Octobre 18, 2022
Par L'envolée
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Le gouvernement a orchestrĂ© le mirage d’un prĂ©tendu « retour Ă  la normale Â» avec la fin du passe sanitaire et du port du masque obligatoire en mars 2022 ; mais Ă  l’intĂ©rieur, les mesures foireuses que l’AP (Administration pĂ©nitentiaire) impose aux prisonnier·e·s depuis deux ans – jamais les mĂȘmes d’une semaine Ă  l’autre ou d’une taule Ă  l’autre â€“ ne tombent pas vite. Prisonnier·e·s et proches n’en peuvent plus de ces mesures arbitraires et vexatoires – notamment au parloir, en salons et en UVF (UnitĂ© de vie familiale), seuls moyens de maintenir des liens avec l’extĂ©rieur.


Lettre de l’Infñme

Cette lettre Ă©crite du QI (Quartier d’isolement) de Valence a Ă©tĂ© lue Ă  l’émission du 15 avril 2022. On y voit comment l’AP (Administration pĂ©nitentiaire) se sert du prĂ©texte du covid pour multiplier les restrictions au parloir et faire subir une surveillance accrue aux prisonniers et Ă  leurs proches tandis que les matons qui vont et viennent librement peuvent faire rentrer le virus. L’InfĂąme revient sur l’argent promis aux prisonnier·e·s pour appeler leurs proches par tĂ©lĂ©phone pendant le premier confinement de mars-avril 2020, ce « cadeau» destinĂ© Ă  calmer les rĂ©voltes collectives contre l’interdiction pure et simple de tous les parloirs


Centre pĂ©nitentiaire de Valence, quartier d’isolement,

Le 14 mars 2022

Coucou les ami(e)s,

L’InfĂąme est de retour, histoire de vous parler un peu du covid et de comment tout se joue autour de ça en ce lieu oppressant dĂ©jĂ , de base, qu’est le quartier d’isolement. De mon point de vue, le sujet covid, est un peu spĂ©cial, je l’avoue, car je suis encore et toujours « isolĂ© ministĂ©riel Â». Mais, ça n’en reste pas moins violent, rĂ©voltant, et parfois mĂȘme un non-sens ! Mais bon, j’vais – comme Ă  mon habitude – vous parler sans langue de bois, mĂȘme si ça pourrait dĂ©plaire Ă  l’AP. Mais, ce dĂ©tail-lĂ , je m’en tape comme de ma premiĂšre chemise, car la libre expression est un droit – et un devoir mĂȘme – de l’ĂȘtre humain. Revenons Ă  nos moutons
 ou plutĂŽt, Ă  notre covid – toute une histoire cette merde de covid, hein !

Vous n’ĂȘtes pas sans savoir, vous, Ă  l’Envo (pour celles et ceux qui me sont le plus proches) que, depuis quelques mois, j’ai enfin des parloirs. Et lĂ , le choc ! Mon parloir s’est super bien passĂ© ! Mais cĂŽtĂ© covid, le parloir, un dĂ©sastre ! On a fait avec, moi et mes frĂ©rots.

L’ordre qui nous a Ă©tĂ© donnĂ©, c’est zĂ©ro contact. Pas mĂȘme un check du poing, ou mĂȘme du pied ou alors du coude.

L’ordre qui nous a Ă©tĂ© donnĂ©, c’est zĂ©ro contact. Pas mĂȘme un check du poing, ou mĂȘme du pied ou alors du coude. Rien, nada ! Et croyez-moi, qu’aprĂšs presque quinze ans sans parloir, de renouer avec le parloir, j’en Ă©tais Ă©mu
 Mais, ne pas pouvoir dans mes bras mes frĂ©rots, leur faire la bise, une accolade etc., c’est d’une violence terrible ! J’aurais voulu passer outre, sauf qu’on Ă©tait surveillĂ©s de prĂšs. Et v’lĂ  que ça fait des aller-retours, sans cesse, pour noter si on fait un Ă©cart ou pas
 Alors que eux, bien Ă©videmment, ça se faisait entre eux, des checks du poing ! Mais nous, on nous refusait mĂȘme ça. Moi, j’étais dos Ă  la porte de la cuisine du parloir, et je voyais les frĂ©rots lever les yeux, Ă  chaque passage de Big Brother
 Souriez, vous ĂȘtes matĂ©s ! Au sens propre comme au figurĂ©. Une mise Ă  l’amende inacceptable ! Et bien que pas contents de cette flagrante inhumanitĂ© qu’on subissait, on s’est pliĂ©s malgrĂ© tout Ă  ça.

Le pire de cette mise Ă  l’amende, c’est qu’on nous a bien signifiĂ© que, si des personnes d’entre nous, que ce soit sur l’initiative de mes visiteurs ou sur une initiative faite par moi, avaient le moindre contact, non seulement il serait mis fin Ă  la visite, mais le permis de visite serait non pas suspendu mais tout simplement supprimĂ©. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on ne pouvait rien y faire. Alors, la mort dans l’ñme, on n’a pas jouĂ© aux cons ! Mais c’était d’une violence psychologique extrĂȘme tout ça ! Mais, le principal, c’est que, mĂȘme avec tout ça, ça ne nous a pas empĂȘchĂ© de profiter pleinement de ces 3h de parloir qu’on a eu ce jour-lĂ .

Alors, vu les mesures de covid, pour les parloirs ici, Ă  Valence, tenez-vous bien, car l’annonce est aussi rude que rĂ©voltante : de base, sans prolongation de durĂ©e, la durĂ©e d’un parloir, c’est 1h30 ! 3 heures avec une prolongation ! Et le parloir, c’est juste le dimanche. Et quand je dis « le dimanche Â», c’est pas tout le dimanche mais, une seule session de 1h30 si y a pas de prolongation. Soit le matin, soit l’aprĂšs-midi.

MĂȘme dans une prison aussi reloue que CondĂ©-sur-Sarthe par exemple, les parloirs, c’est tout le week-end, et les jours fĂ©riĂ©s. Et toutes les sessions. C’est-Ă -dire, si la famille, les amis, etc., viennent, ils peuvent faire 3h le matin, 3h l’aprĂšs-midi, tout le week-end. Et, si le jour qui prĂ©cĂšde ou succĂšde un week-end est fĂ©riĂ©, c’est possible de faire la session du matin et de l’aprĂšs midi, de faire 3h Ă  chaque fois, sur les trois jours entiers.

Ici, non ! C’est juste le dimanche, soit le matin, soit l’aprĂšs-midi pour une seule session. Ici, Valence, c’est un CP (Centre pĂ©nitentiaire), donc y’a une maison d’arrĂȘt. Eux par contre, ils ont droit Ă  plusieurs jours de parloir. Pourquoi pas nous, dĂ©tenus QMC (Quartier maison centrale) ? LĂ  encore, mystĂšre et boule de gomme, au goĂ»t de rĂ©volte ! Et pourtant, y a personne cĂŽtĂ© centrale qui se bouge son cul pour s’insurger contre ça. Pas de bloquage, pas de mouvement de contestation, pacifique ou non. Rien, zĂ©ro ! Suis-je le seul Ă  ne pas trouver ça ni acceptable, ni normal ? J’en ai bien l’impression ! Pfff des moutons qui se sont laissĂ©s abrutir par le systĂšme ! Et par les miettes qu’on nous a donnĂ©, par de prĂ©tendues « volontĂ©s Â» de maintenir des liens familiaux, par exemple, avec le tĂ©lĂ©phone, oĂč on nous donnait des clopinettes, du genre : « Estime-toi heureux, on te file 30-balles de tĂ©lĂ©phone gratis ! Appelle chez toi et ferme ta gueule ! Â» Ben non, dĂ©solĂ©, moi, j’ferme pas ma gueule !

Je pense qu’il y en a qui se sont gavĂ©s sur nous !

Je sais pas si vous vous rappelez, les mesures prises par les politiques, c’était Ă  la base 40€ par mois pour la tĂ©lĂ©phonie. Et d’un coup d’un seul 40€ pour nous, les enfermĂ©s, les invisibles, les anonymes parmis les anonymes, 40€ c’était c’était bien trop, et sans que personne, de nous, dĂ©tenus, ne sache vraiment comment, ni par qui tout cela s’est dĂ©cidĂ©, c’est redescendu Ă  30€ ! Vu que l’État, Ă  la base, envoyait « une enveloppe-budget Â» pour les opĂ©rateurs de l’époque Sagi et Telio et que ces opĂ©rateurs ensuite rĂ©partissaient automatiquement, pour chaque prison et pour chaque prisonnier dĂ©terminĂ©, la somme liĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©phonie, je pense que y’en a qui se sont gavĂ©s sur nous ! Car, on est combien de dĂ©tenus en France ? 74, 75, 76.000 ? Mais Ă  10€ par tĂȘte, chaque mois, y a un champion bien avisĂ© qui se foutait alors 10€ multipliĂ© par le nombre de dĂ©tenus en France, dans la poche ça veut dire ? Quel dĂ©tenu en a Ă©tĂ© informĂ© du pourquoi, du comment ? Pas moi en tout cas ! On s’est bien fait enfler, par des escrocs en col blanc, qui, pendant une X pĂ©riode, se sont mis 10€ multipliĂ© par le nombre de dĂ©tenus dans la poche ! Et ce sont vous, mesdames messieurs du dehors, qui payez avec vos impĂŽts, avec toutes les taxes que vous donnez Ă  l’État au quotidien. C’est votre argent, pas le nĂŽtre Ă©tant donnĂ© que nous, en prison, sommes rarement imposables.

J’ai jamais entendu que ces clampins avaient Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s par la Justice. Et pourquoi ? Tout simplement parce que, hormis certains dĂ©tenus et certaines personnes qui luttent pour nous au dehors, personne n’en a rien Ă  foutre que ces gens se gavent tant sur votre dos que sur le nĂŽtre ! Libre Ă  chacun de faire comme ces trois singes : j’ai rien vu, j’ai rien entendu, et je parle pas. Mais moi, je suis pas un singe ! Ni je ferme ma gueule, ni je deviens sourd, quand ça se complique, ni je ferme les yeux sur ce qu’on nous fait. Car, ce qu’on nous fait Ă  tous, dĂ©tenus, on vous le fait Ă  vous aussi au dehors, vous qui n’avez aucun lien quel qu’il soit avec le milieu pĂ©nitentiaire, car c’est aussi et surtout Ă  vous que je m’adresse car nos proches ou ceux qui luttent Ă  nos cĂŽtĂ©s, eux, savent. Ils font ce qu’ils peuvent pour aider, que ce soit par exemple en faisant entendre nos voix Ă  nous les oppressĂ©s du systĂšme carcĂ©ral qui broie de l’humain et leur famille ! Mais, que vous le vouliez ou non, vous qui n’avez aucun lien direct ou indirect avec un dĂ©tenu ou le milieu carcĂ©ral, vous ĂȘtes vous aussi tout autant impactĂ© que nous ! Bien qu’il y ait des gens formidables, comme ceux et celles qui forment l’EnvolĂ©e, bien qu’il y ait aussi d’autres assoces qui luttent tout comme l’Envo pour nous dĂ©tenu(e)s, retenu(e)s que ce soit en prison ou dans tous les lieux oĂč on enferme (Ă  ceux-lĂ , force et courage, aux femmes et hommes enfermĂ©(e)s entre autres dans ces maudits centres de rĂ©tention administrative), ou que ce soit aussi nos proches
 Certes tout ce monde, ça en fait des gens qui luttent pour nous, mais on est encore trop peu nombreux ! À vous toutes et tous, sentez-vous concernĂ©s et vous aussi, prenez position, car on a tous et toutes besoin de vous aussi ! Vous comme moi, on est tous des ĂȘtres humains avant tout ! Vous, mesdames messieurs, si c’était vous qui subissiez ce genre de choses, l’accepteriez vous ? Et, si vous ne l’acceptiez pas si vous Ă©tiez Ă  ma place, pourquoi pas d’ores et dĂ©jĂ , en l’état actuel des choses ? Dites-non, et insurgez-vous, selon ce que vous pouvez, soutenez les personnes qui subissent ce broyage psychologique et physique !

Pourquoi acceptez-vous ou, mĂȘme, pourquoi prĂ©fĂ©rez-vous fermer les yeux, les oreilles et la bouche, alors que ça se passe ici en France ? Et, Ă  celles et ceux qui liront ceci, vous y penserez peut-ĂȘtre le jour oĂč vous vous ferez agresser par un dĂ©linquant qui rĂ©cidive : Ă  mon niveau, ai-je fait ma part citoyenne en soutenant comme je le peux pour faire avancer les conditions des dĂ©tenus ? Car, si j’avais Ă©tĂ© lĂ  pour aider du mieux possible, peut-ĂȘtre que celui qui cambriole ou qui vend de la came Ă  mon gamin, aurait trouvĂ© son chemin dans la droiture ! Au lieu de ça, il a subi, s’est endurci de la plus mauvaise des façons et j’ai, d’un sens, contribuĂ© Ă  cela en ne faisant rien, en me complaisant dans mon petit train de vie, parce que je ne me sentais pas concernĂ©. Ce que je vous dis lĂ , ce sont de vraies rĂ©alitĂ©s, c’est pas juste des Ă©lucubrations d’un mec qui aurait perdu la tĂȘte !

Tout simplement, ces mesures, en ce qui concerne les parloirs, c’est juste pour nous oppresser sans que rien ne le justifie !

Autre sujet les amis, par exemple, les salons ou UVF
 Par exemple, entre le jour oĂč j’ai eu mon premier parloir et mon premier salon, il ne s’est passĂ© qu’un mois. Cool ! Ça dure 6h toute la session « du matin jusqu’au soir Â», 10h30-16h30, dans un genre d’appart amĂ©nagĂ© ! LĂ , j’ai pu embrasser mes frĂ©rots, leur faire de grosses accolades, etc. Mais question : pourquoi alors nous menacer, pour les parloirs, de nous faire sauter le permis vu qu’au salon, on pouvait faire ce qu’on nous interdit au parloir ?! Bah, tout simplement, parce que ces mesures, en ce qui concerne les parloirs, c’est juste pour nous oppresser sans que rien ne le justifie ! Normalement, Ă  l’issue d’un UVF, ou d’un salon, il devrait y avoir une pĂ©riode de pfff
 je sais mĂȘme pas combien, car mĂȘme ici, ils savent pas tellement ça change tout le temps de confinement obligatoire ! Moi, je savais que, les frĂ©rots n’avaient pas le covid, donc je pouvais pas l’avoir, Ă  l’issue du salon. J’ai demandĂ©, juste pour voir ce qu’on rĂ©pondrait, si je pouvais (comme je le fais souvent) aller en salle de bibliothĂšque pour Ă©crire mes courriers. « PrĂ©pare-toi, on arrive dans cinq minutes Â», m’a t-on dit, alors que tous savaient que je rentrais du salon. Au bout de trois minutes je les appelle et je les bluffe en leur disant : tout compte fait je dois appeler chez moi, j’reste en cellule. En fait, je me suis auto-confinĂ© moi mĂȘme dix jours pour ĂȘtre sĂ»r.

Les surveillants nous rappellent sans cesse qu’il faut respecter les gestes barriĂšre alors que ça contamine sans vergogne, ni souci de conscience les dĂ©tenus, parce que, eux, n’ont pas respectĂ© les gestes barriĂšre !

Un dĂ©tenu a eu le covid ici, au QI, et pourtant il n’a pas eu le covid lors s’un salon ou d’un UVF ou d’un parloir ! Au QI, nos contacts, se mesurent la plupart du temps aux surveillants. Il a des mesures de gestion Ă©quipĂ©e donc ils ouvrent peu sa cellule. Il a eu des contacts qu’avec les surveillants et personne d’autre, donc c’est un surveillant qui lui a refilĂ© le covid. Et, aucun dĂ©tenu n’a Ă©tĂ© informĂ© que l’un d’entre nous l’avait choppĂ© Ă  cause d’un surveillant, quelle honte ! Ils nous mettent en danger mais par contre, ils nous rappellent sans cesse qu’il faut respecter les gestes barriĂšres alors que ça contamine sans vergogne, ni souci de conscience les dĂ©tenus, parce que, eux, n’ont pas respectĂ© les gestes barriĂšres ! On sait mĂȘme pas si c’est un surveillant QI qui lui a donnĂ© cette merde de covid, ou un ELAC (Équipe locale d’appui et de contrĂŽle) ! Car c’est les ELAC qui font les mouvements infirmerie par exemple, quand on va Ă  l’infirmerie ou dĂšs qu’on sort du bĂątiment du QI, donc non seulement ça a infectĂ© un dĂ©tenu, mais que dire de cet inconscient d’agent qui, de ce fait, a mis aussi ses collĂšgues Ă  lui en danger, peut-ĂȘtre mĂȘme aussi ses proches. À cette pĂ©riode, ce dĂ©tenu n’avait pas de parloir, de salon, ou d’UVF prĂ©vu : imaginez si ça avait Ă©tĂ© le cas, et qu’il ait eu une visite, avant mĂȘme d’avoir Ă©tĂ© depistĂ© positif ! Ce mec a des gamins, et s’il avait infectĂ© ses gamins sans le savoir s’il avait eu parloir ? C’est-Ă -dire que, de l’inconscience d’un seul surveillant, vous imaginez un peu comment tout ça aurait pu mal tourner.

Et lĂ , depuis 24 heures, plus personne ne met de masques. Est-ce gĂ©nĂ©ral et/ou gĂ©nĂ©ralisĂ© ? MystĂšre et boule de gomme ! Au QI, personne ne nous a informĂ© de quoi que ce soit Ă  ce sujet ! Alors, les Castex, VĂ©rand, Macron et compagnie au lieu de filer des chĂšques carburants et qu’ça foute la pagaille, au lieu de faire profil bas Olivier, et de pas remplir ton rĂŽle de ministre, et toi Manu, au lieu de t’la raconter comme un superman que t’es pas en voulant donner des leçons Ă  ce fou de Poutine, commencez messieurs, par vous occuper des vrais problĂšmes qu’il y a dans votre pays. Regardez d’un peu plus prĂšs tout ce qui se passe dans les prisons ! On tombe malade, on crĂšve, que ce soit brutalement ou Ă  petit feu, ce qui n’en n’est pas moins tout aussi brutal que de mourir d’une dizaine de coups de couteau dans une cour de promenade. Parce que, quand il y a des dĂ©tenus « mĂ©diatiques et mĂ©diatisĂ©s Â» lĂ  vous commencez Ă  bouger, et mĂȘme Ă  faire les canards, en transfĂ©rant les gens lĂ  ou ils voulaient ĂȘtre pour ĂȘtre proches des leurs, chose que jusque lĂ  vous leurs avez refusĂ© et tout ça, Ă  quel titre, de quel droit ? Celui de l’apaisement des esprits Ă©chauffĂ©s Ă  blanc ? Et nous alors, nous, les invisibles sauf quand on fait une prise d’otage ou qu’on agresse un surveillant, vous en avez rien Ă  foutre de nous ?! Et, vous croyez que je vais voter pour des gens comme vous ? Commencez par voir les rĂ©alitĂ©s de ce qui ce passe dans les geĂŽles françaises, les CRA, et tous ces lieux oĂč on enferme et tue de multiples façons, oĂč l’on broie des gens, des familles entiĂšres, et faites changer les choses, alors là
 peut-ĂȘtre, je dis bien peut-ĂȘtre, voterai-je un jour si un de vous tenez de tels engagements !

À toutes celles et ceux que je nomme pas et qui me soutiennent, activement et/ou, dans l’ombre, ainsi qu’a ma tante, et mon oncle, qui sont lĂ  pour moi, merci Ă  vous pour votre soutien, votre coeur, et votre dĂ©termination ! Courage aussi, tout spĂ©cialement, Ă  N. « la lionne Â» incarcĂ©rĂ©e actuellement aux Baumettes ! Ă€ toutes les femmes, hommes, minots, et tous ceux et celles, enfermĂ©(e)s ailleurs qu’en prison, gardez le moral et l’espoir de jours meilleurs ! Force courage et dĂ©termination ! Restez unis et solidaires ! Car le combat « c’est nous contre eux, pas nous contre nous Â». Y’a pas d’arrangements, et y’en aura jamais lĂ  dessus ! Force Ă  tous.

L’Infñme


Lettre de Francis Dorffer

Chaque fois que des mesures rĂ©pressives sont mises en place au dĂ©triment des prisonniĂšres et des prisonniers, ou de leurs proches, le risque, c’est qu’elles s’inscrivent dans le droit et dans les pratiques de l’AP et de ses matons longtemps aprĂšs la disparition du prĂ©texte qui les a initialement justifiĂ©es. Francis souligne dans cette lettre lue Ă  l’émission du 15 avril 2022 que le covid ne fait pas exception Ă  la rĂšgle.

Maison centrale d’Arles, quartier d’isolement,

Le 13 mars 2022,

Salut Ă  tous,

Aujourd’hui, voilĂ  deux ans que le covid a posĂ© ses bagages en prison. Mars 2020, premier confinement : pendant des semaines, les visites au parloir ont Ă©tĂ© interrompues, les UVF annulĂ©s
 Et dans certaines prisons, cela a mis plusieurs mois Ă  reprendre !

Beaucoup de mesures sanitaires se sont transformĂ©es en nouvelles rĂšgles inscrites dans le marbre en dĂ©tention, et sont appliquĂ©es de façon permanente : parloirs vitrĂ©s, heures de rĂ©servation rĂ©duites ‒ parfois plusieurs heures rĂ©duites Ă  une seule par jour. Dans beaucoup de prisons, les mesures liĂ©es au covid sont devenues un moyen de restreindre les droits : nombre de personnes au parloir rĂ©duit Ă  deux ou trois, et en UVF, idem ! ActivitĂ©s en dĂ©tention annulĂ©es, voire complĂštement supprimĂ©es, demande de vaccin ou test pour accĂ©der aux UVF, isolement de personnes ayant eu des contacts au parloir ou au retour d’UVF


Bref, sans parler du rĂ©el manque d’information, on a pu voir nos droits rĂ©duits avec comme seule rĂ©ponse : « C’est le covid ! Â»

Pour info, le 14 mars, le masque n’est plus obligatoire Ă  porter. Donc Ă  toutes et tous ! N’oubliez pas de vous informer et demandez des informations. Dans la majoritĂ© des cas, cela n’a Ă©tĂ© que le moyen de faire rĂ©gresser les droits et de remettre des vitres dans les parloirs !

Courage Ă  tous ! Force Ă  tous !

Francis Dorffer


Lettre de DD

Dans cette lettre lue Ă  l’émission du 1er avril 2022, DD rappelle rapidement les principales restrictions imposĂ©es aux Baumettes depuis l’arrivĂ©e du covid et la dĂ©tĂ©rioration des relations des prisonniĂšres avec leurs proches qu’elles entraĂźnent, tout en soulignant que mĂȘme quand on n’a pas de parloirs, on est tout de mĂȘme affectĂ© par des mesures comme la limitation des activitĂ©s, et donc des mouvements et des rencontres au sein de la dĂ©tention.

Centre pénitentiaire de Marseille-Les Baumettes,

Le 11 mars 2022,

Depuis deux ans qu’il y a ce foutu virus, le corona, la dĂ©tention a beaucoup changĂ©. Personnellement je n’ai pas de parloir, mais je sais que pendant une pĂ©riode ils ont mis les plexiglas aux parloirs, il n’y avait plus d’UVF et le relais mĂšre-enfants Ă©tait fermĂ©. Sans parler de toutes les activitĂ©s qui ont cessĂ© et ne sont toujours pas revenu Ă  la normale. Ensuite, il y a plein de postes de travail qui ont Ă©tĂ© annulĂ©s, comme la formation bĂątiment, tertiaire, la formation magasinier. Il y avait aussi le linge que la famille amenait Ă  la dĂ©tention et qui n’était pas donnĂ© avant une semaine, voire plus. Depuis, quelques activitĂ©s ont repris mais trĂšs peu. VoilĂ  tout ce que j’avais Ă  dire sur les changements de l’AP.

DD


Lettre de KĂ©mi

KĂ©mi nous avait dĂ©jĂ  Ă©crit Ă  propos du covid en automne 2021, quand un cluster avait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© Ă  la maison centrale de Saint-Maur ; il dĂ©nonçait des conditions sanitaires catastrophiques et la responsabilitĂ© des matons dans la propagation de la maladie. En mars 2022, rĂ©cemment sorti du QI, KĂ©mi constate le maintien de certaines restrictions, comme celles liĂ©es Ă  la vaccination ou Ă  la durĂ©e des parloirs, alors qu’officiellement, l’AP prĂ©tend lever toutes les mesures restrictives liĂ©es au covid. Cette lettre a Ă©tĂ© lue Ă  l’émission du 8 avril 2022.

Maison centrale de Saint-Maur,

Le 14 mars 2022

Salut L’EnvolĂ©e,

Ici ils sont pas emmerdants avec le covid, faut juste qu’on porte un masque c’est tout. Moi je suis toujours Ă  la formation « menuiserie Â» mais je vais voir pour un autre job car celui-lĂ  paie pas et je m’ennuie grave. Le formateur c’est un fatiguĂ© ce gars ! Bref, je prends mes marques petit Ă  petit, j’ai dĂ» remettre les poings sur les « I Â» et les barres sur les « T Â» mais maintenant ça va. Ils ont vu qu’aprĂšs le QI je suis restĂ© un lion et pas devenu un fatiguĂ© !

Bref, lĂ  il est 22 heures et j’écoute le son de NAPS « Les mains faites pour l’or Â», j’ai fait mes exercices et me suis lavĂ© au lavabo, Ă  l’ancienne les potos MDR.

En tous cas merci de m’écrire, ça fait grave plaisir, ça me montre que je ne suis pas seul et ça me permet de traverser cette Ă©preuve qu’est la prison. SĂ©rieux, surtout depuis que je suis sorti du QI, quand je reviens du taf et vois que j’ai une lettre, je la lis avant mĂȘme de manger et ensuite je prends le temps le soir pour y rĂ©pondre. D’ailleurs merci pour l’enveloppe timbrĂ©e, ça me permet de vous rĂ©p et ça fait plaisir.

Pour le covid en prison, ici ils sont tranquilles. Parloirs, UVF, salons : tout est disponible sans restriction. Juste, si le dĂ©tenu n’est pas vaccinĂ© min deux doses, c’est parlu hygiaphone et confinĂ© sept jours, mais si t’es vaccinĂ© c’est tout normal et pas confinĂ©. AprĂšs ça reste 1h30 Ă  la place de toute la journĂ©e et deux visiteurs max mais tu peux nĂ©gocier pour un mineur en plus de deux majeurs. En dĂ©tention tout est normal, juste on doit porter le masque sinon rien n’a changĂ©. En plus le masque on le met que quand on a un entretien ou parloir, sinon ils cassent pas les couilles.

En attendant de vos nouvelles, prenez soin de vous les potos, Ă +

KĂ©mi


Extrait de lettre de Ion Kepa Parot

Ion Kepa Parot souligne la responsabilitĂ© de l’État et en particulier de l’ARS dans la gestion du covid dans cet extrait de lettre lu Ă  l’émission du 8 avril 2022. Au bout de plus de trente-deux ans de prison, Ă  plus de 71 ans, Ion est une personne Ă  risque car il est gravement malade ; de plus, il a eu le covid en prison l’étĂ© 2021. Il vient enfin d’obtenir une libĂ©ration conditionnelle (le 13 octobre 2022), aprĂšs une Ă©niĂšme demande. L’État français persistait jusque-lĂ  dans la logique de vengeance qui est la sienne depuis des dĂ©cennies en rejetant systĂ©matiquement ces demandes, alors que Ion avait dĂ©passĂ© sa pĂ©riode de sĂ»retĂ© depuis 2005. Des manifestations avaient eu lieu rĂ©guliĂšrement au pays Basque pour exiger sa libĂ©ration ainsi que celle de Jakes Esnal, lui aussi gravement malade aprĂšs plus de trente-deux annĂ©es passĂ©es en prison, et celle de tou·te·s les Basques enfermé·e·s du fait de l’acharnement sans fin des États français et espagnol contre ETA (Euskadi ta Askatasuna) mĂȘme aprĂšs sa dissolution.

Centre de détention de Muret,

Le 16 mars 2022

[
] Pourrais-tu dire aussi, de ma part, Ă  Madame L’EnvolĂ©e que dĂ©but dĂ©cembre 2020, j’avais dit au mĂ©decin-chef du centre de dĂ©tention de Muret qu’il Ă©tait urgent de vacciner contre la covid-19 sinon nous risquions un cluster important. Et, le cluster s’est installĂ© en mars 2021 (40 dĂ©tenus confinĂ©s durant plus de 20 jours) Ă  cause des retards de l’ARS (Agence rĂ©gionale de santĂ©). Nous sommes toujours en retard d’une guerre, comme en 1918 et 1940, mĂȘme pour la santĂ© par manque de vision, de rĂ©flexion et de matĂ©riel. De plus, l’Institut Pasteur Ă©tait en retard, il a fallu acheter des vaccins Ă  l’étranger et vacciner, ici au CD de Muret, en juin 2021. Tout le reste dĂ©coule de cette inertie de l’ARS. Le plus important ce ne sont pas les consĂ©quences mais la cause.

Ion Kepa Parot

Le gouvernement a orchestrĂ© le mirage d’un prĂ©tendu « retour Ă  la normale Â» avec la fin du passe sanitaire et du port du masque obligatoire en mars 2022 ; mais Ă  l’intĂ©rieur, les mesures foireuses que l’AP (Administration pĂ©nitentiaire) impose aux prisonnier·e·s depuis deux ans – jamais les mĂȘmes d’une semaine Ă  l’autre ou d’une taule Ă  l’autre â€“ ne tombent pas vite. Prisonnier·e·s et proches n’en peuvent plus de ces mesures arbitraires et vexatoires – notamment au parloir, en salons et en UVF (UnitĂ© de vie familiale), seuls moyens de maintenir des liens avec l’extĂ©rieur.


Lettre de l’Infñme

Cette lettre Ă©crite du QI (Quartier d’isolement) de Valence a Ă©tĂ© lue Ă  l’émission du 15 avril 2022. On y voit comment l’AP (Administration pĂ©nitentiaire) se sert du prĂ©texte du covid pour multiplier les restrictions au parloir et faire subir une surveillance accrue aux prisonniers et Ă  leurs proches tandis que les matons qui vont et viennent librement peuvent faire rentrer le virus. L’InfĂąme revient sur l’argent promis aux prisonnier·e·s pour appeler leurs proches par tĂ©lĂ©phone pendant le premier confinement de mars-avril 2020, ce « cadeau» destinĂ© Ă  calmer les rĂ©voltes collectives contre l’interdiction pure et simple de tous les parloirs


Centre pĂ©nitentiaire de Valence, quartier d’isolement,

Le 14 mars 2022

Coucou les ami(e)s,

L’InfĂąme est de retour, histoire de vous parler un peu du covid et de comment tout se joue autour de ça en ce lieu oppressant dĂ©jĂ , de base, qu’est le quartier d’isolement. De mon point de vue, le sujet covid, est un peu spĂ©cial, je l’avoue, car je suis encore et toujours « isolĂ© ministĂ©riel Â». Mais, ça n’en reste pas moins violent, rĂ©voltant, et parfois mĂȘme un non-sens ! Mais bon, j’vais – comme Ă  mon habitude – vous parler sans langue de bois, mĂȘme si ça pourrait dĂ©plaire Ă  l’AP. Mais, ce dĂ©tail-lĂ , je m’en tape comme de ma premiĂšre chemise, car la libre expression est un droit – et un devoir mĂȘme – de l’ĂȘtre humain. Revenons Ă  nos moutons
 ou plutĂŽt, Ă  notre covid – toute une histoire cette merde de covid, hein !

Vous n’ĂȘtes pas sans savoir, vous, Ă  l’Envo (pour celles et ceux qui me sont le plus proches) que, depuis quelques mois, j’ai enfin des parloirs. Et lĂ , le choc ! Mon parloir s’est super bien passĂ© ! Mais cĂŽtĂ© covid, le parloir, un dĂ©sastre ! On a fait avec, moi et mes frĂ©rots.

L’ordre qui nous a Ă©tĂ© donnĂ©, c’est zĂ©ro contact. Pas mĂȘme un check du poing, ou mĂȘme du pied ou alors du coude.

L’ordre qui nous a Ă©tĂ© donnĂ©, c’est zĂ©ro contact. Pas mĂȘme un check du poing, ou mĂȘme du pied ou alors du coude. Rien, nada ! Et croyez-moi, qu’aprĂšs presque quinze ans sans parloir, de renouer avec le parloir, j’en Ă©tais Ă©mu
 Mais, ne pas pouvoir dans mes bras mes frĂ©rots, leur faire la bise, une accolade etc., c’est d’une violence terrible ! J’aurais voulu passer outre, sauf qu’on Ă©tait surveillĂ©s de prĂšs. Et v’lĂ  que ça fait des aller-retours, sans cesse, pour noter si on fait un Ă©cart ou pas
 Alors que eux, bien Ă©videmment, ça se faisait entre eux, des checks du poing ! Mais nous, on nous refusait mĂȘme ça. Moi, j’étais dos Ă  la porte de la cuisine du parloir, et je voyais les frĂ©rots lever les yeux, Ă  chaque passage de Big Brother
 Souriez, vous ĂȘtes matĂ©s ! Au sens propre comme au figurĂ©. Une mise Ă  l’amende inacceptable ! Et bien que pas contents de cette flagrante inhumanitĂ© qu’on subissait, on s’est pliĂ©s malgrĂ© tout Ă  ça.

Le pire de cette mise Ă  l’amende, c’est qu’on nous a bien signifiĂ© que, si des personnes d’entre nous, que ce soit sur l’initiative de mes visiteurs ou sur une initiative faite par moi, avaient le moindre contact, non seulement il serait mis fin Ă  la visite, mais le permis de visite serait non pas suspendu mais tout simplement supprimĂ©. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on ne pouvait rien y faire. Alors, la mort dans l’ñme, on n’a pas jouĂ© aux cons ! Mais c’était d’une violence psychologique extrĂȘme tout ça ! Mais, le principal, c’est que, mĂȘme avec tout ça, ça ne nous a pas empĂȘchĂ© de profiter pleinement de ces 3h de parloir qu’on a eu ce jour-lĂ .

Alors, vu les mesures de covid, pour les parloirs ici, Ă  Valence, tenez-vous bien, car l’annonce est aussi rude que rĂ©voltante : de base, sans prolongation de durĂ©e, la durĂ©e d’un parloir, c’est 1h30 ! 3 heures avec une prolongation ! Et le parloir, c’est juste le dimanche. Et quand je dis « le dimanche Â», c’est pas tout le dimanche mais, une seule session de 1h30 si y a pas de prolongation. Soit le matin, soit l’aprĂšs-midi.

MĂȘme dans une prison aussi reloue que CondĂ©-sur-Sarthe par exemple, les parloirs, c’est tout le week-end, et les jours fĂ©riĂ©s. Et toutes les sessions. C’est-Ă -dire, si la famille, les amis, etc., viennent, ils peuvent faire 3h le matin, 3h l’aprĂšs-midi, tout le week-end. Et, si le jour qui prĂ©cĂšde ou succĂšde un week-end est fĂ©riĂ©, c’est possible de faire la session du matin et de l’aprĂšs midi, de faire 3h Ă  chaque fois, sur les trois jours entiers.

Ici, non ! C’est juste le dimanche, soit le matin, soit l’aprĂšs-midi pour une seule session. Ici, Valence, c’est un CP (Centre pĂ©nitentiaire), donc y’a une maison d’arrĂȘt. Eux par contre, ils ont droit Ă  plusieurs jours de parloir. Pourquoi pas nous, dĂ©tenus QMC (Quartier maison centrale) ? LĂ  encore, mystĂšre et boule de gomme, au goĂ»t de rĂ©volte ! Et pourtant, y a personne cĂŽtĂ© centrale qui se bouge son cul pour s’insurger contre ça. Pas de bloquage, pas de mouvement de contestation, pacifique ou non. Rien, zĂ©ro ! Suis-je le seul Ă  ne pas trouver ça ni acceptable, ni normal ? J’en ai bien l’impression ! Pfff des moutons qui se sont laissĂ©s abrutir par le systĂšme ! Et par les miettes qu’on nous a donnĂ©, par de prĂ©tendues « volontĂ©s Â» de maintenir des liens familiaux, par exemple, avec le tĂ©lĂ©phone, oĂč on nous donnait des clopinettes, du genre : « Estime-toi heureux, on te file 30-balles de tĂ©lĂ©phone gratis ! Appelle chez toi et ferme ta gueule ! Â» Ben non, dĂ©solĂ©, moi, j’ferme pas ma gueule !

Je pense qu’il y en a qui se sont gavĂ©s sur nous !

Je sais pas si vous vous rappelez, les mesures prises par les politiques, c’était Ă  la base 40€ par mois pour la tĂ©lĂ©phonie. Et d’un coup d’un seul 40€ pour nous, les enfermĂ©s, les invisibles, les anonymes parmis les anonymes, 40€ c’était c’était bien trop, et sans que personne, de nous, dĂ©tenus, ne sache vraiment comment, ni par qui tout cela s’est dĂ©cidĂ©, c’est redescendu Ă  30€ ! Vu que l’État, Ă  la base, envoyait « une enveloppe-budget Â» pour les opĂ©rateurs de l’époque Sagi et Telio et que ces opĂ©rateurs ensuite rĂ©partissaient automatiquement, pour chaque prison et pour chaque prisonnier dĂ©terminĂ©, la somme liĂ©e Ă  la tĂ©lĂ©phonie, je pense que y’en a qui se sont gavĂ©s sur nous ! Car, on est combien de dĂ©tenus en France ? 74, 75, 76.000 ? Mais Ă  10€ par tĂȘte, chaque mois, y a un champion bien avisĂ© qui se foutait alors 10€ multipliĂ© par le nombre de dĂ©tenus en France, dans la poche ça veut dire ? Quel dĂ©tenu en a Ă©tĂ© informĂ© du pourquoi, du comment ? Pas moi en tout cas ! On s’est bien fait enfler, par des escrocs en col blanc, qui, pendant une X pĂ©riode, se sont mis 10€ multipliĂ© par le nombre de dĂ©tenus dans la poche ! Et ce sont vous, mesdames messieurs du dehors, qui payez avec vos impĂŽts, avec toutes les taxes que vous donnez Ă  l’État au quotidien. C’est votre argent, pas le nĂŽtre Ă©tant donnĂ© que nous, en prison, sommes rarement imposables.

J’ai jamais entendu que ces clampins avaient Ă©tĂ© inquiĂ©tĂ©s par la Justice. Et pourquoi ? Tout simplement parce que, hormis certains dĂ©tenus et certaines personnes qui luttent pour nous au dehors, personne n’en a rien Ă  foutre que ces gens se gavent tant sur votre dos que sur le nĂŽtre ! Libre Ă  chacun de faire comme ces trois singes : j’ai rien vu, j’ai rien entendu, et je parle pas. Mais moi, je suis pas un singe ! Ni je ferme ma gueule, ni je deviens sourd, quand ça se complique, ni je ferme les yeux sur ce qu’on nous fait. Car, ce qu’on nous fait Ă  tous, dĂ©tenus, on vous le fait Ă  vous aussi au dehors, vous qui n’avez aucun lien quel qu’il soit avec le milieu pĂ©nitentiaire, car c’est aussi et surtout Ă  vous que je m’adresse car nos proches ou ceux qui luttent Ă  nos cĂŽtĂ©s, eux, savent. Ils font ce qu’ils peuvent pour aider, que ce soit par exemple en faisant entendre nos voix Ă  nous les oppressĂ©s du systĂšme carcĂ©ral qui broie de l’humain et leur famille ! Mais, que vous le vouliez ou non, vous qui n’avez aucun lien direct ou indirect avec un dĂ©tenu ou le milieu carcĂ©ral, vous ĂȘtes vous aussi tout autant impactĂ© que nous ! Bien qu’il y ait des gens formidables, comme ceux et celles qui forment l’EnvolĂ©e, bien qu’il y ait aussi d’autres assoces qui luttent tout comme l’Envo pour nous dĂ©tenu(e)s, retenu(e)s que ce soit en prison ou dans tous les lieux oĂč on enferme (Ă  ceux-lĂ , force et courage, aux femmes et hommes enfermĂ©(e)s entre autres dans ces maudits centres de rĂ©tention administrative), ou que ce soit aussi nos proches
 Certes tout ce monde, ça en fait des gens qui luttent pour nous, mais on est encore trop peu nombreux ! À vous toutes et tous, sentez-vous concernĂ©s et vous aussi, prenez position, car on a tous et toutes besoin de vous aussi ! Vous comme moi, on est tous des ĂȘtres humains avant tout ! Vous, mesdames messieurs, si c’était vous qui subissiez ce genre de choses, l’accepteriez vous ? Et, si vous ne l’acceptiez pas si vous Ă©tiez Ă  ma place, pourquoi pas d’ores et dĂ©jĂ , en l’état actuel des choses ? Dites-non, et insurgez-vous, selon ce que vous pouvez, soutenez les personnes qui subissent ce broyage psychologique et physique !

Pourquoi acceptez-vous ou, mĂȘme, pourquoi prĂ©fĂ©rez-vous fermer les yeux, les oreilles et la bouche, alors que ça se passe ici en France ? Et, Ă  celles et ceux qui liront ceci, vous y penserez peut-ĂȘtre le jour oĂč vous vous ferez agresser par un dĂ©linquant qui rĂ©cidive : Ă  mon niveau, ai-je fait ma part citoyenne en soutenant comme je le peux pour faire avancer les conditions des dĂ©tenus ? Car, si j’avais Ă©tĂ© lĂ  pour aider du mieux possible, peut-ĂȘtre que celui qui cambriole ou qui vend de la came Ă  mon gamin, aurait trouvĂ© son chemin dans la droiture ! Au lieu de ça, il a subi, s’est endurci de la plus mauvaise des façons et j’ai, d’un sens, contribuĂ© Ă  cela en ne faisant rien, en me complaisant dans mon petit train de vie, parce que je ne me sentais pas concernĂ©. Ce que je vous dis lĂ , ce sont de vraies rĂ©alitĂ©s, c’est pas juste des Ă©lucubrations d’un mec qui aurait perdu la tĂȘte !

Tout simplement, ces mesures, en ce qui concerne les parloirs, c’est juste pour nous oppresser sans que rien ne le justifie !

Autre sujet les amis, par exemple, les salons ou UVF
 Par exemple, entre le jour oĂč j’ai eu mon premier parloir et mon premier salon, il ne s’est passĂ© qu’un mois. Cool ! Ça dure 6h toute la session « du matin jusqu’au soir Â», 10h30-16h30, dans un genre d’appart amĂ©nagĂ© ! LĂ , j’ai pu embrasser mes frĂ©rots, leur faire de grosses accolades, etc. Mais question : pourquoi alors nous menacer, pour les parloirs, de nous faire sauter le permis vu qu’au salon, on pouvait faire ce qu’on nous interdit au parloir ?! Bah, tout simplement, parce que ces mesures, en ce qui concerne les parloirs, c’est juste pour nous oppresser sans que rien ne le justifie ! Normalement, Ă  l’issue d’un UVF, ou d’un salon, il devrait y avoir une pĂ©riode de pfff
 je sais mĂȘme pas combien, car mĂȘme ici, ils savent pas tellement ça change tout le temps de confinement obligatoire ! Moi, je savais que, les frĂ©rots n’avaient pas le covid, donc je pouvais pas l’avoir, Ă  l’issue du salon. J’ai demandĂ©, juste pour voir ce qu’on rĂ©pondrait, si je pouvais (comme je le fais souvent) aller en salle de bibliothĂšque pour Ă©crire mes courriers. « PrĂ©pare-toi, on arrive dans cinq minutes Â», m’a t-on dit, alors que tous savaient que je rentrais du salon. Au bout de trois minutes je les appelle et je les bluffe en leur disant : tout compte fait je dois appeler chez moi, j’reste en cellule. En fait, je me suis auto-confinĂ© moi mĂȘme dix jours pour ĂȘtre sĂ»r.

Les surveillants nous rappellent sans cesse qu’il faut respecter les gestes barriĂšre alors que ça contamine sans vergogne, ni souci de conscience les dĂ©tenus, parce que, eux, n’ont pas respectĂ© les gestes barriĂšre !

Un dĂ©tenu a eu le covid ici, au QI, et pourtant il n’a pas eu le covid lors s’un salon ou d’un UVF ou d’un parloir ! Au QI, nos contacts, se mesurent la plupart du temps aux surveillants. Il a des mesures de gestion Ă©quipĂ©e donc ils ouvrent peu sa cellule. Il a eu des contacts qu’avec les surveillants et personne d’autre, donc c’est un surveillant qui lui a refilĂ© le covid. Et, aucun dĂ©tenu n’a Ă©tĂ© informĂ© que l’un d’entre nous l’avait choppĂ© Ă  cause d’un surveillant, quelle honte ! Ils nous mettent en danger mais par contre, ils nous rappellent sans cesse qu’il faut respecter les gestes barriĂšres alors que ça contamine sans vergogne, ni souci de conscience les dĂ©tenus, parce que, eux, n’ont pas respectĂ© les gestes barriĂšres ! On sait mĂȘme pas si c’est un surveillant QI qui lui a donnĂ© cette merde de covid, ou un ELAC (Équipe locale d’appui et de contrĂŽle) ! Car c’est les ELAC qui font les mouvements infirmerie par exemple, quand on va Ă  l’infirmerie ou dĂšs qu’on sort du bĂątiment du QI, donc non seulement ça a infectĂ© un dĂ©tenu, mais que dire de cet inconscient d’agent qui, de ce fait, a mis aussi ses collĂšgues Ă  lui en danger, peut-ĂȘtre mĂȘme aussi ses proches. À cette pĂ©riode, ce dĂ©tenu n’avait pas de parloir, de salon, ou d’UVF prĂ©vu : imaginez si ça avait Ă©tĂ© le cas, et qu’il ait eu une visite, avant mĂȘme d’avoir Ă©tĂ© depistĂ© positif ! Ce mec a des gamins, et s’il avait infectĂ© ses gamins sans le savoir s’il avait eu parloir ? C’est-Ă -dire que, de l’inconscience d’un seul surveillant, vous imaginez un peu comment tout ça aurait pu mal tourner.

Et lĂ , depuis 24 heures, plus personne ne met de masques. Est-ce gĂ©nĂ©ral et/ou gĂ©nĂ©ralisĂ© ? MystĂšre et boule de gomme ! Au QI, personne ne nous a informĂ© de quoi que ce soit Ă  ce sujet ! Alors, les Castex, VĂ©rand, Macron et compagnie au lieu de filer des chĂšques carburants et qu’ça foute la pagaille, au lieu de faire profil bas Olivier, et de pas remplir ton rĂŽle de ministre, et toi Manu, au lieu de t’la raconter comme un superman que t’es pas en voulant donner des leçons Ă  ce fou de Poutine, commencez messieurs, par vous occuper des vrais problĂšmes qu’il y a dans votre pays. Regardez d’un peu plus prĂšs tout ce qui se passe dans les prisons ! On tombe malade, on crĂšve, que ce soit brutalement ou Ă  petit feu, ce qui n’en n’est pas moins tout aussi brutal que de mourir d’une dizaine de coups de couteau dans une cour de promenade. Parce que, quand il y a des dĂ©tenus « mĂ©diatiques et mĂ©diatisĂ©s Â» lĂ  vous commencez Ă  bouger, et mĂȘme Ă  faire les canards, en transfĂ©rant les gens lĂ  ou ils voulaient ĂȘtre pour ĂȘtre proches des leurs, chose que jusque lĂ  vous leurs avez refusĂ© et tout ça, Ă  quel titre, de quel droit ? Celui de l’apaisement des esprits Ă©chauffĂ©s Ă  blanc ? Et nous alors, nous, les invisibles sauf quand on fait une prise d’otage ou qu’on agresse un surveillant, vous en avez rien Ă  foutre de nous ?! Et, vous croyez que je vais voter pour des gens comme vous ? Commencez par voir les rĂ©alitĂ©s de ce qui ce passe dans les geĂŽles françaises, les CRA, et tous ces lieux oĂč on enferme et tue de multiples façons, oĂč l’on broie des gens, des familles entiĂšres, et faites changer les choses, alors là
 peut-ĂȘtre, je dis bien peut-ĂȘtre, voterai-je un jour si un de vous tenez de tels engagements !

À toutes celles et ceux que je nomme pas et qui me soutiennent, activement et/ou, dans l’ombre, ainsi qu’a ma tante, et mon oncle, qui sont lĂ  pour moi, merci Ă  vous pour votre soutien, votre coeur, et votre dĂ©termination ! Courage aussi, tout spĂ©cialement, Ă  N. « la lionne Â» incarcĂ©rĂ©e actuellement aux Baumettes ! Ă€ toutes les femmes, hommes, minots, et tous ceux et celles, enfermĂ©(e)s ailleurs qu’en prison, gardez le moral et l’espoir de jours meilleurs ! Force courage et dĂ©termination ! Restez unis et solidaires ! Car le combat « c’est nous contre eux, pas nous contre nous Â». Y’a pas d’arrangements, et y’en aura jamais lĂ  dessus ! Force Ă  tous.

L’Infñme


Lettre de Francis Dorffer

Chaque fois que des mesures rĂ©pressives sont mises en place au dĂ©triment des prisonniĂšres et des prisonniers, ou de leurs proches, le risque, c’est qu’elles s’inscrivent dans le droit et dans les pratiques de l’AP et de ses matons longtemps aprĂšs la disparition du prĂ©texte qui les a initialement justifiĂ©es. Francis souligne dans cette lettre lue Ă  l’émission du 15 avril 2022 que le covid ne fait pas exception Ă  la rĂšgle.

Maison centrale d’Arles, quartier d’isolement,

Le 13 mars 2022,

Salut Ă  tous,

Aujourd’hui, voilĂ  deux ans que le covid a posĂ© ses bagages en prison. Mars 2020, premier confinement : pendant des semaines, les visites au parloir ont Ă©tĂ© interrompues, les UVF annulĂ©s
 Et dans certaines prisons, cela a mis plusieurs mois Ă  reprendre !

Beaucoup de mesures sanitaires se sont transformĂ©es en nouvelles rĂšgles inscrites dans le marbre en dĂ©tention, et sont appliquĂ©es de façon permanente : parloirs vitrĂ©s, heures de rĂ©servation rĂ©duites ‒ parfois plusieurs heures rĂ©duites Ă  une seule par jour. Dans beaucoup de prisons, les mesures liĂ©es au covid sont devenues un moyen de restreindre les droits : nombre de personnes au parloir rĂ©duit Ă  deux ou trois, et en UVF, idem ! ActivitĂ©s en dĂ©tention annulĂ©es, voire complĂštement supprimĂ©es, demande de vaccin ou test pour accĂ©der aux UVF, isolement de personnes ayant eu des contacts au parloir ou au retour d’UVF


Bref, sans parler du rĂ©el manque d’information, on a pu voir nos droits rĂ©duits avec comme seule rĂ©ponse : « C’est le covid ! Â»

Pour info, le 14 mars, le masque n’est plus obligatoire Ă  porter. Donc Ă  toutes et tous ! N’oubliez pas de vous informer et demandez des informations. Dans la majoritĂ© des cas, cela n’a Ă©tĂ© que le moyen de faire rĂ©gresser les droits et de remettre des vitres dans les parloirs !

Courage Ă  tous ! Force Ă  tous !

Francis Dorffer


Lettre de DD

Dans cette lettre lue Ă  l’émission du 1er avril 2022, DD rappelle rapidement les principales restrictions imposĂ©es aux Baumettes depuis l’arrivĂ©e du covid et la dĂ©tĂ©rioration des relations des prisonniĂšres avec leurs proches qu’elles entraĂźnent, tout en soulignant que mĂȘme quand on n’a pas de parloirs, on est tout de mĂȘme affectĂ© par des mesures comme la limitation des activitĂ©s, et donc des mouvements et des rencontres au sein de la dĂ©tention.

Centre pénitentiaire de Marseille-Les Baumettes,

Le 11 mars 2022,

Depuis deux ans qu’il y a ce foutu virus, le corona, la dĂ©tention a beaucoup changĂ©. Personnellement je n’ai pas de parloir, mais je sais que pendant une pĂ©riode ils ont mis les plexiglas aux parloirs, il n’y avait plus d’UVF et le relais mĂšre-enfants Ă©tait fermĂ©. Sans parler de toutes les activitĂ©s qui ont cessĂ© et ne sont toujours pas revenu Ă  la normale. Ensuite, il y a plein de postes de travail qui ont Ă©tĂ© annulĂ©s, comme la formation bĂątiment, tertiaire, la formation magasinier. Il y avait aussi le linge que la famille amenait Ă  la dĂ©tention et qui n’était pas donnĂ© avant une semaine, voire plus. Depuis, quelques activitĂ©s ont repris mais trĂšs peu. VoilĂ  tout ce que j’avais Ă  dire sur les changements de l’AP.

DD


Lettre de KĂ©mi

KĂ©mi nous avait dĂ©jĂ  Ă©crit Ă  propos du covid en automne 2021, quand un cluster avait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© Ă  la maison centrale de Saint-Maur ; il dĂ©nonçait des conditions sanitaires catastrophiques et la responsabilitĂ© des matons dans la propagation de la maladie. En mars 2022, rĂ©cemment sorti du QI, KĂ©mi constate le maintien de certaines restrictions, comme celles liĂ©es Ă  la vaccination ou Ă  la durĂ©e des parloirs, alors qu’officiellement, l’AP prĂ©tend lever toutes les mesures restrictives liĂ©es au covid. Cette lettre a Ă©tĂ© lue Ă  l’émission du 8 avril 2022.

Maison centrale de Saint-Maur,

Le 14 mars 2022

Salut L’EnvolĂ©e,

Ici ils sont pas emmerdants avec le covid, faut juste qu’on porte un masque c’est tout. Moi je suis toujours Ă  la formation « menuiserie Â» mais je vais voir pour un autre job car celui-lĂ  paie pas et je m’ennuie grave. Le formateur c’est un fatiguĂ© ce gars ! Bref, je prends mes marques petit Ă  petit, j’ai dĂ» remettre les poings sur les « I Â» et les barres sur les « T Â» mais maintenant ça va. Ils ont vu qu’aprĂšs le QI je suis restĂ© un lion et pas devenu un fatiguĂ© !

Bref, lĂ  il est 22 heures et j’écoute le son de NAPS « Les mains faites pour l’or Â», j’ai fait mes exercices et me suis lavĂ© au lavabo, Ă  l’ancienne les potos MDR.

En tous cas merci de m’écrire, ça fait grave plaisir, ça me montre que je ne suis pas seul et ça me permet de traverser cette Ă©preuve qu’est la prison. SĂ©rieux, surtout depuis que je suis sorti du QI, quand je reviens du taf et vois que j’ai une lettre, je la lis avant mĂȘme de manger et ensuite je prends le temps le soir pour y rĂ©pondre. D’ailleurs merci pour l’enveloppe timbrĂ©e, ça me permet de vous rĂ©p et ça fait plaisir.

Pour le covid en prison, ici ils sont tranquilles. Parloirs, UVF, salons : tout est disponible sans restriction. Juste, si le dĂ©tenu n’est pas vaccinĂ© min deux doses, c’est parlu hygiaphone et confinĂ© sept jours, mais si t’es vaccinĂ© c’est tout normal et pas confinĂ©. AprĂšs ça reste 1h30 Ă  la place de toute la journĂ©e et deux visiteurs max mais tu peux nĂ©gocier pour un mineur en plus de deux majeurs. En dĂ©tention tout est normal, juste on doit porter le masque sinon rien n’a changĂ©. En plus le masque on le met que quand on a un entretien ou parloir, sinon ils cassent pas les couilles.

En attendant de vos nouvelles, prenez soin de vous les potos, Ă +

KĂ©mi


Extrait de lettre de Ion Kepa Parot

Ion Kepa Parot souligne la responsabilitĂ© de l’État et en particulier de l’ARS dans la gestion du covid dans cet extrait de lettre lu Ă  l’émission du 8 avril 2022. Au bout de plus de trente-deux ans de prison, Ă  plus de 71 ans, Ion est une personne Ă  risque car il est gravement malade ; de plus, il a eu le covid en prison l’étĂ© 2021. Il vient enfin d’obtenir une libĂ©ration conditionnelle (le 13 octobre 2022), aprĂšs une Ă©niĂšme demande. L’État français persistait jusque-lĂ  dans la logique de vengeance qui est la sienne depuis des dĂ©cennies en rejetant systĂ©matiquement ces demandes, alors que Ion avait dĂ©passĂ© sa pĂ©riode de sĂ»retĂ© depuis 2005. Des manifestations avaient eu lieu rĂ©guliĂšrement au pays Basque pour exiger sa libĂ©ration ainsi que celle de Jakes Esnal, lui aussi gravement malade aprĂšs plus de trente-deux annĂ©es passĂ©es en prison, et celle de tou·te·s les Basques enfermé·e·s du fait de l’acharnement sans fin des États français et espagnol contre ETA (Euskadi ta Askatasuna) mĂȘme aprĂšs sa dissolution.

Centre de détention de Muret,

Le 16 mars 2022

[
] Pourrais-tu dire aussi, de ma part, Ă  Madame L’EnvolĂ©e que dĂ©but dĂ©cembre 2020, j’avais dit au mĂ©decin-chef du centre de dĂ©tention de Muret qu’il Ă©tait urgent de vacciner contre la covid-19 sinon nous risquions un cluster important. Et, le cluster s’est installĂ© en mars 2021 (40 dĂ©tenus confinĂ©s durant plus de 20 jours) Ă  cause des retards de l’ARS (Agence rĂ©gionale de santĂ©). Nous sommes toujours en retard d’une guerre, comme en 1918 et 1940, mĂȘme pour la santĂ© par manque de vision, de rĂ©flexion et de matĂ©riel. De plus, l’Institut Pasteur Ă©tait en retard, il a fallu acheter des vaccins Ă  l’étranger et vacciner, ici au CD de Muret, en juin 2021. Tout le reste dĂ©coule de cette inertie de l’ARS. Le plus important ce ne sont pas les consĂ©quences mais la cause.

Ion Kepa Parot




Source: Lenvolee.net