Octobre 3, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Une mutation particuliĂšrement dangereuse du Virus se propage au sein des tenants du pouvoir politique, le variant Gamma – pour Guerre. DĂ©tectĂ© dĂšs le 16 mars 2020, mais encore trop peu Ă©tudiĂ©, ses effets nous atteindront pourtant de plein fouet, car ils rendront invivable notre « Monde d’aprĂšs Â». Faudra-t-il Ă  notre tour lui dĂ©clarer la guerre ? On commente ici le rapport d’information n° 673 (2020-2021) du SĂ©nat « Crises sanitaires et outils numĂ©riques Â». Nous soulignons les parties les plus critiques.


De quoi la « Guerre Â» contre le virus est-elle le nom ?

Dans son allocution tĂ©lĂ©visĂ©e du 16 mars 2020, Emmanuel Macron assimilait Ă  six reprises la crise sanitaire Ă  une « guerre Â». Le 3 mai, son conseiller pour le numĂ©rique CĂ©dric O abondait en commentant sur la plateforme Medium  son application de traçage social StopCovid : « StopCovid n’est pas une application de temps de “paix” Â». Le 3 juin 2021, le SĂ©nat Ă  son tour apparaĂźt gravement contaminĂ©, qui rĂ©clame sans plus de retenue la mise en place d’une formidable armĂ©e de bots  [note] et de robots, les seuls Ă  mĂȘme de gagner cette guerre nous assurent-ils. Mais quelle est cette guerre et qui sont les ennemis ? Cette guerre Ă  les en croire est aussi une guerre civile, car l’ennemi est intĂ©rieur : nous, nous tous, tous suspects d’ĂȘtre complices.

« Atteindre un taux de contrĂŽle de 100 % Â» 

PersuadĂ©s que seule une « infime fraction Â» des contraventions au premier confinement a Ă©tĂ© verbalisĂ©e, les sĂ©nateurs soucieux de garantir notre obĂ©issance Ă  100 % posent les bases d’un ContrĂŽle Digital Total et proposent tout simplement de robotiser notre surveillance devenue totale. AnimĂ©s par la foi Ă©paisse des nouveaux convertis, ils sont convaincus qu’avec « le numĂ©rique [..] il serait thĂ©oriquement possible d’atteindre un taux de contrĂŽle de 100 % Â». L’objectif est assumĂ© : surveiller et contrĂŽler au plus prĂšs chaque dimension observable de l’existence de 100 % de la population. La mĂ©thode est clairement dĂ©crite : une infrastructure logicielle, matĂ©rielle et juridique permettant « en appuyant sur un bouton Â» d’activer et coordonner les bataillons de dizaines de milliers de bots et robots formĂ©s Ă  la surveillance et Ă  la rĂ©pression. Un dispositif total, conjoignant les mondes physiques et numĂ©riques ; nouvelle dĂ©clinaison d’un « en mĂȘme temps Â» en marche forcĂ©e vers un État Total – d’aucuns diraient « totalitaire Â». Nos Ă©lus ne s’opposent pas toutefois aux Ă©lections qui pourront ĂȘtre maintenues ; la façade et leurs confortables mandats seront prĂ©servĂ©s.

Imposer l’IdentitĂ© NumĂ©rique
Le rapport invoque en premier lieu la nĂ©cessitĂ© d’imposer la crĂ©ation accĂ©lĂ©rĂ©e d’une IdentitĂ© NumĂ©rique rĂ©galienne qui complĂ©tera dans l’espace Cyber la Carte d’IdentitĂ© Nationale. Un document rendu obligatoire, il est utile de s’en souvenir, sous le gouvernement de Vichy par la loi du 27 octobre 1940, afin de capturer les immigrĂ©s et les « mauvais Français Â». La filiation n’étonnera pas car nos Ă©lus savent qu’en temps de guerre il y a toujours des rĂ©sistants, des irrĂ©ductibles, des « rĂ©fractaires Â», qu’ils soient certifiĂ©s gaulois ou soupçonnĂ©s de ne l’ĂȘtre pas vraiment ou pas assez. L’IdentitĂ© NumĂ©rique couplera les robots-camĂ©ras qui nous identifient dĂ©jĂ  dans les espaces publics aux bots de l’espace numĂ©rique chargĂ©s de collecter, regrouper et fusionner l’ensemble de nos traces. Le projet sĂ©duira sans doute Emmanuel Macron qui avait crĂąnement assumĂ© le 7 fĂ©vrier 2019 dans le cadre du « grand dĂ©bat Â» destinĂ© Ă  enterrer le mouvement des Gilets Jaunes : « Moi je ne veux plus de l’anonymat sur les plateformes internet Â».

Mais pour nous l’imposer, la CNIL est dans leur ligne de tir… Ă  l’arme lourde, car on peut lire (en gras dans le texte
) que sa « sensibilitĂ© apparaĂźt en rĂ©alitĂ© infondĂ©e, ou plus exactement dĂ©calĂ©e ou mal placĂ©e Â». La CNIL en effet leur pose problĂšme car elle reste dans ce cas vaillamment fidĂšle Ă  sa mission de dernier rempart contre les dystopies digitales, et ce pour une raison trĂšs simple : on s’y souvient encore du « Fichier juif Â» assemblĂ© par l’État pendant l’occupation allemande. Un fichier qui fut l’instrument de l’efficacitĂ© des rafles et des dĂ©portations ; de la contribution de l’État Ă  la Shoah. Le souvenir de ce fichier si efficace fut un des motifs qui prĂ©sida Ă  la crĂ©ation de la CNIL  [note] , une spĂ©cificitĂ© bien française qui honore notre pays.

« Le culte scientiste d’une EfficacitĂ© aveugle Ă  ses effets secondaires Â»

Poursuivons
 « Une enquĂȘte menĂ©e par plusieurs grands mĂ©dias europĂ©ens portant sur 23 applications de contact tracing, est rĂ©cemment venue confirmer l’efficacitĂ© plus que douteuse de ces solutions, dĂšs lors que leur utilisation reste facultative et que leurs donnĂ©es ne sont pas croisĂ©es avec d’autres, au nom de la prĂ©servation de l’anonymat Â». Le « devoir de mĂ©moire Â» des sĂ©nateurs prĂ©fĂšre ainsi s’exercer dans les commĂ©morations plutĂŽt que dans la prĂ©vention d’une nouvelle dystopie dont, bien au contraire, leur recommandation crĂ©e les conditions de possibilitĂ©. Une dystopie cette fois 100 % efficace !

Cas contacts du patient zĂ©ro du variant Gamma – le chef de guerre de la « Start up Nation Â» – les sĂ©nateurs contaminĂ©s manifestent dĂ©jĂ  les symptĂŽmes les plus aigus : un solutionnisme au front bas, augmentĂ© d’une addiction sĂ©vĂšre aux lois liberticides, et aggravĂ© par le culte scientiste d’une EfficacitĂ© aveugle Ă  ses effets secondaires ; ici notre totale – fatale ? – transparence Ă  l’armĂ©e de robots d’un État qu’ils voudraient omniscient.

Puis collecter tout ce qui peut l’ĂȘtre

Il semblerait que contrairement aux « premiĂšres lignes Â» trop occupĂ©es Ă  nous nourrir et nous soigner, nos sĂ©nateurs aient profitĂ© du Grand Confinement pour parcourir quelques-uns des 450 000 livres de leur somptueuse bibliothĂšque. Tout d’abord, c’est Churchill « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise Â» actualisĂ© sans tabou par la StratĂ©gie du Choc de la trĂšs gauchiste Naomi Klein qui les propulse dans l’action : « Profitons plutĂŽt des circonstances favorables de la sortie de crise pour nous prĂ©parer sereinement Ă  l’avenir. Â» Puis c’est Ulysse, « le RusĂ© Â», le chouchou du grand HomĂšre (et le nĂŽtre), qui les invite Ă  faire de l’application StopCovid le Cheval de Troie Digital, gros d’une armĂ©e de robots – Pegasus lĂąchĂ© contre tous – qu’il leur faut dĂšs maintenant libĂ©rer : « Le prĂ©sent rapport propose donc de recourir bien plus fortement aux outils numĂ©riques dans le cadre de la gestion des crises sanitaires ou des crises comparables (catastrophe naturelle, industrielle, etc ), notamment en vue de contrĂŽler au niveau individuel le respect des mesures imposĂ©es par la situation, et y compris si cela implique d’exploiter des donnĂ©es de maniĂšre intrusive et dĂ©rogatoire. Â» On remarque le trĂšs inquiĂ©tant « etc. Â» qui ouvre grand la porte Ă  toutes sortes de crises, et l’on aura notĂ© que ce dĂ©but de millĂ©naire n’en manque pas.


« L’État transfĂšre Ă  l’infosphĂšre le contrĂŽle de la biosphĂšre. Â»

Le Pass Sanitaire et son code QR – la lingua franca des robots – inaugure le contrĂŽle robotisĂ© de toutes les personnes habitant un territoire ; l’État transfĂšre Ă  l’infosphĂšre le contrĂŽle de la biosphĂšre. L’informatisation de ce Pass dans l’application TousAntiCovid est le test grandeur nature de notre consentement Ă  la robotisation de la gestion des espaces publics. C’est le moment inaugural en France de ce que l’on peut nommer « Robocratie Â».

Le SĂ©nat s’engouffre dans la brĂšche Ă  l’aide d’un raisonnement pitoyable assimilant des partis-pris Ă  des Ă©vidences.
SACHANT QUE : il n’y a pas d’alternative (le « TINA» de Margaret Thatcher) : « Ă  chaque nouvelle crise, il faudra inĂ©vitablement s’appuyer [..] sur des croisements de donnĂ©es massifs et dĂ©rogatoires. Â»
ET QUE : PrĂ©voir est impossible : « il est impossible de savoir a priori quelles donnĂ©es pourraient ĂȘtre utiles face Ă  une nouvelle crise Â»
DONC : il faudra capturer toute donnĂ©e collectable : « donnĂ©es mĂ©dicales [..] ou produites par des entreprises privĂ©es tels les opĂ©rateurs tĂ©lĂ©coms, entreprises technologiques, Ă©tablissements financiers, laboratoires pharmaceutiques, transports publics, employeurs, etc. Â» (nous soulignons ce nouveau « etc. Â»)

Une dĂ©finition complĂšte cette liste d’un PrĂ©vert devenu fou par celle des OpĂ©rateurs d’Importance Vitale (OIV) : « environ 250 OIV, rĂ©partis en 13 secteurs d’activitĂ© : santĂ©, transport, gestion de l’eau, industrie, Ă©nergie, finances, communications, activitĂ© militaire, activitĂ© civile de l’État, activitĂ© judiciaire, alimentation, espace et recherche. Pour des raisons de sĂ©curitĂ© nationale, cette liste n’est pas publique» Alors que la premiĂšre liste de sources se conclue par un « etc. Â» qui supprime par avance toute limite, on nous explique sans fard que nous n’avons pas Ă  connaĂźtre les membres de la seconde, les OIV ! Ce variant “Gamma” si mal documentĂ©, porte Ă  l’évidence le germe pour ses survivants mĂȘmes, d’un monde d’aprĂšs invivable.

Le Monde d’aprĂšs ? un contrĂŽle total robotisĂ©

Les sĂ©nateurs ne craignent pas les oxymores, leur urgence est permanente. À cet effet « le prĂ©sent rapport propose donc non pas de collecter une multitude de donnĂ©es sensibles Ă  l’utilitĂ© hypothĂ©tique, mais tout simplement de nous mettre en capacitĂ© de le faire, pour ainsi dire en appuyant sur un bouton Â». ComposĂ©e de dizaines milliers de bots et de robots – certains trĂšs visibles mais pour l’immense majoritĂ©, invisibles – l’armĂ©e robotisĂ©e devra ĂȘtre opĂ©rationnelle Ă  tout instant, instantanĂ©ment mobilisable. C’est donc dĂšs maintenant qu’elle doit ĂȘtre imaginĂ©e, dĂ©veloppĂ©e, assemblĂ©e, entraĂźnĂ©e, puis testĂ©e ; rodĂ©e. Le projet est ainsi rĂ©sumĂ© : « une plateforme sĂ©curisĂ©e spĂ©cifique, qui ne serait activĂ©e qu’en temps de crise. Â». Uniquement en temps de crise ! Nous voudrions bien y croire, mais hĂ©las, l’histoire, tout simplement la mĂ©moire, Ă  nouveau, nous enseigne que certains motifs – l’urgence, la crise, l’ennemi, la guerre – sont propices aux pires catastrophes autoritaires. Et nos sĂ©nateurs le savent Ă©galement car c’est Ă  peine quelques pages plus loin qu’il apparaĂźt que le « dispositif Â» sera dĂ©clenchable « soit dans le cadre du droit commun de la rĂ©quisition administrative, soit en application d’un article spĂ©cifique de la loi relative Ă  l’État d’urgence sanitaire Â». Autrement dit, selon le bon vouloir de l’exĂ©cutif.

Pour parfaire enfin l’opĂ©rationnalitĂ© du dispositif, en complĂ©ment des informaticiens et des roboticiens, des juristes seront gamma-inoculĂ©s afin qu’ils contaminent Ă  leur tour la Loi, introduisant « une obligation lĂ©gale, pour certaines entreprises et organisations, de maintenir des bases de donnĂ©es dont le contenu et le format seraient fixĂ©s Ă  l’avance, et de se tenir prĂȘtes Ă  les connecter Ă  la plateforme, via l’API, en cas de nĂ©cessitĂ©. Â».

Mais on nous rassure, au SĂ©nat on est latiniste, on y connaĂźt la fameuse interrogation du poĂšte JuvĂ©nal (nous traduisons) : « Qui surveillera les surveillants ? Â». On nous assure que nos amis informaticiens – ceux par exemple de La Quadrature du Net ? – auront accĂšs aux codes sources des algorithmes animant ces robots-guerriers, car « dernier grand avantage du Crisis Data Hub : celui-ci peut ĂȘtre dĂ©veloppĂ© en open source Â». Mais, malgrĂ© toute notre bonne volontĂ©, nous ne pouvons que nous interroger, car pour prendre un exemple trĂšs rĂ©cent, la promesse gouvernementale de fournir en open source l’ensemble du code de l’application StopCovid n’a engagĂ© que ceux qui l’ont crue. Comme l’indique une phrase sibylline trouvĂ©e sur son site de dĂ©veloppement « Une partie (restreinte) qui n’est pas publiĂ©e car correspondant Ă  des tests ou Ă  des parties critiques pour la sĂ©curitĂ© de l’infrastructure [..] Â». Les informaticiens savent pourtant que le motif de sĂ©curitĂ© ne tient pas, Ă  tel point qu’Unix, ou encore les serveurs web qui gĂšrent les cryptomonnaies, sont en open source total, et en particulier pour des raisons… de sĂ©curitĂ© ! MĂȘme chose pour l’application TousAntiCovid Verif caviardĂ© sans justification crĂ©dible de code cachĂ©.

Et nos sĂ©nateurs d’ouvrir grand le parapluie ; les plus cyniques pour nous anesthĂ©sier, les plus couards peut-ĂȘtre pour se dĂ©douaner : « Se prĂ©parer en amont Ă  collecter des donnĂ©es ne veut pas dire qu’on va forcĂ©ment le faire, ni, le cas Ă©chĂ©ant, que toutes les possibilitĂ©s seront utilisĂ©es. Nous proposons bien un dispositif de riposte graduĂ©e Â». « Riposte Â» … il s’agit bien d’une guerre. Une guerre dont l’ennemi ici est bien identifiĂ© : toutes et tous. Et lorsqu’une arme existe, elle est utilisĂ©e.

Dans le Monde d’AprĂšs des sĂ©nateurs, il faudra que Le PrĂ©sident puisse Ă  son grĂ©, « en appuyant sur un bouton Â», prendre connaissance de ce que fait, a fait et fera chacune et chacun d’entre nous : une surveillance totale, digitale, biologique et physique. Et plus encore, grĂące Ă  l’application de l’intelligence artificielle Ă  ces phĂ©nomĂ©nales masses de donnĂ©es, la surveillance se voudra inĂ©vitablement prĂ©dictive, dĂ©cidant ainsi de nos intentions
 les fichant, Ă©ventuellement les condamnant. On assiste, Ă  l’émergence au SĂ©nat de la forme radicale du contrĂŽle des populations : la robocratie.

Le variant Gamma dĂ©clenche le syndrome totalitaire, mais ne l’oublions pas, nous sommes le vaccin !

HĂ©pha Istos




Source: Monde-libertaire.fr