la <span class=”caps”>CGT</span> : le mode d’organisation du <span class=”caps”>CALP</span>, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>moins pyramidal</i><small class=”fine d-inline”> </small>», qui repose sur une «<small class=”fine d-inline”> </small><i>parole autonome</i><small class=”fine d-inline”> </small>» du collectif. Mais le docker génois reste confiant. Même si cela prend du temps, le <span class=”caps”>CALP</span> n’abandonnera pas sa mission : construire des ponts entre les deux ports.</p>
<p>Pour Ricky, les alliances avec les dockers d’autres pays ne sont d’ailleurs pas les seules qui vaillent en matière de lutte antimilitariste : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Le marché de l’armement ne passe pas seulement par les ports</i>,<i> </i>rappelle-t-il. <i>Toutes ces entreprises ont des bureaux en ville. Certes, c’est dans les ports qu’on charge et décharge, mais le cœur et la tête de ces trafics sont ailleurs.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Et Ricky de conclure : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>En France, vous avez aussi des usines, notamment dans la région, qui fabriquent des pièces dont vous ne savez peut-être même pas qu’elles participent à la construction de chars, de canons, de missiles.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» À bon entendeur…</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Elle Hache / Traduction Zona</strong></div>
<p>***</p>
<p><i>On peut prolonger cet article par la lecture de <a href=’http://cqfd-journal.org/Toute-honte-bue-les-ventes-d-armes’ class=’spip_in’>la recension du livre</i> Ventes d’armes, une honte française</a><i>, publiée sur papier en encart de ce texte.</i></p></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb6-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh6-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 6-1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Dans une enquête intitulée <a href=”https://made-in-france.disclose.ngo/fr/chapter/yemen-papers/” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Cartographie d’un mensonge d’État<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>disclose.ngo</i> (15/04/2019).</p>
</div><div id=’nb6-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh6-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 6-2′ rev=’appendix’>2</a> </span>L’enquête de <i>Disclose</i> recense également 24 000 bombardements aériens entre 2015 et 2019 opérés par des avions de chasse en partie équipés par la France.</p>
</div></div>

Toute honte bue, les ventes d’armes tuent
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2021-12-09T10:41:33Z
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fr
Jean-Baptiste Legars

Bouquin

<p>Au classement mondial des exportations d’armes, la France figure à la troisième place. Le tout récent livre-enquête Ventes d’armes, une honte française couvre cet accessit d’un voile noir de rage et rouge de sang. Dans sa version papier, cette recension accompagnait un article intitulé «<small class=”fine d-inline”> </small>Dockers de tous les pays unissez vous<small class=”fine d-inline”> </small>», racontant la lutte de travailleurs portuaires génois pour faire obstacle au trafic d’arme. *** Les ventes d’armes. Le sujet est austère. Déjà lu, traité, décortiqué, condamné… (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/Bouquin” rel=”tag”>Bouquin</a>

<img src=’http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH93/zz-1925-ff568.jpg?1640101657′ class=’spip_logo spip_logo_right’ width=’150′ height=’93’ alt=”” />
<div class=’rss_chapo’><p>Au classement mondial des exportations d’armes, la France figure à la troisième place. Le tout récent livre-enquête <i>Ventes d’armes, une honte française</i> couvre cet accessit d’un voile noir de rage et rouge de sang.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4152 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left’>
<figure class=”spip_doc_inner”> <img src=’http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L143xH200/zz-1925-9f6ec.jpg?1640101657′ width=’143′ height=’200′ alt=” />
</figure>
</div>
<p><i>Dans sa version papier, cette recension accompagnait un article intitulé <a href=’http://cqfd-journal.org/Dockers-de-tous-les-pays-unissez’ class=’spip_in’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Dockers de tous les pays unissez vous<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, racontant la lutte de travailleurs portuaires génois pour faire obstacle au trafic d’arme</i>.</p>
<p>***</p>
<p><span class=”lettrine”>L</span>es ventes d’armes. Le sujet est austère. Déjà lu, traité, décortiqué, condamné… Sans effort, on peut trouver thème plus «<small class=”fine d-inline”> </small>sexy<small class=”fine d-inline”> </small>» dans les pages de son journal, ou dans les rayons des librairies. Et pourtant… Les deux auteurs de <i>Ventes d’armes, une honte française</i> (Le Passager clandestin) réussissent ce tour de force : embarquer leurs lecteurs dans 192 pages de dénonciation de ce commerce mortifère. Pour cela, Aymeric Elluin (spécialiste «<small class=”fine d-inline”> </small>armement<small class=”fine d-inline”> </small>» à Amnesty International) et Sébastien Fontenelle (journaliste<a href=’#nb7-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Il a tenu la chronique « Rage dedans » pendant plusieurs années ici même à (…)’ id=’nh7-1′>1</a>) ont bien combiné le fond et la forme.</p>
<p>D’une part, l’ouvrage est soigneusement documenté, fourmille d’exemples, met en lien des faits éloignés pour taper fort, plus spécialement sur les deux derniers gouvernements, ceux de François Hollande (<span class=”caps”>PS</span>) et Emmanuel Macron (<span class=”caps”>LREM</span>, ex-<span class=”caps”>PS</span>). D’autre part, la construction du bouquin ne laisse pas l’occasion de s’échapper : les chapitres sont courts, incisifs, et bien pourvus en <i>cliffhangers</i> incitant à passer au suivant.</p>
<p>La quatrième de couverture est claire : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Depuis plus de cinquante ans, faisant fi de ses engagements au profit de ses intérêts économiques, le “pays des droits de l’homme” arme des régimes qui les bafouent ouvertement. Une stratégie payante : la France est aujourd’hui le troisième exportateur mondial de matériel militaire.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Comme elle l’a déjà été par le passé. Car, avant de décortiquer l’histoire récente des ventes d’armes, l’ouvrage remonte à la deuxième moitié du <span class=”caps”>XX</span><sup>e</sup> siècle, présentant la mise en place de ce commerce souvent vilipendé, rarement limité. Est particulièrement développée la trahison – une de plus – du Parti socialiste en la matière, puisque la promesse du candidat François Mitterrand de «<small class=”fine d-inline”> </small><i>mettre fin aux pratiques délétères qui ont permis </i>[à la France] <i>de se faire une place dans le commerce mondial des armes ne sera pas tenue</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Parmi les clients sous ses deux septennats<small class=”fine d-inline”> </small>? L’Afrique du Sud de l’apartheid.</p>
<p>Jacques Chirac et, après lui, Nicolas Sarkozy, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>s’inscrivent, l’un et l’autre, sans jamais l’infléchir, dans le droit fil</i><small class=”fine d-inline”> </small>» de leurs prédécesseurs. Puis François Hollande resifflotera en 2012 l’air des promesses de 1981. Résultat : son gouvernement vendra à l’Égypte des armes qui serviront bien le général (et futur président) Abdel Fattah al-Sissi lors de son coup de force du 14 août 2013 – «<small class=”fine d-inline”> </small><i>mille morts et plusieurs milliers de blessés</i><small class=”fine d-inline”> </small>» et des «<small class=”fine d-inline”> </small><i>milliers d’opposants […] arrêtés, incarcérés, torturés</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Puis viendront les livraisons à l’Arabie saoudite, en guerre au Yémen depuis 2015, sans que ne cille le Premier ministre Manuel Valls malgré les alertes répétées des <span class=”caps”>ONG</span>.</p>
<p>Plus récemment<small class=”fine d-inline”> </small>? En campagne pour la présidentielle de 2017, Emmanuel Macron jouera à son tour à plus-droit-de-l’hommiste-que-moi-tu-meurs. Mais pour du beurre. S’il est avéré que les armes françaises sont utilisées en Égypte pour écraser toute opposition, à aucun moment les transferts de matériel militaire vers ce pays ne sont suspendus, malgré les remontrances de l’Union européenne. Et si la guerre se poursuit au Yémen, il en va de même pour l’équipement tricolore des principaux protagonistes, Arabie saoudite en tête.</p>
<p>Marchand de mort est donc toujours un métier d’avenir. À condition de s’investir pleinement et de ne pas s’appesantir sur les à-côtés. Fin novembre, le média d’investigation <i>Disclose</i> révélait «<small class=”fine d-inline”> </small><i>l’implication de la France dans les crimes de la dictature égyptienne</i><small class=”fine d-inline”> </small>» après avoir épluché des centaines de documents «<small class=”fine d-inline”> </small>confidentiel-défense<small class=”fine d-inline”> </small>». Plus clairement : depuis fin 2016, «<small class=”fine d-inline”> </small><i>l’Égypte se sert d’une aide militaire française destinée à lutter contre le terrorisme afin de bombarder des civils suspectés d’être des trafiquants</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Horreur. Face à une telle ignominie, le gouvernement français allait, à n’en point douter, monter au créneau. Oui. Mais non. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>L’unique réaction […] aura donc été le dépôt d’une plainte pour “violation du secret de la défense nationale”</i><small class=”fine d-inline”> </small>», déplorait récemment Sébastien Fontenelle sur Twitter. Un esprit mal tourné pourrait penser que les contrats d’armement – passés, et à venir – ont interféré dans le choix de la réaction à adopter.</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Jean-Baptiste Legars</strong></div></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb7-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh7-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 7-1′ rev=’appendix’>1</a> </span>Il a tenu la chronique «<small class=”fine d-inline”> </small>Rage dedans<small class=”fine d-inline”> </small>» pendant plusieurs années ici même à <i><span class=”caps”><span class=”caps”>CQFD</span></span></i>.</p>
</div></div>

L’horoscope de décembre du Professeur Xanax de la Muerte
http://cqfd-journal.org/L-horoscope-de-decembre-du
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2021-12-04T16:12:16Z
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Xanax de la Muerte

Horoscope

<p>Décembre ça craint. Bélier : Arghhh, décembre. Les décos de Noël, les sapins miteux, les magasins bondés, les téléfilms sirupeux… L’enfer, quoi. Je te suggère donc de zapper cette période de merde et qu’on se retrouve en janvier pour faire le point. Bien cordialement. Santé : Non renseignée. Cœur : Fourré à la farce. Taureau : Tout va mal<small class=”fine d-inline”> </small>? L’humanité s’autodévore et les fachos galopent<small class=”fine d-inline”> </small>? T’es accro au Xanax<small class=”fine d-inline”> </small>? Te bile pas. Mon gars sûr Cioran a dit ceci : «<small class=”fine d-inline”> </small>Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<img src=’http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L122xH150/nostradamus_by_cesar-2-da49c.jpg?1640101657′ class=’spip_logo spip_logo_right’ width=’122′ height=’150′ alt=”” />
<div class=’rss_chapo’><p>Décembre ça craint.</p></div>
<div class=’rss_texte’><p><strong>Bélier :</strong> Arghhh, décembre. Les décos de Noël, les sapins miteux, les magasins bondés, les téléfilms sirupeux… L’enfer, quoi. Je te suggère donc de zapper cette période de merde et qu’on se retrouve en janvier pour faire le point. Bien cordialement. <strong>Santé :</strong> Non renseignée. <strong>Cœur :</strong> Fourré à la farce.</p>
<p><strong>Taureau </strong> : Tout va mal<small class=”fine d-inline”> </small>? L’humanité s’autodévore et les fachos galopent<small class=”fine d-inline”> </small>? T’es accro au Xanax<small class=”fine d-inline”> </small>? Te bile pas. Mon gars sûr Cioran a dit ceci : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Nul être soucieux de son équilibre ne devrait dépasser un certain degré de lucidité.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Le conseil astro du mois, par conséquent : sois un peu concon(ne) et ça va le faire. <strong>Santé :</strong> Kikou le virus. <strong>Cœur :</strong> Lol.</p>
<p><strong>Gémeaux :</strong> Mercredi dernier c’était la journée mondiale du morse (j’étais à donf, je te dis pas). Et ça tombe bien, car en décembre tu seras à l’image de ces adorables gredins : affalé·e sur la banquise, confit(e) de graisse et de saine hargne, prêt·e à défoncer le premier ahuri qui empiète sur ton espace vital. Lovely. <strong>Santé :</strong> − − − − · − − ·. <strong>Cœur :</strong> · − · · − − − · · · − ·.</p>
<p><strong>Cancer : </strong> La déprime rôde<small class=”fine d-inline”> </small>? Te plains pas, tu pourrais avoir la gueule d’un béluga. Ou des saucisses à la place des dents. Ou bien être en couple avec Gérard Longuet. Tu vois, pas de quoi pleurnicher. Viens, on danse pour célébrer ça.<strong> Santé :</strong> Pas la peste. <strong>Cœur :</strong> Pas de câlins avec Gérard.</p>
<p><strong>Lion :</strong> L’autre soir avec les copain·es aviné·es, on a fait une liste de trucs à exaucer en décembre. Dont : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Musique tzigane jour et nuit</i><small class=”fine d-inline”> </small>»<small class=”fine d-inline”> </small>; «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Plus de frétillements</i><small class=”fine d-inline”> </small>»<small class=”fine d-inline”> </small>; «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Des pingouins quand il pleut</i><small class=”fine d-inline”> </small>»<small class=”fine d-inline”> </small>; «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Boire les larmes des fachos</i><small class=”fine d-inline”> </small>»… Et ça semble un super programme pour tes jours à venir : l’essayer c’est l’adopter. <strong>Santé :</strong> Allergie au pôle haine. <strong>Cœur : </strong> Crush sur un(e) pingouin(e).</p>
<p><strong>Vierge :</strong> Comme un Marseillais antifa après le passage d’un polémiste d’extrême-droite nazi dans sa ville, tu as une de ces pêches en ce moment, c’est ouf. Que même t’as envie de latter tout le monde, les flics, les fachos, Vianney, le gros barbu rouge, <i>vlan vlan vlan vlan</i>. C’est Noël ou quoi<small class=”fine d-inline”> </small>? <strong>Santé :</strong> Quelle patate<small class=”fine d-inline”> </small>! <strong>Cœur :</strong> Bagarre de bisous.</p>
<p><strong>Balance :</strong> Ta liste de course pour l’hiver : 89 reblochons, 32 boutanches de tequila, la discographie d’Ella Fitzgerald, 22 plaids, des moufles antifa, 7 hamsters très doux. Te voilà paré·e à repousser la froidure. <strong>Santé :</strong> Très couette. <strong>Cœur : </strong> Raclette sentimentale.</p>
<p><strong>Scorpion :</strong> Mercure et mon petit doigt sont unanimes sur ton cas : quelque chose se prépare. Quoi<small class=”fine d-inline”> </small>? Nul ne sait, mais ça va être énorme. Préviens tes proches : tu vas faire les gros titres. Et accroche bien ta ceinture.<strong> Santé :</strong> Palpitant sur le grill. <strong>Cœur :</strong> En une de <i>Closer</i>.</p>
<p><strong>Sagittaire :</strong> Ces temps-ci, tu es comme le Vacqueyras qu’on boit au local : fin·e, effervescent·e, apôtre d’une ivresse aux bulles légères. Et te voyant pétiller ainsi, on a envie de bramer : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Prenez, et buvez en tous, car ceci est le sang.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» <i>So</i> christique. <strong>Santé :</strong> De beaux stigmates. <strong>Cœur :</strong> Ressuscité des maux.</p>
<p><strong>Capricorne :</strong> Tu es comme la voix de Fabrice Drouelle sur Inter, insupportable pour certain·es, du miel pour d’autres. Cependant, t’es clairement top pour raconter des histoires. Et ça tombe bien, parce qu’on a salement besoin de récits habités pour oublier le présent. On conte sur toi. <strong>Santé :</strong> Il était un foie.<strong> Cœur : </strong> Affaires sensibles.</p>
<p><strong>Verseau :</strong> Fin de bouclage, claqué, j’ai beau triturer les astres, je vois rien pour ton signe. Et comme mon professionnalisme s’oppose à l’improvisation, je te suggère de me remplacer question prophéties. Vive l’autogestion du zodiaque<small class=”fine d-inline”> </small>!<strong> Santé :</strong> [Remplir].<strong> Cœur :</strong> [Remplir avec passion].</p>
<p><strong>Poisson :</strong> Vers le 14 décembre, il y a aura un petit signe du destin, fugace, gracile, qu’il te faudra saisir au bond pour rebondir par-delà tes marécages. Si tu le rates, no stress, il repassera en 2061, comme la comète de Halley.<strong> Santé :</strong> Halley la gastro. <strong>Cœur :</strong> Halley Cupidon.</strong></i></p></div>

Fracture numérique : la plaie s’agrandit
http://cqfd-journal.org/Fracture-numerique-la-plaie-s
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2021-12-04T15:53:51Z
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Frédéric Peylet

Le dossier
Clément Buée

<p>On ne saurait parler de santé connectée sans évoquer le sort des patients dont elle entrave l’accès au soin. Entre ceux qui ne possèdent pas d’ordinateur, ceux qui maîtrisent mal ces outils et ceux qui vivent en «<small class=”fine d-inline”> </small>zone blanche<small class=”fine d-inline”> </small>», les laissés-pour-compte de la révolution numérique en matière de santé, ou autres services publics, sont nombreux. Tour d’horizon de la situation. Dans son deux-pièces au rez-de-chaussée donnant sur l’arrière de la mairie de Vidauban (Var), Marie B., 85 ans, se sent plutôt patraque. (…)</p>


<a href=”http://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021″ rel=”directory”>CQFD n°204 (décembre 2021)</a>

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<a href=”http://cqfd-journal.org/Clement-Buee” rel=”tag”>Clément Buée</a>

<div class=’rss_chapo’><p>On ne saurait parler de santé connectée sans évoquer le sort des patients dont elle entrave l’accès au soin. Entre ceux qui ne possèdent pas d’ordinateur, ceux qui maîtrisent mal ces outils et ceux qui vivent en «<small class=”fine d-inline”> </small>zone blanche<small class=”fine d-inline”> </small>», les laissés-pour-compte de la révolution numérique en matière de santé, ou autres services publics, sont nombreux. Tour d’horizon de la situation.</p></div>
<div class=’rss_texte’><div class=’spip_document_4145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende’ data-legende-len=”30″data-legende-lenx=””
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<figure class=”spip_doc_inner”> <a href=’http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200fracturenuma_c_rique_resultat-2.jpg’ class=”spip_doc_lien mediabox” type=”image/jpeg”> <img src=’http://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH273/1200fracturenuma_c_rique_resultat-2-e4fa7.jpg?1640101657′ width=’500′ height=’273′ alt=” /></a>
<figcaption class=’spip_doc_legende’> <div class=’spip_doc_credits ‘>Illustration de Clément Buée
</div>
</figcaption></figure>
</div>
<p><span class=”lettrine”>D</span>ans son deux-pièces au rez-de-chaussée donnant sur l’arrière de la mairie de Vidauban (Var), Marie B., 85 ans, se sent plutôt patraque. Elle regarde avec appréhension la pendule qui indique que son infirmière ne sera pas là avant une petite heure. Sans l’aide de la soignante, impossible pour Marie de contacter son médecin : dans le cabinet de ce dernier, la prise de rendez-vous ne se fait plus que sur internet. La vieille dame fait partie de cette frange de la population française qui ne dispose pas d’un accès simple à un outil numérique. Le seul téléphone dont elle dispose est fixe et trône sur le guéridon près du buffet, elle n’a jamais eu d’ordinateur et, quand son infirmière sera là, le signal s’affichant sur le smartphone de la soignante n’indiquera qu’une maigre barre de connexion…</p>
<p>Une fois arrivée, pour prendre à la place de Marie les rendez-vous médicaux sur les plateformes en ligne, l’infirmière se rend à deux rues de là, sur la place principale, pour disposer d’une connexion correcte. À son retour, Marie hoche la tête, perplexe. «<small class=”fine d-inline”> </small><i>C’est quand même bien des complications pour se faire soigner</i><small class=”fine d-inline”> </small>», marmonne-t-elle, tout en tripotant le bracelet d’alarme (relié à un service de téléassistance) autour de son poignet, seul élément de santé connectée dont elle puisse gérer elle-même l’utilisation.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Fracture ouverte</strong></div>
<p>On connaît tous une Marie B. En 2019, un rapport du Défenseur des droits<a href=’#nb8-1′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics », accessible en (…)’ id=’nh8-1′>1</a> pointait explicitement les défaillances et discriminations dans la capacité de l’État de garantir à chacun une égalité d’accès aux services publics et dénonçait les risques d’une fracture numérique grandissante. Si le document visait plus précisément les usagers d’organismes comme la Caf ou Pôle emploi, on peut appliquer ses conclusions au casse-tête que représente un parcours de soin pour des populations frappées d'<small class=”fine d-inline”> </small>» illectronisme<small class=”fine d-inline”> </small>». Ce néologisme barbare désigne celles et ceux pour qui la bascule dans le monde du tout numérique est un obstacle. Les raisons sont multiples : manque d’équipements, situation géographique, divers déficits de savoirs… La sociologue Nadia Okbani<a href=’#nb8-2′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Spécialiste de l’action publique et des politiques sociales.’ id=’nh8-2′>2</a> en dresse la liste : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>La réalisation de démarches en ligne n’implique pas seulement de disposer d’un accès matériel à un ordinateur et à internet<small class=”fine d-inline”> </small>; elle suppose de maîtriser la langue, l’écrit, mais aussi de disposer de compétences numériques suffisantes pour être autonome dans l’utilisation de plateformes administratives, d’une boîte mail, du scan de documents, ou la maîtrise du transfert et du suivi de dossier.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Sociale et générationnelle, la fracture numérique est aussi territoriale : alors que sont vantées les «<small class=”fine d-inline”> </small>performances<small class=”fine d-inline”> </small>» de la 5G promise aux grandes métropoles, la carte de la couverture mobile 4G mise à jour en octobre 2021 <a href=’#nb8-3′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Dossier : La couverture mobile en métropole – La couverture des zones peu (…)’ id=’nh8-3′>3</a> établit que les deux tiers du territoire français sont encore considérés comme zones «<small class=”fine d-inline”> </small>peu denses à blanches<small class=”fine d-inline”> </small>». Comprendre qu’internet et 4G y sont soumis à des défaillances, quand ils ne sont pas tout simplement absents. Au gré des pannes, ce problème peut impacter jusqu’à 18<small class=”fine d-inline”> </small>% de la population française, soit près de 10 millions de personnes. Cette friture sur les ondes surligne une évidence : tout ce qui relève de la santé connectée la plus basique (prise de rendez-vous, réception de résultats de laboratoires, téléconsultation) nécessite un accès <i>sans limites ni restrictions</i> à des outils technologiques fiables et à jour.</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>Le triangle des Bermudes du numérique</strong></div>
<p>Or, si la France aime s’imaginer en nation high tech, une autre réalité est à lire dans l’édition 2021 du «<small class=”fine d-inline”> </small>baromètre numérique<small class=”fine d-inline”> </small>» publié par le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie)<a href=’#nb8-4′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Enquête sur la diffusion des technologies de l’information et de la (…)’ id=’nh8-4′>4</a>, qui rappelle que 35<small class=”fine d-inline”> </small>% des adultes français éprouvent une forme de difficulté à utiliser pleinement un outil numérique au quotidien.</p>
<p>Certes, l’équipement des Français en smartphones ne cesse de progresser, mais tout le monde n’en a pas, soit par choix, soit par manque de moyens. Même topo pour les ordinateurs personnels : environ un foyer français sur quatre n’en possède pas. Et ces proportions s’amplifient pour les personnes âgées, <i>a priori</i> les plus concernées par des suivis de santé réguliers. Ce qui n’avait pas manqué d’alerter, au printemps 2020, un médecin qui questionnait la généralisation, pendant le premier confinement, de la téléconsultation : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Au bout de quelques jours, je me suis demandé où étaient passés les patients âgés de plus de 50 ans. Ils ne sont pas là. Je ne les vois pas sur mon écran. La moyenne d’âge de ma patientèle, actuellement, tourne entre 25 et 30 </i> <i>ans</i><a href=’#nb8-5′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’« Travail, famille, wifi », Le Monde diplomatique, juin 2020.’ id=’nh8-5′>5</a><i>.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Cette absence d’une partie de la population de l’environnement numérique, au-delà du cas de la téléconsultation, est déjà documentée. Nadia Okbani peut en donner le profil type : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Il s’agit plus particulièrement des personnes de plus de 65 ans, de celles dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1 400 </i> <i>euros, soit surtout des non-diplômés, sans activité professionnelle ou ouvriers</i><small class=”fine d-inline”> </small>». Elle précise que «<small class=”fine d-inline”> </small><i>ces publics se tournent alors vers leur entourage pour demander de l’aide, ce qui crée une certaine dépendance. À défaut, ils s’adressent aux structures sociales de proximité</i>.<small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<div class=”spip spip-block-center” style=”text-align:center;”><strong>«<small class=”fine d-inline”> </small>Moi, je suis née avec un stylo<small class=”fine d-inline”> </small>»</strong></div>
<p>C’est là qu’interviennent les Maisons de solidarité locales et le réseau des agences «<small class=”fine d-inline”> </small>France services<a href=’#nb8-6′ class=’spip_note’ rel=’appendix’ title=’Créé en 2019 sous l’égide du ministère de la Cohésion des territoires et des (…)’ id=’nh8-6′>6</a><small class=”fine d-inline”> </small>», nouvelle appellation des Maisons de service au public, auxquelles se sont agrégés des associations. Ces lieux proposent une assistance et un accompagnement dans les démarches administratives du quotidien (emploi, retraite, Caf, Sécurité sociale, impôts, etc.). Pour avoir étudié leur fréquentation et leur fonctionnement dans les Bouches-du Rhône, Nadia Okbani a constaté une pratique qui n’avait pas été initialement prévue : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Des usagers s’y rendent en demandant de l’aide pour prendre des rendez-vous sur Doctolib ou, quand ils ne parlent pas ou mal le français, viennent avec leurs ordonnances pour se faire traduire les prescriptions. On y reçoit des populations isolées, démunies face à un système de santé basculant dans le tout numérique.</i><small class=”fine d-inline”> </small>»</p>
<p>Le personnel qui les accueille est hétéroclite. On croise notamment des travailleurs sociaux aguerris mais souvent âgés et pas toujours à l’aise avec des outils numériques en perpétuelle mutation, à l’image d’une travailleuse sociale citée par Nadia Okbani : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>On n’est pas de la génération</i> [des ordinateurs]<i>, on n’a pas été formés. Moi, je suis née avec un stylo.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Mais il y a aussi des jeunes, supposés familiers des environnements numériques. Du côté de ces nouveaux venus, souvent en service civique, la chercheuse constate un problème de casting : «<small class=”fine d-inline”> </small><i>Du fait de leur jeune âge, ils n’ont aucune connaissance des arcanes de l’administration. Certains n’ont même encore jamais rempli leur propre déclaration d’impôts. Se connecter à une interface ne suffit pas pour faire face à la multiplicité et à l’imbrication des problématiques sociales vécues par les publics qu’ils accompagnent.</i><small class=”fine d-inline”> </small>» Censées incarner le maillage d’un pays qui répare ainsi ses failles de connexions, les agences «<small class=”fine d-inline”> </small>France services<small class=”fine d-inline”> </small>» laissent plutôt voir une logique d’addition des précarités. Quand une population socialement discriminée s’appuie sur une sous-traitance en contrats précaires ou sur des intervenants eux-mêmes en défaut de compétences numériques, il y a comme un bug dans le système.</p>
<div class=”spip spip-block-right” style=”text-align:right;”><strong>Frédéric Peylet</strong></div></div>
<hr />
<div class=’rss_notes’><div id=’nb8-1′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-1′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-1′ rev=’appendix’>1</a> </span><a href=”https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/rapports/2019/01/dematerialisation-et-inegalites-dacces-aux-services-publics” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, accessible en ligne sur le site <i>defenseurdesdroits.fr.</i></p>
</div><div id=’nb8-2′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-2′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-2′ rev=’appendix’>2</a> </span>Spécialiste de l’action publique et des politiques sociales.</p>
</div><div id=’nb8-3′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-3′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-3′ rev=’appendix’>3</a> </span><a href=”https://www.arcep.fr/la-regulation/grands-dossiers-reseaux-mobiles/la-couverture-mobile-en-metropole/la-couverture-des-zones-peu-denses.html” class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Dossier : La couverture mobile en métropole – La couverture des zones peu denses<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>arcep.fr</i>.</p>
</div><div id=’nb8-4′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-4′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-4′ rev=’appendix’>4</a> </span>«<small class=”fine d-inline”> </small>Enquête sur la diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française<small class=”fine d-inline”> </small>», à lire sur le site du Credoc.</p>
</div><div id=’nb8-5′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-5′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-5′ rev=’appendix’>5</a> </span><a href=”https://www.monde-diplomatique.fr/2020/06/BRYGO/61870″ class=’spip_out’ rel=’external’>«<small class=”fine d-inline”> </small>Travail, famille, wifi<small class=”fine d-inline”> </small>»</a>, <i>Le Monde diplomatique</i>, juin 2020.</p>
</div><div id=’nb8-6′>
<p><span class=”spip_note_ref”><a href=’#nh8-6′ class=’spip_note’ title=’Notes 8-6′ rev=’appendix’>6</a> </span>Créé en 2019 sous l’égide du ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, «<small class=”fine d-inline”> </small>France services<small class=”fine d-inline”> </small>» se compose actuellement de 1 745 guichets uniques de proximité regroupant sur leurs sites plusieurs administrations.</p>
</div></div>




Source: Cqfd-journal.org