Avril 1, 2020
Par Indymedia Nantes
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Le confinement, le temps qui passe Ă  l’identique chaque jour, l’ennuie, l’attente, la peur de ne pas ĂȘtre en rĂšgle, l’arbitraire, la limitation de nos mouvements et de nos relations sociales
 Si certain-e-s aujourd’hui ressentent un peu ce que veut dire ĂȘtre enfermĂ©, c’est ce que vivent de façon permanente des milliers de personnes dans les prisons, les centres de rĂ©tention ou autres lieux d’enfermement.

Aujourd’hui dans les prisons, au nom de la lutte contre la propagation de l’Ă©pidĂ©mie, l’isolement et la violence de l’enfermement sont exacerbĂ©s. Les activitĂ©s, comme les rĂ©gimes “portes ouvertes” sont supprimĂ©s. Il ne reste aux prisonnier-Ăšre-s qu’entre une et deux heures de promenade par jour. Les parloirs avec les proches et les avocat-e-s, seul moyen pour certain-e-s d’avoir des nouvelles rapidement, sont Ă©galement suspendus. La ministre de la justice a annoncĂ© qu’en avril la tĂ©lĂ©, ainsi que des heures de communication seraient offertes. Non seulement ça va prendre du temps Ă  mettre en place, quand on sait la lenteur de l’Administration PĂ©nitentiaire en “temps normal”. Mais en plus le tĂ©lĂ©phone bĂ©nĂ©ficiera peu aux personnes prĂ©venues puisqu’il est souvent refusĂ© pendant l’instruction.

En prison l’accĂšs aux soins est difficile. Les dĂ©tenus doivent faire face Ă  de nombreux obstacles : le refus des matons de les emmener Ă  l’infirmerie, le peu de personnel soignant, les hospitalisations sous surveillance et parfois mĂȘme attachĂ©. Ils doivent aussi supporter l’hygiĂšne dĂ©gueulasse des lieux et la promiscuitĂ© forcĂ©e. Les dĂ©tenus sont considĂ©rĂ©s comme le risque alors que ce sont les matons qui vont et viennent dehors, et continuent de postillonner leurs ordres Ă  la gueule des dĂ©tenu-e-s. Ces conditions rendent les dĂ©tenu-e-s plus vulnĂ©rables face Ă  l’Ă©pidĂ©mie.

En plus, quand on sait que les prisons sont surpeuplĂ©es, c’est entassĂ©-e-s qu’ils subissent le confinement. Et pour certain-e-s dans des cellules d’isolement oĂč chacun-e peut se retrouver au moindre soupçon d’infection, sans aucun test pour le justifier. Alors que plus de 900 dĂ©tenu-e-s seraient infectĂ©-e-s, presque aucune information n’est communiquĂ©e Ă  l’intĂ©rieur. Aucune mesure n’est prise face au virus, exceptĂ© des mesures privatives supplĂ©mentaires, comme le rationnement des cantines qui permettent pourtant d’obtenir des denrĂ©es nĂ©cessaires Ă  la vie en prison. A l’extĂ©rieur non plus, les proches n’ont pas d’information sur les personnes contaminĂ©-e-s, ni sur d’Ă©ventuels transferts suite Ă  des rĂ©voltes.

Dans un moment oĂč le rapport Ă  la mort est encore plus prĂ©sent, pour soi et pour ses proches, ne pas pouvoir donner et recevoir de nouvelles et se sentir davantage Ă  la merci de l’administration pĂ©nitentiaire qui fait dĂ©jĂ  subir un quotidien angoissant aux dĂ©tenu-e-s, donne envie de se rĂ©volter face Ă  la suppression des rares espaces qu’il reste pour respirer. Et pourquoi pas des envies de libertĂ©. Face Ă  cela, les prisonnier-Ăšre-s se rĂ©voltent dĂšs l’annonce de la suppression des parloirs et les jours suivants. Puis le week-end du 21 mars c’est dans dans plus d’une quinzaine de prison que des centaines de prisonnier-e-s se sont rĂ©voltĂ©s. Certains refusent de remonter en cellule, d’autres montent sur les toits, prennent le contrĂŽle de zones rĂ©servĂ©es Ă  l’Administration PĂ©nitentiaire et brĂ»lent des parties de la prison.  Avant cela des mutineries semblables avaient Ă©clatĂ© en Italie : incendies, Ă©vasions, rassemblements en solidaritĂ©, mais aussi des dĂ©tenus blessĂ©s et tuĂ©s.  Depuis les rĂ©voltes se multiplient dans diffĂ©rents pays sur tous les continents, avec souvent de nombreux morts suite Ă  l’intervention de la police ou de l’armĂ©e.

Comme Ă  l’accoutumĂ©e, l’AP va dĂ©signer des meneurs et la justice donner des peines supplĂ©mentaires. DĂ©jĂ  plus d’ une quinzaine de personnes ont Ă©tĂ© mises en garde-Ă -vue en France et des peines ont Ă©tĂ© distribuĂ©es, jusqu’Ă  un an ferme suite Ă  la rĂ©volte Ă  BĂ©zier. Nous avons toutes les raisons d’en ĂȘtre solidaire !

D’autre part, face au rapport de force Ă©tabli par les prisonnier-e-s et la peur d’un scenario Ă  l’italienne, l’État annonce la libĂ©ration de 5000 dĂ©tenu-e-s. Sur plus de 71.000 prisonnier-e-s c’est finalement peu de monde
 Cette dĂ©cision, plus qu’une mesure sanitaire, cherche Ă  acheter les prisonnier.e.s Ă  peu de frais et rĂ©pondre aux menaces de grĂšve des matons qui rĂ©clament un confinement encore plus strict Ă  l’intĂ©rieur. Mais toutes ces rĂ©actions d’insoumission Ă  l’autoritĂ© carcĂ©rale laisse entrevoir la possibilitĂ© d’en finir un jour avec tous les lieux d’enfermement (prisons, centres de rĂ©tention ou hĂŽpitaux psychiatrique). Avec ou sans epidĂ©mie, libertĂ© pour tou-te-s !




Source: Nantes.indymedia.org