Avril 4, 2020
Par Contretemps
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DĂšs 2016, Rob Wallace alertait, dans son livre Big Farms Make Big Flu, sur les dangers que reprĂ©sentent les Ă©pidĂ©mies induites par les pratiques de l’agrobusiness et l’extension des circuits de capitaux. Il y montrait, avec une acuitĂ© glaçante Ă  l’heure du Coronavirus, combien les logiques du capital Ă©taient favorables Ă  l’apparition et Ă  la propagation de virus meurtriers Ă  l’échelle mondiale. Nous publions ici l’analyse qu’il propose, avec son groupe de travail, de la pandĂ©mie qui nous frappe aujourd’hui. RĂ©inscrivant la gĂ©nĂ©alogie du virus dans les routes tracĂ©es par le nĂ©olibĂ©ralisme, ce texte dessine des pistes d’intervention pratique immĂ©diates tout en Ă©laborant les fondements d’une Ă©pidĂ©miologie marxiste.

Nous remercions la Monthly Review de nous avoir permis de reprendre cet article.

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Calcul

Le COVID-19, la maladie causĂ©e par le coronavirus SRAS-CoV-2, deuxiĂšme virus du syndrome respiratoire aigu sĂ©vĂšre depuis 2002, est dĂ©sormais officiellement une pandĂ©mie. Depuis la fin du mois de mars, des villes entiĂšres sont confinĂ©es et, un Ă  un, les hĂŽpitaux du monde font face Ă  embouteillage mĂ©dical provoquĂ© par l’augmentation du nombre de patients.

La Chine, dont l’épidĂ©mie initiale s’est contractĂ©e, respire actuellement plus facilement[1]. La CorĂ©e du Sud et Singapour Ă©galement. L’Europe, en particulier l’Italie et l’Espagne, mais aussi de plus en plus d’autres pays, ploie dĂ©jĂ  sous le poids des dĂ©cĂšs, alors que ce n’est que le dĂ©but de l’épidĂ©mie. L’AmĂ©rique latine et l’Afrique commencent seulement Ă  accumuler les cas, certains pays se prĂ©parant mieux que d’autres. Aux États-Unis, pays le plus riche de l’histoire du monde, l’avenir proche s’annonce sombre. L’épidĂ©mie ne devrait pas atteindre son apogĂ©e avant le mois de mai et dĂ©jĂ  les travailleurs de la santĂ© et les visiteurs des hĂŽpitaux se battent pour avoir accĂšs Ă  un Ă©quipement de protection individuelle, de plus en plus rare[2]. Des infirmiĂšres, auxquelles les Centers for Disease Control and Protection (CDC) ont effroyablement recommandĂ© d’utiliser des bandanas et des foulards comme masques, n’hĂ©sitent pas Ă  dĂ©clarer que « le systĂšme est condamnĂ© [3]».

Entre-temps, l’administration fĂ©dĂ©rale Ă©tatsunienne continue de surenchĂ©rir sur les Ă©quipements mĂ©dicaux de base, ceux-lĂ  mĂȘme qu’elle a refusĂ© d’acheter pour les États fĂ©dĂ©raux qui s’en sont donc chargĂ©s. Elle prĂ©sente la rĂ©pression Ă  la frontiĂšre comme une intervention de santĂ© publique alors que le virus fait rage Ă  l’intĂ©rieur du pays[4].

Une Ă©quipe d’épidĂ©miologistes de l’Imperial College prĂ©voit que la meilleure campagne d’attĂ©nuation – dont l’objectif serait d’aplatir la courbe tracĂ©e de l’accumulation des cas en mettant en quarantaine les cas dĂ©tectĂ©s et en Ă©loignant socialement les personnes ĂągĂ©es – se traduirait par un 1,1 million de morts dans le pays et une charge de travail huit fois supĂ©rieure au nombre total de lits de soins intensifs du pays[5]. L’éradication de la maladie, qui vise Ă  mettre fin Ă  l’épidĂ©mie, devrait, elle, devrait prendre la forme d’une politique de confinement Ă  la chinoise, isolant les malades et leurs familles, imposant des mesures de distanciations sociales et fermant de nombreuse institutions. D’aprĂšs leur projection, cela ramĂšnerait les États-Unis Ă  environ 200 000 dĂ©cĂšs.

Le groupe de l’Imperial College estime que pour qu’elle soit rĂ©ussie, une campagne d’éradication devrait ĂȘtre poursuivie pendant au moins dix-huit mois, entraĂźnant une contraction Ă©conomique et un dĂ©clin des services communautaires. L’équipe a proposĂ© d’équilibrer les exigences du contrĂŽle des maladies et de l’économie en alternant les mises en quarantaine communautaires, en fonction d’un niveau dĂ©terminĂ© de lits de soins intensifs remplis.

D’autres modĂ©lisateurs ont repoussĂ© cette proposition. Un groupe dirigĂ© par Nassim Taleb, auteur de Black Swan, affirme que le modĂšle de l’Imperial College n’inclut pas le traçage et la surveillance porte-Ă -porte[6]. Leur objection ne tient pas compte du fait que l’épidĂ©mie a dĂ©bordĂ© la volontĂ© de nombreux gouvernements de s’engager dans ce genre de cordon sanitaire. Ce n’est que lorsque l’épidĂ©mie commencera Ă  dĂ©cliner que de nombreux pays envisageront de telles mesures, avec un test fonctionnel et prĂ©cis, le cas Ă©chĂ©ant. Comme le dit une plaisanterie aperçue sur Twitter : « Le coronavirus est trop radical. L’AmĂ©rique a besoin d’un virus plus modĂ©rĂ© auquel nous pouvons rĂ©pondre progressivement Â»[7].

Le groupe de Taleb note le refus de l’équipe de l’Imperial College d’enquĂȘter sur les conditions dans lesquelles le virus peut ĂȘtre conduit Ă  l’extinction. Une telle extinction ne signifie pas zĂ©ro cas, mais un isolement suffisant pour que des cas isolĂ©s ne produisent pas de nouvelles chaĂźnes d’infection. Seuls 5 % des personnes susceptibles d’avoir Ă©tĂ© en contact avec un cas en Chine ont Ă©tĂ© infectĂ©es par la suite. En fait, l’équipe de Taleb prĂ©fĂšre le programme d’éradication adoptĂ© par la Chine, qui a fait tout son possible pour conduire l’épidĂ©mie Ă  l’extinction sans se lancer dans une forme de marathon, oĂč l’on ne cesse de de danser sur un pied entre les exigences contradictoires du contrĂŽle de la maladie et de la garantie que l’économie ne manque pas de main-d’Ɠuvre. En d’autres termes, l’approche stricte (et gourmande en ressources) de la Chine libĂšre sa population de la sĂ©questration qui dure des mois – voire potentielleent des annĂ©es-, et que l’équipe de L’Imperial recommande aux autres pays d’adopter.

L’épidĂ©miologiste et mathĂ©maticien Rodrick Wallace – l’un des auteurs de ce papier – renverse entiĂšrement la table en termes de modĂ©lisation. La modĂ©lisation des situations d’urgence, aussi nĂ©cessaire soit-elle, ne sait pas par oĂč et quand commencer. Les causes structurelles font tout autant partie de l’urgence. Les inclure nous aide Ă  dĂ©terminer la meilleure façon de rĂ©agir, au-delĂ  d’un simple redĂ©marrage du modĂšle Ă©conomique qui a produit la situation actuelle. Wallace Ă©crit :

« Si les pompiers reçoivent des ressources suffisantes, dans des conditions normales, la plupart des feux, le plus souvent, peuvent ĂȘtre contenus avec un minimum de pertes humaines et de destruction de biens. Cependant, l’endiguement d’un incendie dĂ©pend de façon critique d’une entreprise bien moins romantique, mais non moins hĂ©roĂŻque, Ă  savoir les efforts persistants et continus pour assurer une rĂ©glementation qui limite les constructions hasardeuses. Cela passe par l’élaboration et l’application d’une lĂ©gislation, qui garantit Ă©galement que les ressources nĂ©cessaires pour la lutte contre les incendies, l’assainissement et la prĂ©servation des bĂątiments soient fournies Ă  tous.

Le contexte compte Ă©galement pour une infection pandĂ©mique, et les structures politiques actuelles qui permettent aux multinationales agricoles de privatiser les proïŹts tout en externalisant et en socialisant les coĂ»ts, doivent ĂȘtre soumises Ă  une « application de la lĂ©gislation» qui rĂ©internalisera ces coĂ»ts si l’on veut Ă©viter une pandĂ©mie qui tue en masse dans un avenir proche[8]. Â»

L’incapacitĂ© Ă  se prĂ©parer et Ă  rĂ©agir Ă  l’épidĂ©mie n’a pas seulement commencĂ© en dĂ©cembre lorsque les pays du monde entier n’ont pas rĂ©agi lorsque le COVID-19 a commencĂ© Ă  propager depuis Wuhan. Aux États-Unis, par exemple, elle n’a pas commencĂ© lorsque Donald Trump a dĂ©mantelĂ© l’équipe de prĂ©paration Ă  la pandĂ©mie de son Ă©quipe de sĂ©curitĂ© nationale ou a laissĂ© sept cents postes du CDC vacants[9]. Elle n’a pas non plus commencĂ© lorsque les autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales n’ont pas rĂ©agi aux rĂ©sultats d’une simulation de pandĂ©mie de 2017 montrant que le pays n’était pas prĂ©parĂ©[10]. Pas plus que lorsque, comme l’indique un article de Reuters, les États-Unis ont « supprimĂ© le poste d’expert du CDC en Chine des mois avant l’apparition du virus Â», bien que l’absence de contact direct prĂ©coce avec un expert amĂ©ricain sur le terrain en Chine ait certainement affaibli la rĂ©ponse amĂ©ricaine. Elle n’a pas non plus commencĂ© par la malheureuse dĂ©cision de ne pas utiliser les kits de test dĂ©jĂ  disponibles fournis par l’Organisation mondiale de la santĂ©. Ensemble, tous ces retards dans l’information prĂ©coce et l’absence totale de tests seront sans aucun doute responsables de nombreuses, voire probablement de milliers, de vies perdues[11].

Mais ces Ă©checs ont en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© programmĂ©s il y a des dĂ©cennies, lorsque que les biens communs de la santĂ© publique ont Ă©tĂ© simultanĂ©ment nĂ©gligĂ©s et monĂ©tisĂ©s[12]. Un pays captif d’un rĂ©gime d’épidĂ©miologie individualisĂ© et Ă  flux tendu – une contradiction totale – avec Ă  peine assez de lits d’hĂŽpitaux et d’équipements pour un fonctionnement normal, est par dĂ©finition incapable de mobiliser les ressources nĂ©cessaires pour poursuivre une politique d’éradication de type chinois.

Dans le prolongement de la remarque de l’équipe de Taleb sur les stratĂ©gies de modĂ©lisation en des termes plus explicitement politiques, l’écologiste Luis Fernando Chaves, un autre coauteur de cet article, fait rĂ©fĂ©rence aux biologistes dialecticiens Richard Levins et Richard Lewontin pour convenir que « laisser parler les chiffres Â» ne fait que masquer toutes les hypothĂšses formulĂ©es au prĂ©alable[13]. Les modĂšles tels que l’étude de l’Imperial College limitent explicitement la portĂ©e de l’analyse Ă  des questions Ă©troitement adaptĂ©es Ă  et inscrites dans l’ordre social dominant. De par leurs conceptions, ils ne parviennent pas Ă  saisir les forces du marchĂ© au sens large qui sont Ă  l’origine des Ă©pidĂ©mies et les dĂ©cisions politiques qui sous-tendent les interventions.

Consciemment ou non, les projections qui en rĂ©sultent placent la garantie de la santĂ© pour tous en seconde position, y compris les milliers de personnes les plus vulnĂ©rables qui seraient tuĂ©es si un pays devait basculer du contrĂŽle de la maladie vers le bien-ĂȘtre de l’économie. La vision foucaldienne d’un État agissant sur une population dans son propre intĂ©rĂȘt ne reprĂ©sente qu’une actualisation, bien que plus bĂ©nigne, de la pression malthusienne en faveur de l’immunitĂ© collective que le gouvernement conservateur britannique et maintenant les Pays-Bas ont proposĂ©e – laissant le virus se propager sans entrave au sein de la population[14]. Il y a peu de preuves, au-delĂ  d’un espoir idĂ©ologique, que l’immunitĂ© collective garantisse l’arrĂȘt de l’épidĂ©mie. Le virus peut facilement Ă©voluer sous la couverture immunitaire de la population.

Intervention

Que faut-il faire Ă  la place ? PremiĂšrement, nous devons comprendre que mĂȘme en rĂ©pondant correctement Ă  l’urgence, nous continuerons d’affronter la nĂ©cessitĂ© et le danger.

Nous devons nationaliser les hĂŽpitaux comme l’Espagne l’a fait en rĂ©ponse Ă  l’épidĂ©mie[15]. Nous devons augmenter le volume et le dĂ©lai d’exĂ©cution des tests comme l’a fait le SĂ©nĂ©gal[16]. Nous devons socialiser les produits pharmaceutiques[17]. Nous devons mettre en place des protections maximales pour le personnel mĂ©dical afin de ralentir la dĂ©tĂ©rioration sanitaire du personnel. Nous devons garantir le droit Ă  la rĂ©paration des ventilateurs et des autres appareils mĂ©dicaux[18]. Nous devons commencer Ă  produire en masse des cocktails d’antiviraux tels que le remdesivir et la chloroquine antipaludique old school (et tout autre mĂ©dicament qui semble prometteur) pendant que nous effectuons des essais cliniques pour vĂ©rifier s’ils fonctionnent en dehors du laboratoire[19]. Un systĂšme de planification doit ĂȘtre mis en place pour (1) obliger les entreprises Ă  produire les ventilateurs et les Ă©quipements de protection individuelle nĂ©cessaires aux travailleurs de la santĂ© et (2) donner la prioritĂ© Ă  l’attribution des lieux oĂč les besoins sont les plus importants.

Nous devons mettre en place un corps de pandĂ©mie massif pour fournir suffisamment de main-d’Ɠuvre – de la recherche aux soins – pour rĂ©pondre au niveau de la demande que le virus (et tout autre pathogĂšne Ă  venir) nous impose. Il faut faire correspondre la charge de travail avec le nombre de lits de soins intensifs, le personnel et l’équipement nĂ©cessaires pour que l’éradication puisse combler le retard actuel. En d’autres termes, nous ne pouvons pas accepter l’idĂ©e de simplement survivre Ă  l’attaque aĂ©rienne en cours de COVID-19 pour revenir plus tard au traçage et Ă  l’isolement des cas afin de faire passer l’épidĂ©mie en dessous de son seuil. Nous devons engager suffisamment de personnes pour identifier le COVID-19 maison par maison dĂšs maintenant et les Ă©quiper des matĂ©riels de protection nĂ©cessaires, comme des masques adĂ©quats. En cours de route, nous devons suspendre une sociĂ©tĂ© organisĂ©e autour de l’expropriation, depuis les propriĂ©taires jusqu’aux sanctions contre d’autres pays, afin que les gens puissent survivre Ă  la maladie et Ă  son traitement.

Cependant, tant qu’un tel programme ne sera pas mis en Ɠuvre, la majeure partie de la population restera largement abandonnĂ©e. MĂȘme s’il faut continuer Ă  faire pression sur les gouvernements rĂ©calcitrants, dans l’esprit d’une tradition d’organisation prolĂ©tarienne largement perdue depuis 150 ans, les gens ordinaires qui en sont capables devraient rejoindre les groupes d’entraide et les brigades de quartier qui se crĂ©ent[20]. Les professionnels de la santĂ© publique dont les syndicats peuvent se passer devraient former ces groupes pour empĂȘcher les actes de bontĂ© de propager le virus.

Le fait d’insister pour que les origines structurelles du virus soient intĂ©grĂ©es dans les plans d’urgence nous offre un moyen de convertir chaque pas en avant comme un moyen de protĂ©ger les peuples avant les profits.

L’un des nombreux dangers rĂ©side dans la normalisation de la « folie des chauves-souris Â» actuellement en cours, une caractĂ©risation fortuite Ă©tant donnĂ© le syndrome dont souffrent les patients – la proverbiale merde de chauve-souris dans les poumons. Nous devons conserver le sentiment de choc ressenti lorsque nous avons appris qu’un autre virus du SRAS avait Ă©mergĂ© de son refuge et qu’en l’espace de huit semaines, il s’était rĂ©pandu dans toute l’humanitĂ©[21]. Le virus est apparu Ă  l’une des extrĂ©mitĂ©s d’une ligne rĂ©gionale d’approvisionnement en aliments exotiques, dĂ©clenchant avec succĂšs une chaĂźne d’infections d’homme Ă  homme Ă  l’autre extrĂ©mitĂ©, Ă  Wuhan, en Chine[22]. De lĂ , l’épidĂ©mie s’est Ă  d’une part diffusĂ©e localement et a d’autre pris des trains et des avions, se rĂ©pandant Ă  travers le monde grĂące Ă  un rĂ©seau structurĂ© par des liaisons de voyage et en descendant Ă  travers une hiĂ©rarchie allant des grandes villes aux petites villes[23].

Outre les descriptions du marchĂ© des aliments sauvages d’un orientalisme typique, peu d’efforts ont Ă©tĂ© consacrĂ©s Ă  des questions plus Ă©videntes. Comment le secteur des aliments exotiques est-il parvenu Ă  un stade oĂč il peut vendre ses marchandises aux cĂŽtĂ©s du bĂ©tail plus traditionnel sur le plus grand marchĂ© de Wuhan ? Les animaux n’étaient en effet pas vendus Ă  l’arriĂšre d’un camion ou dans une ruelle. Pensez aux permis et aux paiements (et Ă  leur dĂ©rĂ©glementation) qui sont en jeu.[24]. Bien au-delĂ  de la pĂȘche, la nourriture issue de bĂȘtes sauvage est un secteur de plus en plus formalisĂ© Ă  l’échelle mondiale, toujours plus capitalisĂ© par les mĂȘmes sources qui soutiennent la production industrielle[25]. Bien que l’ampleur de la production soit loin d’ĂȘtre similaire, la distinction est dĂ©sormais plus opaque.

Le chevauchement de la gĂ©ographie Ă©conomique s’étend du marchĂ© de Wuhan jusqu’à l’arriĂšre-pays oĂč des aliments exotiques et traditionnels sont produits par des exploitations en bordure d’une nature sauvage en voie de disparition[26]. Comme la production industrielle empiĂšte sur les derniĂšres forĂȘts, les exploitants d’aliments sauvages doivent s’aventurer plus loin pour produire leurs dĂ©lices ou piller les derniers peuplements d’espĂšce sauvages. C’est ainsi que les agents pathogĂšnes les plus exotiques, en l’occurrence le SRAS-2, se retrouvent dans un camion, que ce soit chez les animaux destinĂ©s Ă  l’alimentation ou chez ceux qui les soignent, lancĂ©s d’un bout Ă  l’autre d’un circuit pĂ©riurbain qui s’allonge avant d’atteindre la scĂšne mondiale[27].

Infiltration

Ce lien mĂ©rite d’ĂȘtre approfondi, tant pour nous aider Ă  planifier l’avenir pendant cette Ă©pidĂ©mie que pour comprendre comment l’humanitĂ© s’est laissĂ© prendre Ă  un tel piĂšge.

Certains agents pathogĂšnes Ă©mergent directement des centres de production. C’est le cas de bactĂ©ries d’origine alimentaire comme la salmonelle et le campylobacter. Mais beaucoup, comme le COVID-19, proviennent des frontiĂšres de la production de capital. En effet, au moins 60 % des nouveaux agents pathogĂšnes humains Ă©mergent en se rĂ©pandant des animaux sauvages vers les communautĂ©s humaines locales (avant que les plus efficaces ne se rĂ©pandent dans le reste du monde)[28].

Un certain nombre de sommitĂ©s dans le domaine de l’écosantĂ©, dont certaines sont financĂ©es en partie par Colgate-Palmolive et Johnson & Johnson, des sociĂ©tĂ©s qui sont Ă  l’origine de la dĂ©forestation induite par l’agro-industrie, ont produit une carte mondiale basĂ©e sur les Ă©pidĂ©mies prĂ©cĂ©dentes remontant Ă  1940 et indiquant les endroits oĂč de nouveaux agents pathogĂšnes sont susceptibles d’apparaĂźtre Ă  l’avenir[29]. Plus la couleur est chaude sur la carte, plus il est probable qu’un nouvel agent pathogĂšne y apparaisse. Mais en confondant ces gĂ©ographies absolues, la carte de l’équipe – rouge vif en Chine, en Inde, en IndonĂ©sie et dans certaines parties de l’AmĂ©rique latine et de l’Afrique – a manquĂ© un point essentiel. En se concentrant sur les zones d’épidĂ©mie, on ignore les relations que partagent les acteurs Ă©conomiques mondiaux qui façonnent les Ă©pidĂ©mies[30]. Les intĂ©rĂȘts du capital qui soutiennent les changements induits par le dĂ©veloppement et la production dans l’utilisation des terres et l’émergence de maladies dans les rĂ©gions sous-dĂ©veloppĂ©es du globe rĂ©compensent les efforts qui imputent la responsabilitĂ© des Ă©pidĂ©mies aux populations indigĂšnes et Ă  leurs pratiques culturelles « sales Â» si rĂ©putĂ©es[31]. La prĂ©paration de la viande de brousse et les enterrements Ă  domicile sont parmi les pratiques accusĂ©es de favoriser l’émergence de nouveaux agents pathogĂšnes. En revanche, le tracĂ© de la gĂ©ographie relationnelle transforme soudainement New York, Londres et Hong Kong, sources principales de capitaux mondiaux, en trois des pires points chauds du monde.

Les zones d’épidĂ©mie ne sont mĂȘme plus organisĂ©es selon les politiques traditionnelles. L’inĂ©galitĂ© des Ă©changes Ă©cologiques, qui a dirigĂ© les pires dĂ©gĂąts de l’agriculture industrielle vers le Sud, a cessĂ© de dĂ©pouiller des territoires de leurs ressources par l’impĂ©rialisme d’État pour se transformer en de nouveaux complexes d’échelle et de marchandises[32]. L’agrobusiness reconfigure ses activitĂ©s extractives en rĂ©seaux spatialement discontinus sur des territoires d’échelle diffĂ©rente[33]. Une sĂ©rie de « rĂ©publiques du soja Â» basĂ©es sur des multinationales, par exemple, s’étendent dĂ©sormais en Bolivie, au Paraguay, en Argentine et au BrĂ©sil. La nouvelle gĂ©ographie s’incarne dans les changements de la structure de gestion des entreprises, la capitalisation, la sous-traitance, les substitutions dans la chaĂźne d’approvisionnement, la location et la mise en commun transnationale des terres[34]. A cheval sur les frontiĂšres nationales, ces « pays de produits de base Â», qui s’inscrivent avec souplesse au-delĂ  des Ă©cologies et des frontiĂšres politiques, produisent, en cours de route, de nouvelles Ă©pidĂ©miologies[35].

Par exemple, malgrĂ© un dĂ©placement gĂ©nĂ©ral de la population des zones rurales marchandes vers les bidonvilles urbains, qui se poursuit aujourd’hui dans le monde entier, le fossĂ© entre les zones rurales et urbaines, qui est Ă  l’origine d’une grande partie des discussions sur l’émergence des maladies, ne tient pas compte de la main-d’Ɠuvre rurale et de la croissance rapide des villes rurales qui se transforment en desakotas (villages urbains) ou en zwischenstadt (villes intermĂ©diaires) pĂ©riurbains. Mike Davis et d’autres ont identifiĂ© la façon dont ces nouveaux paysages urbanisĂ©s agissent Ă  la fois comme des marchĂ©s locaux et des centres rĂ©gionaux pour le passage des produits agricoles mondiaux[36]. Certaines de ces rĂ©gions sont mĂȘme devenues « post-agricoles Â»[37]. Par consĂ©quent, les dynamiques des maladies forestiĂšres, sources premiĂšres des agents pathogĂšnes, ne sont plus limitĂ©es aux seuls arriĂšre-pays. Les Ă©pidĂ©miologies qui leur sont associĂ©es sont elles-mĂȘmes devenues relationnelles, ressenties Ă  travers le temps et l’espace. Un SRAS peut soudainement se propager aux humains dans de grandes mĂ©tropoles quelques jours seulement aprĂšs ĂȘtre sorti de la caverne des chauves-souris.

Les Ă©cosystĂšmes dans lesquels ces virus « sauvages Â» Ă©taient en partie contrĂŽlĂ©s par les complexitĂ©s de la forĂȘt tropicale sont radicalement rationalisĂ©s par la dĂ©forestation menĂ©e par le capital et, Ă  l’autre extrĂ©mitĂ© du dĂ©veloppement pĂ©riurbain, par les dĂ©ficits en matiĂšre de santĂ© publique et d’assainissement de l’environnement[38]. Alors que de nombreux agents pathogĂšnes sylvatiques meurent en mĂȘme temps que leurs espĂšces hĂŽtes, un sous-ensemble d’infections qui, autrefois, s’éteignaient relativement rapidement dans la forĂȘt, ne serait-ce que par un taux irrĂ©gulier de rencontre avec leurs espĂšces hĂŽtes typiques, se propagent dĂ©sormais parmi les populations humaines sensibles dont la vulnĂ©rabilitĂ© Ă  l’infection est souvent exacerbĂ©e dans les villes par des programmes d’austĂ©ritĂ© et une rĂ©glementation dĂ©ficiente. MĂȘme en prĂ©sence de vaccins efficaces, les Ă©pidĂ©mies qui en rĂ©sultent se caractĂ©risent par une plus grande Ă©tendue, une plus longue durĂ©e et un plus grand dynamisme. Ce qui constituait autrefois des retombĂ©es locales forme aujourd’hui une Ă©pidĂ©mie qui se propage dans les rĂ©seaux mondiaux de voyages et de commerce[39].

Par cet effet de parallaxe – par un changement dans le seul contexte environnemental – des normes anciennes comme Ebola, Zika, le paludisme et la fiĂšvre jaune, qui ont relativement peu Ă©voluĂ©, ont toutes pris une tournure brutale pour devenir des menaces rĂ©gionales[40]. Dans une autre direction Ă©cologique, mĂȘme les animaux sauvages, qui sont des rĂ©servoirs de maladies de longue date, subissent des revers. Leurs populations Ă©tant fragmentĂ©es par la dĂ©forestation, les singes indigĂšnes du Nouveau Monde sensibles Ă  la fiĂšvre jaune de type sauvage, Ă  laquelle ils avaient Ă©tĂ© exposĂ©s pendant au moins une centaine d’annĂ©es, perdent leur immunitĂ© de troupeau et meurent par centaines de milliers[41].

Expansion

Si, par sa seule expansion mondiale, l’agriculture de base sert Ă  la fois de propulsion et de lien par lequel des agents pathogĂšnes d’origines diverses migrent des rĂ©servoirs les plus Ă©loignĂ©s vers les centres de population les plus internationaux[42], c’est ici, et en cours de route, que de nouveaux agents pathogĂšnes s’infiltrent dans les communautĂ©s agricoles protĂ©gĂ©es. Plus les chaĂźnes d’approvisionnement associĂ©es sont longues et plus la dĂ©forestation complĂ©mentaire est importante, plus les agents pathogĂšnes zoonotiques qui entrent dans la chaĂźne alimentaire sont divers (et exotiques). Parmi les pathogĂšnes agricoles et alimentaires rĂ©cents, Ă©mergents ou rĂ©Ă©mergents, provenant de l’ensemble du domaine anthropogĂ©nique, figurent la peste porcine africaine, Campylobacter, Cryptosporidium, Cyclospora, Ebola Reston, E. coli O157:H7, fiĂšvre aphteuse, hĂ©patite E, Listeria, virus Nipah, fiĂšvre Q, Salmonella, Vibrio, Yersinia, et une variĂ©tĂ© de nouvelles variantes grippes, y compris les variantes H1N1 (2009), H1N2v, H3N2v, H5N1, H5N2, H5Nx, H6N1, H7N1, H7N3, H7N7, H7N9 et H9N2[43].

MĂȘme ce n’est pas intentionnel, la totalitĂ© de la chaĂźne de production est organisĂ©e autour de pratiques qui accĂ©lĂšrent l’évolution de la virulence des agents pathogĂšnes et leur transmission ultĂ©rieure[44]. La culture de monocultures gĂ©nĂ©tiques – des animaux et des plantes alimentaires ayant des gĂ©nomes presque identiques – supprime les pare-feux immunitaires qui, dans des populations plus diverses, ralentissent la transmission[45]. Les agents pathogĂšnes peuvent dĂ©sormais Ă©voluer rapidement autour des gĂ©notypes immunitaires de l’hĂŽte commun. En mĂȘme temps, la promiscuitĂ© rĂ©duit la rĂ©ponse immunitaire[46]. La taille toujours plus importante des populations d’animaux d’élevage et la densitĂ© des Ă©levages industriels facilitent la transmission et la rĂ©currence des infections[47]. Le haut dĂ©bit, qui fait partie de toute production industrielle, permet de renouveler continuellement l’offre de sujets sensibles au niveau des Ă©tables, des fermes et des rĂ©gions, ce qui supprime le plafond de l’évolution de la mortalitĂ© des agents pathogĂšnes[48]. Le fait d’hĂ©berger un grand nombre d’animaux ensemble rĂ©compense les souches qui peuvent le mieux les brĂ»ler. L’abaissement de l’ñge d’abattage – Ă  six semaines chez les poulets – est susceptible de sĂ©lectionner les agents pathogĂšnes capables de survivre Ă  un systĂšme immunitaire plus robuste[49]. L’allongement de l’étendue gĂ©ographique du commerce et de l’exportation d’animaux vivants a accru la diversitĂ© des segments gĂ©nomiques que les agents pathogĂšnes qui leur sont associĂ©s Ă©changent, augmentant ainsi le rythme auquel les agents pathogĂšnes explorent leurs possibilitĂ©s d’évolution[50].

Si l’évolution des agents pathogĂšnes progresse de toutes ces maniĂšres, il n’y a cependant que peu ou pas d’intervention, mĂȘme Ă  la demande de l’industrie, Ă  l’exception de ce qui est nĂ©cessaire pour sauver les marges des trimestres fiscaux de l’urgence soudaine d’une Ă©pidĂ©mie[51]. La tendance est Ă  la diminution des inspections gouvernementales des exploitations agricoles et des usines de transformation, Ă  des lĂ©gislations contre la surveillance gouvernementale et l’exposition des activistes, et Ă  des lĂ©gislations qui s’opposent mĂȘme au fait de rapporter les dĂ©tails des Ă©pidĂ©mies mortelles dans les mĂ©dias. MalgrĂ© les rĂ©centes victoires judiciaires contre les pesticides et la pollution porcine, le commandement privĂ© de la production reste entiĂšrement axĂ© vers le profit. Les dommages causĂ©s par les Ă©pidĂ©mies qui en rĂ©sultent sont externalisĂ©s vers le bĂ©tail, les cultures, la faune, les travailleurs, les gouvernements locaux et nationaux, les systĂšmes de santĂ© publique et les agrosystĂšmes alternatifs Ă  l’étranger, sous la forme de question de prioritĂ© nationale. Aux États-Unis, le CDC signale que les foyers de toxi-infection alimentaire se multiplient tant en termes de nombre d’États touchĂ©s que de personnes infectĂ©es[52].

Autrement dit, l’aliĂ©nation du capital se fait en faveur des agents pathogĂšnes. Alors que l’intĂ©rĂȘt du public est filtrĂ© aux portes des fermes et des usines alimentaires, les agents pathogĂšnes passent Ă  cĂŽtĂ© de la biosĂ©curitĂ© que l’industrie est prĂȘte Ă  payer et se retournent contre le public. La production quotidienne reprĂ©sente un risque moral lucratif et dĂ©vore nos biens communs en matiĂšre de santĂ©.

Libération

Il y a une ironie rĂ©vĂ©latrice Ă  voir New York, l’une des plus grandes villes du monde situĂ©e Ă  un hĂ©misphĂšre des origines du virus, se confiner contre le COVID-19. Des millions de New-Yorkais se terrent dans un parc de logements supervisĂ© jusqu’à rĂ©cemment par une certaine Alicia Glen, qui Ă©tait jusqu’en 2018 la maire-adjointe en charge du logement et du dĂ©veloppement Ă©conomique[53]. Glen est une ancienne cadre de Goldman Sachs qui a supervisĂ© le Groupe d’investissement urbain de la sociĂ©tĂ© d’investissement, qui finance des projets dans les types de communautĂ©s que les autres unitĂ©s de la sociĂ©tĂ© aident Ă  mettre en place[54].

Bien entendu, Glen n’est en aucun cas personnellement responsable de l’épidĂ©mie, elle n’en reste pas moins le symbole d’un lien frappant. Trois ans avant que la ville ne l’engage, dans un contexte de crise du logement et de grande rĂ©cession qu’elle avait contribuĂ© Ă  provoquer, son employeur d’alors, ainsi que JPMorgan, Bank of America, Citigroup, Wells Fargo & Co. et Morgan Stanley, ont reçu 63 % du financement fĂ©dĂ©ral des prĂȘts d’urgence pour affronter la crise[55]. Goldman Sachs, dĂ©barrassĂ©e de ses frais gĂ©nĂ©raux, a entrepris de diversifier ses avoirs pour sortir de la crise. La sociĂ©tĂ© a pris 60 % des actions de Shuanghui Investment and Development, qui fait partie du gĂ©ant chinois de l’agroalimentaire qui a achetĂ© l’entreprise amĂ©ricaine Smithfield Foods, le plus grand producteur de porcs au monde[56]. Pour 300 millions de dollars, elle a Ă©galement acquis la propriĂ©tĂ© de dix fermes avicoles Ă  Fujian et Hunan, une province situĂ©e plus loin que Wuhan et bien Ă  l’intĂ©rieur de la zone d’alimentation sauvage de la ville[57]. Elle a investi jusqu’à 300 millions de dollars supplĂ©mentaires aux cĂŽtĂ©s de la Deutsche Bank dans l’élevage de porcs dans ces mĂȘmes provinces[58].

Les gĂ©ographies relationnelles explorĂ©es ci-dessus ont circulĂ© tout le long jusqu’au point d’origine. La pandĂ©mie frappe actuellement les circonscriptions de Glen, d’appartement en appartement, dans tout New York, devenu le plus grand Ă©picentre amĂ©ricain du COVID-19. Mais nous devons Ă©galement reconnaĂźtre que la chaĂźne des causes de l’épidĂ©mie s’est en partie Ă©tendue, dĂšs l’origine, Ă  partir de New York, aussi mineur que soit l’investissement de Goldman Sachs dans un systĂšme de la taille de l’agriculture chinoise.

Les accusations nationalistes, depuis le raciste « virus de la Chine Â» de Trump jusqu’au continuum libĂ©ral, masquent les directions mondiales imbriquĂ©es des État et du capital[59]. Ces « frĂšres ennemis Â», dĂ©crits par Karl Marx[60]. La mort et les dommages subis par les travailleurs sur le champ de bataille, dans l’économie, et maintenant sur leur canapĂ© en train de se battre pour reprendre leur souffle, manifestent Ă  la fois la concurrence entre les Ă©lites qui manƓuvrent pour la diminution des ressources naturelles et les moyens partagĂ©s pour diviser et conquĂ©rir la masse de l’humanitĂ© prise dans les engrenages de ces machinations.

En effet, une pandĂ©mie issue du mode de production capitaliste d’un cĂŽtĂ© et que l’État est censĂ© gĂ©rer peut offrir une opportunitĂ© dont les gestionnaires et les bĂ©nĂ©ficiaires du systĂšme peuvent profiter de l’autre cĂŽtĂ©. A la mi-fĂ©vrier, cinq sĂ©nateurs et vingt membres de la Chambre des reprĂ©sentants des États-Unis se sont dĂ©barrassĂ©s de millions de dollars en actions dĂ©tenues Ă  titre personnel dans des industries susceptibles d’ĂȘtre endommagĂ©es par la pandĂ©mie Ă  venir[61]. Ce dĂ©lit d’initiĂ© reposait sur des renseignements non publics, alors mĂȘme que certains de ces politiciens continuaient de rĂ©pĂ©ter publiquement les mensonges du rĂ©gime selon lesquels la pandĂ©mie ne prĂ©sentait pas de menace.

Au-delĂ  de ces coups minables, la corruption au niveau de l’État est systĂ©mique, signe de la fin du cycle d’accumulation des États-Unis alors le capital s’en va.

Il y a quelque chose de relativement anachronique dans les efforts consacrĂ©s Ă  faire tourner la machine, fondĂ©e sur la rĂ©ification de la finance, au dĂ©triment des Ă©cologies primaires (et des Ă©pidĂ©miologies connexes) sur lesquelles cette derniĂšre s’appuie. Pour Goldman Sachs, la pandĂ©mie, comme les crises prĂ©cĂ©dentes, offre une « marge de croissance Â» :

« Nous partageons l’optimisme des diffĂ©rents experts en vaccins et des chercheurs des entreprises de biotechnologie, qui se fondent sur les progrĂšs rĂ©alisĂ©s jusqu’à prĂ©sent dans le domaine des diffĂ©rentes thĂ©rapies et des vaccins. Nous pensons que la crainte s’estompera dĂšs les premiĂšres preuves significatives de ces progrĂšs
.

Essayer de parier sur une Ă©ventuelle baisse des objectifs alors que l’objectif de fin d’annĂ©e est sensiblement plus Ă©levĂ© peut sembler appropriĂ© pour certains traders, les opportunistes et certains gestionnaires de fonds spĂ©culatifs, mais pas pour les investisseurs Ă  long terme. Tout aussi important, il n’y a aucune garantie que le marchĂ© atteigne les niveaux infĂ©rieurs qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour justifier la vente aujourd’hui. En revanche, nous sommes confiants sur le fait que le marchĂ© finira par atteindre l’objectif supĂ©rieur Ă©tant donnĂ© la rĂ©silience et la prĂ©Ă©minence de l’économie amĂ©ricaine.

Enfin, nous pensons que les niveaux actuels offrent la possibilitĂ© d’accroĂźtre lentement le niveau de risque d’un portefeuille. Pour ceux qui disposent d’un excĂ©dent de liquiditĂ©s et d’une bonne allocation stratĂ©gique d’actifs, le moment est venu de commencer Ă  augmenter progressivement les actions S&P[62]. Â»

ConsternĂ©s par le carnage en cours, les peuples du monde entier tirent des conclusions diffĂ©rentes[63]. Les circuits de capital et de production que les agents pathogĂšnes marquent comme des Ă©tiquettes radioactives l’un aprĂšs l’autre sont jugĂ©s dĂ©raisonnables.

Comment caractĂ©riser de tels systĂšmes au-delĂ , comme nous l’avons fait plus haut, de l’épisodique et du circonstanciel ? Notre groupe est en train de dĂ©river un modĂšle qui dĂ©passe les efforts de la mĂ©decine coloniale moderne – que l’on trouve dans l’écosantĂ© et One Health – consacrĂ©s Ă  blĂąmer les petits exploitants indigĂšnes et locaux pour la dĂ©forestation qui conduit Ă  l’émergence de maladies mortelles[64].

Notre thĂ©orie gĂ©nĂ©rale de l’émergence des maladies nĂ©olibĂ©rales, y compris, oui, en Chine, combine :

– Les circuits mondiaux de capitaux ;

– Le dĂ©ploiement dudit capital qui dĂ©truit la complexitĂ© environnementale rĂ©gionale et maintient la croissance de la population de pathogĂšnes virulents ;

– L’augmentation des taux et de l’ampleur taxinomique des retombĂ©es qui rĂ©sultent des points prĂ©cĂ©dents ;

– L’expansion des circuits de marchandises pĂ©riurbains qui transportent ces pathogĂšnes dans le bĂ©tail et la main-d’Ɠuvre depuis l’arriĂšre-pays le plus profond vers les villes rĂ©gionales ;

– Les rĂ©seaux mondiaux de transport (et de commerce du bĂ©tail) en pleine expansion qui acheminent les agents pathogĂšnes de ces villes vers le reste du monde en un temps record ;

– Les moyens utilisĂ©s par ces rĂ©seaux pour rĂ©duire les frictions de transmission, ce qui favorise l’évolution vers une plus grande mortalitĂ© des agents pathogĂšnes chez le bĂ©tail et les humains ;

– Et, entre autres, le manque de reproduction sur place de bĂ©tail industriel, ce qui supprime la sĂ©lection naturelle, service Ă©cosystĂ©mique qui assure une protection contre les maladies en temps rĂ©el (et presque gratuitement).

Le principe opĂ©rationnel sous-jacent est que la cause du COVID-19 et d’autres agents pathogĂšnes de ce type ne se trouve pas seulement dans l’objet d’un agent infectieux ou dans son Ă©volution clinique, mais aussi dans le domaine des relations Ă©cosystĂ©miques que le capital et d’autres causes structurelles ont façonnĂ© Ă  leur propre avantage[65]. La grande variĂ©tĂ© d’agents pathogĂšnes, reprĂ©sentant diffĂ©rents taxons, hĂŽtes sources, modes de transmission, cours cliniques et rĂ©sultats Ă©pidĂ©miologiques, toutes les caractĂ©ristiques qui apparaissent Ă  nos yeux hagards lors des recherches en temps d’épidĂ©mie, signalent les diffĂ©rentes parties et voies le long des mĂȘmes types de circuits d’utilisation des terres et d’accumulation de la valeur.

Un programme gĂ©nĂ©ral d’intervention se dĂ©roule en parallĂšle bien au-delĂ  d’un virus particulier.

Pour Ă©viter les pires rĂ©sultats, la dĂ©saliĂ©nation offre la prochaine grande transition humaine : abandonner les idĂ©ologies de colons, rĂ©introduire l’humanitĂ© dans les cycles de rĂ©gĂ©nĂ©ration de la Terre et redĂ©couvrir notre sentiment d’individuation au sein de multitudes au-delĂ  du capital et de l’État[66]. Cependant, l’économisme, la croyance que toutes les causes sont uniquement Ă©conomiques, ne constituera pas une libĂ©ration suffisante. Le capitalisme mondial est une hydre Ă  plusieurs tĂȘtes, qui s’approprie, intĂ©riorise et ordonne de multiples couches de relations sociales[67]. Le capitalisme opĂšre sur des terrains complexes et interconnectĂ©s de race, de classe et de sexe dans le cadre de l’actualisation des rĂ©gimes de valeurs rĂ©gionaux.

Au risque d’accepter les prĂ©ceptes de ce que l’historienne Donna Haraway a qualifiĂ© d’histoire du salut – « pouvons-nous dĂ©samorcer la bombe Ă  temps ? Â» – la dĂ©saliĂ©nation doit dĂ©manteler ces multiples hiĂ©rarchies de l’oppression et les façons spĂ©cifiques dont elles interagissent avec l’accumulation localement[68]. En cours de route, nous devons naviguer hors des rĂ©appropriations expansives du capital Ă  travers des matĂ©rialismes productifs, sociaux et symboliques[69]. C’est-Ă -dire hors de ce qui se rĂ©sume Ă  un totalitarisme. Le capitalisme marchandise tout – l’exploration de Mars, dormir ici ou lĂ , les lagunes de lithium, la rĂ©paration de ventilateur, et mĂȘme le dĂ©veloppement durable lui-mĂȘme, et ainsi de suite, ces nombreuses permutations se retrouvent bien au-delĂ  de l’usine et de la ferme. Toutes les façons dont presque tout le monde, partout, est soumis au marchĂ©, qui, Ă  une Ă©poque comme celle-ci, est de plus en plus anthropomorphisĂ© par les politiciens, ne pourraient ĂȘtre plus claires[70].

En bref, une intervention rĂ©ussie empĂȘchant l’un des nombreux agents pathogĂšnes qui font la queue dans le circuit agroĂ©conomique de tuer un milliard de personnes doit franchir le pas d’un affrontement mondial avec le capital et ses reprĂ©sentants locaux, quel que soit le nombre de soldats de la bourgeoisie, dont Glen, qui tentent d’attĂ©nuer les dĂ©gĂąts. Comme notre groupe le dĂ©crit dans certains de nos derniers travaux, l’agrobusiness est en guerre avec la santĂ© publique[71].

Si, toutefois, une plus grande humanitĂ© devait gagner un tel conflit gĂ©nĂ©rationnel, nous pourrions nous replonger dans un mĂ©tabolisme planĂ©taire qui, mĂȘme s’il s’exprime diffĂ©remment d’un endroit Ă  l’autre, reconnecte nos Ă©cologies et nos Ă©conomies[72]. De tels idĂ©aux sont plus que des utopies. Ce faisant, nous convergeons vers des solutions immĂ©diates. Nous protĂ©geons la complexitĂ© des forĂȘts qui empĂȘche les agents pathogĂšnes mortels de contaminer des hĂŽtes et d’intĂ©grer par lĂ  le rĂ©seau mondial de transport[73].Nous rĂ©introduisons la diversitĂ© du bĂ©tail et des cultures, et rĂ©intĂ©grons l’élevage et la culture Ă  des Ă©chelles qui empĂȘchent les agents pathogĂšnes d’augmenter en virulence et en Ă©tendue gĂ©ographique[74]. Nous permettons aux animaux destinĂ©s Ă  l’alimentation de se reproduire sur place, en relançant la sĂ©lection naturelle qui permet Ă  l’évolution immunitaire de suivre les agents pathogĂšnes en temps rĂ©el. Dans l’ensemble, nous cessons de traiter la nature et la communautĂ©, si riche de tout ce dont nous avons besoin pour survivre, comme un concurrent de plus Ă  faire fuir par le marchĂ©.

La solution n’est rien d’autre que de donner naissance Ă  un monde (ou peut-ĂȘtre plutĂŽt de revenir sur Terre). Elle permettra Ă©galement de rĂ©soudre – les manches retroussĂ©es – bon nombre de nos problĂšmes les plus urgents. Aucun d’entre nous, coincĂ© dans son salon de New York Ă  PĂ©kin ou, pire encore, en deuil de ses morts, ne souhaite revivre une telle Ă©pidĂ©mie. Oui, les maladies infectieuses, qui ont Ă©tĂ© notre principale source de mortalitĂ© prĂ©maturĂ©e pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanitĂ©, resteront une menace. Mais compte tenu du bestiaire d’agents pathogĂšnes actuellement en circulation, le pire se rĂ©pandant dĂ©sormais presque chaque annĂ©e, nous serons probablement confrontĂ©s Ă  une autre pandĂ©mie mortelle dans un dĂ©lai bien plus court que l’accalmie de cent ans depuis 1918. Pouvons-nous fondamentalement ajuster les modes d’appropriation de la nature et parvenir Ă  obtenir plus qu’une trĂȘve avec ces infections ?

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Ernest Moret.

Rob Wallace est un Ă©pidĂ©miologiste qui a Ă©tĂ© consultant pour l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et les Centres de contrĂŽle et de prĂ©vention des maladies (États-Unis).

Alex Liebman est doctorant en gĂ©ographie humaine Ă  l’UniversitĂ© Rutgers et est titulaire d’un Master en agronomie de l’UniversitĂ© du Minnesota.

Luis Fernando Chaves est un Ă©cologiste spĂ©cialisĂ© dans les maladies et a Ă©tĂ© chercheur Ă  l’Institut costaricain de recherche et d’éducation sur la nutrition et la santĂ© Ă  Tres Rios, au Costa Rica.

Rodrick Wallace est chercheur au sein du dĂ©partement d’épidĂ©miologie de l’Institut psychiatrique de l’État de New York Ă  l’UniversitĂ© de Columbia.

Les auteurs remercient Kenichi Okamoto pour ses commentaires perspicaces.

Notes

[1] Max Roser, Hannah Ritchie, et Esteban Ortiz-Ospina, « Coronavirus Disease (COVID-19) – Statistics and Research, Â», Our World in Data.

[2] Brian M. Rosenthal, Joseph Goldstein, and Michael Rothfeld, « Coronavirus in N.Y.: “Deluge” of Cases Begins Hitting Hospitals Â», New York Times, 20 mars 2020.

[3] Hannah Rappleye, Andrew W. Lehren, Laura Stricklet, and Sarah Fitzpatrick, «“The System Is Doomed”: Doctors, Nurses, Sound off in NBC News Coronavirus Survey Â» NBC News, March 20, 2020.

[4] Eliza Relman, « The Federal Government Outbid States on Critical Coronavirus Supplies After Trump Told Governors to Get Their Own Medical Equipment Â», Business Insider, 20 mars 2020 ; David Oliver, « Trump Announces U.S.-Mexico Border Closure to Stem Spread of Coronavirus Â», USA Today, 19 mars 2020.

[5] Neil M. Ferguson et al. on behalf of the Imperial College COVID-19 Response Team, « Impact of Non-Pharmaceutical Interventions (NPIs) to Reduce COVID-19 Mortality and Healthcare Demand Â», 16 mars 2020.

[6] Nassim Nicholas Taleb, The Black Swan, Random House, 2007 ; Chen Shen, Nassim Nicholas Taleb, and Yaneer Bar-Yam, « Review of Ferguson et al. « Impact of Non-Pharmaceutical Interventions” », New England Complex Systems Institute, 17 mars 2020.

[7] NewTmrw, Twitter post, 21 mars 2020.

[8] Rodrick Wallace, « Pandemic Firefighting vs. Pandemic Fire Prevention » (texte inĂ©dit, 20 mars 2020). Disponible sur demande.

[9] Jonathan Allen, « Trump’s Not Worried About Coronavirus: But His Scientists Are Â», NBC News, 26 fĂ©vrier 2020; Deb Riechmann, « Trump Disbanded NSC Pandemic Unit That Experts Had Praised Â» AP News, 14 mars 2020.

[10] David E. Sanger, Eric Lipton, Eileen Sullivan, and Michael Crowley, « Before Virus Outbreak, a Cascade of Warnings Went Unheeded Â» New York Times, 19 mars 2020.

[11] Marisa Taylor, « Exclusive: U.S. Axed CDC Expert Job in China Months Before Virus Outbreak Â», Reuters, 22 mars 2020.

[12] Howard Waitzkin, (dir.), Health Care Under the Knife: Moving Beyond Capitalism for Our Health, Monthly Review Press, 2018.

[13] Richard Lewontin and Richard Levins, « Let the Numbers Speak Â» International Journal of Health Services 30, n°4, 2000.

[14] Owen Matthews, « Britain Drops Its Go-It-Alone Approach to Coronavirus Â», Foreign Policy, 17 mars 2020; Rob Wallace, « Pandemic Strike Â», Uneven Earth, 16 mars 2020 ; Isabel Frey, « â€œHerd Immunity  Â» Is Epidemiological Neoliberalism, Â» Quarantimes, March 19, 2020.

[15] Adam Payne, « Spain Has Nationalized All of Its Private Hospitals as the Country Goes into Coronavirus Lockdown Â» Business Insider, 16 mars 2020.

[16] Jeva Lange, « Senegal Is Reportedly Turning Coronavirus Tests Around “within 4 Hours” While Americans Might Wait a Week Â», Yahoo News, March 12, 2020.

[17] Steph Sterling & Julie Margetta Morgan, New Rules for the 21st Century: Corporate Power, Public Power, and the Future of Prescription Drug Policy in the United States, Roosevelt Institute, 2019.

[18] Jason Koebler, « Hospitals Need to Repair Ventilators: Manufacturers Are Making That Impossible Â», Vice, 18 mars 2020.

[19] Manli Wang et al., « Remdesivir and Chloroquine Effectively Inhibit the Recently Emerged Novel Coronavirus (2019-nCoV) In Vitro Â», Cell Research n°30, 2020.

[20] « Autonomous Groups Are Mobilizing Mutual Aid Initiatives to Combat the Coronavirus Â», It’s Going Down, 20 mars 2020.

[21] Kristian G. Andersen, Andrew Rambaut, W. Ian Lipkin, Edward C. Holmes, & Robert F. Garry, « The Proximal Origin of SARS-CoV-2 Â», Nature Medicine, 2020.

[22] Rob Wallace, « Notes on a Novel Coronavirus Â», MR Online, 29 janvier 2020.

[23] Marius Gilbert Ăź., Â« Preparedness and Vulnerability of African Countries Against Importations of COVID-19: A Modelling Study Â», Lancet 395, n°10227, 2020.

[24]  Juanjuan Sun, « The Regulation of “Novel Food Â» in China: The Tendency of Deregulation Â», European Food and Feed Law Review , 10/6, 2015.

[25] Emma G. E. Brooks, Scott I. Robertson, and Diana J. Bell, « The Conservation Impact of Commercial Wildlife Farming of Porcupines in Vietnam Â», Biological Conservation, 143/11, 2010.

[26] Mindi Schneider, « Wasting the Rural: Meat, Manure, and the Politics of Agro-Industrialization in Contemporary China Â», Geoforum, n°78, 2017.

[27] Robert G. Wallace, Luke Bergmann, Lenny Hogerwerf, Marius Gilbert, « Are Influenzas in Southern China Byproducts of the Region’s Globalising Historical Present? Â» in Jennifer Gunn, Tamara Giles-Vernick, and Susan Craddock (dir.), Influenza and Public Health: Learning from Past Pandemics, Routledge, 2010 ; Alessandro Broglia & Christian Kapel, « Changing Dietary Habits in a Changing World: Emerging Drivers for the Transmission of Foodborne Parasitic Zoonoses Â», Veterinary Parasitology, 182/1, 2011.

[28] David Molyneux et al., « Zoonoses and Marginalised Infectious Diseases of Poverty: Where Do We Stand? Â», Parasites & Vectors 4/106, 2011.

[29] Stephen S. Morse et al., « Prediction and Prevention of the Next Pandemic Zoonosis Â», Lancet, 380/9857, 2012 ; Rob Wallace, Big Farms Make Big Flu: Dispatches on Infectious Disease, Agribusiness, and the Nature of Science, Monthly Review Press, 2016.

[30] Robert G. Wallace et al., « The Dawn of Structural One Health: A New Science Tracking Disease Emergence Along Circuits of Capital Â», Social Science & Medicine, n°129, 2015 ; Wallace, Big Farms Make Big Flu, op. cit.

[31] Steven Cummins, Sarah Curtis, Ana V. Diez-Roux, & Sally Macintyre, « Understanding and Representing « Place Â» in Health Research: A Relational Approach Â», Social Science & Medicine, 65/9, 2007 ; Luke Bergmann & Mollie Holmberg, « Land in Motion Â», Annals of the American Association of Geographer, 106/4, 2016 ; Luke Bergmann, « Towards Economic Geographies Beyond the Nature-Society Divide Â», Geoforum, n°85, 2017.

[32] Andrew K. Jorgenson, « Unequal Ecological Exchange and Environmental Degradation: A Theoretical Proposition and Cross-National Study of Deforestation, 1990–2000 Â», Rural Sociology, 71/4, 2006 ; Becky Mansfield, Darla K. Munroe, and Kendra McSweeney, « Does Economic Growth Cause Environmental Recovery? Geographical Explanations of Forest Regrowth Â», Geography Compass 4/5, 2010 ; Susanna B. Hecht, « Forests Lost and Found in Tropical Latin America: The Woodland ‘Green Revolution Â» Journal of Peasant Studies, 41/5, 2014 ; Gustavo de L. T. Oliveira, « The Geopolitics of Brazilian Soybeans Â», Journal of Peasant Studies, 43/2, 2016.

[33] Mariano Turzi, « The Soybean Republic Â», Yale Journal of International Affairs, 6/2, 2011 ; RogĂ©rio Haesbaert, El Mito de la DesterritorializaciĂłn: Del ‘Fin de Los Territorios’ a la Multiterritorialidad, Siglo Veintiuno, 2011 ; Clara Craviotti, « Which Territorial Embeddedness? Territorial Relationships of Recently Internationalized Firms of the Soybean Chain Â», Journal of Peasant Studies, 43/2, 2016.

[34] Wendy Jepson, Christian Brannstrom, & Anthony Filippi, « Access Regimes and Regional Land Change in the Brazilian Cerrado, 1972–2002 Â», Annals of the Association of American Geographers, 100/1, 2010 ; Patrick Meyfroidt et al., « Multiple Pathways of Commodity Crop Expansion in Tropical Forest Landscapes Â», Environmental Research Letters, 9/7, 2014 ; Oliveira, « The Geopolitics of Brazilian Soybeans Â» ; Javier Godar, « Balancing Detail and Scale in Assessing Transparency to Improve the Governance of Agricultural Commodity Supply Chains Â», Environmental Research Letters, 11/ 3, 2016.

[35] Rodrick Wallace et al., Clear-Cutting Disease Control: Capital-Led Deforestation, Public Health Austerity, and Vector-Borne Infection, Springer, 2018.

[36] Mike Davis, Planet of Slums, Verso, 2016 ; Marcus Moench & Dipak Gyawali, Desakota: Reinterpreting the Urban-Rural Continuum, Institute for Social and Environmental Transition (Katmandu), 2008 ; Hecht, « Forests Lost and Found in Tropical Latin America. Â», op. cit.

[37] Ariel E. Lugo, « The Emerging Era of Novel Tropical Forests Â», Biotropica, 41/5, 2009.

[38] Robert G. Wallace & Rodrick Wallace (dir.), Neoliberal Ebola: Modeling Disease Emergence from Finance to Forest and Farm, Springer, 2016 ; Wallace et al., Clear-Cutting Disease Control ; Giorgos Kallis and Erik Swyngedouw, « Do Bees Produce Value? A Conversation Between an Ecological Economist and a Marxist Geographer Â», Capitalism Nature Socialism, 29/3, 2018.

[39] Robert G. Wallace et al., “Did Neoliberalizing West African Forests Produce a New Niche for Ebola?,” International Journal of Health Services, 46/1, 2016.

[40] Wallace & Wallace, Neoliberal Ebola, op. cit.

[41] JĂșlio CĂ©sar Bicca-Marques and David Santos de Freitas, « The Role of Monkeys, Mosquitoes, and Humans in the Occurrence of a Yellow Fever Outbreak in a Fragmented Landscape in South Brazil: Protecting Howler Monkeys Is a Matter of Public Health Â», Tropical Conservation Science, 3/1, 2010 ; JĂșlio CĂ©sar Bicca-Marques et al., « Yellow Fever Threatens Atlantic Forest Primates Â», Science Advances, 25 mai 2017; Luciana InĂ©s Oklander et al., « Genetic Structure in the Southernmost Populations of Black-and-Gold Howler Monkeys (Alouatta caraya) and Its Conservation Implications Â», PLoS ONE, 12/10, 2017 ; NatĂĄlia Coelho Couto de Azevedo Fernandes et al., « Outbreak of Yellow Fever Among Nonhuman Primates, Espirito Santo, Brazil, 2017 Â», Emerging Infectious Diseases, 23/12, 2017 ; Daiana Mir, « Phylodynamics of Yellow Fever Virus in the Americas: New Insights into the Origin of the 2017 Brazilian Outbreak Â»,Scientific Reports, 7/1, 2017.

[42] Mike Davis, The Monster at Our Door: The Global Threat of Avian Flu, New Press, 2005 ; Jay P. Graham et al., « The Animal-Human Interface and Infectious Disease in Industrial Food Animal Production: Rethinking Biosecurity and Biocontainment Â», Public Health Reports, 123/3, 2008 ; Bryony A. Jones et al., « Zoonosis Emergence Linked to Agricultural Intensification and Environmental Change Â», PNAS, 110/21, 2013 ; Marco Liverani et al., « Understanding and Managing Zoonotic Risk in the New Livestock Industries Â», Environmental Health Perspectives, 121/8, 2013 ; Anneke Engering, Lenny Hogerwerf, & Jan Slingenbergh, « Pathogen-Host-Environment Interplay and Disease Emergence Â», Emerging Microbes and Infections, 2/1, 2013 ; World Livestock 2013: Changing Disease Landscapes, Food and Agriculture Organization of the United Nations, 2013.

[43] Robert V. Tauxe, « Emerging Foodborne Diseases: An Evolving Public Health Challenge Â», Emerging Infectious Diseases, 3/4, 1997 ; Wallace & Wallace, Neoliberal Ebola, op. cit. ; Ellyn P. Marder et al., « Preliminary Incidence and Trends of Infections with Pathogens Transmitted Commonly Through Food—Foodborne Diseases Active Surveillance Network, 10 U.S. Sites, 2006–2017 Â», Morbidity and Mortality Weekly Report, 67/11, 2018.

[44] Robert G. Wallace, « Breeding Influenza: The Political Virology of Offshore Farming Â», Antipode, 41/5, 2009 ; Robert G. Wallace et al., « Industrial Agricultural Environments Â» in Juliet Fall, Robert Francis, Martin A. Schlaepfer & Kezia Barker, The Routledge Handbook of Biosecurity and Invasive Species, Routledge (Ă  paraĂźtre)

[45] John H. Vandermeer, The Ecology of Agroecosystems, Jones & Bartlett, 2011 ; Peter H. Thrall et al., « Evolution in Agriculture: The Application of Evolutionary Approaches to the Management of Biotic Interactions in Agro-Ecosystems Â», Evolutionary Applications, 4/2, 2011 ; R. Ford Denison, Darwinian Agriculture: How Understanding Evolution Can Improve Agriculture, Princeton University Press, 2012 ; Marius Gilbert, Xiangming Xiao & Timothy Paul Robinson, « Intensifying Poultry Production Systems and the Emergence of Avian Influenza in China: A “One Health/Ecohealth” Epitome Â» Archives of Public Health, n°75, 2017.

[46] Mohammad Houshmar et al., « Effects of Prebiotic, Protein Level, and Stocking Density on Performance, Immunity, and Stress Indicators of Broilers Â», Poultry Science, 91/2, 2012 ; A. V. S. Gomes et al., « Overcrowding Stress Decreases Macrophage Activity and Increases Salmonella Enteritidis Invasion in Broiler Chickens Â», Avian Pathology, 43/1, 2014 ; Peyman Yarahmadi, Hamed Kolangi Miandare, Sahel Fayaz & Christopher Marlowe A. Caipang, « Increased Stocking Density Causes Changes in Expression of Selected Stress- and Immune-Related Genes, Humoral Innate Immune Parameters and Stress Responses of Rainbow Trout (Oncorhynchus mykiss) Â», Fish & Shellfish Immunology, n°48, 2016 ; Wenjia Li et al., « Effect of Stocking Density and Alpha-Lipoic Acid on the Growth Performance, Physiological and Oxidative Stress and Immune Response of Broilers Â», Asian-Australasian Journal of Animal Studies, 32/12, 2019.

[47] Virginia E. Pitzer et al., « High Turnover Drives Prolonged Persistence of Influenza in Managed Pig Herds Â», Journal of the Royal Society Interface, 13/119, 2016 ; Richard K. Gast et al., « Frequency and Duration of Fecal Shedding of Salmonella Enteritidis by Experimentally Infected Laying Hens Housed in Enriched Colony Cages at Different Stocking Densities Â», Frontiers in Veterinary Science, 2017 ; Andres Diaz et al., « Multiple Genome Constellations of Similar and Distinct Influenza A Viruses Co-Circulate in Pigs During Epidemic Events Â», Scientific Reports, n°7, 2017.

[48] Katherine E. Atkins et al., « Modelling Marek’s Disease Virus (MDV) Infection: Parameter Estimates for Mortality Rate and Infectiousness Â», BMC Veterinary Research, 7/70, 2011 ; John Allen & Stephanie Lavau, « â€œJust-in-Time” Disease: Biosecurity, Poultry and Power Â», Journal of Cultural Economy, 8/3, 2015 ; Pitzer et al., “High Turnover Drives Prolonged Persistence of Influenza in Managed Pig Herds”; Mary A. Rogalski, “Human Drivers of Ecological and Evolutionary Dynamics in Emerging and Disappearing Infectious Disease Systems,” Philosophical Transactions of the Royal Society B 372, no. 1712 (2017).

[49] Wallace, « Breeding Influenza Â» ; Katherine E. Atkins et al., « Vaccination and Reduced Cohort Duration Can Drive Virulence Evolution: Marek’s Disease Virus and Industrialized Agriculture Â», Evolution, 67/3, 2013 ; AdĂšle Mennerat, Mathias StĂžlen Ugelvik, Camilla HĂ„konsrud Jensen & Arne Skorping, « Invest More and Die Faster: The Life History of a Parasite on Intensive Farms Â», Evolutionary Applications, 10/9, 2017.

[50] Martha I. Nelson et al., « Spatial Dynamics of Human-Origin H1 Influenza A Virus in North American Swine Â», PLoS Pathogens, 7/6, 2011 ; Trevon L. Fuller et al., « Predicting Hotspots for Influenza Virus Reassortment Â», Emerging Infectious Diseases, 19/4, 2013 ; Rodrick Wallace & Robert G. Wallace, « Blowback: New Formal Perspectives on Agriculturally-Driven Pathogen Evolution and Spread Â», Epidemiology and Infection, 143/10, 2014 ; Ignacio Mena et al., « Origins of the 2009 H1N1 Influenza Pandemic in Swine in Mexico Â», eLife, 5, 2016 ; Martha I. Nelson et al., « Human-Origin Influenza A(H3N2) Reassortant Viruses in Swine, Southeast Mexico Â», Emerging Infectious Diseases, 25/4, 2019.

[51] Wallace, Big Farms Make Big Flu, p.192–201.

[52] « Safer Food Saves Lives Â», Centers for Disease Control and Prevention, 3 novembre 2015 ; Lena H. Sun, « Big and Deadly: Major Foodborne Outbreaks Spike Sharply Â», Washington Post, 3 novembre 2015 ; Mike Stobbe, « CDC: More Food Poisoning Outbreaks Cross State Lines Â», KSL, November 3, 2015.

[53] Sally Goldenberg, « Alicia Glen, Who Oversaw de Blasio’s Affordable Housing Plan and Embattled NYCHA, to Depart City Hall Â», Politico, 19 dĂ©cembre 2018.

[54] Gary A. Dymski, « Racial Exclusion and the Political Economy of the Subprime Crisis Â», Historical Materialism, n° 17, 2009 ; Harold C. Barnett, « The Securitization of Mortgage Fraud Â», Sociology of Crime, Law and Deviance, n°16, 2011.

[55] Bob Ivry, Bradley Keoun & Phil Kuntz, « Secret Fed Loans Gave Banks $13 Billion Undisclosed to Congress Â»,Bloomberg, 21 novembre 2011.

[56] Michael J. de la Merced & David Barboza, « Needing Pork, China Is to Buy a U.S. Supplier Â», New York Times, 29 mai 2013.

[57] « Goldman Sachs Pays US$300m for Poultry Farms Â» South China Morning Post, 4 aoĂ»t 2008.

[58] « Goldman Sachs Invests in Chinese Pig Farming Â», Pig Site, 5 aoĂ»t 2008.

[59]  Katie Rogers, Lara Jakes, Ana Swanson, « Trump Defends Using ”Chinese Virus” Label, Ignoring Growing Criticism Â», New York Times, 18 mars 2020.

[60] Karl Marx, Capital: A Critique of Political Economy, vol. 3, Penguin, 1993, p. 362.

[61] Eric Lipton, Nicholas Fandos, Sharon LaFraniere & Julian E. Barnes, « Stock Sales by Senator Richard Burr Ignite Political Uproar Â», New York Times, 20 mars 2020.

[62] Sharmin Mossavar-Rahmani et al., « ISG Insight: From Room to Grow to Room to Fall Â», Goldman Sachs’ Investment Strategy Group.

[63] « Corona Crisis: Resistance in a Time of Pandemic Â», Marx21, 21 mars 2020 ; International Assembly of the Peoples and Tricontinental Institute for Social Research, « In Light of the Global Pandemic, Focus Attention on the People Â», Tricontinental, 21 mars 2020.

[64] Wallace et al., « The Dawn of Structural One Health Â», op. cit.

[65] Wallace et al., « Did Neoliberalizing West African Forests Produce a New Niche for Ebola? Â» ; Wallace et al., Clear-Cutting Disease Control, op. cit.

[66] Ernest Mandel, « Progressive Disalienation Through the Building of Socialist Society, or the Inevitable Alienation in Industrial Society? Â» in The Marxist Theory of Alienation, Pathfinder, 1970 ; Paolo Virno, A Grammar of the Multitude, Semiotext(e), 2004 ; Del Weston, The Political Economy of Global Warming: The Terminal Crisis, Routledge, 2014 ; McKenzie Wark, General Intellects: Twenty-One Thinkers for the Twenty-First Century, Verso, 2017 ; John Bellamy Foster, « Marx, Value, and Nature Â», Monthly Review, 70/3, Juillet-AoĂ»t, 2018 ; Silvia Federici, Re-enchanting the World: Feminism and the Politics of the Commons, PM, 2018.

[67] Butch Lee & Red Rover, Night-Vision: Illuminating War and Class on the Neo-Colonial Terrain, Vagabond, 1993 ; Silvia Federici, Caliban et la sorciĂšre, Entremonde, 2014 ; Anna Tsing, « Supply Chains and the Human Condition Â», Rethinking Marxism, 21/2, 2009 ; Glen Sean Coulthard, Red Skin, White Masks: Rejecting the Colonial Politics of Recognition, University of Minnesota Press, 2014 ; Leandro Vergara-Camus, Land and Freedom: The MST, the Zapatistas and Peasant Alternatives to Neoliberalism, Zed, 2014 ; Jackie Wang, Le capitalisme carcĂ©ral, Divergences, 2019.

[68] Donna Haraway, « A Cyborg Manifesto: Science, Technology, and Socialist-Feminism in the Late Twentieth Century Â», in Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature, Routledge, 1991 ; Keeanga-Yamahtta Taylor, (dir.), How We Get Free: Black Feminism and the Combahee River Collective, Haymarket, 2017.

[69] Joseph Fracchia, « Organisms and Objectifications: A Historical-Materialist Inquiry into the ‘Human and the Animal Â», Monthly Review, 68/10, Mars 2017 ; Omar Felipe Giraldo, Political Ecology of Agriculture: Agroecology and Post-Development, Springer, 2019.

[70] Franco Berardi, The Soul at Work: From Alienation to Autonomy, Semiotext(e), 2009 ; Maurizio Lazzarato, Signs and Machines: Capitalism and the Production of Subjectivity, Semiotext(e), 2014 ; Wark, General Intellects, op. cit.

[71] Rodrick Wallace, Alex Liebman, Luke Bergmann & Robert G. Wallace, « Agribusiness vs. Public Health: Disease Control in Resource-Asymmetric ConïŹ‚ict Â», texte soumis Ă  publication, 2020, disponible ici : https://hal.archives-ouvertes.fr.

[72] Robert G. Wallace, Kenichi Okamoto & Alex Liebman, « Earth, the Alien Planet Â», in Daniel Bertrand Monk and Michael Sorkin, Between Catastrophe and Revolution: Essays in Honor of Mike Davis, UR, Ă  paraĂźtre.

[73] Wallace et al., Clear-Cutting Disease Control, op. cit.

[74] Wallace et al., « Industrial Agricultural Environments. Â», op. cit.

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Source: Contretemps.eu