Octobre 24, 2019
Par Non Fides
221 visites


Le Service National Universel, SNU, arrive bientĂŽt dans la rĂ©alitĂ© de notre quotidien. Aujourd’hui plus que jamais, les pubs pour l’armĂ©e sous ses diverses formes poussent sur les abribus, sur les panneaux publicitaires, et dans les « salons de l’étudiant Â», l’armĂ©e est prĂ©sentĂ©e comme une solution au dĂ©sƓuvrement et Ă  l’échec scolaire, un environnement sain oĂč l’on va pouvoir prouver sa valeur Ă  soi et Ă  la sociĂ©tĂ© tout en faisant le Bien. Une propagande Ă©culĂ©e est vomie Ă  nouveau dans une sauce modernisĂ©e, avec inclusivitĂ© et anti-racisme (sur les affiches seulement, on imagine
) pour les besoins du moment. Et plus le temps passe, plus l’armĂ©e devient Ă  nouveau normale, acceptable, voire potentiellement dĂ©sirable, elle qui, depuis les annĂ©es 90, avait fini par perdre globalement son aura auprĂšs de tout un chacun, processus finalement clĂŽt avec la fin du service militaire obligatoire. Le bidasse viril se traĂźnant dans la boue ne faisait plus recette. Et voilĂ  que le processus inverse se dĂ©roule sous nos yeux, favorisĂ© par les aspirations mĂ©diatiquement manufacturĂ©es au repli patriotique et protectionniste post-attentats, il prend forme avec une rapiditĂ© dĂ©routante, en mĂȘme temps que se dĂ©veloppe par tous les bouts du champ politique institutionnel le recours aux valeurs moisies du populisme et du nationalisme que personne ne peut considĂ©rer de nos jours (si ça a jamais Ă©tĂ© le cas) comme « des idĂ©es de droite Â».

Ce retour en force prĂ©tend pourtant Ă  la nouveautĂ© : ce « projet de sociĂ©tĂ© Â», comme l’appelle l’Etat, se propose comme un « compromis Â», un parfait Ă©quilibre atteint entre la prĂ©cĂ©dente et relativement insignifiante JournĂ©e d’Appel (qui, avec les cours d’éducation civique, a quand mĂȘme maintenue la place de l’armĂ©e dans nos vies, avec cet Ă©galitarisme formidable qui l’a gĂ©nĂ©ralisĂ©e Ă  toute la population) et le bon vieux service militaire. Au menu de la caserne 2.0, on apprendra dĂšs l’adolescence la cohĂ©sion de groupe, l’union nationale, le respect de la patrie, de ses symboles, Ă  ĂȘtre Ă©co-responsable et, bien sĂ»r, le souci partagĂ© de la dĂ©fense de la nation.

Ce serait une Ă©norme erreur que de ne pas se prĂ©occuper de cette question au plus vite. Les textes de lois sont prĂȘts, votĂ©s, des batteries de tests on Ă©tĂ© effectuĂ©s sur environ 2000 volontaires de toute la France. Dans les textes, on hĂ©site encore sur la durĂ©e, un mois, deux semaines, on s’interroge sur la lĂ©gislation prĂ©cise, mais une chose est sĂ»re : le service militaire 2.0 passera, dusse-t-il ĂȘtre revu en cours de route ; et quelle que soit sa durĂ©e, ça commencera Ă  la fin du collĂšge et chacun sera fortement incitĂ© Ă  « l’engagement civique Â» auprĂšs de l’armĂ©e pour la vie.

Si sa durĂ©e reste pour l’instant bien infĂ©rieure Ă  celle de l’ancien service, le projet du SNU prend des proportions trĂšs inquiĂ©tantes et le prĂ©sente comme une institution sociale trĂšs centrale qui deviendrait un passage obligĂ© et nĂ©cessaire en lien Ă©troit avec la scolaritĂ© et pourrait devenir aussi une Ă©tape dans l’obtention du permis de conduire. En effet, le lien entre Ă©cole, nation et forces rĂ©pressives (police, justice et maintenant armĂ©e) ne fait que se renforcer un peu plus, poursuivant le fil rĂ©actionnaire des vertus « Ă©ducatives Â» du vieux service militaire : l’école prĂ©pare Ă  la citoyennetĂ©, de plus en plus ouvertement liĂ©e Ă  l’armĂ©e, et Ă  l’Ordre plus gĂ©nĂ©ralement. Le SNU s’inscrit dans une continuitĂ© avec l’école oĂč le petit citoyen en devenir intĂšgrera la nĂ©cessitĂ© militaire. D’ailleurs c’est au SNU que sera probablement confiĂ© la tĂąche de contrĂŽler l’acquisition du « socle commun de connaissances Â» post-brevet.

Quelle que soit sa potentielle forme dĂ©finitive, le SNU, c’est aussi un Ă©lĂ©ment dans cette fascination nouvelle et sidĂ©rante pour l’armĂ©e, la nation, la France, le rĂ©sultat du matraquage idĂ©ologique post-attentat qui curieusement, et de façon dĂ©solante, a l’air de marcher beaucoup plus que ce qu’on aurait pu imaginer. C’est le moment ou jamais de renouveler la critique du sale discours de la France-dĂ©fenseuse-des-valeurs-occidentales et dernier-rempart-contre-la-barbarie.

Alors pourquoi ce projet rencontre-t-il si peu d’opposition ?

L’histoire anti-militariste, celle des dĂ©sertions, du refus de l’armĂ©e et de la guerre, l’importance qu’a pu avoir le mouvement de l’insoumission contre le service militaire dans les annĂ©es 70 n’est pourtant pas si ancienne ; l’armĂ©e, ses guerres ainsi que les formes offensives et subversives de pacifisme et de refus qui s’y sont opposĂ© sont encore bien fraĂźches dans les mĂ©moires.

Il est indispensable d’agir contre le SNU, contre l’armĂ©e, contre la nation.

Être offensif contre ce projet, contre l’Etat qui joue ici un gros coup sur la bataille de la normalisation, est nĂ©cessaire, si nous prĂ©tendons nous battre contre ce monde, contre l’Etat et le pouvoir. D’ailleurs ne pourrait-on pas voir aussi le SNU comme un des Ă©lĂ©ments d’une batterie de mesures stratĂ©giques et contrinsurrectionnelles en rĂ©ponse au mouvement des Gilets Jaunes ?

On ne propose pas ici de rĂ©activer des initiatives vaines et para-humanitaires du passĂ© comme « food not bomb Â», ni de critiquer le SNU avec la nostalgie rĂ©formiste de la journĂ©e d’appel, mais de rĂ©flĂ©chir ensemble aux moyens Ă  notre disposition pour lutter, aujourd’hui, contre l’armĂ©e, la cohĂ©sion nationale et la patrie, et cette forme particuliĂšre de propagande qui cherche Ă  s’immiscer dans la vie de tout un chacun, dans une perspective rĂ©ellement anti-autoritaire et rĂ©volutionnaire.

Parce que « voir du pays Â» ne peut pas nous faire accepter l’armĂ©e, on pourra rĂ©flĂ©chir ensemble le 9 novembre au SNU, commencer Ă  en dĂ©jouer la propagande, Ă  en comprendre les enjeux d’Etat dans l’époque actuelle dans la perspective d’en dĂ©truire les fondements et les prĂ©supposĂ©s.

Vendredi 9 novembre Ă  19h aux Fleurs Arctiques.

45 Rue du Pré Saint-Gervais, 75019 Paris

MĂ©tro Place des FĂȘtes (lignes 7bis et 11 du mĂ©tro).

[Voir le reste du programme en cours des Fleurs Arctiques.]




Source: Non-fides.fr