Une déclaration des camarades de Grèce de l’Organisation Anarchiste Politique :

Nous sommes confrontés, depuis plusieurs
semaines, au spectre de l’évolution meurtrière de la pandémie de
COVID-19. Un virus qui principalement affecte les groupes vulnérables de
la population, mais pas seulement. La grande majorité sociale est en
face de la maladie et des milliers de personnes de notre classe meurent
massivement dans le monde, en raison de l’absence des moyens de
protection nécessaires.
Aujourd’hui, le caractère tout à fait
antisocial et meurtrier du système étatique et capitaliste est démontré,
un système dont l’orientation n’est pas de répondre aux besoins de la
majorité sociale, mais surtout en temps de crise, de priver la base
sociale et de classe de ce qui lui est nécessaire, de pérenniser son
existence parasitaire aux dépens de cette dernière, commettant encore un
crime contre elle.
Le pillage des énormes richesses et des
ressources socialement produites effectué par les élites économiques et
politiques, la surconcentration des populations dans les grandes villes,
les bagnes de travail, les prisons et les camps de concentration pour
les immigrants et les réfugiés, le sous-fonctionnement diachronique des
systèmes de santé, au moment où les dirigeants économiques et politiques
gardent pour eux-mêmes la possibilité de bénéficier des meilleurs soins
possibles, démontrent que : L’organisation étatique et capitaliste de
la société, qui condamne déjà des millions de gens à la mort par la
famine, les maladies et la guerre, livre une bataille non pas contre la
pandémie en évolution, mais afin que les dirigeants politiques et
économiques sauvegardent leurs privilèges et leur position de pouvoir.

D’ailleurs, cela est également confirmé
par les annonces militaires du gouvernement, qui rappellent
quotidiennement l’énorme coup dans le domaine économique qui sera
provoqué par la crise et s’efforcent de puiser du consensus à la
restructuration sociale qu’ils s’apprêtent à mettre en œuvre pour
soutenir le capital de sa baisse de rentabilité. Sous prétexte de la
pandémie en évolution, une nouvelle série d’attaques contre les
travailleurs et la société est en train de se préparer. Ce qui est
présenté aujourd’hui comme des « prestations de solidarité » à la base
sociale, c’est nous qui allons les payer, mille fois demain, et cela
avec des conséquences désastreuses sur la vie de millions de personnes
qui seront sorties blessées de cette la bataille inégale de notre
époque. 
Car, en réalité, la bataille contre la
pandémie est livrée par la base sociale et de classe, malgré les
conditions défavorables imposées par le pouvoir. La bataille contre
l’évolution de la pandémie est livrée par tous ceux et toutes celles
qui, comprenant le danger pour leurs voisins, prennent les mesures
nécessaires d’autoprotection individuelle et collective, donnant une
partie de leurs salaires maigres pour acheter ce qui devrait être
directement accessible à tous. Elle est livrée par les médecins et les
infirmiers qui offrent toute leur énergie au prix d’une fatigue
personnelle énorme et au risque de leur vie pour sauver la vie des
autres. Elle est livrée par les travailleurs et les travailleuses
obligés de se rendre au travail, par les livreurs, par ceux et celles
qui travaillent à la restauration, aux transports, par ceux et celles
qui travaillent aux supermarchés et qui, au risque de leur santé,
gardent la voie d’approvisionnement ouverte, par les agriculteurs et les
éboueurs.
C’est la base sociale et de classe qui,
dans cette situation extrêmement difficile, fait apparaître son énorme
potentiel, en luttant pour résister à la pandémie dans des conditions de
pauvreté généralisée et de misère. Et ce sont l’État et le capital qui
continuent à se reproduire, en constituant non pas la solution à la
pandémie, mais l’obstacle pour y faire face : ce sont eux qui privent la
majorité de la population de la nourriture, de l’équipement médical et
pharmaceutique, des forces humaines disponibles dans cette bataille, en
dévalorisant des vies humaines et en spéculant sur la mort. La seule
chose qu’ils ont à promettre, c’est la militarisation complète de la
société, la répression de ceux qui survivent. Ils préparent déjà les
prochains massacres, imposent la dystopie, financent des armées à la
place des hôpitaux, des flics à la place des médecins. Ils favorisent
les entreprises et les patrons, tout en pillant encore plus les
conquêtes ouvrières, à travers l’arbitraire et l’impunité patronale qui
s’augmentent en pleine pandémie, à travers les licenciements, le travail
au noir, la surexploitation. Même aujourd’hui, Ils avancent dans leurs
opérations répressives contre les militants et les immigrés, ils
tabassent et blessent gravement les antifascistes, comme à Réthymnon (en
Crète).
Ce sont eux qui, depuis des années,
s’efforcent de démanteler les structures de santé publique, via le
sous-financement, les licenciements et les fermetures d’hôpitaux. Ce qui
en résulte c’est le manque énorme d’unités de soins intensifs par
rapport aux besoins réels. Les médecins et les infirmiers qui travailler
livrent une bataille gigantesque et nous soutenons toutes leurs
revendications. Nous exigeons le recrutement immédiat et inconditionnel
(au lieu des contrats à durée déterminée et du travail bénévole) de
personnel médical et infirmier et la disposition de toutes les
ressources et moyens nécessaires pour répondre aux besoins de la
population en matière de soins, la reconnaissance du caractère lourd et
insalubre de leur métier, la prise de mesures afin que le personnel de
santé ne se conduise pas à l’épuisement totale et ne s’expose pas à des
dangers graves pour leur santé.
Ce sont l’Etat et le capital qui ont
incarcéré des dizaines de milliers de personnes, en leur imposant des
conditions de vie extrêmement dangereuses. Leur santé, en raison des
conditions d’incarcération, est encore plus menacée et nous ne tolérons
pas leur traitement en tant que populations à exterminer. Nous exigeons
des mesures de soutien immédiates pour les prisonniers et le
désencombrement des prisons. Nous exigeons la libération des réfugiés et
des immigrés emprisonnés dans des camps de concentration, la
réquisition des grands hôtels vides pour leur logement afin qu’ils
soient protégés contre la pandémie, la création de structures de santé
spéciales pour tous et pour toutes.
Ce sont eux qui ont procédé à la
paupérisation des travailleurs et des chômeurs de sorte que ces derniers
soient confrontés au spectre de la famine. Nous exigeons le
remboursement des salaires pour tous les travailleurs, quel que soit
l’état de l’entreprise dans laquelle ils travaillent et des soins
particuliers pour les démunis et les chômeurs. Il est impératif de
réquisitionner toutes les ressources disponibles de la richesse sociale
que les patrons économiques et politiques ont volées pour les mettre à
la disposition du corps social.
La poursuite éventuelle de la campagne
de répression menée par l’État contre les militant.e.s et contre les
structures de lutte, dans cette condition, relève de la catégorie des
crimes de guerre et c’est en tant que telle qu’elle sera inscrite et
traitée. Arrestations et interpellations par les salauds du ministère
d’ordre publique signifient qu’ils n’hésitent pas, en toute connaissance
de cause et de manière préméditée, à mettre en danger la vie et la
santé des militant.e.s et, par conséquent, des parties de la société,
afin d’atteindre leurs objectifs à long terme.
S’auto-protéger collectivement et
individuellement, au milieu d’une situation sans précédent qui met en
danger la vie d’un grand nombre des personnes, ne signifie en aucun cas
se soumettre aux objectifs de l’État et de la dictature capitaliste qui
voudra imposer des conditions encore plus onéreuses à la grande majorité
sociale. Notre auto-confinement chez nous est prescrit par notre
conscience sociale qui est absolument sincère, contrairement à l’intérêt
hypocrite de l’État et des patrons qui forcent encore une grande partie
de la base sociale et de classe d’aller au travail au risque réel de
leur vie, alors que leur type de travail n’est pas lié aux besoins
impératifs de la société et qui mettent la population en quarantaine,
tout en ne faisant rien pour améliorer le système de santé, que ce soit à
travers le recrutement de personnel et l’approvisionnement en
équipement médical ou l’ouverture de nouveaux unités de soins intensifs.
Les garants de la conscience sociale et de la solidarité ne sont pas,
et ne pourraient jamais l’être, l’État et la police.
Nous mettons en avant la création de
groupes de solidarité spéciaux, en prenant toutes les mesures de
protection nécessaires, afin d’aider les plus vulnérables dans leurs
besoins de base.
Les ressources pour la protection de la
société subsistent et c’est nous, les travailleurs, qui les avons
produites, mais leur gestion se trouve entre les mains d’une minorité
ayant affiché à plusieurs reprises son indifférence pour la vie humaine,
lorsque leur pouvoir et leurs profits se mettent en jeu. Puisque nous
savons que l’État et le capital ne sont obligés de fournir l’élémentaire
que sous pression sociale – car ils préfèrent maintenir le pouvoir et
la richesse d’une maigre minorité plutôt que la santé et la vie de
plusieurs milliers de personnes – nous allons sortir dans les rues,
quand des raisons de conscience nous le prescriront, afin de lutter pour
la vie et contre la mort, en prenant toutes les mesures de précaution
individuelles et collectives nécessaires contre la pandémie.
Le lutte de la base sociale et de classe
contre l’épidémie est le premier pas nécessaire afin que la vie
continue à exister. Ce sera nécessaire de livrer une deuxième bataille,
contre le système étatique et capitaliste qui a imposé les conditions
rendant la propagation du virus beaucoup plus meurtrière, beaucoup plus
massive, et qui impose aujourd’hui le contrôle absolu sur nous.
La solidarité, l’entraide et la lutte ne
peuvent être ni interdites, ni mises en quarantaine. La guerre de
classe, en particulier de la part des détenteurs du pouvoir, n’a pas été
mise en quarantaine et il ne doit pas y avoir une cessation
unilatérale.
Nous allons, en tant qu’êtres humains et
non pas en tant que cannibales individualisés, en tant que résistants
et non pas en tant que résignés et apeurés, en tant qu’anarchistes,
continuer la lutte pour une société d’égalité, en mettant en avant la
protection des vulnérables, l’intérêt primordial pour les besoins
sociaux, pour la prospérité de la société contre celle d’ une caste de
puissants conduisant l’humanité à la dystopie de la mort, de la misère
et du contrôle.
Personne licencié, personne sans-abri, personne affamé, personne abandonné seul face à la pandémie
AUCUN PAS EN ARRIERE FACE A NOS BESOINS !
TOUT POUR TOUS :
NOURRITURE, SANTE, LOGEMENT
CONTRE LA DYSTOPIE DU TOTALITARISME MODERNE, CONTRE LA BARBARIE DE L’ETAT ET DU CAPITAL PRODUISANT LA MORT…
SOLIDARITE SOCIALE ET AUTO-ORGANISATION DE CLASSE
ORGANISATION ANARCHISTE POLITIQUE – FEDERATION DE COLLECTIVES
MARS 2020

Article publié le 03 Avr 2020 sur Ucl-saguenay.blogspot.com