Mai 9, 2022
Par Rebellyon
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Le 30 mars dernier, Gabriel Attal, porte parole du gouvernement, annonçait la dissolution du Groupe Antifasciste Lyon et Environs (GALE). La GALE est le dernier groupe en date à faire les frais de cette procédure éminemment politique, décidée en Conseil des Ministres.

Ce qui est reproché aux membres de la GALE ?

Dans les grandes lignes, de participer à des manifestations non déclarées, où « des slogans hostiles » aux forces de l’ordre sont « proférés », de s’opposer à la « violence et au racisme d’Etat » au moyen d’un « discours idéologique », de mettre en lumière et de dénoncer la violence de la police, de ne pas hésiter à s’opposer à des groupuscules néofascistes, de relayer des informations sur des luttes et surtout d’avoir une audience massive sur les réseaux sociaux.

À la lecture de ces motifs, il apparait clairement que l’État cherche à faire taire toute critique de son fonctionnement et de sa police.

Même si le calendrier choisi par le gouvernement ne laisse que peu de doute sur la dimension électoraliste de cette manœuvre réalisée dans le cadre d’une campagne présidentielle penchant résolument à l’extrême-droite, cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large d’accélération des procédures de dissolution et d’élargissement du champs des associations concernées à l’œuvre depuis 2010.

Le quinquennat Macron a fait plus que confirmer cette tendance puisque 29 associations ont été dissoutes administrativement au cours de cette période, notamment plusieurs associations de lutte contre le racisme et l’islamophobie et contre la colonisation des territoires palestiniens par l’État d’Israël. Aucun autre président de la Ve République n’en avait prononcé autant. Pas même de Gaulle qui en dix ans de pouvoir a pourtant usé de cette disposition d’exception à de nombreuses reprises, notamment pour faire taire la contestation issue de mai 68.

La nouveauté cette fois-ci, c’est la mobilisation d’un article de la loi Séparatisme, taillé sur mesure pour s’attaquer aux groupes de gauche radicale. C’est par le biais de cet article, qui vient renforcer les dispositions de l’article L212-1 du Code de Sécurité Intérieure, que la GALE est accusée de « provoquer à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ».

Notons qu’avec un critère de dissolution aussi large, les collectifs et organisations politiques et syndicales qui ont appelé à manifester contre la Loi Sécurité Globale, la réforme des retraites, ou encore les appels à blocage et à manifestations lancés sur facebook par des groupes gilets jaunes pourraient tout aussi bien tomber sous le coup de cette loi.

Déjà, en janvier Gérald Darmanin avait commencé a étudier les possibilités légales de dissoudre le média Nantes Révoltée, épargné pour l’instant.

Le ministère de l’Intérieur renoue ici avec un usage historique de la dissolution, aux fins de museler des résistances à l’ordre établi : dans les années 50, des organisations indépendantistes et anticoloniales étaient visées ; dans les « années 68 », c’est au tour des groupes d’extrême-gauche (Gauche Prolétarienne, Ligue Communiste, le Mouvement du 22 mars etc.) ; dans les années 80, ce sont une nouvelle fois des organisations de gauche extra- parlementaire, ainsi que des indépendantistes corses qui sont attaqués ; ou encore le mouvement kurde dans les années 90.

Les mâchoires juridiques se complètent d’année en année pour attaquer ceux et celles qui se permettent encore de critiquer le gouvernement. La loi séparatisme est venue compléter un mille-feuille répressif déjà conséquent : loi Sécurité Globale ; état d’urgence permanent ; incarcération massive pour des motifs politiques ; blessures et mutilations ; lois “anti- casseurs” après les Gilets Jaunes ; état d’urgence sanitaire ; avalanche de mesures racistes et antisociales ; poursuites judiciaires pour avoir affirmé que « la police tue ». Pourtant, la contestation ne disparaît pas.

Alors que le mois dernier, un rugbyman argentin était abattu en plein Paris par d’anciens membres du GUD (ancien syndicat étudiant d’extrême droite) sur fond de racisme, et que les idées d’extrême droite, les idées racistes et néofascistes s’expriment de plus en plus massivement dans l’espace médiatique, nous disons que la dissolution d’un groupe antifasciste participe au renforcement de cette tendance nauséabonde.

C’est pourquoi, que le recours intenté devant le conseil d’État par les avocat.es de la GALE visant à annuler la mesure de dissolution aboutisse ou non, nous affirmons que les idées et les pratiques de l’antifascisme continueront d’exister et d’infuser dans la société, dans les esprits, dans la rue.

Ces luttes sont légitimes et nécessaires. Elles perdureront malgré l’arbitraire des décisions administratives et tous les gouvernements qui les attaqueront trouveront face à eux des gens déterminés à s’opposer au tournant autoritaire que l’on veut nous imposer et à défendre le droit à critiquer le gouvernement et ses politiques.

Premiers signataires

ADAM L’ANCIEN, rappeur

Sophie ALLAERT, avocate au Barreau de Paris

Florence ALLIGIER, avocate au barreau de Lyon

Éric AUNOBLE, historien

Jean AGNES, professeur honoraire, philosophe de l’éducation

Sonia AKUE, avocate au barreau de Lyon

Judith BAZIN, avocate au barreau de Montpellier

Carole BAZZANELLA, avocate au barreau de Paris

Arnaud BEAL, enseignant-chercheur, psychologue

Geneviève BERNANOS, pour le collectif des mères solidaires

Olivier BESANCENOT, porte parole du NPA

Michèle BLANC, avocate au barreau d’Annecy

Antoine BON, avocat au barreau de Strasbourg

Taha BOUHAFS, journaliste

Nohra BOUKARA, avocat au barreau de Strasbourg

Coline BOUILLON, avocate au barreau de Créteil

Agnès BOUQUIN, avocate au barreau de Lyon

Vincent BRENGARTH , avocat au barreau de Paris

Vanessa CODACCIONI, maîtresse de conférence en science politique

Adrien CORNET, délégué syndical de la CGT Grandpuits.

Lionel CRUSOE, avocat au barreau de Paris

Emmanuel DAOUD, avocat au barreau de Paris

Benoit DAVID, avocat au barreau de Paris

Alexandre DERKSEN, avocat au barreau de Lyon

Virginie DESPENTES, romancière

Thomas DOSSUS, sénateur du Rhône

Adeline DUBOST, avocate au barreau de Lyon

Sylvain DUBRAY, avocat au barreau de Lyon

David DUFRESNE, écrivain et réalisateur

Jules FALQUET, professeure des universités en philosophie

Nicolas FANGET, avocat au barreau de Lyon

Didier FASSIN, anthropologue

Nicole FOULQUIER, avocate au barreau de Béziers

Olivier FORRAY, avocat au barreau de Lyon

Clara GANDIN, avocate au barreau de Paris

Jean-jacques GANDINI, avocat honoraire au barreau de Montpellier

Barbara GLOWCZEWSKI, anthropologue

Gaétan GRACIA, ouvrier de l’aéronautique, CGT ateliers de Haute-Garonne

Zoé GUILBAUD, avocate au barreau de Nantes

Georges GUMPEL, Union Juive Française Pour la Paix- Lyon

Anis HARABI, avocat au barreau de Paris

Mohamed JAITE, avocat au barreau de Paris

Sarah JUST, avocate au barreau de Lyon

Fayçal KALAF, avocat

Anasse KAZIB, porte-parole de Révolution Permanente

Raphaël KEMPF, avocat au barreau de Paris

Amid KHALLOUF, élève-avocat

Aurore KOECHLIN, sociologue

Frantz KOSKAS, avocat au barreau de Lyon

Isabelle KRZYWKOWSKI, professeur de littérature

Geoffroy DE LAGASNERIE, sociologue et philosophe

Mathilde LARRERE, historienne

Christian LEDUC, auteur-compositeur

Christophe LE GRONTEC, avocat au barreau de Paris

Janaïna LEYMARIE, avocate au barreau de Toulouse

Simon LE ROULLEY, sociologue

Jean-Pierre LEVARAY, écrivain

Virginie LEVERT, avocat au barreau de Lyon

Albert LEVY, avocat et ancien magistrat

Cécile LINOSSIER, avocate au barreau de la Haute-Loire

Aymeric LOMPRET, humoriste

Olivier LONG, maître de conférence en arts

Frédéric LORDON, économiste

Juliette LOUEDEC, élève-avocate

Xavier MATHIEU, comédien, ex-porte parole des Contis

Elasa MARCEL, avocate au barreau de Paris

Caroline MECARY, avocate aux barreaux de Paris et du Québec

Hélène MELMI, avocate au barreau de l’Aube

Pascale-Marie MILAN, anthropologue

Yolanda MOLINA UGARTE, ouvrière, avocate au barreau de Bayonne

Carine MONZAT, avocate au barreau de Lyon

Olivier NEVEUX, professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre

Ugo PALHETA, sociologue

Alain PARRAU, universitaire et écrivain

Hugo PARTOUCHE, avocat au barreau de Paris

Frédéric PAULIN, écrivain

Philippe PELLETIER, géographe

Bastien POIX, avocat au barreau de Dijon

Philippe POUTOU, porte-parole du NPA

Tancrede RAMONET, réalisateur

Mme Muriel RESSIGUIER, députée La France Insoumise de l’Hérault

Mathieu RIGOUSTE, sociologue

SAÏDOU (Sidi Wacho), artiste

Julien SALINGUE, docteur en science politique

Xavier SAUVIGNET, avocat au barreau de Paris

Dimitrios SCARPALEZOS, maitre de conférence en mathématiques

Karine SHEBABO, avocate au barreau de Paris

SKALPEL, rappeur militant

SID, artiste militant

Alessandro STELLA, historien

Fabien TARRIT, maître de conférence en économie

Romain TELLIEZ, maître de conférence en histoire

Vincent UBEDA, élève avocat

Patrick VASSORT, maître de conférence en sociologie

Pedro VIANNA, poète

Maud YOULOUNTAS, réalisatrice

Yannis YOULOUNTAS, réalisateur

Organisations :

Fédération Anarchiste

NPA 69

NPA jeunes Lyon

Squat NOTARA 26, Athènes

Groupe ROUVIKONAS, Athènes

Union syndicales Solidaires (Alsace, 11, 12, 31, 34, 45, 53, 73, 85) Sud Education 85

Syndicat de la magistrature

Association Table Rase




Source: Rebellyon.info