Octobre 25, 2020
Par Indymedia Nantes
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publié
le dimanche 25 octobre 2020 Ă  13:58 |

Des participant.e.s au chantier energie de la Grange de Montabot


Contre les convois de la rĂ©intoxication du monde…

…Quelques idĂ©es Ă  la volĂ©e

La crise dĂ©stabilise les flux capitalistes, c’est un fait. L’aviation n’a jamais Ă©tĂ© aussi mal au point, une explosion d’un stock de nitrate d’ammonium dĂ©truit le port de Beyrouth. RTE, pour sa part, s’inquiĂšte de
la capacitĂ© de production Ă©lectronuclĂ©aire, suite aux retards qu’EDF a pris dans la maintenance des centrales nuclĂ©aires pendant le confinement, et en appelle aux Ă©cogestes pour Ă©viter les coupures d’électricitĂ© cet hiver.

Pourtant, partout, et Ă  toutes les Ă©chelles, les transports destinĂ©s Ă  l’extraction des matiĂšres premiĂšres, Ă  la construction des infrastructures et des centrales de production, Ă  la maintenance de celles existantes et Ă  la gestion des dĂ©chets produits par l’ordre Ă©lectrique, continuent leur sombre circuit.

Ce lundi aura lieu le premier transport du combustible nuclĂ©aire pour l’EPR de Flamanville toujours dĂ©faillant malgrĂ© des annĂ©es de retard, des surcoĂ»ts faramineux et une ligne THT construite spĂ©cialement pour
l’occasion au cƓur du bocage normand. EDF s’obstine ainsi Ă  faire des coups de communication pour soigner son image, alors mĂȘme que l’entreprise est plongĂ©e dans une crise financiĂšre, technologique et humaine sans prĂ©cĂ©dent. Depuis le dĂ©but de la crise sanitaire, tous les voyants s’allument pour l’électricien et ses centrales nuclĂ©aires.
Celles-ci accumulent les incidents, tels que des interruptions pour manque d’eau pendant la sĂ©cheresse, ou des soucis industriels dus au vieillissement des Ă©quipements et au recours accru Ă  la sous-traitance et Ă  ses travailleuses
et travailleurs sous pression. Les protocoles sanitaires et l’absence des ingĂ©nieur.e.s confinĂ©.e.s au tĂ©lĂ©travail exposent cette main d’oeuvre Ă  des conditions toujours plus dangereuses. Aux niveaux Ă©conomique et administratif, EDF est contrainte de prĂ©parer de nouvelles restructurations et capitalisations, acculĂ©e par l’Union EuropĂ©enne qui
s’inquiĂšte autant de ses gigantesques dettes que de la situation de monopole d’une entreprise qui fut un jour un service public. Service public aujourd’hui cotĂ© en bourse, dĂ©pendant des prĂȘts sans limites de
durĂ©e qu’elle souscrit un peu partout pour irriguer ses activitĂ©s avec des liquiditĂ©s pour les Ă©normes coĂ»ts de production dont elle est friande.

Le trafic des dĂ©chets radioactifs n’est pas en berne lui non plus. A Bure, l’ANDRA continue les travaux prĂ©liminaires Ă  la construction du site d’enfouissement CIGEO, plus grand projet industriel en Europe qui devrait ĂȘtre dĂ©clarĂ© d’utilitĂ© publique l’an prochain. Dores et dĂ©jĂ  se prĂ©parent les lignes de train ainsi que les infrastructures nĂ©cessaires aux travaux et au transport futur des combustibles usĂ©s. Toute cette filiĂšre dite aval de la gestion des dĂ©chets radioactifs est dĂ©sormais dĂ©pendante de la construction d’une piscine d’entreposage supplĂ©mentaire. Les piscines de l’usine de retraitement de La Hague seront bientĂŽt saturĂ©es et l’occlusion intestinale de l’ensemble de la production Ă©lectronuclĂ©aire est dĂ©sormais une rĂ©elle possibilitĂ©. S’ils veulent continuer Ă  produire de l’électricitĂ© nuclĂ©aire, les industriels et leurs ingĂ©nieur.e.s vont devoir rapidement faire face Ă  cette menace et trouver une solution logistique au besoin latent d’équipement pour refroidir les combustibles pendant des annĂ©es une fois sortis des rĂ©acteurs. Ailleurs, partout en France, les matiĂšres radioactives continuent de circuler quotidiennement, et tout particuliĂšrement sur le pĂ©riple sinueux de la petite route dĂ©partementale qui sĂ©pare La Hague du rĂ©seau ferroviaire national, via la gare de Valognes.

La transition Ă©nergĂ©tique et ses Ă©nergies renouvelables industrielles, toujours prise dans le dĂ©lire de puissance des politiques de l’énergie, n’en finit pas quant Ă  elle d’exploiter, sous couvert de greenwashing, tout ce qui peut encore l’ĂȘtre sur nos territoires dĂ©jĂ  surchargĂ©s d’infrastructures gourmandes en espace, en Ă©nergie et en
matiĂšres premiĂšres venues de l’autre bout de la planĂšte. Ces infrastructures s’accumulent depuis des dĂ©cennies dans une obsolescence programmĂ©e dont ne peut plus que constater l’impasse. Pourtant, alors qu’il s’agirait de rĂȘver une dĂ©connexion des rĂ©seaux centralisĂ©s pour les remplacer par des pratiques d’autonomie Ă©nergĂ©tique locales, un
Ă©norme convoi nĂ©cessitant un vĂ©hicule de 75m de long conçu spĂ©cialement pour l’occasion se prĂ©pare Ă  transporter la piĂšce principale du mĂ©ga transformateur RTE de Saint Victor,dans l’Aveyron. Depuis l’expulsion de la ZAD de l’Amassada il y a un an, l’opĂ©rateur national prĂ©pare le chantier pour renforcer la ligne THT de 400 000 volts. Le paysage deja dĂ©figurĂ© par le pullulement d’Ă©oliennes sera encore sacrifiĂ©  sur l’autel des illusions renouvelables.

A l’international, les Allemands se prĂ©parent Ă  accueillir dĂ©but novembre un convoi de six wagons CASTOR, remplis de dĂ©chets nuclĂ©aires, entre Sellafield en Angleterre et Biblis. Ce convoi, dĂ©jĂ  reportĂ© par le
confinement en dĂ©but d’annĂ©e, doit ĂȘtre escortĂ© par un Ă©norme dispositif de prĂšs de 6000 policiers pour empĂȘcher la mobilisation qui se prĂ©pare pour bloquer le passage. Cette situation inquiĂšte les autoritĂ©s nĂ©erlandaises qui viennent de demander Ă  l’Allemagne de reporter Ă  nouveau le transport pour des raisons sanitaires, par peur de propagation du virus.

Cette situation nous rĂ©vĂšle Ă  quel point il ne dĂ©pend que de nous de dissuader tous ses transports et bloquer les flux qui continuent d’alimenter la mĂ©ga-machine qui nous aliĂšne. Cette semaine, Ă  la Grange Montabot, une cinquantaine de personnes se sont rĂ©unies malgre un dispositif securitaire fortement contraignant. Nous construisions
l’autonomie Ă©nergetique du lieu collectif : une Ă©olienne a Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e, des panneaux solaires installĂ©s, et le tout cablĂ© sur le nouveau circuit Ă©lectrique. Dans un pied de nez aux EDFs et Ă  leurs monopoles radicaux, ce lieu historique de la lutte contre les rĂ©seaux Ă©nergĂ©tiques est dĂ©sormais alimentĂ© par le vent et le soleil, sans passer par les infrastructures Ă©lectriques. Dans l’effervescence du chantier, nous appelons Ă  lancer un front commun contres les flux mortifĂšres et leur monde polluant auquel il est temps de dire stop.

Des participant.e.s au chantier Ă©nergie de la Grange de Montabot




Source: Nantes.indymedia.org