Mars 9, 2020
Par Rebellyon
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Cet article affirme la nĂ©cessitĂ© d’une opposition ferme Ă  la reconnaissance faciale que le gouvernement souhaite diffusĂ© de plus en plus.

Il est tirĂ© du dernier numĂ©ro des brĂšves du bistrot Ă  tĂ©lĂ©charger en intĂ©gralitĂ© Ă  la fin de l’article.

Il y a un an, en fĂ©vrier 2019, le gouvernement en partenariat avec la ville de Nice expĂ©rimentait l’utilisation de la reconnaissance faciale pendant trois jours, pour le Carnaval de Nice. C’était la premiĂšre tentative pour faire rentrer insidieusement cette technologie dans nos vies, sous couvert bien sĂ»r de la lutte contre le terrorisme, et facilitĂ©e aussi par le zĂšle sĂ©curitaire du maire de la ville, Christian Estrosi.

L’idĂ©e de l’installation de la reconnaissance faciale s’est depuis largement dĂ©veloppĂ©e. Ainsi, deux lycĂ©es se sont portĂ©s volontaires pour l’installation de portiques aux entrĂ©es pouvant discriminer les personnes ayant le droit, ou non, de rentrer dans l’établissement. A Nice, malgrĂ© l’opposition formelle des Ă©lĂšves, parents d’élĂšves, et personnels du lycĂ©e, les portiques sont en place depuis la derniĂšre rentrĂ©e scolaire. Ça coince encore, pour l’instant, dans l’autre lycĂ©e test Ă  Marseille. La Quadrature du Net s’était opposĂ©e dĂšs que le projet avait Ă©tĂ© rendu public, puis plus rĂ©cemment c’est la CNIL qui s’est elle aussi dressĂ©e contre l’utilisation des donnĂ©es biomĂ©triques et le risque « d’aboutir Ă  un phĂ©nomĂšne d’accoutumance Ă  ces dispositifs de captation qui permettent de reconnaĂźtre automatiquement une personne. Et donc de crĂ©er in fine un sentiment de surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui pourrait mettre en doute la capacitĂ© d’aller et venir anonymement. Â»

Le gouvernement entend bien pour autant imposer la reconnaissance faciale de partout, et utilise pour cela une stratĂ©gie Ă  deux volets. D’une part, il dĂ©fend cette technologie par le chantage au terrorisme ; en ce moment, une vaste opĂ©ration de lĂ©gitimisation des camĂ©ras intelligentes est en cours, ces derniĂšres constitueraient une arme nouvelle et particuliĂšrement efficace pour empĂȘcher des attentas ou en retrouver les auteurs a posteriori. C’est le sens de l’intervention de Castaner par exemple qui expliquait en octobre dernier que l’homme qui avait dĂ©posĂ© le colis piĂ©gĂ© rue Victor Hugo Ă  Lyon aurait pu ĂȘtre retrouvĂ© bien plus vite. Évidemment ça ne tient pas debout une minute. Techniquement d’abord ça ne fonctionne pas, plusieurs Ă©tudes amĂ©ricaines -pays prĂ©curseur dans la biomĂ©trie sĂ©curitaire- montrent que la reconnaissance faciale n’est pas du tout au point et confond rĂ©guliĂšrement des visages. Et puis surtout, on connaĂźt trop bien l’entourloupe ; quelle mesure anti-terroriste n’a pas Ă©tĂ© utilisĂ©e par la suite dans d’autres cadres ? Il est Ă©vident que l’objectif est la gĂ©nĂ©ralisation de la surveillance biomĂ©trique en ce qu’elle facilite la rĂ©pression de n’importe quel dĂ©lit commis par une personne pas assez masquĂ©e mais aussi en ce qu’elle incite Ă  l’auto-contrĂŽle par son effet panoptique.

NĂ©cessitĂ© de la reconnaissance faciale donc, mais d’autre part, ça tente de faire passer la pilule en expliquant, comme CĂ©dric O le mois dernier, que tout cela devra ĂȘtre accompagnĂ© d’une « Ă©thique Â» dans l’utilisation. Le secrĂ©taire d’état au numĂ©rique et ses sbires comme StĂ©phane SĂ©journĂ©, affirment ainsi que, dans le respect de la loi actuelle sur l’utilisation des donnĂ©es biomĂ©triques, la reconnaissance faciale ne pourra ĂȘtre utilisĂ©e qu’avec l’accord des personnes concernĂ©es. Comment demander leur consentement Ă  toutes les personnes prĂ©sentes dans une gare avant de les filmer ? Aucune rĂ©ponse Ă  ce sujet… On imagine bien sĂ»r que les premiĂšres utilisations de la reconnaissance faciale seront rĂ©glementĂ©es assez Ă©troitement et puis chaque gouvernement se succĂ©dant desserrera un peu plus la loi. Il n’est de toute façon pas question pour nous de prĂ©senter une bonne ou une mauvaise utilisation de cette technologie, mais bien de viser son interdiction.

Le train de la reconnaissance faciale est en marche, Castaner et sa clique annoncent 2020 comme une annĂ©e test dans les gares, les aĂ©roports mais aussi le lancement de ALICEM, une application qui permettra de se connecter aux services publics Ă  l’aide de son smartphone et de la reconnaissance faciale. Dring dring, Black Mirror sonne Ă  la porte. La Quadrature du net agit par toutes les voies lĂ©gales possibles afin d’empĂȘcher sa mise en place. Si toutefois la reconnaissance faciale s’impose, le masquage en manif deviendra d’une autant plus grande nĂ©cessitĂ©, et la motivation sera double pour mettre hors d’état de nuire les camĂ©ras. A Hong Kong ou au Liban, les manifestants ont massivement utilisĂ©s les lasers pour brouiller les camĂ©ras, plus largement de plus en plus de personnes, notamment en Russie, aux Etats Unis ou au Royaume-Uni planchent sur des vĂȘtements, des types de maquillage ou des coupes de cheveux qui rendent inefficace cette technologie. On s’en rappellera.

- Retrouvez cet article et tous les autres dans le derniĂšr numĂ©ro des brĂšves du bistrot :

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Source: Rebellyon.info