Novembre 18, 2020
Par Rapports De Force
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Contrôle de la recherche d’emploi sur les métiers en « tension » et vérification systématique de « l’offre raisonnable d’emploi ». Contrairement au confinement du printemps, Pôle emploi va insister pour remettre les chômeurs au travail, malgré la baisse du nombre d’offres. Avec le risque de pousser les demandeurs d’emploi à accepter n’importe quel travail précaire pour ne pas s’exposer à une radiation. Rapports de force vous dévoile les instructions internes de Pôle emploi sur ces nouvelles modalités.

« Compte tenu de la période de confinement en cours, l’activité de contrôle de recherche d’emploi va être recentrée. » Pôle emploi annonce la couleur sur son site institutionnel. La « foire aux questions » a été mise à jour le vendredi 13 novembre. Elle est très claire. Les contrôles ne concernent désormais que « les demandeurs d’emploi qui recherchent un métier dans un secteur en tension, en particulier dans le bâtiment et le secteur du médico-social. » Pôle emploi précise : « les conseillers en charge du contrôle de la recherche d’emploi pourront prendre contact avec eux pour analyser leurs démarches (…) voir si elles peuvent être améliorées et leur présenter des opportunités de recrutement ». Si les démarches sont jugées insuffisantes « une procédure de sanction pourra être initiée ».

En d’autres termes, la personne concernée sera radiée pour le motif suivant : « incapacité à justifier ses recherches d’emploi ». Durée de la sanction : un mois. Un mois de privation des allocations chômage. « C’est inadmissible de maintenir les contrôles pendant cette période » s’insurge Guillaume Bourdic, de la CGT Pôle emploi. « Les agents en charge de cette activité auraient pu être redirigés vers du soutien et de l’accompagnement des demandeurs d’emploi. »

« Une façon de faire plier encore plus les chômeurs »

Sur son site, Pôle emploi ne donne pas d’autres détails sur ces nouvelles modalités de contrôle. Une note interne, que Rapports de force a pu consulter, apporte des précisions.

Les traditionnels éléments de langage détaillent aux agents le processus. « Éclairer le demandeur d’emploi sur le marché du travail et les opportunités » ; « rappeler l’obligation de mener des démarches positives, répétées et avérées de recherche d’emploi » puis « prendre les mesures opportunes ». Deux mesures sont listées : « dynamisation de l’accompagnement » ou « procédure de sanction ». Selon l’instruction interne, ces opérations de contrôle seront également l’occasion de mettre à jour les dossiers des demandeurs d’emploi. Les agents devront « systématiquement vérifier si l’offre raisonnable d’emploi renseignée est toujours d’actualité ».

En clair : le métier – mais aussi le salaire et la localisation – que le demandeur a déclaré rechercher (au moment de son inscription, par exemple) est-il toujours le métier visé ? Si une « incohérence » est détectée, le conseiller référent devra alors prendre le relais et faire le nécessaire. Il mettra à jour la fameuse « offre raisonnable d’emploi » que le demandeur s’engage à chercher… et accepter, sous peine de radiation.

Ce point inquiète fortement Thierry*, conseiller Pôle emploi. « Si le demandeur d’emploi contrôlé a fait des petits boulots alimentaires à cause de la crise, va-t-on le forcer à mettre à jour son dossier ? Le pousser à renoncer au métier qu’il recherchait en priorité pour l’orienter vers des jobs précaires et sous-payés ? » Thierry en est convaincu : « C’est une façon de faire plier encore plus les chômeurs. De les remettre au boulot, coûte que coûte. L’offre raisonnable d’emploi, telle qu’elle est définie, n’est sans doute pas jugée assez flexible par le ministère du Travail. »

Un contrôle… rigoureusement contrôlé !

Dans le contexte actuel, comment seront définis les métiers en tension ? Le marché du travail est particulièrement chamboulé depuis le printemps dernier. Et les disparités régionales sont évidentes. Si le site officiel de Pôle emploi évoque laconiquement « le bâtiment et le secteur du médico-social », la note interne est plus précise. Les listes des métiers concernés seront élaborées en fonction des spécificités locales : « Les indicateurs statistiques transmis par les services régionaux (…) doivent être complétés par une expertise locale pour arrêter la liste des métiers sur lesquels il est judicieux d’agir ». Selon nos informations, ces listes sont encore loin d’être prêtes, du moins dans certaines régions. Mais Pôle emploi n’a pas attendu pour communiquer sur ces contrôles resserrés. Et pour faire passer le message : il y a des opportunités de recrutement, malgré le confinement.

La ministre du Travail le répète également, depuis début novembre : « L’économie n’est pas figée ». Pas figée, certes. Mais dégradée. Le volume des offres collectées par Pôle emploi est toujours en baisse : -19 % en France en septembre 2020 par rapport à septembre 2019. Quant aux projets de recrutement des employeurs, ils ont été revus à la baisse.

Selon une enquête publiée par Pôle emploi, un quart des employeurs qui avaient prévu de recruter au 4e trimestre 2020 a renoncé et 15 % comptent recruter moins que prévu. L’enquête détaille l’impact de la crise, secteur par secteur. Pôle emploi pourra s’en inspirer pour repérer les métiers qui embauchent. Selon la note interne, quand les listes régionales des métiers en tension seront prêtes, elles remonteront à la Direction générale. « Un tableau de bord hebdomadaire de suivi des actions de contrôle » sera ensuite élaboré. Le contrôle sera donc rigoureusement… contrôlé.




Source: Rapportsdeforce.fr