Traduction : Collectif anarchiste Emma Goldman.
Nous, membres du Black Rose/Rosa Negra Rojava-Syria Solidarity Committee (BRRN-RSSC), condamnons fermement le régime de Bachar al-Assad et ses alliés russe et iranien pour leur récente conquête d’Alep-Est. La défaite brutale des rebelles d’Alep, composés à la fois de laïcs et d’islamistes, a entraîné des bombardements massifs et un siège par le régime syrien et ses alliés russe et  iranien contre une population civile estimée, dans les derniers mois, à 250 000 personnes. Le 12 décembre 2016, cette politique de «la terre brûlée» sur Alep-Est a mené à la défaite finale des rebelles dans cette partie de la ville, et à un «accord» permettant leur évacuation et celle des familles encore sur place afin de pouvoir sécuriser la zone. Toutefois, des rapports crédibles ont prévenu que dans plusieurs cas, les forces victorieuses d’Assad et ses alliés n’ont pas respecté les trêves avant la capture complète de la ville. Elles sont accusées d’avoir fait disparaître par la force des centaines d’hommes et d’enfants lors de leur reprise des anciennes positions tenues par les rebelles dans la citadelle millénaire. La défaite de ceux qui défendaient ce qui était appelé «Alep libre» a été engendrée par les méthodes les plus cruelles, incluant la destruction gratuite de vies humaines, plus particulièrement celles des enfants, de bombardements aériens et de frappes d’artillerie du régime et des Russes sur les districts tenus par les rebelles. Ces nombreuses atrocités, dont sont accusées les forces syriennes et paramilitaires lors de la prise d’Alep-Est, font partie du modus operandi de terreur despotique généralement employé par le régime Assad, et qui a mené à la disparition d’environ 60 000 personnes depuis le début de la Révolution syrienne en mars 2011.
Le Rojava-Syria Solidarity Committee reconnaît totalement que la Révolution syrienne existe toujours et qu’elle continue malgré la perte d’Alep aux mains des forces du régime. La chute dévastatrice d’Alep  et l’énorme souffrance humaine qui en a découlé représentent des tragédies aux proportions immenses dont les révolutionnaires et l’humanité en général ne peuvent négliger. Cette «victoire» pour le régime Assad et ses crimes contre l’humanité laisse présager le pire pour la Révolution syrienne. Avec la capture d’Alep, et celle de Daraya survenue il y a quatre mois, seules quelques villes syriennes restent au-delà de la portée dictatoriale d’Assad. Exceptés pour le Rojava et les territoires tenus par l’État islamique, seul Erbil et quelques petites villes restent sous le contrôle des rebelles. Devant les pillages, la destruction des besoins de base, la résurgence de maladies autrefois disparues, les exécutions de masse, le danger de mourir brûlé sous l’écroulement de bâtiments et d’avoir seulement un hôpital en fonction dans une ville d’environ 2 millions de personnes, tout ce qu’il reste aux gens est de fuir la guerre ou d’y participer. Concernant la lutte armée, nous voulons spécifier que le groupe d’extrême-droite maintes fois diffamé, Jabhat Fatah al-Sham (anciennement Jabhat al-Nusra ou JAN), est resté une minorité distincte des rebelles d’Alep-Est, et qu’il a même été expulsé par les forces révolutionnaires pendant presque un an, jusqu’à l’été dernier où il s’est regroupé afin de participer aux tentatives de briser le siège mené par Assad et ses alliés, et qui a débouché sur les résultats que l’on connaît. En parallèle, les rebelles d’Alep-Est ont expulsé du secteur les combattants de l’État islamique dès 2014. Devant les circonstances créées par des dirigeants autoritaires comme Assad et des États impérialistes comme les États-Unis et la Russie, nous devons soutenir les réfugiés à tout prix, et employer toutes les manières possibles de le faire. Nous nous attendons à ce que Assad et ses alliés militaires russe et iranien répètent la même vague de terreur qu’à subit la population civile d’Alep-Est en bombardant les villes restantes à majorité sunnite et en soumettant le peuple via des disparitions forcées et des exécutions de masse.
Dans cette réflexion sur la chute d’Alep, il est important de rester critique face au rôle qu’à jouer dans ce processus le Parti de l’union démocratique du Kurdistan (PYD) et ses milices de renommée mondiale, les YPG et YPJ. Pendant que la gauche internationale anti-autoritaire acclamait, avec raison, que la révolution au Rojava (2012 à aujourd’hui) rappelait le développement émancipateur de la Révolution espagnole (1939-1939),  peu de regards étaient portés sur la relation entre le Rojava et le régime.En réalité, les gains incontestables réalisés par la Révolution au Rojava ont été rendus possible grâce à la retraite, en 2012, des troupes d’Assad de la région du nord-est. Malheureusement, ce fut totalement le contraire pour la Révolution syrienne où pendant ces mêmes années, les troupes du régime ont fait subir des pertes massives aux régions à majorité sunnite en lutte contre Assad. En effet, quelques commentateurs critiques ont accusé le PYD de rester «neutre» ou même parfois d’ouvertement pencher du côté du régime depuis 2012. À Alep, les milices du PYD sont accusées d’avoir conspiré avec Assad et ses différents alliés réactionnaires internationaux en démantelant le système aleppin de conseils et en ramenant le district de la ville sous le contrôle de l’État. Nous voulons éventuellement investiguer davantage sur les déclarations concernant les actions menées par les milices du PYD à Alep. Nous démontrons notre préoccupation et nous déclarons notre support, en dehors de certains des aspects militaires du PYD, au mouvement TEV-DEM qui lutte pour l’instauration du confédéralisme démocratique à travers la construction d’un pouvoir populaire basé sur des communes et des conseils, ainsi qu’aux éléments féministes de la Révolution au Rojava.
Au milieu de cette tournure négative des événements suite à la chute d’Alep – alors que certains veulent faire taire les Révolutions arabes, du moins pour l’instant – nous reconnaissons la dignité de la résistance de la défense civile syrienne face aux atrocités commises par Assad, la Russie, l’Iran et leurs milices alliées. Nous déclarons notre support à la Révolution syrienne qui vit encore à travers les comités locaux de coordination et les efforts parallèles d’auto-organisation, ainsi que dans les martyrs qui ont perdu la vie depuis le déclenchement de la Révolution et son développement en guerre civile régionale/globale. Nous dénonçons le terrible mépris pour la vie humaine démontré par l’État contre-révolutionnaire et les forces militaires internationales à Alep et à travers une bonne partie de la Syrie. Nous exigeons l’arrêt immédiat des transferts et des ventes d’armes au régime Assad et le retrait des forces militaires russes et iraniennes ainsi que des milices Chi’ites d’Irak, du Liban et d’Afghanistan qui supportent une dictature chancelante, en plus d’une suspension du support des États-Unis/OTAN envers les milices kurdes et la fin du financement et de l’armement des rebelles islamistes d’extrême-droite par la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les autres royaumes réactionnaires du Golfe. Nous croyons que c’est seulement en nettoyant le terrain de toute intervention impérialiste en Syrie qu’une progression vers la justice et la libération peut se faire puisque ces forces impérialistes vont inévitablement amener à une dégradation des stratégies de libération. C’est par la fin de l’interventionnisme qu’il sera possible de surmonter le danger d’une future guerre par procuration. Nous supportons également l’investigation et l’accusation immédiates d’Assad et ses alliés pour les violations des lois internationales et naturelles. Nous encourageons nos camarades et nos lecteurs/trices de partout à s’organiser en soutien aux réfugié.e.s syrien.ne.s et pour la Révolution menacée, contre l’intervention étrangère en Syrie et la résurgence du fascisme d’Assad.
Al-sha’ab yourid isqat al-nizam! «Le Peuple veut la chute du régime!» 
The Rojava-Syria Solidarity Committee of Black Rose/Rosa Negra 

Source: http://ucl-saguenay.blogspot.com/2016/12/contre-la-conquete-dalep-est-par-le.html -