Qui va payer ?

Je vous spoile tout de suite la fin. C’est nous. Vous vous en doutiez. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’aucune loi Ă©conomique ne nous oblige Ă  payer. C’est juste parce qu’on est du mauvais cĂŽtĂ© du manche. Et il est important de comprendre quelques aspects obscurs de l’économie pour rĂ©sister au tombereau de propagande de l’union sacrĂ©e pour le patronat, qui a d’ores et dĂ©jĂ  commencĂ© dĂšs le confinement. Il est important aussi de les comprendre pour rĂ©sister aux sirĂšnes de la social-dĂ©mocratie. C’est sĂ»r qu’à dĂ©faut de rĂ©volution, si une rĂ©volution de palais pouvait nous amĂ©liorer l’ordinaire, on ne dirait pas forcĂ©ment non. Sauf que ce n’est qu’illusion.

Un déficit public énorme

Oui, l’état est en train de creuser le dĂ©ficit. Et pas seulement l’état français, Ă  peu prĂšs tous les Ă©tats du monde mĂȘme s’ils ne prennent pas tous exactement les mĂȘmes mesures.

Il a pris une premiĂšre mesure sociale trĂšs importante : favoriser le chĂŽmage partiel. C’est la premiĂšre fois que celui-ci est utilisĂ© avec une telle ampleur. Le chĂŽmage partiel permet d’éviter des licenciements, il permet aussi d’éviter une perte trop importante de revenus des salariĂ©s. Pour une fois l’état a fait dans le social. Les smicards touchent l’intĂ©gralitĂ© de leur salaire, les autres 84%. Dans la lĂ©gislation ordinaire, c’était 70% pour tout le monde. Evidemment, il ne l’a pas fait par bontĂ© d’ñme, mais pour maintenir la consommation, principal dĂ©bouchĂ© des entreprises. Et la diffĂ©rence entre un smicard et un riche, c’est que le smicard dĂ©pense tout son salaire alors que le riche en Ă©pargne une partie. C’est donc de l’argent qui retourne aussitĂŽt dans le circuit Ă©conomique. Cette allocation est remboursĂ©e aux entreprises en partie par l’état, en partie par les ASSEDIC, donc par nous (cf encadrĂ© 1). C’est donc du social qui ne coĂ»te rien aux entreprises. C’est la France qui a le plus fait appel Ă  ce dispositif en Europe : d’aprĂšs « Le Monde Â», 12,4 millions de salariĂ©.e.s sont concernĂ©.e.s pour un coĂ»t de 3,25% du PIB.

Bon, n’exagĂ©rons pas trop dans le social, hein ! Les CDD et les intĂ©rimaires, eux, n’ont rien touchĂ© et ont grossi les rangs du chĂŽmage. Et la rĂ©forme de l’assurance chĂŽmage n’est que suspendue. Quant au chĂŽmage partiel, l’Etat prĂ©voit de le lever progressivement Ă  partir du 1er juin. Et lĂ , les licenciements vont tomber probablement par centaines de milliers, sans doute Ă  partir de septembre. Et, Ă©videmment, l’Etat n’a rien demandĂ© aux entreprises en contre-partie des 26 milliards qu’elles ont empochĂ©s grĂące Ă  cette mesure, et surtout pas aux trĂšs grandes qui auront bien profitĂ© de cet effet d’aubaine.

Ensuite, l’état a pris une mesure d’aide aux entreprises que nous allons financer entiĂšrement : il les a exonĂ©rĂ©es de cotisations sociales. Jusqu’à prĂ©sent, l’état Ă©tait censĂ© reverser Ă  la sĂ©cu ce type d’exonĂ©rations. Mais il a Ă©tĂ© pris une loi peu de temps avant l’épidĂ©mie prĂ©voyant que l’état n’y Ă©tait plus obligĂ©… Donc, on peut dĂ©jĂ  prĂ©voir une aggravation du dĂ©ficit de la sĂ©curitĂ© sociale, qui servira de prĂ©texte Ă  des mesures de dĂ©remboursement, de diminution des allocations, etc. Ces exonĂ©rations sont en fait financĂ©es sur nos salaires.

Enfin, troisiĂšme mesure phare du confinement, la garantie par l’état des emprunts des entreprises. Ca, ça coĂ»tera plus ou moins cher selon que les entreprises arrivent Ă  rembourser ou font faillite.

Au-delĂ , faudrait rien exagĂ©rer et notamment rien ne justifie qu’on touche Ă  la propriĂ©tĂ© privĂ©e : pas de moratoire sur les loyers mĂȘme pour les entreprises, pas d’obligation des assurances de les indemniser, rien qui ne contraigne aucune (grande) entreprise. Ca augure mal de « l’aprĂšs Â» sur lequel d’aucuns fondent des espoirs.

Il va ensuite y avoir les mesures de relance. Le plan n’étant pas encore annoncĂ©, je peux juste vous dire que ça devrait coĂ»ter assez cher. On n’a jamais eu de dĂ©pression aussi sĂ©vĂšre depuis un siĂšcle, donc….

Mais pourquoi cassent-ils donc la tire-lire ?

C’est comme pour le virus, ils ont peur. J’aimerais pouvoir Ă©crire qu’ils ont peur de nous. Mais malheureusement, je ne crois pas. Non, ils ont peur de rĂ©Ă©diter la crise des annĂ©es 30. Depuis cette Ă©poque, on sait que la rĂ©cession nourrit la rĂ©cession. Les entreprises les plus fragiles font faillite, elles licencient donc, et la consommation ainsi que les salaires diminuent encore, ce qui entraĂźne d’autres entreprises dans la faillite et ainsi de suite. Le tout jusqu’à ce qu’il y aie suffisamment de capital productif dĂ©truit pour sortir de la crise de surproduction et renouer avec la hausse du taux de profit. Bien sĂ»r, une bonne guerre accĂ©lĂšre passablement le processus de destruction. Rajoutez Ă  ça que si la dĂ©pression s’aggrave, elle peut facilement entraĂźner les banques dans la tourmente, banques dĂ©jĂ  fragilisĂ©es par toutes les belles spĂ©culations qui ont joyeusement repris depuis la crise des subprime (on ne change pas une stratĂ©gie qui perd, surtout quand elle permet des profits Ă  court terme). A l’époque de la crise des annĂ©es 30, les libĂ©raux avaient eu gain de cause, et les Ă©tats n’avaient pas trop cassĂ© la tire-lire. La suite leur a montrĂ© ce que ça leur a coĂ»tĂ©. Ils n’ont pas trĂšs envie de recommencer.

Pour la France plus spĂ©cifiquement, on peut dire aussi qu’il y a une tentative d’acheter la paix sociale. En effet, le chĂŽmage partiel fait que la baisse des revenus a Ă©tĂ© limitĂ©e pour la majoritĂ© de la population. Pendant ce temps, ils ont pris Ă  toute allure une sĂ©rie d’ordonnances donnant tout pouvoir aux entreprises sur les congĂ©s payĂ©s, cassant l’encadrement de la durĂ©e du travail par le code du travail, exonĂ©rant l’état et les entreprises de leur responsabilitĂ© pĂ©nale dans la gestion de la crise sanitaire, pas de production de tests aussi pour Ă©viter des reconnaissances de maladie professionnelle, poursuite et accĂ©lĂ©ration de la casse des services publics tant hospitaliers qu’éducatifs, etc… La liste est longue et fait peur. Evidemment, ça passe plus facilement si la rĂ©volte sociale ne gronde pas sous l’effet d’une baisse brutale des revenus. Pas la peine de rĂȘver Ă  « l’aprĂšs Â». Ils y ont pensĂ© dĂšs le dĂ©but du confinement : Ă©tat d’exception, lĂ©gislation anti-sociale et anti-Ă©cologique (assouplissement des rĂšgles des labels, assouplissement des rĂšgles de protection de l’environnement…). Tout est prĂȘt pour qu’il n’y aie aucune inflexion du systĂšme productif, pour que les grandes entreprises conservent les mains le plus libre possible, et que le pouvoir puisse se maintenir grĂące Ă  la force armĂ©e. Ca vaut bien quelques dizaines de milliards.

Mais oĂč trouvent-ils tout cet argent ?

D’abord, relativisons. Combien tout ça va-t-il coĂ»ter au total, je ne sais pas. Le coĂ»t des premiĂšres mesures Ă©tait estimĂ© fin mars Ă  45 milliards d’euros. La France est un pays riche, en 2018 son PIB, c’est-Ă -dire l’équivalent monĂ©taire de la richesse crĂ©Ă©e sur son territoire, Ă©tait d’un peu plus de 2300 milliards. Ces mesures coĂ»tent donc 2% du revenu annuel de la France. En ce qui concerne le budget de l’état, les recettes prĂ©vues pour 2019 Ă©taient de 409 milliards, non compris la sĂ©curitĂ© sociale. La BCE doit dĂ©bloquer au niveau europĂ©en 750 milliards, Ă  rapprocher d’un PIB de plus de 13000 milliards. Donc, ce sont certes des sommes trĂšs importantes, mais dans des pays trĂšs riches. On a fini par se laisser impressionner par le discours « les caisses sont vides Â», « l’état est au bord de la faillite Â», « on ne peut pas inventer de l’argent qu’on n’a pas Â», et j’en passe… Les caisses ne sont vides que de ce qu’elles ont Ă©tĂ© vidĂ©es par les cadeaux fiscaux, et il y a en fait de la rĂ©serve. Suffisamment ? Ca, c’est moins sĂ»r, tout dĂ©pend de l’ampleur de ce qui va se passer.

Ensuite, il faut se rappeler que, comme nous, l’état peut emprunter, mais beaucoup plus facilement et beaucoup plus que nous. Il est en effet rĂ©putĂ© bon payeur. Pour les marchĂ©s financiers, prĂȘter aux Ă©tats est doublement avantageux. Tout d’abord, c’est le placement financier le plus sĂ»r. Vous imaginez bien que si un Ă©tat Ă©tait en cessation de paiement, ça signifie que toute son Ă©conomie Ă©tait dĂ©jĂ  en faillite bien avant. Ensuite, tenir un Ă©tat par la dette, c’est le moyen le plus sĂ»r de contrĂŽler sa politique Ă©conomique.

Vous allez me dire, oui, mais quand il va falloir rembourser, ça fera mal. En rĂ©alitĂ©, les Ă©tats ne remboursent jamais ou que trĂšs partiellement, et dans ce cas ils remboursent en faisant de nouveaux emprunts. Ce qui coĂ»te cher dans la dette, ce sont les intĂ©rĂȘts qui eux sont payĂ©s scrupuleusement. Et donc, je ne peux pas vous dire qui va payer, mais je peux vous dire qui va recevoir : les crĂ©anciers des Ă©tats, c’est-Ă -dire les marchĂ©s financiers, ceux qui dĂ©tiennent des placements financiers. Le financement du dĂ©ficit par l’emprunt enrichit les plus riches.

Et normalement, un Ă©tat a un troisiĂšme atout dans sa manche : lui, il peut fabriquer de la monnaie (la fameuse « planche Ă  billets Â»). Donc, l’état peut toujours fabriquer la monnaie dont il a besoin. (voir encadrĂ© 2) Bon, ça peut poser quelques soucis. S’il en fabrique trop, il risque d’y avoir de l’inflation, et sa monnaie va se dĂ©valoriser sur les marchĂ©s mondiaux, ce qui va renchĂ©rir le coĂ»t de ses importations, et l’obliger Ă  payer des taux d’intĂ©rĂȘt plus Ă©levĂ©s pour ses emprunts. Donc ensuite prendre dans la poche des uns pour donner aux plus riches des autres. On y revient toujours.

Mais problĂšme pour l’état français comme pour tous les Ă©tats de la zone euro : il a renoncĂ© Ă  son pouvoir de crĂ©ation monĂ©taire en adhĂ©rant. D’oĂč les discussions europĂ©ennes.

Les annonces de la BCE

La BCE vient d’annoncer qu’elle allait dĂ©bloquer 750 milliards d’euros. C’est une nouvelle importante, mais pas seulement Ă  cause de son montant. Elle avait dĂ©jĂ  fait une entorse Ă  l’orthodoxie libĂ©rale europĂ©enne (allemande plus exactement) en rachetant des dettes d’états europĂ©ens sur les marchĂ©s financiers. Pourquoi est-ce une entorse Ă  l’orthodoxie ? Parce que si la banque centrale rachĂšte des dettes souveraines (c’est comme ça qu’on appelle les dettes des Ă©tats), ça revient Ă  crĂ©er de la monnaie donc Ă  courir le risque de l’inflation. En mĂȘme temps, une puissance de la taille de la zone euro qui s’interdit de crĂ©er de la monnaie, c’était un peu surprenant.

LĂ , elle franchit un pas supplĂ©mentaire. Elle emprunte au niveau europĂ©en pour financer des plans de relance qui seront forcĂ©ment nationaux. Pourquoi est-ce une nouveautĂ© ? Jusque lĂ , l’Italie, la France ou l’Allemagne ne payaient pas les mĂȘmes taux d’intĂ©rĂȘt quand elles empruntaient. Rappelez-vous les taux qui ont Ă©tĂ© extorquĂ©s Ă  la GrĂšce. Si c’est la BCE qui emprunte le taux d’intĂ©rĂȘt sera europĂ©en, et les spĂ©culations qui ont Ă©tĂ© faites sur la GrĂšce ne pourront pas avoir lieu. L’étranglement et la gouvernance par la dette ne pourront pas ĂȘtre les mĂȘmes. C’est assez Ă©norme.

Bien sĂ»r, la BCE ne financera pas n’importe quoi, elle ne va pas se mettre Ă  subventionner la ZAD de Notre Dame des Landes… Elle financera les grands projets qui respectent les prioritĂ©s europĂ©ennes. Mais c’est un pas en avant important vers le fĂ©dĂ©ralisme europĂ©en. Bonne ou mauvaise chose pour nous ? Je n’en sais rien. Mais ça limitera un peu le chantage de politique Ă©conomique par la dette.

Evidemment, tout cet argent risque d’alimenter les spĂ©culations financiĂšres, de donner des ailes aux banques, et nous prĂ©cipiter donc ensuite encore plus violemment dans une crise financiĂšre, qui aura des effets dĂ©lĂ©tĂšres sur une Ă©conomie dĂ©jĂ  trĂšs mal en point.

Le monde d’aprĂšs qu’on nous prĂ©pare, c’est celui d’avant dans ce qu’il a de pire

Si on regarde bien ce qu’a fait le gouvernement dĂšs le dĂ©but du confinement, la premiĂšre mesure sanitaire qu’il aie prise, c’est de dĂ©truire encore un peu plus le droit du travail. Al’abri derriĂšre le silence de journaliste qui ne sont que des porte-parole officieux du gouvernement, l’administration a poursuivi son Ɠuvre de destruction des services publics : poursuite des fermetures de lits, poursuite de la politique de concentration des hĂŽpitaux, poursuite en l’accĂ©lĂ©rant de cette mĂȘme politique qui nous a enfermĂ©s faute de pouvoir nous soigner. Dans l’éducation nationale, c’est circulez il n’y a rien Ă  voir : on en profite pour mettre un an plus tĂŽt le bac en contrĂŽle continu, on prend prĂ©texte des « enfants dĂ©favorisĂ©s Â» pour imposer les cours Ă  distance combinĂ©s au « prĂ©senciel Â» (il faut quand mĂȘme oser), ce qui est prĂ©vu pour la rentrĂ©e ce sont des fermetures de classes dans le primaire, entasser encore plus les Ă©lĂšves dans le secondaire, et aucune heure de dĂ©gagĂ©e pour remĂ©dier aux dĂ©gĂąts scolaires du confinement. Par contre, la privatisation, que ce soit par le biais du numĂ©rique ou par « la nation apprenante Â» avance Ă  grands pas. Pendant cette crise, je l’ai dĂ©jĂ  Ă©crit, les faillites des petites boĂźtes vont se mutiplier et la concentration de l’économie va encore s’aggraver. Autre grande mesure sanitaire qui a Ă©tĂ© prise, accĂ©lĂ©rer la liquidation de la petite paysannerie en fermant les marchĂ©s et les lieux de restauration. DerniĂšre mesure sanitaire : permettre de transgresser le peu de lois de protection de l’environnement et/ou de notre santĂ© qui existaient. En rĂ©sumĂ©, c’est business as usual, la bourgeoisie instrumentalise l’épidĂ©mie pour nous Ă©craser dans la guerre de classe.

Pourtant, le confinement a Ă©tĂ© l’occasion d’une rĂ©flexion. Beaucoup de gens se sont interrogĂ©s sur l’utilitĂ© de leur travail. Une enquĂȘte menĂ©e par l’UGICT-CGT est intĂ©ressante Ă  ce sujet (1). Ces discussions ont Ă©tĂ© plus nombreuses parmi ceux et celles qui continuaient de travailler sur leur lieu de travail (51%), et du coup elles semblent avoir Ă©tĂ© plus intenses chez les ouvriers et employĂ©s que chez les cadres et professions intermĂ©diaires. La moitiĂ© des ouvriers et employĂ©s jugent leur activitĂ© essentielle (et 35% des cadres). C’est dans les secteurs de la production, de la manutention et des services Ă  la personne que ce sujet a Ă©tĂ© le plus discutĂ©. Je ne sais pas la validitĂ© exacte de cette enquĂȘte, mais elle suggĂšre que cette rĂ©flexion n’est pas l’apanage de classes moyennes qui s’ennuient en confinement, au contraire, c’est une question qui peut se saisir comme question sociale discutĂ©e Ă  la base. C’est plutĂŽt encourageant.

S’est aussi posĂ©e la question de la relocalisation. Oui, bien sĂ»r, la crise va avoir des effets de ce point de vue. Mais en suivant toujours la mĂȘme logique : ce qu’il est rentable de relocaliser sera relocalisĂ©, ce qu’il est rentable de dĂ©localiser sera dĂ©localisĂ©. Comme avant. Les entreprises vont probablement mieux sĂ©curiser leurs approvisionnements. Par contre, l’extension du tĂ©lĂ©travail et de l’usage du numĂ©rique risque d’accĂ©lĂ©rer les dĂ©localisations dans les services. Certains ont essayĂ© d’analyser notre dĂ©pendance Ă  la mondialisation, ce qui donne la carte reproduite dans l’article. Comme toujours, les pays les plus dĂ©veloppĂ©s s’en sortent le mieux. Cette carte n’indique rien en terme de tendance du capital. Par contre, connaĂźtre notre capacitĂ© d’indĂ©pendance en cas de tournant social ou politique peut avoir de l’importance. Certains pays peuvent ĂȘtre affamĂ©s plus facilement que d’autres. On notera cependant que d’aprĂšs ces auteurs, nos capacitĂ©s de production baisseraient au minimum de moitiĂ©.

Si on peut dĂ©jĂ  avoir une conclusion, c’est que nous nous dirigeons vers une crise Ă©conomique majeure dont nous n’observons que le tout dĂ©but. Cette crise est complĂštement instrumentalisĂ©e par le capital pour poursuivre et accĂ©lĂ©rer encore son offensive. Cette accĂ©lĂ©ration ne peut que nous mener vers des crises encore plus graves, que ce soit d’un point de vue Ă©cologique, sanitaire, social ou du risque de guerre. Mais non, l’avenir n’est pas jouĂ©. Si le pouvoir multiplie les lois libeticides et Ă©tale ses forces armĂ©es, c’est parce qu’il est conscient que la marmite bout et que le couvercle peut sauter. Partout dans le monde. Et chercher des compromis « patriotiques Â» avec le capital pour soit-disant redresser la situation ne peut que l’aggraver.

Sylvie, le 25 mai 2020

Encadré 1

Ne nous trompons pas de caisse !

Il ne faut pas confondre caisse de la SĂ©curitĂ© Sociale (ASSEDIC et retraite comprises) et caisse de l’état. La caisse de SĂ©curitĂ© Sociale est alimentĂ©e par nos cotisations et celles de nos employeurs. Le principe pensĂ© par le Conseil National de la RĂ©sistance est celui du salaire diffĂ©rĂ©. Les cotisations calculĂ©es sur nos salaires nous donnent droit Ă  une rĂ©munĂ©ration en cas de maladie, de chĂŽmage ou pour notre vieillesse, Ă  des remboursements de soin, et encore d’autres allocations. C’est-Ă -dire qu’on ne doit pas considĂ©rer ces cotisations comme des charges ou des prĂ©lĂšvements, mais comme un Ă©lĂ©ment du salaire, que les Ă©conomistes appellent tantĂŽt salaire indirect, tantĂŽt salaire diffĂ©rĂ©, puisque c’est une partie du salaire que nous touchons en cas d’empĂȘchement de travailler. C’est une forme de solidaritĂ© du travail.

Nous raisonnons trop souvent en terme de salaire net. Mais ce salaire n’est qu’une partie de notre salaire, le reste Ă©tant constituĂ© des remboursements de soin (trĂšs peu d’entre nous pourraient se payer une nuit Ă  l’hĂŽpital sinon), d’allocations chĂŽmage, de pensions de retraite, d’allocations logement, etc…

S’attaquer Ă  la sĂ©cu, prendre dans sa caisse, c’est donc en fait diminuer notre salaire.

Encadré 2

La monnaie c’est magique

En fait, la monnaie n’existe pas. Sauf que si on n’en a pas, on est dans la misùre.

Quand on dit monnaie, on Ă©voque encore l’or ou l’argent. Sauf que vous n’avez jamais payĂ© votre loyer en piĂšces de monnaie, et que votre salaire non plus ne vous est pas versĂ© sous cette forme. La monnaie mĂ©tallique n’est utilisĂ©e que pour les toutes petites dĂ©penses.

En fait, progressivement, on s’est mis Ă  utiliser des billets. Qu’est-ce que ça change ? Presque tout. Sortez le dernier billet de 10 euros qui vous reste dans la poche et contemplez le avec fiertĂ©. Ce billet est une reconnaissance de dette de la BCE. Ce billet dans votre poche est la preuve que la banque de l’Europe vous doit 10 euros. Sauf que vous n’irez jamais lui demander le remboursement. Vous allez vous en servir pour payer votre prochaine biĂšre. En fait, le bistrotier accepte ce bout de papier non pas pour rĂ©clamer sa dette Ă  la BCE, mais parce qu’il a confiance dans les autoritĂ©s, si elles disent que c’est 10 euros, ben c’est 10 euros. On l’appelle de la monnaie fiduciaire (fidĂ©is = confiance en latin).

Mais votre paye, mĂȘme maigre, on ne vous la verse pas Ă  coup de billets de 10 euros ni mĂȘme de 50 ou de 100. On vous fait un virement ou un chĂšque. LĂ , c’est encore plus magique. Ni vous ni votre boss n’ĂȘtes concernĂ©s. Tout se passe entre sa banque et la votre. Le montant de votre paye est effacĂ© de son compte dans sa banque et inscrit sur votre compte dans la votre. Ce n’est qu’un jeu d’écritures comptables, et ça s’appelle d’ailleurs de la monnaie scripturale. Or c’est ça, l’essentiel de la monnaie qui circule. De simples lignes comptables entre banques.

Et du coup, la monnaie n’est plus complĂštement une affaire d’état. L’essentiel de la monnaie est crĂ©Ă© par les banques. L’argent, ça sert d’abord Ă  payer. Chaque fois qu’une banque fournit un crĂ©dit, elle crĂ©e de la monnaie puisqu’elle procure des moyens de paiement (monnaie dĂ©truite lors du remboursement).

L’état n’intervient que pour rĂ©glementer cette crĂ©ation (par exemple, obliger les banques Ă  dĂ©tenir au moins 1% de l’argent que vous avez naĂŻvement dĂ©posĂ© chez elles…). Tout notre systĂšme monĂ©taire repose donc sur la confiance dans les autoritĂ©s et la soliditĂ© des banques….

1. Thomas Coutrot, Mon activitĂ© est-elle essentielle ?, 15 mai 2020, la vie des idĂ©es, https://laviedesidees.fr/Mon-activi…


Article publié le 21 Juin 2020 sur Oclibertaire.lautre.net