Avril 2, 2020
Par Renversé (Suisse Romande)
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Par exemple, au foyer de Lagnon, un foyer de l’Hospice GĂ©nĂ©ral pour requĂ©rant-e-s d’asile Ă  Bernex, cela fait maintenant plusieurs jours qu’une personne a Ă©tĂ© testĂ©e positive au Covid-19. Rien n’est mis en place dans ce foyer pour prĂ©venir toute contagion pour les autres rĂ©sident-e-s. Ce foyer accueille entre 60 et 100 personnes requĂ©rantes d’asile.

Le cas du foyer de Lagnon est significatif de tous les foyers de l’Hospice, aucune mesure particuliĂšre n’a Ă©tĂ© mise en place dans le foyer, pas de dĂ©sinfectants mis Ă  disposition des habitant-e-s. Difficile donc de prendre toutes les prĂ©cautions que nous demande l’Etat, pourtant en charge de ces mĂȘmes foyers. De plus, elles et ils n’ont reçu aucune explication particuliĂšre concernant les mesures prises pour lutter contre l’épidĂ©mie, pas de traduction, personne Ă  qui poser des questions dans leur langue maternelle. Ce qui Ă©videmment provoque un sentiment d’insĂ©curitĂ© fort pour ces personnes laissĂ©es Ă  elles-mĂȘmes, dans ce contexte anxiogĂšne de crise sanitaire.

C’est un exemple parmi bien d’autres oĂč les installations ne permettent pas de pouvoir respecter les distances de sĂ©curitĂ©s ni les normes sanitaires ; il y a trop peu de cuisines et de salles de bains, les chambres sont trop frĂ©quentĂ©es et dans certains foyers, les chambres peuvent cumuler jusqu’à 8 personnes.

De plus, certaines personnes (dont entre autres certain-e-s mineur-e-s non-accompagnĂ©-e-s) bĂ©nĂ©ficiaient des Colis du coeur (une association qui distribue des colis de nourriture et produits d’hygiĂšne aux personnes en situation de prĂ©caritĂ©, dans le Canton), or, l’association, dĂšs le dĂ©but du semi-confinement, a dĂ» suspendre ses activitĂ©s. Rien n’a Ă©tĂ© mis en place pour remplacer ce service essentiel. Heureusement, depuis cette semaine, l’association s’est dĂ©brouillĂ©e pour reprendre la distribution de colis.

Les prĂ©occupations sanitaires du Conseil fĂ©dĂ©ral, et notamment du SEM, ont l’air de s’arrĂȘter aux portes des foyers et centres fĂ©dĂ©raux. Il semblerait que pour le SEM, la santĂ© des personnes en exil compte moins que celle des autres… En effet, sa prioritĂ© reste inchangĂ©e : expĂ©dier les procĂ©dures pour plus expulser et moins accueillir. Dans son communiquĂ© du 22 mars, il annonce la suspension des auditions de requĂ©rant-e-s d’asile : enfin ! Sauf que cette suspension n’est effective qu’une seule semaine, le temps de mettre en place des vitres en plexiglas dans les salles d’entrevue, voilĂ  tout. De nombreuses associations dans le domaine des migrations Ă©noncent le non-respect des droits fondamentaux des personnes en exil en continuant Ă  avancer comme si rien n’avait changĂ©. Toutefois, et SOSF le rappelle dans son communiquĂ© du 23 mars, “une audition d’asile rĂ©unit au moins 5 personnes (requĂ©rant d’asile, auditeur, juriste, interprĂšte et procĂšs-verbaliste) dans une petite salle, et cela pendant plusieurs heures.” Sans compter les dĂ©placements souvent longs auxquels doivent se soumettre les requĂ©rant.e.s pour y assister ainsi que l’impossibilitĂ© pour les associations d’ĂȘtre prĂ©sentes afin de s’assurer du respect des droits de la personne auditionnĂ©e.

Les interprĂštes, qui sont des travailleurs et travailleuses prĂ©caires payĂ©.e.s Ă  la mission et souvent issu.e.s de la migration, sont aussi mis.es en danger par la conduite du SEM. Iels sont dans l’impossibilitĂ© de refuser des heures de travail, et ce au dĂ©triment de leur santĂ©.

La situation au sein des Centres FĂ©dĂ©raux, notamment Ă  Boudry (NE), est prĂ©occupante Ă  plusieurs niveaux. Les quelques mesures mises en place l’ont Ă©tĂ© aprĂšs le dĂ©but de l’épidĂ©mie en Suisse, aprĂšs le dĂ©but du semi-confinement. La promiscuitĂ© est toujours la rĂšgle dans les structures du centre, les requĂ©rant.e.s Ă©tant logĂ©.e.s dans des dortoirs de 6 Ă  12 places. Les personnes vulnĂ©rables et en mesure de confinement total sont logĂ©es dans la troisiĂšme aile rĂ©cemment inaugurĂ©e. Le problĂšme : le nombre de personnes concernĂ©es et le peu de place en chambre les fait les loger dans des couloirs. Ces personnes pointent Ă  nouveau du doigt la promiscuitĂ© mais aussi le manque de suivi : interdiction de balade, accĂšs trĂšs restreint Ă  des achats (carte de tĂ©lĂ©phone, etc.), manque de nourriture. Les personnes qui passent en procĂ©dure Ă©largie (plus de 30 jours), le plus souvent pour des questions de santĂ©, sont transfĂ©rĂ©es dans des centres cantonaux dĂ©jĂ  surchargĂ©s dans lesquels la situation n’est pas plus favorable…

À l’heure oĂč la majoritĂ© des services de l’Etat sont suspendus, les rĂ©ceptions des administrations fermĂ©es, des procĂšs et auditions au PĂ©nal reportĂ©s, pourquoi alors maintenir Ă  tout prix les auditions dans les procĂ©dures d’asile, augmentant de fait les chances des personnes concernĂ©es d’attraper le virus ?

Le maintien des procĂ©dures d’asile dans cette pĂ©riode de crise sanitaire restreint drastiquement la possibilitĂ© pour les requĂ©rant-e-s de faire recours aux dĂ©cisions, et faire ainsi appliquer leurs droits, Ă©tant donnĂ© que de nombreuses permanences d’aide juridique, entre autres, ont dĂ» ĂȘtre annulĂ©es. Il est donc d’autant plus difficile pour les personnes de s’informer, de comprendre les dĂ©marches trĂšs compliquĂ©es que nĂ©cessitent les procĂ©dures d’asile mais surtout l’impossibilitĂ© d’ĂȘtre dĂ©fendues ce qui relĂšve d’un droit pourtant fondamental.

Dans d’autres pays europĂ©ens (France, Belgique, Allemagne, …) pourtant, des mesures ont Ă©tĂ© prises pour mettre en suspens les procĂ©dures et notamment annuler les auditions durant cette pĂ©riode de crise, au Portugal les requĂ©rant.e.s sont au bĂ©nĂ©fice d’un permis de sĂ©jour provisoire le temps de la crise sanitaire, prenons en exemple !

Pourquoi, alors, est-ce que le SEM s’octroie le droit de ne pas respecter les mesures sanitaires ?

Alors que tout s’arrĂȘte, les violences d’Etat, elles, continuent. Combattons-les sous toutes ses formes.




Source: Renverse.co