Mesdames et Messieurs les membres de la direction de l’UGE,

Monsieur l’ex et futur président,

Nous, étudiant.e.s et personnels, titulaires ou précaires, sommes venu.e.s réclamer ce qui nous est confisqué : une université ouverte à toutes et tous et dont les choix concernant son avenir nous reviennent !

De « l’Université », l’UGE n’en garde que le nom. L’UPEM et l’IFSTTAR perdent leur personnalité morale, dans un processus soi-disant « expérimental » qui nous engage en réalité sur 10 ans, de sorte que les transformations engagées seront déjà bien profondes et irréversibles. Nous ne sommes pas dupes, sans personnalité morale, nous n’avons plus d’existence juridique, et tout retour en arrière sera impossible dans ces conditions.

L’UPEM et l’IFSTTAR fusionnent dans une totale opacité critiquée par tous les syndicats présents dans cette Université : les compte-rendus du conseil d’administration ont été communiqués avec parfois plus de 6 mois de retard, aucun texte fiable n’a été transmis avant l’approbation des statuts, ni même communiqué en comité technique, et aucune réponse sérieuse n’a été apportée aux questions qui ont été soulevées, qu’elles portent sur les conditions de travail, la collégialité ou les libertés académiques.

L’ensemble des organisations syndicales ont voté contre ce projet – à l’exception de la CFDT qui s’est abstenue. Face à ce font du refus, nous n’avons obtenu aucune proposition sérieuse de votre part. Les voix discordantes étant noyées derrière une intense campagne de promotion de cette réforme sans qu’aucune possibilité de débat contradictoire n’ait pu avoir lieu.

Mettre des barrière au travail des représentant.e.s du personnel et des étudiant.e.s, ne diffuser que l’information la plus opaque, choisie par vous et dont vous avez le monopole, organiser des présentations aux étudiant.e.s alors que les statuts ont été approuvés 2 mois auparavant, accélérer le travail de rédaction des statuts pendant l’été, exiger des personnels inquiets qu’« on vous fasse confiance », ce ne sont pas les conditions réunies pour un débat démocratique. Cette façon de procéder n’est pas sans rappeler celle du gouvernement actuel. Ces conceptions ne sont pas les nôtres.

L’UGE va nous faire connaître un recul inédit de la démocratie universitaire puisque seulement 43% du conseil d’administration seront des membres élus. Notre personnel n’y aura plus la majorité.

Quant au président, sa légitimité ne proviendra plus de la reconnaissance de ses pairs mais de sa nomination par le président de la République.

Dès lors quelles garanties avons-nous contre la diminution du nombre de postes dans cette fusion ? Aucune. Quelles garanties avons-nous contre la détérioration des conditions de travail, d’enseignement et de recherche ? Aucune. Quelles garanties avons nous contre la hausse des frais d’inscription ? Aucune.

Sachez que vous n’avez pas l’assentiment des forces qui font vivre l’enseignement et la recherche publics, et que nous nous battrons contre ce déni de démocratie comme nous nous battons contre la LPPR et la réforme des retraites qui attaquent l’enseignement supérieur et la recherche. Autant de réformes qui ont pour points communs de nous promettre le développement du pilotage de la recherche par le haut, du darwinisme social, de la précarisation et de l’individualisme. Et dont sous couvert d’expérimentation, l’UGE est en réalité la préfiguration alarmante.

Nous continuerons de nous battre pour que l’Université soit un lieu de transmission du savoir et de formation de l’esprit critique, ouvert à tous et à toutes. C’est dans cette perspective que nous venons vous présenter collectivement nos voeux.

Moi président•e de l’Université, je fais le vœu de ne pas laisser les entreprises décider des orientations de la recherche. Je ne laisserai pas non plus Google venir animer des Ateliers numériques pour diffuser gratuitement ses produits dès le premier mois de création de l’université nouvelle. 

Moi président•e de l’Université, je fais le vœu et m’engage à utiliser toutes mes ressources, et celles de la Conférence des présidents d’Université, pour que la revalorisation salariale promise aux chercheurs et enseignants-chercheurs par la nouvelle loi recherche soit étendue à tous les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche. Je veillerai également à ce que cette revalorisation légitime ne prenne pas la forme d’une prime à la performance qui met en concurrence les personnels les uns avec les autres, mais par une revalorisation généralisée du point d’indice gelé depuis bien trop longtemps. 

Moi président•e de l’Université, je fais le vœu de m’opposer à la prolifération des contrats à durée déterminée dans l’enseignement, dans la recherche, dans les bibliothèques, dans notre administration, à la direction informatique, aux ressources humaines et partout où il y a des besoins en postes pérennes qui doivent être attribués, en toute logique, à des personnels formés, dont on sait qu’ils et elles sont toutes et tous attaché•e•s à notre service public, et qui doivent voir leurs compétences pleinement reconnues. 

Moi, président•e de l’université, je fais le vœu d’assurer des financements pérennes à cette université, et à la hauteur des besoins, afin que la communauté scientifique qui la compose puisse définir, de façon autonome, ses propres questions de recherche, en dehors de tout projet politique de « reconquête scientifique » de la France, reconquête de son prestige scientifique, de ses parts de marché industriel, de son rang dans les classements des publications mondiales, toutes ces choses dont on se fout éperdument, mais qui nous contraignent depuis plusieurs décennies maintenant à jouer le jeu du darwinisme social.

Moi, président•e de l’université, ,je fais le voeu que l’université soit ouverte, émancipatrice et privilégie les connaissances autant que les compétences

Moi président•e de l’Université je vais le vœu qu’on supprime Parcours sup qui met les lycéen-nes dans un état de stress insupportable, a pour effet un tri social inacceptable. Ouvrons des places en recrutant des enseignant-es titulaires pour accueillir les étudiants au lieu de les sélectionner.

Moi, président•e de l’université, m’engage à rendre l’université gratuite pour les étrangères et étrangers. C’est une façon de prendre en compte ce qui peut parfois être perçu comme des éléments de langage : l’université sera ainsi réellement forte, innovante, internationalisée !

Moi, président•e de l’université, je m’engage à me tenir auprès de mes étudiants pour que leurs conditions de travail soient optimales : revalorisation de leurs bourses voire mise en place du salaire étudiant. Je m’engage à faire la grève des buffets et des cérémonies officielles tant que je ne me serai pas assuré de ceci !


Article publié le 23 Jan 2020 sur Paris-luttes.info