Banderole des Gladiators Nîmes 91.
Comme en Italie, les mécanismes d’entraide et de solidarité de base face aux effets de la crise du coronavirus n’ont pas tardé à s’activer. Le monde des tribunes est au rendez-vous de cette solidarité. Communiqués, banderoles, collectes pour soutenir le personnel hospitalier se sont multipliés ces derniers jours. Petit tour des stades.
L’Italie, dramatiquement touchée par le coronavirus Covid-19, voit le nombre de morts quotidien ne cesser d’augmenter. Avec près de 5000 morts en un mois et des dizaines de milliers de personnes atteintes, les hôpitaux sont à bout. Les personnels soignants, héroïques, sont épuisés et souffrent du manque de matériel de protection de base. Alors les groupes ultras de la péninsule sont très actifs pour soutenir les soignants de leur ville. Essentiellement via l’organisation de collectes d’argent ou de dons destinés à la recherche contre le virus. D’autres, comme les ultras de Livourne [1], ne manquent pas non plus de penser à l’ensemble des travailleurs contraints par les patrons d’aller aussi bosser sans matériel de protection.
Une activité de solidarité qu’on retrouve à l’échelle des tribunes françaises dans un contexte où les dégâts sanitaires du coronavirus risquent, à quelques jours d’intervalle, de prendre la même direction. Acteurs sociaux de la vie de leur ville, plusieurs groupes ultras manifestent leur solidarité aux personnels soignants. Dès le début des consignes de confinement, des banderoles ont été accroché par les groupes ultras aux abords des hôpitaux de leur ville. Des Green Angels 92 à Saint-Etienne aux Ultramarines 87 à Bordeaux, en passant par le Kop de la Butte à Angers ou encore le Collectif Ultras Paris (CUP) devant la Pitié Salpêtrière, les ultras unissent leurs voix dans cette lutte contre le Covid 19, qu’ils assimilent au plus important des matchs à remporter. Sur son compte Twitter, le journaliste indépendant Mickaël Correia recense toutes les initiatives des ultras solidaires des personnels soignants.
Par ailleurs, de nombreux groupes ont aussi lancé des cagnottes en ligne destinées à aider les hospitaliers. L’Association Nationale des Supporters (ANS) relaye sur son site tous ces appels à soutien financier. Le Saturday FC (Nancy), le Roazhon Celtic Kop 91 (Rennes), la Tribune Ouest (Grenoble), entre autres groupes, ont déjà récolté plusieurs milliers d’euros. A Lens, les ultras ont organisé une collecte de matériel pour aider le personnel et l’hôpital à mettre sur pied une crèche d’urgence: tables à langer sur roulettes, matelas individuels, parcs à barreaux, tapis épais de gymnastique, lits parapluie, chauffe-biberons, micro-ondes, livres, biscuits etc. A Toulouse, la cagnotte des Indians destinée aux personnels des Centres Hospitaliers de Purpan et de Rangueil a déjà récolté plusieurs milliers d’euros permettant l’achat massif de nourriture, café et autres vivres destinés aux salles de pause des soignants. A défaut de matériel médical, les ultras toulousains offrent aux soignants « ce qui leur permettra de gagner du temps qu’ils ne perdront pas devant des distributeurs ». De son côté, la Tribune Nord Sochaux a rapidement proposé ses services d’aide à la personne: garde d’enfants des personnels soignants, courses pour les personnes âgées etc.
Banderole des Ultramarines Bordeaux 87.
D’autres groupes ont eu une attention particulière pour les personnes à la rue. La branche « Solidarité » du CUP a par exemple décidé de maintenir sa maraude de distribution de repas aux sans-abri. A Montpellier, la Tribune Corbières, qui garde une activité malgré la mise en sommeil l’an dernier des Camarga Unitat 2011, a fait un don de 340€ à une association locale d’aide aux grands précaires et sans-abri.
Au delà du coronavirus, les conditions de travail
Selon les groupes, ces initiatives s’inscrivent plus largement dans une solidarité de classe. Les Drouguis d’Orléans ont ainsi récolté 500€ dont la moitié est allée à l’hôpital et l’autre « aux travailleurs orléanais maintenus malgré eux sur leur lieux de travail ». Du côté du Red Star, même son de cloche: « Face à la crise sanitaire que nous subissons, les Red Star Fans et le Collectif Red Star Bauer appellent la famille du RED STAR FC à faire vivre nos valeurs de solidarité, d’entraide et d’humanité. Dans cette période troublée, nous tenons à saluer l’ensemble des métiers exposés et mobilisés face au Coronavirus. Nous n’oublions personne : professionnel-les du soin, du traitement des déchets, du secours, du commerce, des transports, du médico-social, de la logistique… ».
Collecte de soutien organisée par les Red Star Fans et le Collectif Red-Star Bauer à destination du Collectif des Personnels Hospitaliers de Saint-Denis.
Les ultras grenoblois, dont les Red Kaos 94 fidèles à leurs valeurs sociales, n’ont pas oublié de souligner dans leur appel à dons à quel point les soignants étaient « malmenés, sous-payés, en manque de moyens pour travailler dans de bonnes conditions ». La Horda Frénétik 1997 de Metz, va aussi dans ce sens: « Vous toutes et tous qui subissez quotidiennement les coupes de budget, les bas salaires, les heures supplémentaires. Le tout sans reconnaissance des instances qui aujourd’hui vous demandent de vous exposer et vous sacrifier pour vos congénères. »
Une manière de replacer cette solidarité dans son contexte politique. Car il ne faudra pas oublier que cet investissement sans limite des personnels soignants aux côtés des malades contre le coronavirus s’inscrit dans un contexte de politique managériale agressive et de coupes budgétaires successives qui ont conduit à la suppression de 18 000 lits ces six dernières années, pour des questions de rentabilité. Bien avant de lutter contre le coronavirus, ils et elles n’ont cessé de lutter contre la destruction de l’hôpital public par les mêmes capitalistes, fossoyeurs de solidarité, qui nous appellent à l’union sacrée et à la concorde nationale. Il ne faudra jamais l’oublier.
Source et lien vers l’original, ici.
[1] Coronavirus: avec le remboursement des billets, les ultras de Livourne veulent offrir du matériel de protection aux travailleurs

En Italie les derniers matchs de football professionnel se sont déroulés le 9 mars. Date à laquelle le gouvernement a décidé de suspendre, pour l’instant jusqu’au 3 avril, toutes les compétitions sportives en raison de la propagation du coronavirus. Avec plus de 3000 mort, l’Italie est particulièrement touchée. Et les collectifs ultras multiplient les initiatives solidaires.
Les ultras de toute la péninsule ont manifesté leur solidarité à l’égard des personnels soignants dont ils louent l’héroïsme. De nombreuses collectes sont ainsi organisées pour financer du l’achat de matériel de soin et de protection. D’autres pour aider à la recherche médicale. Plusieurs banderoles honorant leur travail quotidien ont aussi été accrochées aux abords des hôpitaux par les collectifs ultras.
« Comme l’acier la ville résiste. Tous unis contre le Covid-19 ». Banderole de la Curva Nord 1915, citant les paroles de la chanson Stalingrado de Banda Bassotti.
Parallèlement à la situation tendue des soignants, de nombreuses grèves ont éclaté à cause de l’absence totale de matériel de protection mis à disposition des ouvriers par les employeurs. Certains ont même été licenciés pour avoir refusé de travailler sans avoir ces équipements de base, notamment des agents de la société de nettoyage de l’hôpital de Livourne. Un manque de matériel de protection qui touche aussi de plein fouet les hospitaliers.
À Livourne, où la sensibilité d’extrême-gauche de la Curva Nord du stade Armando Picchi est connue, les ultras ont décidé de reverser tout ou partie du remboursement du déplacement pour le match face à Pise, finalement disputé à huis clos le 7 mars dernier. Les supporters livornais avaient obtenu 900 places pour ce « derby des derbies » comptant pour la 28e journée de Série B. Les ultras comptent sur l’esprit de solidarité des supporters concernés par ces remboursements, et publieront les noms de ceux qui y auront renoncé afin de saluer leur geste.
Dans son communiqué, la Curva Nord 1915, en attente du remboursement de la part du Pisa SC et de la compagnie Trenitalia, a indiqué que la somme récupérée servira à financer de ces équipements de protection individuelle, comme des gants, des masques et des gels hydroalcooliques, indispensables dans cette période aux travailleurs et travailleuses non-confinés. « De la sorte, un derby manqué avec beaucoup de regrets pour nous, peut devenir une arme pour se solidariser des nombreux travailleurs qui aujourd’hui complètement abandonnés. »
De leur côté, les membres de la Curva Nord de Pise ont renoncé au remboursement de leur billet, et ont demandé au club d’en faire don à la recherche contre le coronavirus.
Source et lien vers le texte original, ici.

Article publié le 24 Mar 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com