Aujourd’hui, les politiques n’ont que le terme de « relance » à la bouche. L’économie doit repartir, et nous présentons déjà qu’elle repartira plus fort, les déprédations sur la biosphère et l’accroissement des inégalités aussi.

C’est forts de ce constat que des collectifs ont choisi de s’opposer à l’idéologie mortifère de la course à la croissance, qui décidément ne tirera aucune leçon, pas même d’une crise telle qu’une pandémie surfant sur les flux mondialisés.

Face à une demande grandissante d’écologie de la part des électeurs, les tenants du pouvoir politique ont du verdir leur discours afin de gagner, de garder, de partager des places à la tête des métropoles françaises. Une « vague verte » aurait déferlé sur la France ce dimanche, glosent déjà les journaux.

Déjà, nos oreilles sont emplies d’annonces décevantes car ne contestant pas profondément le modèle capitaliste. Ce modèle entre donc dans une énième crise à laquelle sa plasticité va répondre par de vastes opérations de communication et de verdissage au sujet desquels nous sommes de moins en moins à être dupes.

Face aux alternatives combatives proposées par différents militants à Dijon et Besançon, les tenants du pouvoir affichent l’intention de poursuivre leur course vers de nouveaux écocides (le terme a désormais droit de cité). Ils le font notamment par voie de presse, et d’autres le font dans des tribunes signées en leur nom propre, avec une objectivité de façade car encartée.

C’est en réaction à cette tribune que s’exerce ici un droit de réponse combatif ou voulu comme tel contre les billevesées proférées à Dijon et à Besançon contre les bétonneurs. Nous sommes parti de l’exemple de ces deux villes, mais nous avons la prétention d’écrire une réponse applicable à toutes les métropoles absorbant des jardins et des terres cultivables. Le processus de métropolisation à ceci de commode qu’il impose un modèle qui uniformisé, on peut donc lui opposer une réponse générale. Nous appelons tous ceux et toutes celles qui luttent contre les grands projets inutiles à se saisir de ce texte, où des éléments qui leur plairont. Et oui, car nous nous voulons ambitieux, et ambitieuss en plus de se vouloir combatifs et combatives.

On ne va pas tourner autour du pot, nous avons un problème avec l’argument de la « densification » que employé pour défendre l’éco-quartier des Vaîtes, ainsi que tous les projets de d’artificialisation intra urbains. Cet argument nous revient avec une remarquable régularité appuyé par les éléments de langage d’urbanistes dociles expliquent doctement que si on bétonise en ville, c’est pour ne pas avoir à le faire en périphérie, là où sont les « vraies » campagnes.

Pour qu’il soit valide, cet argument présuppose qu’on ne peut rien faire à la bétonisation à part choisir stratégiquement les terres qu’elle nous prendra. On dirait là le portrait d’une force naturelle, évidente, et donc, entre les terres agricoles périphériques et celles coincées dans le tissus urbain il faudrait donc choisir. Et les écologistes défendant les dernières cellules saines de terre dans le cancer métropolitain, seraient en fait, les idiots utiles de la bétonisation périphérique ?

Foutaises !

Ce faux dilemme omet de prendre en compte les intérêts privés des spéculateurs qui se nourrissent sur ces projets. Les dispositifs de défiscalisation (Dufflot Pinel) qui favorisent la construction de logements neufs n’apparaissent pas dans cet argumentaire et pour cause, l’écologie réformiste ne peut faire l’impasse sur la source de croissance que constitue l’industrie du bâtiment.

Les seuls responsables du bétonnage seront, sans surprise, les bétonneurs, ceux qui feront le choix du logement neuf plutôt que celui de la rénovation. Déplorer le bétonnage des communes périphériques, c’est faire montre de fatalisme autant que de faiblesse de conviction. surtout quand ces communes font partie de communautés de commune soumises au même schéma de cohérence territoriale (SCOT).

On peut, on doit, empêcher, politiquement, le bétonnage, favoriser l’amélioration de l’offre de logement en cohérence avec un réseau de transport public multimodal et intercommunal pour rendre les mouvements pendulaires plus propres. Les élus, anciens ou nouveau s’engagent en la matière dans leur programmes. Nous les jugeront sur pièce

Pour le cas des Vaîtes, on nous oppose que la densification permettrait d’éviter les flux d’automobiles pendulaires, car oui, « Le tram est là, il faut donc construire à coté ». Le tram est là aussi présenté comme une émanation qui n’existe que par elle-même sans que nos détracteurs n’aient la décense d’une élémentaire mise en contexte qui aurait permis de préciser son appartenance au long cortège des projets inutiles. Ces projets inutiles parsèment l’histoire récente de Dijon et Besançon dans leur course mégalomane au prestige de devenir « métropole » (Gare Besançon Franche-comté TGV, Cité de la gastronomie, Tram et re-tram en miroir, Eco-quartier des maraîchers, Eco quartier des Vaîtes). Cette rivalité supposée entre les deux capitales a été longuement mise en spectacle, mais nous n’en avons cure. Nous voyons bien que face aux appétits des promoteurs, notre camp doit opposé un front uni.

Le jardin de l’engrenage est lui aussi le long du tram, qui st la colonne vertébrale structurant le plan de bétonisation de Dijon.. Il faudrait donc aller au bout de ce plan, même s’il est mortifère. À l’heure où le capitalisme engloutit de plus en plus de terrain, je ne suis pas du tout dérangé par la perspective d’un arrêt de tram au milieu de terres maraîchères cultivées, ou près d’un lieu de convivialité et de verdure ensauvagée.

C’est justement ce que propose l’écologie radicale au travers de l’appel du 17 Juin : Arrêter la machine capitaliste qui intoxique le monde et essayer petit à petit de faire marche arrière, en abandonnant les vieilles lunes de la course à l’emploi, aux grandes entreprises, à la croissance, et au prestige des territoires.

A l’enfant qui posera la question : -Pourquoi le tram s’arrête alors qu’il n’y à rien ? » J’aimerais pouvoir répondre, plus tard : « Bon déjà il n’y a pas rien, regarde comme les gens ont l’air d’y être bien ! Et si ce n’est pas bétonné, c’est qu’on s’est rendu compte que c’était une mauvaise idée, donc le projet a été abandonné ». Coté Doubs, la lutte contre le grand canal montre assez qu’on peut changer de cheval au milieu du gué, sans avoir à en rougir.

Les transports en commun dont le tram sont présenté de façon spécieuse comme alternative à la bagnole. Pour le cas de Besançon, rappelons qu’un ambitieux plan de développement de la circulation cyclable à été réalisé par l’Association Vélo Besançon. La mairesse récemment élue et ne cite pas explicitement ce plan vélo dans son programme mais espèrons que sa promesse de développer les alternatives à la bagnole s’en inspirera et se fera de façon plus combative qu’en proposant de payer des vélos nucléaires aux bisontins. Personne n’attend toutefois de rupture franche avec la politique de l’ancienne municipalité, car la nouvelle en est est l’émanation.

Pour « petits » qu’ils soient, on fait face grand cas de la défense de « jardins personnels » Les villes telles qu’elles sont conçues aujourd’hui, sont de véritables gouffres à ressources, alimentaires notamment. Cet état de fait n’est plus soutenable avec une perspective de réduction de flux dans le cadre d’une crise pétrolière. Il faut donc relocaliser la production alimentaire, qu’elle soit diffuse, plurielle, résiliente.

Mais les écologistes politiques sont pour une agriculture de proximité ! Ceinture verte par ci, trame brune par là, ils sont les chantres d’un zonage des activités productives hors des métropoles concentrant quant à elle des fonctions bien plus nobles. La hiérarchisation des secteurs d’activité, (tertiaire secondaire primaire) conduit à la hiérarchisation des territoires (modèle « centres-périphéries ».

Le zonage, donc, conduit à une agriculture intensifiée, qui, non content de favoriser les grandes multinationales agroalimentaire n’offre pas de résilience satisfaisante face aux enjeux multiples que nos sociétes vont inévitablement affronter, le coronavirus n’en est qu’un avant-goût.

La multiplication des lieux de productions, des types, des tailles de production offre la résilience dont nous avons besoin, c’est ce qui s’appelle « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Le modèle d’agriculture monospécifique dans lequel nous avons été conduit par la politique agricole commune est extrêmement fragile, et peut conduire à des aberrations, économiquement et écologiquement. Le journal Factuel s’est fait l’écho des dommages collatéraux de la filière comté (utilisation du casse caillou dans le Haut Doubs, simplification des paysages, etc.).

L’avenir est aux polycultures, et à l’organisation rhizomatique de la production paysanne. L’aménagement du territoire de demain ne sera pas fait de grandes zones affectées chacune à une fonction précise (loisir, production, consommation, travail, culture), mais d’une multitude d’ensembles de petite échelle, où ces fonctions s’interpénètreront et évolueront en permanence.

Cela implique une pratique politique plus horizontale, sans séparer ni les territoire, ni leurs habitants, ni leurs activités. et à l’heure où les listes accédant au pouvoir auront une légitité minuscule à cause d’une abstention record, on ne peut continuer à pratiquer un pouvoir aussi vertical, dont les grands projets inutiles sont la manifestation.

Revenons à nos jardins. La paysannerie doit avoir des têtes de pont en ville pour être attractive et aura besoin de plus en plus de main d’oeuvre dans les temps à venir. L’avenir est dans une inversion de l’exode rural, et le rôle de sensibilisation à la production alimentaire ne peut être cantonnée aux périphéries, le projet de la ferme pédagogique des Vaîtes va dans un sens pertinent, mais, seul îlot au milieu d’un éco-quartier bétonné, elle sera reléguée au rang d’attraction folklorique, sans plus.

Nous faisons également face à une accusation particulièrement malhonnête :En défendant la construction de logements pour l’intérêt des classes populaires et moyennes, les pro béton de « l’écologie positive » donnent l’impression, que les défenseurs des Vaîtes seraient, de leur coté membres de classes plus privilégiées. La lutte des classes ne se joue sur ce terrain là selon nous, puisque le quartier n’est à l’évidence pas parmi les plus favorisés de Besançon. Ces jardins sont historiquement des jardins ouvriers, situés entre deux quartiers populaires : Les Orchamps et Clair-Soleils, pour ne pas les nommés. Les jardins des Vaîtes offrent une mosaïque de classes sociales et d’origines qui réalisent l’idéal de « vivre ensemble » après lequel les socio-démocrates courent sans succès.

Comme la tribune qui motive en partie cette réponse vient d’un camarade rouge par sa couleur politique, parlons luttes sociales massives, grèves, organisation collective Les conquis sociaux obtenus par le mouvement ouvrier se sont fait par la lutte, par la grève, à une époque où les jardins ouvriers permettaient une souveraineté alimentaire qui permettait aux grévistes une résilience et une indépendance vis à vis du pouvoir de l’argent sur leur alimentation. Parions que les LIP ont mangé des légumes cultivés dans la terre des Vaîtes !

Il faut des jardins potagers dans tous les quartiers, que les parcs dédiés aux loisirs soient réaffectés en partie à cette fin. Et si les « petits jardins individuels » dérangent tant que cela nos oppositions les plus collectivistes, créons de « grands jardins collectifs ». L’importance des communs est au cœur des luttes pour le droit à la terre dans lesquelles nous nous inscrivons.

On nous taxe de conservatisme. C’est une manœuvre classique des libéraux qui veulent se draper dans des habits de progressistes. Le conservatisme n’est pas un problème en soi, tout dépend ce que l’on compte conserver. Nous nous sommes bien fait taxer de conservatisme quand on a défendu les régimes spéciaux de retraite, non ? Si le progrès passe par artificialiser les sols, détruire la biodiversité, et asservir les hommes et les femmes, à fortiori les plus pauvres, à la loi des supermarchés, en détruisant leurs conquis sociaux au passage, nous sommes tous des conservateurs.

L’argument de la vacance locative qui serait « frictionnelle », ce qui justifierait de « passer vite dessus » Mais arrêtons nous quand même dessus. Besançon et Dijon ont des taux de vacance locative du même ordre (autour de 10%, et ce taux est en augmentation). Elles ne sont pas considérées comme des villes « en tension » concernant les logements.

La construction de logements neufs obéit à des logiques de spéculation grâce à un usage abusif du dispositif Pinel bien documenté dans le cas de Besançon. Ce dispositif permet d’investir dans du logement neuf en déduisant l’investissement de ses impôts, et en obtenant des conditions de prêt favorables des banques qui se remboursent sur la part d’impôt défiscalisée. Cautionner un projet immobilier neuf, c’est cautionner donc que des investisseurs privés se paient un capital immobilier aux frais de l’Etat puisque leur investissement est défiscalisé.

Ce dispositif crée, de plus une bulle et les classes moyennes qui s’y sont laissé prendre semblent le regretter puisque les logements ne trouvent pas toujours preneur.

Il faut stopper la construction sur des terres arables, et proposer des lieux de convivialité qui ne participent pas de la société des loisirs mais d’une société urbaine et paysane en même temps, car c’est de cela que l’avenir est fait. Et pour ce qui est de la densification : Densifions sur les ruines des barres HLM, des concessions automobiles, des industries délocalisées en Pologne, mais foutons la paix aux friches et aux jardins s’il vous plaît !

Tout ce plaidoyer pour une intégration d’espaces verts, productifs ou non au tissus urbain s’applique indifféremment aux occupations de Dijon et de Besançon. Mais la zone des Vaîtes ont en plus la singularité d’être une zone humide dotée d’une grande richesse biotique (crapaud accoucheurs, tritons crêtés) dont aucun projet, fût-il « social » ou « écologique » ne peut justifier la destruction, c’est une évidence sur laquelle il est inutile de revenir, car même les écolos vert pâle sont sensés avoir compris qu’il fallait protéger les espèces en danger, depuis le temps.

Les années qui s’annoncent seront déterminantes, beaucoup de mal a déjà été fait, et il faudra un temps dont nous manquons pour reconstruire sur le bitume et le goudron qui engloutissent les terres où pousse ce que nous mangeons.

L’écologie politicienne a été la grande gagnante des municipales et de la convention citoyenne pour le climat. Pour que cette victoire ne soit pas que symbolique, que les écologistes politiques soient prévenus : Nous les aurons à l’oeil.

Deux trois liens.

Le désormais célèbre documentaire qui épingle le détournement par Besançon du dispositif Pinel en dépit d’une importante vacance locative.

https://www.audab.org/files/missions/AUDAB2191-MEM.pdf

Enquête sur le revenu par commune dans le grand Besançon.

https://asso.velobesancon.info/plan-velo-2020/

Le plan vélo réalisé par l’AVB.


Article publié le 15 Juil 2020 sur Dijoncter.info