Juin 14, 2020
Par Rouen Dans La Rue
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À Rouen comme ailleurs, et peut-être plus qu’ailleurs depuis Lubrizol, nous respirons un air pollué. Nous ressentons fortement la dégradation de notre environnement, nous cherchons des refuges temporaires dans les promenades fugaces de nos dimanches en forêt. Sauf que…. 63 ha, soit un tiers de la forêt du Madrillet sont actuellement voués à une destruction visant à libérer de l’espace pour agrandir la zone d’activité qui la jouxte. On pourrait penser que c’est triste pour les oiseaux, les lézards et les enfants qui font du vélo le dimanche mais que cela a une formidable utilité économique et sociale. Or, ce n’est pas juste triste : ce projet local s’inscrit dans la longue liste de projets semblables qui artificialisent notre monde et le mettent en danger absolu ; il s’inscrit aussi dans la longue liste des grands projets destructeurs que produit une économie libérale et financiarisée.

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L’artificialisation des sols

En France, après une légère baisse les années précédentes, le mouvement d’artificialisation des sols est reparti à la hausse depuis 2016. Un peu partout sur le territoire, on bétonne des terres agricoles, on rase des forêts pour construire des immeubles, des entrepôts, des parkings, des routes, pour ouvrir des carrières extractives ou de stockage des déchets. Le dernier exemple, qui finalement a plongé sous sa propre démesure, était le projet Europacity dans le Val-d’Oise : un parc d’activités touristiques impliquant la destruction de 80 ha de terres agricoles (parmi les plus fertiles d’Europe).

Le mouvement est mondial : en Indonésie et en Malaisie c’est la volonté de produire de l’huile de palme (les ¾ destinés à produire des agro-carburants) qui conduit à la destruction de la forêt ; au Brésil il s’agit de transformer des espaces forestiers sauvages en surfaces consacrées à l’agro-business (élevage de bétail et cultures de soja OGM pour nourrir ce bétail) : depuis l’arrivée au pouvoir du président Bolsonaro, la déforestation en Amazonie brésilienne a progressé de 85 % (atteignant plus de 10 000 km2 en un an – l’équivalent d’un pays comme le Liban) ; en Afrique, la forêt est également menacée par l’activité de grandes entreprises étrangères, principalement chinoises et russes – surtout en Afrique occidentale (la forêt du Bassin du Congo est la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, après l’Amazonie) : près de 14 000 hectares de forêt ont disparu au Ghana et en Côte d’Ivoire en 2018 au profit de la culture du cacao. Derrière toutes ces destructions, se profile donc une logique de surconsommation et de besoins largement artificiels (en viande, transports, chocolat).

En outre, les forêts produisent 40% de l’oxygène que nous respirons. Elles contribuent également à rafraîchir l’atmosphère : on considère qu’un arbre qui respire équivaut à cinq climatiseurs qui tourneraient pendant 20 heures. Au contraire, la destruction des forêts (principalement par le feu) libère de l’oxyde de carbone et pollue l’atmosphère. 20% des émissions actuelles de gaz à effet de serre proviennent de la dégradation des forêts. La déforestation participe donc directement et activement au changement climatique.

Une économie artificielle

Le projet prévu sur les terres du Madrillet relève en outre d’une logique de spéculation. On nous vante une grande zone de développement économique, technologique, des emplois, des formations. En réalité là encore, le projet s’inscrit dans une logique qu’on connaît bien et qui a déjà joué si souvent ailleurs ! Un peu partout dans les grandes villes françaises ont surgi de terre d’immenses zones d’activité et de bureaux. C’est que toute une série d’investisseurs (assurances, banques, fonds d’investissement privés et fonds souverains) ont une masse de capitaux disponibles pour lesquels ils espèrent des retours sur investissement rapides. Un actif immobilier n’est pas, pour eux, destiné à être habité, mais à être vendu, puis revendu avec bénéfice. D’où le caractère aberrant de certains projets et l’accumulation d’espaces vides non habités (à long terme ces investissement sont toxiques mais à court terme un bénéfice a été réalisé). Dans l’agglomération toulousaine ce sont ainsi 240 000 m2 de bureaux qui sont vides (en dix ans, le stock total de bureaux vides a été multiplié par deux dans cette agglomération), en En Île-de-France, ce sont 4,5 millions de m2 de bureaux qui sont inoccupés, dont plus d’1 million à Paris … et l’on continue à construire.

Il y a fort à parier que la future zone tertiaire du Madrillet, initiée par la même logique spéculative et sans correspondre ni à une demande ni à un besoin, subira le même sort. On aura détruit une forêt pour construire des bureaux et des hôtels vides et pour nourrir une bulle spéculative.

Les collectivités territoriales trouvent bien sûr un intérêt à court terme dans ces opérations, puisque la vente des terrains est pour elles une véritable manne.

Rompre

Si nous critiquons Bolsonaro, ne faisons pas à moindre échelle ce qu’il fait en Amazonie. Rompons avec une logique de mépris de la nature.

Si nous ne voulons pas participer à l’accroissement du changement climatique, préservons nos forêts. Rompons avec une logique mortifère.

Si nous ne voulons pas de l’absurdité d’un monde où la finance investit et construit par pur jeu spéculatif, refusons un projet qui dégradera notre santé, nos lieux de vie et de plaisir. Rompons avec cette logique strictement capitaliste.

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Source: Rouendanslarue.net