CORONA MON AMOUR

Je commençais sérieusement à tirer la langue
Peinant à livrer mon poème hebdomadaire
Au comité de rédaction du Monde Libertaire
Inquiet à l’idée de laisser mes lecteurs exsangues.

Avec la fin du confinement et la terrible reprise
Mon temps libre étant désormais réduit de moitié
Pour taquiner la muse et continuer à versifier
Je devais lutter contre toutes sortes d’emprise.

Il restait à achever la lecture de la série Wang
Mais aussi trouver un réparateur pour ma cafetière
Me connecter à l’université d’été des jeunes LR
Oh putain !, me disais-je in petto, ça tangue !

J’en appelais alors aux ressorts de l’église
Me râpant les genoux sur le sol pour prier
Demandant du temps à défaut d’éternité
Pour continuer à poétiser avec goguenardise.

***

Après ma participation estivale à un gang bang
Le vit protégé du HIV mais la bouche à l’air
Le corona me désigna en victime émissaire
Et m’aspira au centre de sa gangue.

D’aucuns auraient hurlé à la méprise
Demandé réparation pour le tort occasionné
Exigé d’être immédiatement dédommagé
Moi je louai le guide suprême de la prêtrise.

Car je déguste la COVID 19 comme une mangue
La quatorzaine m’affranchit d’un lot d’affaires
Qui aliènent tragiquement mon existence ordinaire
Et auxquelles je réponds souvent par la harangue.

Je rends ici grâce à Dieu et à sa roublardise
Tranquille pour une douzaine de journées
Je vais pouvoir, au choix, me livrer à la piété
Ou tancer les culs-bénits à l’abri d’une marquise.

Céd.


Article publié le 14 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr