SOMMAIRE

ÉDITO ➤ PAGE 3

DOSSIER LOI TRAVAIL

➤ PAGE 44 Une machine à remonter le temp

➤ PAGE 8 Les réformes du travail en Europe

➤ PAGE 10 Les apprentis et les élèves des lycées professionnels également concernés

➤ PAGE 12 Accidents du travail : la loi diminue la protection

➤ PAGE 14 Des tracts ici et là

POINT DE VUE

➤ PAGE 16 Pour un boycott actif de l’élection présidentielle

SOCIAL

➤ PAGE 17 EDF ça disloncte

VERTEMENT ÉCOLO ➤ PAGE 19

ATTENTATS

➤ PAGE 20 Tous les morts ne se valent pas

L’ÉCONOMIE EN BRÈVES ➤ PAGE 22

LIVRE➤ PAGE 23

BIG BROTHER ➤ PAGE 24

IRLANDE

➤ PAGE 26 Il y a100 ans : l’insurrection de Pâques 1916 à Dublin

SOLIDARITÉS

➤ PAGE 29 Cada ruraux : des visions différentes de l’accueil des demandeurs d’asile

➤ PAGE 31 Grèce : contre la barbarie, solidarité !

ÉDITO

De la lutte contre la régression sociale à la reprise du pouvoir sur nos vies

Les manifestations contre la loi travail ont atteint le

31 mars, avec 1,2 millions de manifestants, une ampleur

que nous n’avions pas vue depuis longtemps,

et la mobilisation ne semble pas prête de retomber.

Cette loi, portée par la ministre du travail mais inspirée

directement par le premier ministre libéral et approuvée

par un président se prétendant socialiste, constitue une régression

sociale sans précédent en France sous un gouvernement

dit « de gauche ». Comme l’expriment certaines

pancartes dans les manifs « Sarkozy en rêvait… Hollande l’a

fait ». Hollande ne fait en cela que suivre la ligne de certains

de ses prédécesseurs européens : Tony Blair et Gerhard Schröder.

Comme eux, il a commencé par des réformes sociétales

plutôt sympathiques (mariage pour tous) avant de se lancer

dans une réforme sociale d’ampleur à l’avantage des capitalistes.

François Hollande ne nous déçoit pas ; nous n’avons jamais

cru qu’il puisse apporter quoi que ce soit au niveau d’un

progrès social. Mais en passant d’une gestion « centriste » par

rapport à la diversité des positions internes au PS à un virage

clairement libéral, il se coupe de son propre électorat. On a

pu relever dans les manifestations des déclarations comme

celle-ci : « J’ai voté Hollande aux deux tours en 2012 : Le discours

du Bourget, l’inversion de la courbe du chômage, l’ennemi

de la finance… Mais il a fait exactement l’inverse ».

C’est peut-être suicidaire sur le plan de son avenir politique,

mais il pourra toujours comme Blair ou Schröder se lancer

dans les affaires ou faire des conférences grassement

payées.

Que les syndicats les plus co-gestionnaires tels que la

CFDT se contentent d’aménagements de la loi et de reculs sur

quelques points, ce n’est pas surprenant. Ils font cela depuis

des dizaines d’années. Ils ne sont là que pour leurrer une partie

des travailleurs. Là aussi, ils déçoivent une partie de leurs

militants, et on peut même se demander comment il peut leur

en rester.

Peu nous importe aujourd’hui le sort de ces dirigeants au

service des patrons. Ce qui nous motive aujourd’hui c’est de

faire plier le gouvernement et abandonner totalement cette loi

injuste qui frappe les travailleurs actuels et à venir. Ce qui est

intéressant dans le mouvement actuel, c’est la forte mobilisation

de la jeunesse (alors que le contenu de la réforme les vise

de façon moins immédiate que lors du CPE). La majorité des

jeunes semble avoir compris que si cette réforme passe, c’est

toute leur vie qu’ils en subiront les conséquences. Cela permet

une convergence d’intérêts avec les salariés. De plus, on peut

penser que la mobilisation n’a pas encore atteint son maximum

car il est toujours aussi difficile de faire grève dans les

petites entreprises. Nous espérons que les manifestations prévues

le samedi 9 avril permettront encore d’amplifier le mouvement.

Un des aspects intéressants de ce mouvement, comme

dans la plupart des mouvements sociaux d’ampleur, c’est la libération

de la parole qu’il entraîne. Evidemment en milieu étudiant

ou lycéen lors des AG, mais également lors de forums et

de débats ouverts en fin de manifestation, tous peuvent s’exprimer

et réfléchir ensemble sur les évolutions de la lutte,

mais aussi sur les choix de société. C’est le moyen de faire

émerger des réflexions plus radicales sur les changements de

société attendus. Les slogans portés sur les banderoles ne se

contentent pas de demander le retrait de la loi (comme celles

des coordinations syndicales) ou de mettre en accusation le

gouvernement, même s’ils peuvent avoir une saveur particulière

en certains cas : « gouvernement antisocial aux bottes du

patronat » à Tulle, fief de Hollande. Les slogans peuvent lier la

lutte actuelle au refus de la répression et de l’état d’urgence,

appeler à la révolution, évoquer des thèmes de mai 68, ou tout

simplement l’espoir d’une autre vie comme l’élémentaire et

fondamental « Vivre – pas survivre ».

Bien sûr, comme dans toute lutte d’ampleur, des éléments

plus radicaux peuvent aller jusqu’à de sauvages agressions

contre des locaux du PS, du patronat ou des banques. Et en

plus ces casseurs peuvent même s’en prendre aux pauvres « forces

de l’ordre » qui ne font que leur travail. Les médias à la solde des

dominants adorent après chaque manifestation insister sur ces incidents

pour dénigrer les manifestants violents et les distinguer

tout en les liant aux manifestations « commencées pacifiquement

 ». Le summum a été atteint par l’étrange décompte établi un

matin avec 32 blessés dont 30 agents des forces de l’ordre.

Voyez comme ces casseurs sont dangereux ! Evidemment, les casseurs

sont bien le patronat et l’Etat, casseurs à la fois des

droits sociaux et des manifestants qui ne se résignent pas à

rentrer chez eux. Et tous les manifestants

blessés sont passés sous silence.

Et il est fort intéressant que les manifestants ne se résignent

pas à rentrer chez eux. Le mouvement « nuit debout » s’inspire

de façon intéressante de ce qui a pu se passer dans d’autres

pays, de « occupy Wall street » à la place Tahrir en passant par

Madrid et Istanbul. Cet entêtement à vouloir rester sur place

(et y revenir lorsqu’on en a été chassé), à vouloir montrer une

opposition déterminée, à vouloir débattre de la situation et des

actions à mener, cela peut jouer un grand rôle dans la progression

des mouvements et des idées.

Nous espérons surtout que le mouvement actuel va pouvoir

continuer à s’élargir, non seulement en terme de nombre

de manifestants, mais également sur les thèmes abordés car

pour changer le monde, il ne suffira pas de bloquer une loi de

régression sociale, il faudra imposer un renversement total de

la domination capitaliste et étatique actuelle afin que toutes et

tous, d’ici et d’ailleurs nous puissions reprendre le pouvoir

sur nos vies.

Ce numéro de Courant Alternatif, s’il est largement centré

sur le refus de la loi travail est également porteur de réflexions

intéressantes sur la volonté de reprendre le pouvoir sur nos

vies, que ce soit au travers de l’évocation historique de la révolution

irlandaise de 1916, ou de l’accueil des réfugiés. Nous

ne sommes sans doute qu’à une première étape de ce qui s’annonce

comme un renouveau des luttes. Il est nécessaire de

faire en sorte que ce chemin se poursuive.

Limoges – 3 avril 2016