Décembre 22, 2022
Par Réseau Pour L'autogestion
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Cette
contribution, publiée dans la revue en ligne d’ATTAC Les Possibles,  souligne les effets de cette guerre à l’opposé de ce que cherchait
Poutine, à la fois en Ukraine – sur la base des mobilisations populaires pour
la dignité – mais aussi dans son voisinage eurasiatique, comme dans l’OTAN et
l’UE. Elle discute les interprétations d’une OTAN essentialisée comme hostile à
la Russie et d’une guerre réactive de la Russie. Tout en soulignant les
héritages négatifs à dépasser à gauche sur les questions nationales dans un
projet internationaliste, il s’agit de dégager, à partir des enjeux soulevés
par la guerre et des aspirations populaires ukrainiennes des axes de résistance
altermondialistes dans/contre l’UE.

L’invasion de l’Ukraine décidée par Poutine le 24 février a
produit l’inverse de tous ses objectifs. La résistance à cette agression révèle
ce qu’il en est d’une Ukraine supposée appartenir « à un seul peuple » russe et
être marquée depuis la crise de 2013-2014 par un « coup d’état nazi » soutenu
par l’Occident et menaçant de génocide les populations russophones.

Je partage la critique de cette thèse faite par des autrices et
auteurs ukrainiens de gauche qui ont une indépendance critique vis à vis de
tous les impérialismes et de toutes les propagandes d’Etat (y compris celles de
Zelensky)
1. Ces critiques n’impliquent évidemment pas de négliger
l’importance (en Ukraine comme en Russie, en France et ailleurs dans le monde)
de forces d’extrême-droite, leur évolution et différentiation idéologique et
leurs rapports aux institutions et à la violence, leurs moyens
2.
l’issue de la guerre pèsera aussi sur ces facteurs. Sous l’angle des dérives
totalitaires de l’appareil d’Etat, l’Ukraine soutient de loin en sa faveur une
comparaison avec l’Etat de la Fédération de Russie et son contrôle des oligarques
face au « pluralisme oligarchique » de l’Ukraine et à ses plus grandes marges
de libertés
3.

 

Une société mobilisée
pour sa dignité – dans la paix comme dans la guerre

 

Ce sont précisément de telles marges inexistantes en Russie qui
permirent à plusieurs reprises la remise en cause par les urnes et dans la rue
des autocrates en place. Ce fut le cas de la «Révolution Orange » de 2004
catalysée par le rejet de la corruption et des fraudes électorales et marquée
par l’espoir populaire envers de nouveaux partis supposés démocratiques qui se
disaient « pro-européens ». Les désillusions envers ces partis, eux même
gangrénés par la corruption, expliquent la victoire de Yanoukovitch (dit pro-russe
») aux élections de 2010 dans une politique qui se voulait d’équilibre entre
Russie et UE. Mais le processus de test des promesses faites à l’épreuve du
pouvoir s’est poursuivi face aux pratiques du nouveau président oligarque, à
ses décisions verticalistes, à l’enrichissement de sa famille, à la violence de
ses forces répressives. Telles furent, en 2014, les sources profondes de son
discrédit y compris dans sa propre région d’implantation – d’où sa fuite en
Russie. Ainsi, au-delà des épisodes violents et confus, certainement marqués à
la fois par les soutiens occidentaux et le service d’ordre musclé de
l’extrême-droite protégeant les manifestants en 2014, la chute de Yanoukovitch
(entérinée par le parlement) fut d’abord et avant tout due à un nouveau « dégagisme
» populaire, quel que soit son instrumentalisation par divers droites.

Les confusions de ces soulèvements ressemblent à celles des Gilets
Jaunes et de tant d’autres mouvements de masse dans des contextes politiques et
sociaux brouillés. Les limites de cette « révolution » sont également évidentes
: le régime oligarchique n’a aucunement été supprimé. Mais l’appellation «
révolution » exprime l’accumulation d’expériences donnant une force durable et
profonde aux mobilisations périodiques d’une société en quête de justice
sociale.

C’est ce soulèvement de masse de 2014 qui a été appelé «
révolution de la dignité » évoquant les centaines de milliers de manifestant
s’organisant pour occuper la Place de l’Indépendance (Maidan) tout en y
exprimant de multiples revendications. Il fut aussi appelé de façon moins
convaincante l’« Euro-Maïdan » – ce qui tendait à ramener à tort le mouvement à
un soulèvement « pro-européen ». Mais il fut assimilé, à Moscou et par une
partie de la gauche, à une « révolution de couleur » (comme 2004) réduite à
être un pion instrumentalisé par les puissances de l’OTAN. On retrouve cette
approche (ou plutôt ignorance) de la société dans l’actuelle guerre. Une autre
partie de la gauche a fait à l‘époque le choix de s’insérer dans Maïdan en
luttant, sur plusieurs fronts
4.

Or ces aspirations populaires et cette autonomie critique de la
société vis-à-vis des partis institutionnels ont continué à se manifester,
après le supposé « coup d’Etat nazi », pendant le quinquennat du nouveau
président et oligarque Petro Porochenko élu en 2014 : en ont témoigné l’absence
de stabilisation du nouveau pouvoir et sa chute finale en 2019 Après l’annexion
de la Crimée et le déclenchement de la guerre hybride dans le Donbass (faisant
quelque 15 000 morts), le pays vécut des crises gouvernementales et des
scandales financiers affectant le président. Celui-ci ne prit guère de mesures
sociales pour aider les milliers de personnes fuyant les conflits du Donbass et
ne put surmonter les impasses des Accords de Minsk
5.
L’autonomie de choix de la population se manifesta à nouveau, cinq ans après le
dit « coup d’état » supposé contrôlé par l’Occident , par l’élection surprise
d’un acteur juif extérieur aux partis politiques existants dont la langue
maternelle était le russe. C’est une campagne promettant de régler
pacifiquement le conflit du Donbass et de s’attaquer à la corruption qui lui a
assuré une majorité écrasante sans précédent, dans tout le pays (fort éloignée
des thématiques de l’extrême-droite qu’avait en partie repris Porochenko)
6.

La mobilisation populaire contre l’invasion et celle du
gouvernement Zelensky prenant sa tête – également imprévues par les forces de
l’OTAN – ont consolidé la popularité de Zelensky, toutes composantes politiques
confondues, dans toute l’Ukraine. C’était en pratique un choix populaire de
souveraineté ukrainienne. Ceci est notamment vrai parmi la grande masse de la
population de l’est et du sud russophone du pays – censée être sauvée d’un «
génocide nazi ». Les forces russes sont très loin de contrôler le territoire
des régions annexées après de pseudo-référendums et elles peinent à trouver des
maires prêts à en gérer les villes.

Contre les interprétations (et citations multiples) selon
lesquelles l’OTAN pousse l’Ukraine à une guerre sans fin pour faire tomber la
Russie, c’est plutôt en sens inverse des pressions pour tempérer l’offensive
ukrainienne à laquelle on a assisté en ce début novembre. Ce sont d’ailleurs
encore les Etats-majors de l’OTAN qui ont modéré les dénonciations de Zelensky
attribuant à la Russie les frappes faisant deux morts en Pologne. En vérité,
s’il est vrai bien sûr que sans les armes et l’aide logistique évidente fournie
à l’armée ukrainienne celle-ci aurait été en position de faiblesse poussant à
la capitulation rapide, la force de la résistance et les victoires remportées
sont – derrière les armes – dues à la détermination d’une population résistant
à une agression vécue pour ce qu’elle est – néo-coloniale, impériale.

Quelle gauche appelait les Vietnamiens à négocier – plutôt qu’à
vaincre?

La gauche douterait elle de la réalité d’une résistance relevant
d’une lutte de libération nationale si l’ « opération militaire » avait été
lancée par la France contre la colonisation russe, puis la politique
stalinienne, pèse lourd. C’est un fait que souligne bien l’écrivaine et
chercheuse spécialiste de l’Inde Rohini Hensman :

Alors que les colonies des
puissances impérialistes d
Europe occidentale étaient principalement
situées outre-mer, les empires mongol, est-européen et ottoman colonisaient des
pays attenants, de sorte qu
il était facile de commettre lerreur de brouiller la distinction entre lempire et l’État. Si personne ne penserait
que l
Inde
fait partie de l’État britannique, lorsque Poutine considère l
Ukraine comme faisant partie de l’État
russe, il n
est
pas le seul, et ce n
est pas la première fois quil le fait7.

Mais elle souligne aussi, comme le fait très clairement Bernard
Dréano (rapprochant lui aussi l’Ukraine et l’Irlande)
8 des
désaccords divisant notamment les marxistes (et les bolcheviks sur les
questions nationales
9.

L’ignorance, l’occultation ou le dénigrement de l’Ukraine comme
acteur déterminant à la fois dans les finalités de Poutine et dans la
résistance à son agression sont à la racine d’une assimilation erronée de la
guerre en cours à une guerre mondiale inter-impérialiste – comme le fut la
Première Guerre mondiale. Une telle présentation justifie évidemment la reprise
des grands slogans de pacifisme et défaitisme révolutionnaire de l‘époque et
l’appel à se retourner partout contre un « ennemi » qui est « dans son propre
pays ». Je me suis dissociée de cette interprétation de la guerre en cours dès
mon refus de signer l’appel féministe pacifiste international
10 qui –
à juste titre – se solidarisait avec les féministes pacifistes russes mais
omettait de reconnaître aux féministes ukrainiennes « le droit de résister »
11. De
nombreux textes (de femmes et hommes de gauche en Ukraine défendant ce droit –
et celui de se protéger, dans l’immédiat et pour l’avenir, notamment avec des
armes) explicitent ce débat dans un recueil qu’il faut lire et discuter
12.

Ce droit de résister à la domination russe a évidemment des effets
mondialisés. On y reviendra. Il est important de souligner un impact
spécifique, essentiel pour l’avenir et l’issue de cette guerre, dans les
anciennes républiques soviétiques qui s situent dans l’environnement proche de
la Russie. C’est ce qu’on se limitera ici à évoquer pour qu’on y prête
attention. Il s’agira du Belarus
13
associé à plusieurs projets de la Russie dont celui d’Union économique
eurasiatique (UEE), d’une part ; puis du Kazakhstan essentiel à l’alliance
militaire avec la Russie et plusieurs autres Etats (OTSC) qui est intervenue
tout début 2022 suite aux émeutes sans précédent affectant ce pays en 2021.

 

Enjeux géopolitiques en
Eurasie

Le Belarus entre union
organique avec la Russie et UEE

La décision de Poutine n’a pas seulement été marquée par un
jugement erroné sur la société ukrainienne. Mais elle se fondait aussi sur le
bilan de l’annexion de la Crimée. Or si celle-ci avait été accueillie avec un
enthousiasme populaire patriotique en Russie, elle avait produit de tout autres
réactions parmi les autocrates des républiques post-soviétiques alliés.

Mais Poutine allait sous-estimer ce facteur en raison d’évolution
récentes au Belarus et au Kazakhstan.

Rappelons tout d’abord que l’annexion de la Crimée rompait avec le
Protocole de Budapest signé en 1996 par la Russie avec l’Ukraine (et de façon
similaire avec le Belarus et le Kazakhstan) avec le soutien des Etats-Unis :
l’accord prévoyait que la Russie récupérait l’ensemble des armes nucléaires de
l’époque soviétique mais devait en contre-partie respecter les frontières des
nouveaux Etats indépendants. Si cette annexion fut populaire en Russie, elle
fut perçue avec appréhensions par les oligarques du Belarus et du Kazakhstan
attachés à leur souveraineté étatique.

C‘est pourquoi l’orientation de Poutine a joué pragmatiquement sur
plusieurs scénarios et types d’unions. D’une part, il espérait que l’Ukraine et
le Belarus se rapprocheraient de la Russie pour consolider un « pôle russe »
dans la construction d’une Union économique eurasiatique (UEE). Celle-ci
s’inspirait de l’Union européenne dans le partage de dimensions communautaires
et séparées (respectant la souveraineté des Etats). Le projet visait à intégrer
notamment tous les pays ex-soviétiques situés entre la Fédération de Russie et
l’UE (dont la Georgie et l’Arménie, outre le Belarus et l’Ukraine) – exactement
les mêmes pays qui étaient visés pour participer au projet de « partenariat
oriental » lancé par l’Union européenne depuis 2009. C’est l’hésitation de
Yanoukovitch et finalement son choix de ne pas signer l’accord de partenariat
avec l’UE qui provoqua a crise de 2013
14.

Suite à l’annexion de la Crimée, le président Loukachenko
dirigeant du Belarus depuis quelque 25 ans, avait pris ses distances avec
Poutine, se rapprochant de l’UE pour diversifier ses dépendances et échapper
aux sanctions. L’autocrate préférait négocier avec un pouvoir russe affaibli du
temps de Eltsine qu’avec un Poutine ayant rétabli son contrôle sur ses propres
oligarques et aux ambitions manifestes. Mais il n’a pas hésité à se tourner
vers ce dernier quand son propre pouvoir fut menacé en 2020-2021 par le
soulèvement populaire contre les fraudes électorales.

Il s’est alors instauré entre les deux dirigeants un processus de
négociation d’une étroite union impliquant des changements constitutionnels en
Belarus : ceux-ci ont autorisè la présence de bases militaires russes (voire à
portée nucléaire) ; mais ils ont réaffirmé la neutralité du pays et donc exclu
(pour l’instant) toute entrée directe en guerre. Loukachenko s’est trouvé
obligé de préciser que le pays n’a pas été « avalé »
15.

Mais cette évolution souligne – loin des interprétations
fatalistes sur l’expansionnisme russe – que ces rapprochements récents sont
allés à contre-courant des tensions visibles entre 2014 et 2022. Il s’est donc
agi d’un contexte essentiel pour comprendre l’optimisme de Poutine fort du
déploiement de ses troupes aux frontières de l’Ukraine, au Belarus, début 2022.
Mais c’est aussi l’instabilité du pouvoir de Loukachenko dans sa propre société
qui s’est révélée dans la recherche d’un tel rapprochement au sommet et au plan
militaire. Et cela souligne qu’il s’agit là aussi d’une possible source de
faiblesse pour l’aventure guerrière lancée par Poutine.

Les résistances rencontrées en Ukraine et donc la durée et la
violence de la guerre impliquent certes en Russie comme au Belarus un cours
répressif intérieur plus radical. Mais il est loin d’être sans failles. Et ces
failles sont essentielles pour l’avenir. Dans les tout premiers jours de la
guerre il y eut des expressions de solidarités syndicales contre cette
invasion. Elles ont suscité (comme en Russie) très vite une répression radicale
notamment contre des dirigeants du Congrès des syndicats démocratiques du
Bélarus (BKDP) et de syndicats de la métallurgie (SPM) ou de la
radio-électronique (REP). Cette répression a suscité des protestations
syndicales de solidarité venant notamment de Russie (de la part de la KTR
-Confédération du Travail de Russie fondée en 1995, elle-même menacée), et d
Ukraine – de la part de la Confédération des syndicats libres dUkraine la KVPU16. Les
travailleurs des chemins de fer du Belarus ont entrepris de fait des actions de
type « partisan » qui joueront sûrement un rôle essentiel dans / contre cette
guerre – pour rendre difficile l
acheminement
de renforts et ravitaillement des troupes russes en Ukraine.

Aucune nation au monde ne
souhaite la guerre. Les peuples russe, ukrainien et bélarussien ne font pas
exception. Peu de peuples dans le monde ont subi des pertes aussi terribles et
sacrifié la vie de dizaines de millions de leurs citoyens dans leur histoire
comme l
ont
fait nos trois peuples, des peuples qui sont si proches les uns des autres. Et
le fait que le gouvernement russe ait déclenché une guerre contre l
Ukraine aujourdhui ne peut être compris, justifié ou
pardonné. Le fait que l
agresseur ait envahi lUkraine depuis le territoire du Belarus
avec le consentement des autorités bélarussiennes ne peut être ni justifié ni
pardonné.

Des choses irréparables se
sont produites, et leurs conséquences à long terme sur la vie de plusieurs
générations empoisonneront les relations entre Russes, Ukrainiens et
Biélorusses. Au nom des membres des syndicats indépendants du Bélarus, des
travailleurs de notre pays, nous nous inclinons devant vous, nos frères et
sœurs ukrainiens. Nous vous présentons nos excuses pour la honte, la honte que
le gouvernement biélorusse a imposée à tous les Biélorusses, en étant devenu l
allié de lagresseur et en lui ayant ouvert la
frontière avec l
Ukraine.

Toutefois, nous tenons à vous
assurer, chers Ukrainiens, que la grande majorité des Biélorusses, y compris
les travailleurs, condamnent les actions irréfléchies du régime biélorusse
actuel qui tolère l
agression russe contre lUkraine. Nous exigeons une cessation
immédiate des hostilités et le retrait des troupes russes d
Ukraine, ainsi que du Bélarus.17

Les avancées de la résistance ukrainienne auront un impact direct
spécifique sur toutes les sociétés post-soviétiques notamment celles (ouvertes
à des relations vers Moscou mais aussi vers la Chine et l’occident) avec
lesquelles Moscou veut stabiliser et étendre l’Union économique eurasiatique
(UEE)
18. Celle-ci est contrainte de respecter la souveraineté des Etats.
La capacité d’exploitation par Moscou des conflits internes à chacune des
sociétés placées dans son environnement particulier (comme l’Arménie dans ses
conflits avec l’Azerbaïdjan) ne relève pas d’une pure relation de force. Qu’il
s’agisse des pouvoirs autocratiques des sociétés post-soviétiques ou des
sociétés aspirant à plus de démocratie et de justice sociale l’indépendance des
nouveaux Etats est une donnée forte de la nouvelle phase historique
post-soviétique.

Les dimensions néo-coloniales et brutales de l’intervention russe
en Ukraine sont et seront des facteurs de déstabilisation et tensions dans les
relations de Moscou avec ses voisins. Cela est vrai pour ce qu’il adviendra;
au-delà du Belarus, de l’UEE mais aussi de sa contrepartie militaire –
l’Organisation du Traité de Sécurité Collective – OTSC
19.

L’OTSC – et le test du
Kazakhstan avant et après l’invsaion russe.

Cette alliance militaire regroupe avec la Russie cinq anciennes
républiques soviétiques (Kazakhstan, Biélorussie, Arménie, Tadjikistan,
Kirghizistan). Elle est née après l’échec de projets antérieurs beaucoup plus
larges.

Copiant lOTAN et visant à soit à
contrebalancer son poids ou négocier des sphères d’influence, son article 4 est
l’équivalent de l
article 5 de lAlliance atlantique : en cas dacte dagression contre lun des
Etats membres, tous les autres doivent lui fournir l
assistance nécessaire, y compris militaire. Mais en pratique, cette
alliance militaire n’était pas intervenue en tant que telle jusqu’à début 2022.
Elle s
est dotée en 2019 d’une force
d’intervention rapide de 20 000 hommes et d
une
force de maintien de la paix de 3 600 membres reconnue par l
ONU. D’opaques enjeux de pouvoir se sont mêlés à des émeutes
sociales sans précédent protestant contre des hausses de prix de gaz naturel
liquéfié (où sont impliquées des firmes multinationales).

Fin 2021, le président du Kazakhstan a fait appel à lOTSC en décrétant un « état durgence
» supposé provoqué par « une intervention étrangère ». Le retour au calme a été
facilité par des mesures sociales. Mais les forces sont de l’OTSC intervenues
début janvier 2022 en se retirant au bout d’une semaine. Moscou comptait
certainement tirer avantage de ce qui apparaît comme un succès pour d’autres
tâches à venir face aux désordres mondiaux et à la débâcle de l’OTAN en
Afghanistan.

En effet c’est la crainte d’interventions des Talibans venus
d’Afghanistan qui a suscité, à la fin de l’opération de l’OTSC au Kazakhstan –
et donc juste avant l’invasion de l’Ukraine – des propositions de consolidation
et d’extension des interventions de cette Alliance militaire : la représentante
russe au sein de l’Alliance évoqua ainsi l’objectif de
créer une ceinture sécuritairenon seulement autour de lAfghanistan,
mais aussi sur le pourtour de l
OTSC20.

Un tel scénario sans aucun doute souhaité par Poutine, entrait
fort bien dans le panorama d’une recomposition des « sphères d’influence »
négociée sur la base de rapports de force consolidé pour Moscou par l’union
avec le Belarsus et le succès attribué à l’OTSC au Kazakhstan face à la crise
de l’OTAN. On peut même avancer l’hypothèse que Poutine escomptait que son «
opération politique » en Ukraine soit, comme celle de l’OTSC au Kazakhstan
extrêmement courte et « efficace ».

La résistance ukrainienne a fait échouer ce scénario. Or le
Kazakhstan, qui joue un rôle central dans l’OTSC et son avenir, ne soutient pas
ouvertement ce qui s’est transformé en guerre. Et, comme l’allié chinois, il ne
veut ni brûler toutes les cartes des rapports à l’Occident, ni soutenir un
perdant, et encore moins accepter un non respect encore plus grave qu’en 2014
du protocole de Budapest selon lequel Moscou respectait les frontières de
nouveaux Etats indépendantes en récupérant leurs armes nucléaires. Fait
significatif d’un enjeu complexe pour Poutine, des manifestations de
protestation populaire contre cette guerre se sont déroulées (sans répression…)
au Kazakhstan et le pouvoir en place a affiché une neutralité et non pas un
soutien clair face à la Russie
21.

Illustrant le même enjeu (pouvant susciter les mêmes inquiétudes
pour Poutine), le dirigeant chinois, pourtant supposé son allié, s’est rendu en
septembre.. au Kazakhstan. Xi Jinping a même explicitement souligné le premier
jour de sa visite dans ce pays d’Asie centrale qu’il aidera le Kazakhstan à
“sauvegarder son indépendance nationale, sa souveraineté et son intégrité
territoriale »
22 – avant de se rendre en Ouzbékistan…

La guerre en Ukraine est donc en train d’affecter profondément le
poids de la Russie dans son environnement, bien au-delà du Kazakhstan, comme
l’analyse Vicken Cheterian :

« Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie » on assiste à « une
vague de déstabilisation du Caucase à l’Asie centrale »
23

La guerre en Ukraine reste intitulée de façon orwellienne «
opération militaire » pour en minimiser la signification et évolution réelle.
Une déclaration de guerre explicite (demandée par les faucons d’extrême-droite
en Russie) serait dangereuse pour la stabilité interne de la Russie (comme on
l’a découvert à l’occasion de la récente mobilisation « limitée ») ; mais comme
on l’a souligné ici, elle poserait aussi problème chez les alliés les plus
proches de la Russie.

 

Du maintien de l’ OTAN à
la construction de l’UE

Il n’en demeure pas moins que pour tous les courants ou pays
éloignés de la Russie – et souvent ignorants de l’histoire longue de ses
rapports à l’Ukraine, ses discours contre l’extension de l’OTAN aux portes de
la Russie et contre le suprémacisme étasunien ont du poids. C’est vrai même
quand l’invasion de l’Ukraine est dénoncée : elle reste souvent présentée comme
réactive ou défensive face à une Alliance atlantique construite contre la
Russie et dans le contexte d’une évidente supériorité de l’impérialisme
étasunien au plan

économique et militaire. D’où un néocampisme (soutenant le camp
de tout ennemi de l’ennemi principal)
24.

Sans épargner l’agression de la Russie, Tony Wood a cherché à
mettre en évidence une « matrice de la guerre »
25 sur
trois axes en interaction, Etats-Unis, Otan, Ukraine. Il distingue dans son
introduction une « responsabilité immédiate » de la Russie poutinienne dans
cette guerre qu’il condamne, et ce qu’il appelle une « responsabilité
historique » – celle de l’OTAN. Mais cette responsabilité-là se précise mal.
Elle se ramène soit à un « contexte » n’expliquant pas une vraie guerre, soit à
désigner « les armes » (de l’OTAN) qui se battent contre la Russie – en
omettant de souligner qu’il y a derrière les armes – et les rendant plus
efficaces que celles des forces russes – le choix et les motivations du peuple
ukrainien. Fallait-il ne pas résister à ce qui est bien décrit comme une
agression – et sinon, avec quelles armes ?

De plus il faut discuter bien d’autres zones d’ombres et angles
morts des analyses proposées si l’on veut cerner les enjeux d’une situation
sans précédent historique.

D’une part, il faut parler d’une guerre concrète dans une
situations concrète. Et c’est alors plutôt la crise ouverte et réelle
de l’OTAN en 2021- et non pas une menace de l’OTAN contre la Russie –
qui explique l’aventurisme de l’offensive guerrière lancée par Poutine. S’y
ajoutent, incitant également à l’offensive russe, les causes d’optimisme de
Poutine évoquées plus haut concernant la fragilité de Zelensky, l’union avec le
Belorus et le succès de l’OTSC au Kazakhstan. Il n’y avait là aucune menace
contre la Russie.

Par ailleurs, on ne peut comprendre la cible et victime de cette
offensive – et la résistance qu’elle a rencontrée – qu’à partit de ce contenu
néo-colonial impérial russe niant le droit d’autodétermination de l’Ukraine. Le
passage à une offensive concrétisant un tel rapport est permis par le contexte
de court terme perçu comme favorable par Poutine, mais il relève (comme il l’a
lui-même explicité) d’une légitimation qui se veut historique en y incluant la
contestation de la reconnaissance (Poutine dit la « création ») par Lénine de
l’indépendance ukrainienne
26 ; il s’y ajoute un argument «
anti-nazi » mobilisant le souvenir de la Seconde guerre mondiale. Il s’agit là
encore d’un enjeu distinct de l’OTAN.

Mais l’analyse concrète de l’Alliance atlantique et de son
évolution doit aussi être précisée. Poutine comme tout le monde savait que ses
membres dominants ne voteraient pas l’adhésion de l’Ukraine – précisément pour
ménager des intérêts partagés avec Poutine. Ce point n’est pas un détail. Son
omission relève d’une vision à la fois dépassée et essentialisée d’une OTAN
anti-Russe qui fusionne et obscurcit plusieurs contextes opaques que l’on ne
peut qu’évoquer succinctement ici. D’une part la Russie n’est pas l’URSS (axe
du mal « communiste »), ni sa continuité. Et c’est la Fédération de Russie avec
à sa tête Eltsine qui a été un acteur clé (avec les représentants de l’Ukraine
et de la Biélorussie) de la dissolution de l’Union combinée avec le
démantèlement capitaliste de son système accueillie à bras ouverts par les
Etats-Unis et le FMI. Il ne s’est pas agi d’une agression extérieure mais de
choix ou pèsent des basculements historiques d’une partie essentielle de
l’ancienne nomenklatura communiste. Les scénarios de l’insertion dans la
globalisation capitaliste n’ont pas été les mêmes pour l’opaque unification allemande
27, la
Russie de Eltsine ou la Chine – ni pour les différents pays issus de l’ex-URSS
ou de l’Europe de l’Est
28. La nouvelle Fédération de
Russie fut soutenue à bras ouverts par les Etats-Unis – y compris ses sales
guerres contre la Tchétchénie, dont celle menée par Poutine s’insérant dans
l’idéologie du partenariat avec l’OTAN et ses nouvelles « guerres de
civilisations » contre le terrorisme islamique remplaçant le communisme.

En effet, la (nouvelle) Russie n’était pas la cible du maintien de
l’OTAN en 1991 puis des premiers infléchissements de ses fonctions (avec la
première guerre offensive de l’OTAN à propos du Kosovo en 1999). Dans ces deux
contextes il est plus crédible de souligner ce que fut la principale motivation
de Washington : l’unification allemande et la construction (simultanée) d’une
nouvelle Union européenne incorporant cette Allemagne unifiée
29.
Celle-ci fut un imprévu catalysé par la décision de l’unification monétaire
après la chute du Mur de Berlin – une chute historique, sans répression du côté
de la RDA, parce que soutenue par Gorbatchev venu négocier des crédits avec
l’Allemagne fédérale. Le dirigeant de l’URSS escomptait construire une « Maison
commune européenne » – non sans oreille attentive du côté de Mitterrand. Et alors
que les Etats-Unis (et la GB) voulaient contrôler l’Allemagne unifiée en
l’incorporant dans l’OTAN, la France négociait avec la nouvelle Allemagne la
fin du DM et la construction d’une nouvelle Union européenne UE).

Et c’est contre la volonté d’autonomisation politique de cette UE
et son extension vers l’Europe de l’Est que les Etats-Unis ont infléchi leur
propre exploitation de l’OTAN. Celle-ci fut au bord de l’éclatement lors des
premières « frappes » contre la Yougoslavie de Slobodan Milosevic
30. Le scénario
des trois mois de guerre au Kosovo est fort différent de celui de l’Ukraine.
L’intervention offensive de l’OTAN (sans mandat de l’ONU) était censée se
limiter à quelques « frappes ». Et pour éviter l’éclatement de l’Alliance et le
pire des fiasco, il a fallu insérer rapidement le Conseil de sécurité de l’ONU
(donc la Russie) dans le processus de négociation de la fin de la guerre. Sa
résolution 1244 – dont s’est régulièrement revendiqué Milosevic (mais non pas
les Albanais du Kosovo) – mit en place un protectorat international provisoire
profondément instable et corrompant.

Il était possible de soutenir le droit d’autodétermination des
Albanais du Kosovo – contre les rapports de domination que voulait imposer
Milosevic – tout en critiquant radicalement le maintien et les impasses des
fonctions nouvelles que les Etats-Unis attribuaient à l’OTAN
31,
accompagnées de fake news pour les légitimer
32. Rien
de tout cela n’était une menace contre la Russie. Les choix provisoires
d’alliance d’une partie des Albanais du Kosovo (l’UCK – Armée de libération du
Kosovo) avec les Etats-Unis et l’OTAN ne remettaient pas en cause la racine
profonde du conflit (historique et concret récent) avec Belgrade – et donc
l’enjeu de l’autodétermination des Albanais du Kosovo. Celle-ci s’est exprimée
dans des contextes évolutifs, jusqu’à la proclamation par le parlement du pays
en 2008 de l’indépendance du pays – qui n’a jusqu’à ce jour toujours pas été
été reconnue par Belgrade ni (donc) par une partie de l’ONU et de l’UE.

Comme en Ukraine, la population du Kosovo a jugé la corruption
profonde et le désastre économique du pays, indépendamment des enjeux
géopolitiques mondiaux. Et en 2021 un vote populaire massif sans précédent a
marginalisé dans cette ancienne province de Serbie les partis « historiques »
alliés avec les Etats-Unis en se portant vers le jeune parti de gauche, «
Autodétermination » : celui-ci a mené campagne sur la base d’une critique
radicale de la corruption et en défense d’un programme social substantiel – tout
en tournant ses espoirs vers l’UE
33.

De même que l’Ukraine a demandé à y adhérer… Comment la gauche
(critique de l’UE) doit-elle traiter une telle demande ?
 

Quels axes solidaires
altermondialistes ?

La demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE, la militarisation des
budgets associée à l’OTAN et les enjeux de la transition écologique associés à
la guerre sont les trois « dossiers » qu’il faudrait ouvrir et gérer urgemment,
mais de façon durable, à l’échelle européenne et au-delà dans une optique
altermondialiste. L’ampleur des crises combinées que la guerre aggrave avec des
effets mondialisés touchant en premier les populations les plus pauvres impose
des réponses à la même échelle.

Il faut affronter la réalité des divergences et la complexité
d’enjeux conflictuels dans ces divers dossiers dans une optique volontairement
pluraliste pour tenter d’élargir les horizons (et les perceptions différentes
des enjeux selon les régions, pays d’où l’on parle, histoires vécues), les
connaissances nécessairement inégales d’un passé et d’un présent complexe, afin
de rapprocher les critères de jugement et objectifs prioritaires – en
s’efforçant de dégager ce qui permet d’agir en commun.

Je pense qu’il est possible et nécessaire d’intégrer les trois
dossiers évoqués plus haut dans le cadre d’une approche générale dans/contre
l’UE – qui pourrait trouver sa place dans la revitalisation d’un espace public
et militant de débats européens comme aurait pu l’être l’Altersummit.

 Décoloniser
les approches de l’Europe

En premier lieu, il devrait y avoir prise de conscience des
méfaits de l’ignorance de tout un « continent » – l’Europe de l’est, au sens
large, vers l’Eurasie. La décolonisation des analyses et réponses passe
notamment par un combat sémantique. Il implique de rejeter systématiquement
l’assimilation de l’UE à « l’Europe » – comme les Etats-Unis se sont proclamés
« l’Amérique ». Au point qu’on proposait aux populations d’Europe de l’Est de «
rejoindre l’Europe », et que les premiers commentaires radiophoniques de la
guerre en Ukraine la situait « aux portes de l’Europe ». On peut décortiquer
plusieurs dimensions derrière un tel vocabulaire: comment pourrit-on critiquer
« l’Europe » ? Sauf à devenir « nationaliste » ? Tel était le stigmate et choix
généralement associés aux bouleversements politiques en Europe de l’Est.
L’adhésion à « l’Europe » ne pouvait être qu’une évidence de progrès et de
civilisation par comparaison à la « non-Europe » (de l’Est, ou communiste, ou
balkanique…). J’ai critiqué un tel vocabulaire dans le cadre du Forum subversif
de Zagreb en 2012 où Attac intervenait, en renversant l’éclairage nécessaire
partant de la périphérie « balkanisée » pour critiquer les pratiques et
vocabulaires « civilisateurs » de l’UE envers les Balkans et l’Europe de l’Est:
«Le forum social des Balkans : une chance pour une autre Europe »
34.

Il est de notre responsabilité – à partager avec nos collègues et
camarades de ces pays – de tirer sans complaisance le bilan des conditions dans
lesquelles ces pays ont été exploités (dans le cadre du démantèlement de leur
système et de la dictature du parti unique), par un dumping social et fiscal
radical supposé les « moderniser » et démocratiser
35.

Le fait qu’un vocabulaire apologétique de ce type soit utilisé par
Volodymyr Zelensky dans ses interventions devant le Parlement européen n’aide
évidemment pas à convaincre les courants de gauche ayant déjà tendance à mettre
l’Ukraine entre parenthèses dans leur approche de la guerre. Mais il faut à ce
propos distinguer deux aspects : la dénonciation de la guerre néo-coloniale de
la Russie et la reconnaissance du droit de légitime défense du pays agressé ne
dépend pas de la nature de la direction de ce pays (et n’exige pas un pays «
idéal ») ; mais nous sommes évidemment politiquement libres de décider de la
façon dont nous exprimons notre solidarité.

De ce point de vue je m’inscris et propose de s’inscrire dans le
cadre d’un Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU/ENSU)
36 qui
est doté de la plateforme suivante :

Nous,
collectifs de mouvements sociaux, syndicats, organisations et partis, d
Europe de lEst et de lOuest, opposé-es (…) à la guerre et à tous les néo-colonialismes
dans le monde, voulons construire un réseau par en bas, indépendant de tout
gouvernement POUR :

  1. La
    défense d
    une Ukraine indépendante et
    démocratique!
  2. Le
    retrait immédiat des troupes russes de tout le territoire ukrainien. L
    arrêt
    de la menace nucléaire que constitue la mise en état d
    alerte
    des armes nucléaires russes et le bombardement des centrales ukrainiennes
    !
  3. Le
    soutien à la résistance (armée et non armée) du peuple ukrainien dans sa
    diversité, en défense de son droit à l
    autodétermination.
  4. Lannulation
    de la dette extérieure de l
    Ukraine
    !
  5. Laccueil
    sans discrimination de tous les réfugié-e-s d
    Ukraine
    et d
    ailleurs !
  6. Le
    soutien au mouvement anti-guerre et démocratique en Russie et la garantie
    du statut de réfugié-e politique aux opposant-e-s à Poutine et aux soldats
    russes qui désertent !
  7. La
    saisie des biens des membres du gouvernement, des hauts fonctionnaires et
    des oligarques russes en Europe et dans le monde ; et l’application des
    sanctions financières et économiques en protégeant les populations
    défavorisées de leurs effets.

Au-delà, nous luttons aussi, en lien avec les courants qui
partagent ces objectifs en Ukraine et en Russie :

  1. Pour
    un désarmement nucléaire global. Contre l
    escalade
    militaire et la militarisation des esprits.

  1. Pour
    le démantèlement des blocs militaires
  2. Pour
    que toute aide à l
    Ukraine
    échappe à l
    emprise et aux conditions daustérité
    du FMI ou de l
    UE.
  3. Contre
    le productivisme, le militarisme et la concurrence impérialiste pour la
    puissance et le profit qui détruisent notre environnement et nos droits
    sociaux et démocratiques.

Comme l’indique le début de la plateforme, le réseau intègre
organiquement (dans ses réunions, ses campagnes, ses débats) des composantes
(associations, syndicalistes, partis) d’Europe de l’Est. En pratique, la
priorité a été donnée aux liens avec l’ONG socialiste Sotsianly Rukh
37, des syndicalistes du Belarus,
et les composantes de la gauche russe (avec des campagnes solidaires envers
ceux qui s’opposent à la guerre en Russie ou la fuient).

C’est dire que la lutte contre la guerre se combine avec plusieurs
campagnes qu’il est possible de rejoindre : la demande d’annulation de la dette
ukrainienne
38 qui épargne les oligarques et permet au FMI d’exercer des
pressions pour le démantèlement des services publics et la hausse des tarifs d’énergie
; mais aussi des campagnes syndicales contre les lois qui ont été proposées et
finalement adoptées, exploitant le contexte de guerre pour démanteler les
droits sociaux. On trouvera également sur le site l’analyse radicalement
critique du projet « de reconstruction de l’Ukraine » préparés dans la
conférence de Lugano en juillet 2022 tournée vers une exploitation de l’Ukraine
désastreuse socialement et écologiquement subordonnée à la logique de profit
39.

« Est-ce que la gauche européenne devrait soutenir la demande
d’adhésion de l’Ukraine à L’UE ? » interroge un texte d’une activiste de
Sotsialny Rukh
40 (SR). Elle répond positivement – y compris du point de vue
collectif de son organisation – à cette question. Non sans analyse lucide de ce
qu’est l’UE – et de ce qu’a été son effet dans ses périphéries de l’Est et du
sud. Elle écrit à ce sujet :

Nous
pouvons tirer des enseignements de l’expérience d’autres pays d’Europe de l’Est
et du Sud. La Pologne, la Slovaquie et d’autres pays de l’UE ont connu une
libéralisation dans divers domaines, directement encouragée ou tolérée par
l’UE. Dans de nombreux pays d’Europe orientale, la part des contrats à durée
déterminée a augmenté dans les années 2000, tandis que les contrats à durée
indéterminée sont devenus plus rares. Dans le même temps, des réformes ont été
mises en œuvre pour faciliter le licenciement de travailleurs, par exemple,
avec l’argument que cela conduirait à la création de nouveaux emplois. Ces
évolutions se sont produites, bien qu’inégalement, dans tous les pays d’Europe
de l’Est et ont été accélérées par des crises telles que la crise financière de
2008, qui a conduit à un approfondissement des politiques néolibérales dans
l’UE et dans le monde. Il convient également de mentionner le rôle de la Banque
centrale européenne dans la promotion du conservatisme budgétaire et ses
conséquences sur le bien-être de la population, que nous avons pu observer dans
l’exemple de la Grèce.
(Ma traduction.CS)

Dès lors pourquoi soutenir l’adhésion à l’UE ?

La question est en réalité dépassée, mais intéressante à discuter.
Dépassée parce que la demande officielle d’adhésion a été déposée, et quatre
mois plus tard – en juin dernier, les vingt-sept ont accepté que l’Ukraine et
la Moldavie soit officiellement candidates. Mais la question demeure
intéressante car le statut de « candidat » n’implique nullement l’adhésion
réelle. Il ouvre un long processus de négociation – dont une partie des pays
des Balkans ne sont toujours pas sortis depuis des années : de l’ancienne
Yougoslavie, seule la Slovénie et la Croatie ont été intégrées. Toutes les
autres républiques attendent l’achèvement du processus (et il est en partie sur
une voie de garage pour la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo). Les représentants
des Balkans de l’ouest verraient bien mal une intégration de l’Ukraine plus
rapide que pour eux.

La question réelle est donc celle des conditions d’intégration –
qu’est-ce qui est « négocié » ? Et la gauche a t-elle des campagnes solidaires
à mener sur ce plan.

Qu’en dit notre camarade ukrainienne ?

D’une part elle souligne qu’il est possible d’exploiter la
solidarité exprimée envers l’Ukraine face à la guerre pour légitimer avec
forces des conditions spécifiques accordées au pays :

L’UE
devrait admettre l’Ukraine dans des conditions qui garantissent la possibilité
d’une reconstruction sociale et égalitaire et ne pas y créer d’obstacles. (…)
Le droit européen de la concurrence et la restriction radicale des politiques
protectionnistes créent des obstacles importants à une reconstruction sociale
et progressive de l’Ukraine. Des exceptions à ces lois devraient donc être
faites pour l’Ukraine. Ce ne serait pas le premier cas de ce genre. Des pays
comme le Danemark ont même rejoint l’Union avec des conditions spéciales qui
ont créé des exceptions à d’autres lois.

Elle souligne de plus que les politiques néo-libérales ont été
promues en Ukraine sans l’adhésion à l’UE – et notamment dans le cadre du «
Partenariat oriental ». L’adhésion confèrerait au moins des droits et ne serait
pas pire que la périphérisation absolue sans droits.

Par ailleurs, dit-elle, pour le peuple ukrainien

l’adhésion
à l’UE revêt une grande importance symbolique – c’est le principal objectif de
la politique étrangère du pays depuis 2014. S’y opposer serait très impopulaire
et nécessiterait des alternatives équivalentes claires qui n’existent pas
actuellement.

Elle estime que les droits européens sont dans certains domaines plus
progressistes que ceux de l’Ukraine, et donc que l’intégration à l’UE favorise
le combat pour des avancées sociales. Mais surtout,

l’intégration
peut faciliter la mise en réseau d’organisations locales comme Sotsialnyi Rukh
avec d’autres acteurs de gauche et conduire au développement de relations à
long terme – ce qui, à son tour, peut garantir que l’attention portée aux
problèmes en Ukraine ne reste pas liée aux événements de la crise.

En réalité c’est bien ce que la gauche européenne devrait construire
– des liens européens avec les pays de l’Europe de l’est et des Balkans pour
des campagnes en faveur de droits et d’objectifs communs. Et pour une mise à
plat des conditions d’adhésion. Ce faisant, ce qui s’impose est un
questionnement des Traités existants, de leurs modifications en cours (sans
processus constituant) et des politiques mises en œuvre face aux grandes
crises imbriquées : environnementale, financière (depuis 2008 – quelles
transformations et fragilités bancaires) et politiques (effets de la guerre en
cours).

L’aide
à l’Ukraine n’implique pas la militarisation des budgets : pour une soumission
des politiques budgétaires et militaires de chaque pays au contrôle des
sociétés

Il est essentiel de pouvoir à la fois défendre une politique
solidaire avec la résistance (armée et non armée) de l’Ukraine face à une
agression meurtrière néo-coloniale, et de garder un jugement indépendant et
critique sur les politiques menées par nos gouvernements. J’ai cité
explicitement la plateforme du Réseau européen solidarité Ukraine (RESU/ENSU).
Je redis ses derniers points :

  1. Pour
    un désarmement nucléaire global. Contre l
    escalade
    militaire et la militarisation des esprits.

  1. Pour
    le démantèlement des blocs militaires
  2. Pour
    que toute aide à l
    Ukraine
    échappe à l
    emprise et aux conditions daustérité
    du FMI ou de l
    UE.
  3. Contre
    le productivisme, le militarisme et la concurrence impérialiste pour la
    puissance et le profit qui détruisent notre environnement et nos droits
    sociaux et démocratiques.

Mais la façon de se battre sur ces objectifs impose de briser une
approche « globalisante » et essentialiste de l’OTAN et des aides et de
distinguer plusieurs enjeux qui devraient être débattus pour élaborer une
plate-forme mondialisée « pour une paix juste et durable » :

  • l’OTAN
    aurait du être dissoute avec le Pacte de Varsovie en 1991. Son maintien et
    l’évolution de ses fonctions (d’une alliance défensive vers une Alliance
    offensive et intervenant n’importe où) ont été des processus ni
    transparents ni démocratiques. Le bilan de ses interventions devrait être
    fait dans chaque pays impliqué. Mais il en va de même de tous les pactes
    militaires : nous devons nous opposer aux logiques de partage des sphères
    d’influence appuyées sur des pactes permanents camouflant mal des rapports
    de domination.
  • Toutes
    les armées devraient retourner sur leur territoire d’origine et placées
    sous le contrôle des pays concernés. Ce qui pemet d’ouvrir un processus
    concret de démilitarisation – et de jugement au cas par cas des aides
    militaires pour des causes jugées justes. Dans ce cadre, les forces armées
    d’un pays peuvent aussi être impliquées par un accord international dans
    une action de maintien de la paix, hors de leur territoire – sous contrôle
    de l’ONU ou des pays concernés.
  • La
    guerre en Ukraine a été lancée par la Russie. L’aide à l’Ukraine ne
    transforme pas la guerre en guerre inter-impérialiste. L’aide pour la
    défense à l’Ukraine est légitime et devrait rester soumise au contrôle de
    la population ukrainienne et de ses choix quant aux conditions de
    négociation.
  • Chaque
    population, dans chaque pays devrait pouvoir contrôler ce que sont les
    budgets alloués réellement à l’Ukraine et à d’autres objectifs et conflits
    : un mouvement progressiste anti-guerre mondialisé ne peut mettre sur le
    même plan guerre d’agression d’un pays dominant et guerre défensive d’un
    pays agressé. Une lutte juste – les armes à la main contre des
    agressions armées – doit être défendue, même si l’on reconnaît aussi
    l’objection de conscience et le choix possible de résistance non-violente.
    mais ce choix appartient aux personnes et aux peuples agressés.

La reconstitution d’un Etat et régime autocratique en Russie avec
des dimensions interventionnistes militaires et impériales pose d’évidents
problèmes de sécurité pour les pays proches de la Russie et les populations de
la fédération susceptibles de se révolter contre des rapports de domination. –
comme ce fut le cas en Tchétchénie. Le fait que les pays concernés perçoivent
(à tort ou à raison) l’OTAN comme un cadre protecteur rend impossible pour la
gauche de se mobiliser pour la dissolution de l’OTAN tant que cette situation
de menace perdure venant de Russie. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas
nécessaire de critiquer les projets de l’OTAN et l’extension de ses budgets.

Des
sanctions contre le régime poutinien aux politiques environnementales
européennes.

L’urgence climatique et la solidarité contre cette guerre
devraient être combinées à notre critique de l’UE : le régime poutinien nourrit
ses politiques agressives de la rente tirée des énergies fossiles.. Les
sanctions qui visent les importations russes doivent en même temps accélérer le
processus de transition énergétique – et donc évidemment refuser l’augmentation
de production d’énergies fossiles ailleurs, et en particulier le déploiement de
production et distribution de Gaz Naturel Liquéfié.

Cette politique impose en même temps la protection des droits
sociaux et des emplois – impliquant un vaste projet pan-européen de
planification des reconversions et des investissements dans les énergies
renouvelables. Cela pourrait être adressé aux populations de l’ensemble des
pays européens – y inclus de Russie, à la condition que la guerre cesse.

Utopie ?

Transformons cela en « utopie concrète » – et « s’ils ne nous
permettent pas de rêver, débrouillons nous pour les empêcher de dormir »…

Catherine Samary

 

1 C’est le
cas des membres de l’ONG socialiste ukrainienne Sotsialny Rukh (Mouvement
social) dont on peut trouver sous cet intitulé de nombreuses contribution
s en
anglais ou français sur le site ESSF. https://www.europe-solidaire.org/spip.php?auteur23574
; mais on peut également lire (et discuter en français avec) ls chercheuses et
chercheurs ukrainiens Daria Saburova « Questions sur l’Ukraine », Contretemps,
3 octobre 2022, https://www.contretemps.eu/questions-sur-lukraine/,
ou encore Denys Gorbach, lire notamment son entretien du 19 mars 2022 https://www.mediapart.fr/journal/international/190322/denys-gorbach-le-changement-de-la-societe-ukrainienne-echappe-poutine
; ou Hanna Perekhoda, cf. sur ESSF https://www.europe-solidaire.org/spip.php?auteur13466.

2 Il faut
lire notamment les commentaires à ce sujet parfois différents mais rejetant
tous la thèse du « coup d’Etat fasciste » : cf. Denys Gorbach, entretien du 19
mars 2022 https://www.mediapart.fr/journal/international/190322/denys-gorbach-le-changement-de-la-societe-ukrainienne-echappe-poutine
; ou encore Volodymyr Ishchenko dans NLR https://newleftreview.org/issues/ii133/articles/volodymyr-ishchenko-towards-the-abyss
.

3 Lire à
ce sujet Denys Gorbash, «L’économie politique de l’Ukraine de 1991 à 2022» in
Karine Clément, Denys Gorbach, Hanna Perekhoda, Catherine Samary, Tony Wood,
L’invasion de l’Ukraine. Histoires, conflits et résistances populaires. La
dispute 2022

4 J’ai
explicité les divergences traversant la gauche, sur le présente et héritées du
passé dans « Une gauche ukrainienne en construction sur plusieurs fronts » https://www.contretemps.eu/une-gauche-ukrainienne-en-construction-sur-plusieurs-fronts/

5 Lire à
ce propos Daria Saburova, « Question ..; » art. cité note 1.

6 Cf.
Volodymyr Ishchenko, art.cité ote 2

7 Lire
Rohini Hensman, « L’internationalisme socialiste et la guerre en Ukraine »,
Revue Inprecor n° 697-698, mai-juillet 2022,http://www.inprecor.fr/article-L%E2%80%99internationalisme-socialiste-et-la-guerre-en-Ukraine?id=2571

8 Lire «
Questions nationales : de ‘Irlande à l’Ukraine » le 21 novembre 2022 sur le
site https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/21/questions-nationales-de-lirlande-a-lukraine/
.Je reviens également sur ces désacords parmi les marxistes et en particulier
les bolcheviks à ce sujet dans mon chapitre « Le prisme de l’autodétermination
des peuples. Le cas de l’Ukraine », du livre collectif L’invasion…op. cité.

9 Un thème
que je traite explicitement dans l’article « Une gauche… « cité note 4.

10 Cf. mon
texte publié le 30 mars 2020 dans Contretemps : « Quelle solidarité avec le
peuple ukrainien ? A propos du manifeste féministe contre la guerre» :https://www.contretemps.eu/solidarite-ukraine-manifeste-feministe-guerre/

11 C’est
le titre du Manifeste féministe des femmes ukrainiennes que j’ai soutenu,
publié en français le 7 juillet 2022 sur https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/070722/le-droit-de-resister-manifeste-feministe
et sur le site de la revue ukrainienne Commons, en anglais =https://commons.com.ua/en/right-resist-feminist-manifesto/

12 Cf.
Brigades éditoriales de solidarité, L’Ukraine insurgée, 2022 Syllepse. lire la
présentation : :https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2022/11/23/la-guerre-et-la-paix-ou-le-silence-de-la-mer-noire/

13 Le
terme Belarus est la transcription du nom utilisé par le pays depuis son
indépendance – plutôt que Biélorussie.

14 Lire à
ce sujet David Teurtrie, « Où en est l’Union économique eurasiatique? Entre
instabilité sociopolitique et ambitions géo-politiques »,
Ramses 2022 (2021), pages 160 à 165. Je
présente aussi cet enjeu de 2014 dans mon article cité en note 11 « La société
urainienne.. » » pour les Possibles n°2.

15
Cf.Vitkine, Benoit, et Thomas d’Istria. 2021. « Loukachenko et Poutine avancent
vers « l’intégration » de leurs deux pays ». Le Monde.fr, 10 septembre 2021. https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/10/loukachenko-et-poutine-avancent-vers-l-integration-de-leurs-deux-pays_6094142_3210.html.

16 Voir
notamment la les actions syndicales solidaires menées en défense des
syndicalistes de Biélorussie :https://solidaires.org/sinformer-et-agir/actualites-et-mobilisations/internationales/cgt-fsu-solidaires-la-diplomatie-francaise-doit-exiger-la-liberation-des-syndicalistes-bielorusses-arretees/
et les informations publiées par les « brigades

17
Reproduit sur le site d’Attac :https://france.attac.org/se-mobiliser/ukraine-pour-une-solidarite-internationaliste/article/declaration-du-comite-executif-du-congres-des-syndicats-democratiques-de

18 Lire à
ce sujet David Teurtrie, « Où en est l’Union économique eurasiatique? Entre
instabilité sociopolitique et ambitions géo-politiques »,
Ramses 2022 (2021), pages 160 à 165.

19 Lire
David Teurtrie, «L’OTSC : une réaffirmation du leadership russe en Eurasie
post-soviétique ? », Revue de Défense nationale,
2017/7 (N°
802)
,
pages 153 à 160.

20 Cf.
Aldan Engoian, « Après leur intervention au Kazakhstan, d’autres projets pour
les ‘casques bleus’ de l’OTSC », ESSF 14 janvier 2022 ,https://europe-solidaire.org/spip.php?article60720

21 Lire
Samolovitch Marina & Al « Kazakhstan : comment la société Kazakhe est
divisée sur la guerre en Ukraine », ESSFhttps://europe-solidaire.org/spip.php?article61913

22 Ces
déclarations sont rapportées par un média d’Etat chinois selon le journal belge
La Libre le 15/09 https://www.lalibre.be/international/asie/2022/09/14/le-president-chinois-dit-quil-aidera-le-kazakhstan-a-sauvegarder-son-independance-nationale-6YEDFA5CCRCOZH7X3EIG2IDEKI/

23 Cf.
Vicken Cherterian, « Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie : une vague de
déstabilisation du Caucase à l’Asie centrale » publié le 14 novembre 2022 sur
ESSF (traduction Alencontre) https://europe-solidaire.org/spip.php?article64822).

24 Sur l’origine et l’évolution de cette notion et des
positionnements anti-impérialistes notamment face aux conflits du Moyen-Orient
lire Gilbert Achcar,
https://www.contretemps.eu/anti-imperialisme-revolutions-arabes-libye-syrie-campisme
/. J’ai exprimé une critique des approches « campistes » face à la crise du
Kosovo (1999) et à celle de l
Ukraine
en 2014, cf. C. Samary « Quel internationalisme dans le contexte de la crise
ukrainienne ? Les yeux grands ouverts contre les
campismesborgnes
» (ESSF janvier 2016 : https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37993

25 Son
texte publié sous ce titre en anglais dans le n° 133-134 (janvier-avril 2022)
de la New Left Review a été reproduit en français (et discuté) dans le livre
collectif L’Invasion de l’Ukraine,.. op. cité

26 Lire à
ce sujet Hanna Perekhoda « Lénine a-r-il inventé l’Ukraine ? Poutine et les
impasses du projet impérial russe », inL’invasion…livre collectif op. cité. »
Lire également Marko Bojcun,
The
Workers’ Movement and the National Question in Ukraine 1897-1918
, Brill Publishers,
Leyde, 2021. On peut en lire l’introduction en ligne sur le site https://www.historicalmaterialism.org/blog/workers-movement-and-national-question-ukraine-1897-1918-introduction;
etZbigniew Kowalewski, « Pour l’indépendance de l’Ukraine soviétique »,
Cahiers du socialisme, 2022.

27 Lire «
Le problème international de la réunification allemande », infrastructure de
recherche CVCE de l’Université de Luxembourg, dernière mise à jour le 7 juillet
2007, http://www.cvce.eu/obj/le_probleme_international_de_la_reunification_allemande-fr-9dbf0263-d91c-4f7d-9f05-f36f1bfa09e7.html
; ou encore Fritz Vilmar, Gislaine Guittard,
La face cachée de lunification allemande », Éditions de
l’Atelier, Paris, 1999 ; Rachel Knaebel et Pierre Rimbert, « Allemagne de
l’Est, histoire d’une annexion »,
Le
Monde diplomatique
,novembre 2019.

28 J’ai
proposé un éclairage synthétique sur ces questions dans « aux origines de la
restauration capitaliste » pour le journal suisse SolidaritéS du 26 mai 2021,
en ligne sur https://www.pressegauche.org/Aux-origines-de-la-restauration-capitaliste

29 Je
défends et explicite ce point de vue, dans « Le prisme de l’autodétermination…
« art. cité du livre L’invasion, op.cité. Lire également ma contribution sur
l’enjeu de l’autodétermnation dans le contexte yougoslave- « Droit d’autodétermination : le cas yougoslave »publié
dans les Actes du Colloque International «La justice et la guerre» / Justice
and War», Paris, octobre 1999 Revue Internationale d’Arts et de Sciences,
Dialogue Volume 8, n°31/32, automne / Hiver 1999https://basepub.dauphine.fr/bitstream/handle/123456789/9480/Le%20droit%20d%20autodetermination.PDF?sequence=1&isAllowed=y
)

30 Idem

31 C’est
le point de vue que j’ai défendu dans « Quel internationalisme… », article
cité, note 16

32 Cf.
Serge Halimi, « Le plus grand bobard de la fin du XXè siècle » https://www.monde-diplomatique.fr/2019/04/HALIMI/59723.
Et sur la légitimation rétrospective et évolutive de l’intervention de l’OTAN
lire Serge Halimi, Dominique Vidal, Henri Maler, Mathias Reymond,
Lopinion, ça se travaille… Les médias, les « guerres
justes » et les « justes causes »
, Agone, coll. « Éléments », Marseille, 2014.

33 Cf .
mon article, « un tournant historique » et le dossier récapitulant l’évolution
du Kosovo es élections, dans la revue Inprecor http://www.inprecor.fr/article-Un-tournant-historique?id=2428

34 https://france.attac.org/actus-et-medias/le-flux/articles/le-forum-social-des-balkans-une-chance-pour-lautre-europe

35 En
guise de contribution à ce débat, lire outre divers articles du Monde
Diplomatique, « Des privatisations forcées à la démocratie imposée : quels
critères d’adhésion à l’Union européenne ?» Revue Internationale et stratégique
2002/3 (n°47) pp.29-36, https://www.cairn.info/revue-internationale-et-strategique-2002-3-page-29.htm

36 Voir
son site, https://ukraine-solidarity.eu/,
avec ses textes d’appui, ses campagnes (en diverses langues).

37 Lire
sur Sotsialny Rukh (SR) « Qui sommes nous ?»https://rev.org.ua/sotsialnyi-rukh-who-we-are/
et sur le site du réseau, les rapports de délégations qui se sont rendues en
Ukraine pour rencontrer les activistes des mouvements sociaux et les textes de
membres de SR

38

39 Lire :https://ukraine-solidarity.eu/to-read/pour-la-reconstruction-dune-ukraine-dmocratique-indpendante-pluraliste-et-sociale

40 Cf.
Olena Slobodian, « Should leftists campaign for Ukraine’s accession to the EU?
», publié sur ESSF le 16 août 2022 : https://europe-solidaire.org/spip.php?article64734




Source: Pourlautogestionlereseau.blogspot.com