Janvier 11, 2021
Par Le Monde Libertaire
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CONTRE LA POLITIQUE DES “SAUVEURS ”
Pour qui veut changer le monde, mais pour de vrai ; pas en réformant le capitalisme.

Septembre 2020.

A lire chaque lundi dans le Monde Libertaire en ligne.

Ce jour : Avant-propos. Présentation. Chapitre I

AVANT-PROPOS
Dans ce livre, et aprĂšs une vaste table-ronde, on a voulu employer le fĂ©minin et le masculin. Au dĂ©but nous avions dĂ©cidĂ© de tout mettre au fĂ©minin, qui se serait rapportĂ© aux personnes, mais on avait du mal Ă  accepter de parler de pouvoirs au fĂ©minin alors que l’on sait d’oĂč vient le pouvoir. C’est pourquoi, tout ce qui a rapport au pouvoir est au masculin, le reste du texte sera un mĂ©lange des deux genres. Nous voulons faire comprendre Ă  la lectrice que nous ne sommes pas seulement en train de parler de celles-ci mais de l’ensemble de la population, de mĂȘme que pendant des siĂšcles on a toujours voulu inclure toute personne dans le gĂ©nĂ©rique masculin mais que beaucoup se sont senties en rĂ©alitĂ© exclues ou mĂ©prisĂ©es. Nous sommes conscientes que cette dĂ©cision donnera lieu Ă  controverse. C’est pourquoi, nous vous demandons de tenir compte de l’importance du genre ; nous espĂ©rons que dans un avenir proche il n’y ait pas de divergence Ă  ce sujet et que toutes les personnes se sentent inclues dans les textes.

PRÉSENTATION
Ce petit livre essaye d’ĂȘtre un outil utile pour tout compagnon ou compagne intĂ©ressĂ©e par la lutte sociale, pour celles qui sont fatiguĂ©es par tant de promesses, celles qui ont Ă©tĂ© maltraitĂ©es par le pouvoir et ont la rage, pour les travailleuses, c’est-Ă -dire le peuple. Il peut ĂȘtre utile Ă  qui ne connaĂźt pas bien le monde libertaire et l’action directe.
En se dĂ©marquant et en s’affichant contre tout parti politique ou organisation pyramidale ou institutionnelle, il cherche Ă  ouvrir le chemin Ă  d’autres formes d’organisation fondĂ©es sur le dĂ©s-apprentissage, la solidaritĂ© et l’entraide, puisque telles ont Ă©tĂ© les armes les plus puissantes pour le peuple dans son chemin vers l’émancipation.
Nous n’allons pas proposer une solution selon le mode habituel des partis politiques et des syndicats qui promettent, proposent et ne changent rien. Nous voulons dĂ©monter les piĂšges du systĂšme capitaliste et tous ceux qui suivent ce jeu, en dĂ©couvrant au grand jour l’inefficacitĂ© de la classe politique et la force que l’État exerce sur le peuple.
Nous espĂ©rons que ces pages seront une contribution utile pour nous organiser de façon efficace et arriver Ă  des rĂ©sultats au bĂ©nĂ©fice de toutes parce que nous devons comprendre que le changement est en nous. Si nous voulons un changement, nous devrons toutes travailler. Il n’y a pas de sauveurs.

ORGANISE TA COLÈRE

Nous sommes nombreuses Ă  vivre dans ce monde et une majoritĂ© d’entre nous souffre de la domination croissante d’un systĂšme, fait sur mesure pour quelques-uns. Un systĂšme qui, tout en nous utilisant comme marchandise et main d’Ɠuvre bon marchĂ© quand cela l’intĂ©resse, nous abandonne sans le moindre scrupule et de plus en plus souvent, Ă  notre sort.

Dans les mouvements de contestation, les grùves, les manifestations, nous avons pu constater le ras-le-bol et la colùre du peuple, mais un simple coup de gueule ou une action ponctuelle ne suffisent pas à changer notre situation. Une protestation à elle seule, ne change rien, contrairement à ce qu’on nous a fait croire.

Il est trĂšs important de comprendre le fonctionnement du systĂšme et le rĂŽle que nous y jouons en tant que classe ouvriĂšre, pour crĂ©er une conscience critique et de classe. Notre niveau d’information et notre envie constante d’apprendre peut devenir la plus grande crainte des puissants. Devant un peuple Ă©duquĂ©, le pouvoir ne peut que trembler.

Comprendre les raisons de notre misĂšre, identifier le problĂšme et nous unir pour l’attaquer Ă  la racine est la seule façon de parvenir Ă  amĂ©liorer notre condition. Une conscience de la situation est nĂ©cessaire pour pouvoir agir efficacement. Si nous ne comprenons pas et que nous ne remettons pas en question notre fonction dans ce systĂšme au quotidien, toute tentative de changement ou de rĂ©volution sera impossible, parce que le capital dispose de multiples outils pour Ă©liminer tout foyer de rĂ©sistance visible, puisqu’aujourd’hui la grande majoritĂ© des mouvements contestataires est facilement contrĂŽlĂ©e.

On ne peut rien construire sans une base solide.

Dans le chaos, les mensonges et la dĂ©sinformation, en absence d’une conscience claire en tant que classe laborieuse ou classe moyenne, ou bien dans l’ignorance de la lutte des classes en cours, nous restons bras croisĂ©s pour voir si cette fois ce sera le parti socialiste, celles de Podemos, ou tout autre parti vendeur de vent qui nous rassurera et nous dira qu’il va nous sauver d’une incertitude et d’une prĂ©caritĂ© continuelle. Pendant ce temps-lĂ , nous voyons que rien ne change dans le bon sens.

Plus de 150 ans de lutte contre l’industrialisation et la mĂ©canisation des humaines ont marquĂ© toute une histoire de victoires et de dĂ©faites, puisque la bourgeoisie n’a jamais rien cĂ©dĂ© gracieusement et que les travailleurs ont dans le passĂ© ont gagnĂ© au prix de beaucoup d’efforts et de leurs vies ce que nous sommes en train de perdre maintenant trĂšs rapidement.

Il faut aussi dire au prĂ©alable que nous avons une profonde mĂ©connaissance de notre histoire et de la façon dont ont Ă©tĂ© acquis ces droits, que nos arriĂšre-grands-mĂšres et nos grands-pĂšres ont gagnĂ©s. On s’est chargĂ© d’effacer notre histoire et de nous Ă©duquer en nous faisant croire que nos ancĂȘtres Ă©taient dans l’ignorance et l’incapacitĂ© de s’organiser mais n’est pas l’exacte vĂ©ritĂ©. On nous dit que leur qualitĂ© de vie fut mauvaise et que nous vivons bien mieux Ă  prĂ©sent et que nous sommes plus libres, mais en rĂ©alitĂ©, la structuration sociale est toujours la mĂȘme qu’il y a cent ou deux cents ans, il est mĂȘme possible que le partage inĂ©gal ou la diffĂ©rence entre riches et pauvres se soit creusĂ© aujourd’hui. Les organisations ouvriĂšres du passĂ© Ă©taient beaucoup mieux organisĂ©es que les nĂŽtres pour cette bataille que nous devrons gagner si nous voulons vivre libres. C’est pour toutes ces raisons que nous devons tirer des enseignements de l’histoire.

Aujourd’hui comme hier, nous croyons Ă  la solidaritĂ©, Ă  l’entraide et Ă  l’autogestion, parce qu’elles se sont avĂ©rĂ©es les outils les plus efficaces pour l’émancipation de la classe ouvriĂšre. Nous constatons que l’égoĂŻsme, l’individualisme et la passivitĂ© ont poussĂ© la sociĂ©tĂ© Ă  la perte de valeurs et Ă  la folie, mais le plus important est que nous avons appris qu’avec l’union et la solidaritĂ©, on peut tout obtenir. Ces mĂ©thodes oubliĂ©es de l’histoire ont permis d’atteindre de grands objectifs dans le passĂ©. Parmi les acquis, nous trouvons, par exemple, la journĂ©e de travail de huit heures, qui n’est certes pas l’objectif final des travailleuses mais a constituĂ© nĂ©anmoins une grande victoire. Nos ancĂȘtres ont rĂ©ussi Ă  toucher au but. Un objectif clair, l’union et une lutte acharnĂ©e de leur part ont rĂ©ussi Ă  mettre en Ă©chec l’État et la bourgeoisie, inquiĂšte de voir trembler les soubassements de ce monde conçu Ă  sa mesure et pour son profit et le voir devenir un monde oĂč il n’y aurait pas de place pour l’exploitation et la pauvretĂ©. Aujourd’hui, les gouvernements se chargent parfaitement de nous tenir dans l’oubli de toute cette histoire : mais mĂȘme si on ne nous la raconte pas, l’anarchisme a une histoire digne de nous remplir de fiertĂ©.

L’histoire est la lutte constante entre ceux qui essayent de soumettre le peuple et ceux qui ne veulent pas se laisser soumettre. La domination et l’esclavage ont toujours Ă©tĂ© le rĂȘve des grands de ce monde. Ils cherchent Ă  avoir une population soumise, en proie Ă  la peur et la tristesse, allant de la maison au travail et du travail Ă  la maison, produisant pour eux de la richesse et leur procurant du pouvoir. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, la rĂ©sistance et la lutte pour se libĂ©rer des chaĂźnes et encourager le peuple Ă  apprendre, lutter et dĂ©cider de son propre avenir, ont toujours existĂ©.

Les dĂ©faites, les coups durs et la paralysie des derniĂšres annĂ©es ont conduit la sociĂ©tĂ© travailleuse Ă  l’oubli et Ă  ne pas s’interroger sur les mĂ©canismes de leurs vies, Ă  abandonner en cours de route les aspirations et les rĂȘves de nos grands-mĂšres, qui ont tout donnĂ© pour essayer de franchir la barriĂšre et sortir de la misĂšre Ă©conomique et mentale que produit le systĂšme dans lequel nous vivons.

Nous nous croyons libres en tant que piĂšces ou un maillon d’un vaste mĂ©canisme, sans nous rendre compte que nous vivons plus que jamais dans les entrailles d’un capitalisme avancĂ© qui nous mĂšne de façon accĂ©lĂ©rĂ©e Ă  la destruction.

(À suivre)




Source: Monde-libertaire.fr