Février 10, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Les vaccins contre le coronavirus font l’objet d’une compétition féroce entre firmes privées, dont les conséquences sur la santé des populations sont considérables  : homologation sous pression, suppressions de postes et diminution des capacités de production… l’irrationalité du marché participe à la pénurie actuelle. Comment faire des vaccins un bien commun de l’humanité  ?

Pfizer et BioNTech ont annoncé le 9 novembre avoir un vaccin efficace. Une ridicule course à l’échalote a suivi avec Moderna concernant l’efficacité de leurs vaccins respectifs. Mais ce qui est moins drôle, c’est qu’alors que ce vaccin n’était pas encore validé scientifiquement  [1], en coulisse ces entreprises ont fait monter les enchères auprès des gouvernements, qui à leur tour ont voulu faire approuver ces vaccins le plus vite possible.

Ainsi, des échanges mails révélés par Le Monde  [2] montrent la pression mise par la Commission européenne sur l’Agence européenne du médicament. Celle-ci avait notamment pointé la différence entre les lots de vaccins utilisés lors des essais cliniques et ceux destinés au commerce. Le problème semble réglé depuis, mais cet exemple montre que ces précautions ne relèvent pas de la «  bureaucratie  », mais du fonctionnement normal d’homologation d’un nouveau traitement.

À l’inverse, le Royaume-Uni a validé le vaccin le 2 décembre, donc sans même attendre un avis scientifique indépendant de Pfizer-BioNTech, ni se soucier des réserves émises par l’Agence européenne du médicament.

Le gouvernement gère la pénurie

Des négociations opaques ont suivi. Les prix des vaccins ont été révélés par inadvertance le 17 décembre, montrant une grande disparité entre ceux-ci. Embarras du côté de la Commission européenne, qui avait concédé aux firmes le secret des prix pratiqués, afin que celles-ci puissent négocier à la hausse dans les autres pays. L’Union européenne a pu limiter la casse en négociant conjointement jusqu’à ce que l’Allemagne commande en solo de vaccins face à la pénurie annoncée.

Pénurie qui arrange les firmes et leur permet de faire monter les prix. Les pays en développement, qui ne peuvent pas de rivaliser dans cette escalade, sont les grands oubliés de cette campagne vaccinale.

Le gouvernement français se retrouve à gérer les conséquences de ce système ne reposant que sur la course au profit. Il avait vraisemblablement misé sur le vaccin Sanofi, qui sans surprise est un échec au vu du démantèlement de ses labos (voir ci-dessous). Il annonce maintenant une campagne vaccinale pour toutes les personnes «  fragiles  » et les soignantes et soignants, soit deux doses à administrer à 6,4 millions de personnes. Mais à l’autre bout, Pfizer parle de restructurer sa production pour pouvoir livrer 500 000 doses par semaine en France. Même avec les vaccins Moderna voire AstraZeneca en complément, on voit que ça ne suffira pas.

On pourrait donc discuter de l’incapacité des agences régionales de santé à organiser la campagne, du recours à quatre cabinets de conseil privés, ou des problèmes que poseraient un «  passeport vaccinal  », mais le principal souci aujourd’hui, c’est la pénurie de vaccins. Ainsi, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris a décidé de réduire drastiquement la vaccination des soignants et soignantes pour rediriger les stocks vers les plus de 75 ans. De nouveau, nous devons faire des choix qu’on ne devrait pas avoir à faire.

Réquisitionner les lignes de production

En parallèle, le conseil scientifique estime dans son rapport du 12 janvier que le variant anglais, 50 % plus contagieux, va devenir dominant courant mars en France. Les vaccins actuels semblent efficaces contre ce variant. Une campagne de vaccination réussie à cette date pourrait, d’après lui, réduire de 44 % le pic des hospitalisations, donc épargner des milliers de personnes.

Enfin, il faut rappeler qu’on ne sait pas encore si le vaccin stoppe ou atténue la contagiosité  : une personne vaccinée sera protégée contre les formes graves du virus, mais pourrait toujours être contagieuse, comme les personnes asymptomatiques. Pas sûr donc que ces vaccins seront le sésame vers le déconfinement.

Il est donc logique d’avoir mis la priorité sur les personnes «  fragiles  ». Et il nous faut continuer de faire valoir nos droits à être protégé·es  : accès à des masques, télétravail si possible, facilités à se mettre en isolement si besoin, etc.

Pour en finir avec cette logique de profit, dont les conséquences sont lourdes pour notre santé, l’Union communiste libertaire revendique la socialisation des industries pharmaceutiques  [3]. La nationalisation est en effet insuffisante pour sortir complètement cette industrie de la loi du marché, et a été utilisée à plusieurs reprises par le passé pour renflouer des entreprises, avant de les reprivatiser.

Pour aller vers cette socialisation, il faut dès maintenant que les vaccins deviennent des biens communs de l’humanité. Il faut en finir avec le secret des affaires  : la transparence doit être complète sur les négociations et les prix, les résultats scientifiques et les brevets doivent être mis à disposition. Enfin, les lignes de production doivent tout de suite être réquisitionnées pour produire les vaccins. En France, c’est possible via la loi d’urgence sanitaire  : le gouvernement se refuse à le faire uniquement pour préserver les profits de Sanofi et de son hypothétique vaccin.


Il faut socialiser Sanofi

Le 13 mai, Sanofi a annoncé que les États-Unis seraient les premiers servis dès qu’un vaccin serait disponible. Suite à cela, Macron a annoncé en grande pompe que le groupe allait ouvrir une nouvelle usine en France, et que l’État lui allouerait 200 millions d’euros pour la recherche d’un vaccin. Ce montant s’ajoute aux milliards d’euros touchés par Sanofi ces dernières années, notamment via le Crédit impôt recherche. Dix jours plus tard, Sanofi annonçait la suppressions de 1 000 emplois en France, dont 400 en recherche et développement.

Rappelons que les dividendes versés aux actionnaires de Sanofi en avril étaient de 4 milliards d’euros, soit le prix de 235 millions de doses de vaccin, ou encore de 200 000 emplois au Smic. Dans sa grande bonté, le groupe a créé un fond de 100 millions d’euros pour les hôpitaux publics et les Ehpad. Sanofi ne connaît que la logique du profit. Ils ferment donc leurs labos de recherche, un investissement jugé trop hasardeux, ou bien les filialisent.

Quant à la production, elle est délocalisée en Inde ou en Chine, et se concentre sur les médicaments les plus rentables. Conséquence  : les ruptures de médicaments ont été multipliées par vingt en dix ans.

Cette logique de profit est également à l’origine des scandales sanitaires  : Mediator, Dépakine. Comment s’étonner alors de la défiance à l’égard des vaccins, quand la première raison avancée pour expliquer cette défiance est le manque de confiance envers les entreprises pharmaceutiques  ? Il est grand temps de socialiser cette entreprise, avant que tous les savoirs et la production sur les médicaments soient perdus.

Grégoire (UCL Orléans)

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Source: Unioncommunistelibertaire.org