Chaque jour un peu plus, le constat de la violence des politiques frontalières s’aggrave.

Ce constat, c’est celui des personnes en transit vers l’Europe qui meurent en Méditerranée,

mais ce n’est pas que ça.

C’est aussi celui des personnes qui meurent aux autres frontières de l’Europe.

C’est aussi celui des personnes au statut d’étranger qui meurent sur le territoire européen,

après avoir franchi la frontière, à cause de leur statut d’étranger en Europe.

C’est aussi celui des personnes en transit vers l’Europe qui meurent avant d’arriver aux frontières, du fait des difficultés imposées au voyage par les politiques frontalières européennes.

C’est aussi celui des personnes suicidées, blessées, mutilées, violées, torturées, réduites à l’esclavage, dans toutes les zones devenues frontalières à force d’internalisation et d’externalisation des frontières, officielles et informelles, depuis le pays de départ jusqu’à l’ensemble des espaces européens.

C’est aussi celui de la nature délibérée de cette violence

par les responsables politiques européens, au vu et au su de tou-tes.

C’est aussi celui de la quantité inimaginable de violences politiques et sociales de tous ordres, perpétrées contre des personnes du fait qu’elles sont en transit vers l’Europe,

étranger-es pauvres en Europe, ou assimilé-es.

C’est aussi celui des mêmes violences sur d’autres continents,

perpétrées par d’autres États dominants.

Ce régime délibéré de violence décidé par les responsables politiques européens, qui produit depuis plusieurs décennies des dizaines de milliers de morts et une quantité non estimable de suicidé-es, bléssé-es, mutilé-es, violé-es, torturé-es, réduit-es à l’esclavage, humilié-es, anéantis, traumatisé-es, abimé-es, nous avons décidé pour en saisir le système de le nommer xénocide européen.

Parler de xénocide plutôt que de guerre aux migrants ou d’atteinte aux droits de l’homme, ça ne change pas grand-chose. Pas plus que de dire que la Méditerranée n’est pas un cimetière, mais un charnier. Pas plus que de considérer que les responsables politiques nationaux et européens sont des criminels organisés, qui entérinent à chaque occasion l’ampleur de leur responsabilité.

Ca ne change pas grand-chose, mais ça aide nos choix.

Nous aimerions parfois connaître ici un maquis qui nous place radicalement du juste côté de la barricade, une lutte arme contre arme pour mettre fin à un régime de pouvoir aussi dégueulasse.

Nous aimerions parfois connaître ici une oasis séparée des structures du vieux monde, où nos responsabilités seraient excusées par la bonté de nos alternatives.

Mais nous ne connaissons ni maquis, ni oasis possible : ce contre quoi nous cherchons à lutter, c’est un régime qui maintient et étend son pouvoir par la violence et la manipulation, aux capacités militaires et policières démesurées, et c’est aussi plusieurs siècles de colonisation, d’esclavage, d’impérialisme, de capitalisme, de racisme,

c’est partout et c’est par nous.

Nous ne connaissons pas de maquis, mais nous savons légitime toute résistance contre un régime de pouvoir qui produit un xénocide.

Nous l’encourageons,

Et nous y prendrons part à la première occasion.

Par exemple à Brest, du 5 au 7 septembre 2019, au contre-G7 des parlementaires, qui viendront notamment discuter de « gouvernance des océans ».


Article publié le 04 Sep 2019 sur Bourrasque-info.org