Il y a quelques mois l’Etat passait commande de grandes quantités de gaz lacrymogène. Puis en plein confinement, il se payait une nouvelle série de drones, 651 pour 3,8 millions d’euros… dont voici le détail :

  • 565 « micro-drones du quotidien ». L’État les veut plutôt légers (moins de 1 kilogramme) et capables de filmer quelqu’un à 100 mètres de distance. À cette distance, le ministère les voudrait discrets, aussi bien au niveau visuel qu’au niveau sonore. Le capteur photo serait associé à un téléobjectif offrant un zoom 6x. Leur autonomie serait de 25 minutes.
  • 66 drones de « capacité nationale ». Ils pèsent moins de 8 kilogrammes. Ils volent à 120 mètres d’altitude et son capables de filmer jusqu’à 500 mètres du sujet avec une caméra équipée d’un zoom 30x « minimum ». Ils embarquent également une caméra thermique et transmettent leurs informations à une distance de 5 kilomètres minimum.
  • 20 « nano-drones spécialisés ». Ils pèsent moins de 50 grammes. Ils volent à une altitude de 50 mètres et filment à 50 mètres de distance du sujet. Ils embarquent un capteur photo VGA avec zoom numérique 4x. L’État souhaiterait qu’ils embarquent également un capteur thermique.

Cette crise a bel et bien été une occasion pour l’Etat et la police de lancer une offensive généralisée de surveillance. Aujourd’hui c’est l’application Stop Covid qui est sur le devant de la scène, malgré l’évidence trop criante de la supercherie. Des dispositifs plus ou moins intelligents, une crise sanitaire vampirisée, un capitalisme au bord d’une crise sans précédents et des centaines de milliers de kilomètres de câbles…



A Brest (Finistère), une antenne-relais en cours de construction a été incendiée lors du week-end des 9 et 10 mai 2020.

Qu’elle soit imposée ou qu’elle se fasse sur la base d’une forme de volontariat guidé par les injonctions à l’hygiène que la crise du Covid a amplifiées, la surveillance mise en place pendant et après la crise du Covid19 est justifiée par un discours guerrier impliquant la solidarité universelle face à un ennemi commun, la lutte commune de l’humanité entière contre le virus. Industriels, scientifiques, police, tout corps dirigeant se voit investi d’une infinie légitimité dans ses décisions. Et tout.e contrevenant.e à cela sera donc, dans le discours étatique, considéré.e comme fo.lle.u à lier s’il ou elle ne veut pas télécharger Stop Covid, dépenser tout son fric pour relancer la croissance, ou accepter de se faire hurler dessus par des drones.

Un habitant de Datta Khel – une localité qui a été frappée à plus de trente reprises par les drones au cours des trois dernières années – ajoute, à propos de ses voisins : « Beaucoup ont perdu la tête […] ils sont enfermés dans une pièce. Exactement comme quand vous mettez des gens en prison. […] C’est cela, outre les morts et les blessés, les décombres, la colère et les deuils, l’effet d’une surveillance létale permanente : un enfermement psychique, dont le périmètre n’est plus défini par des grilles, des barrières ou des murs, mais par les cercles invisibles que tracent au-dessus des têtes les tournoiements sans fin de miradors volants.

La théorie du drone. Grégoire Chamayou. p76

Le virus, ennemi intérieur parfait remplace la figure du terroriste qui avait jusqu’alors justifiée la mise en place de toutes les mesures liberticides que nous avons encaissées depuis vingt ans. Dans la crise du Covid-19, de la même manière que contre le terrorisme, le conflit est porté au delà du politique. Aussi la guerre que l’Etat mène contre le virus relève d’une opération de police sanitaire et le recul de nos libertés individuelles, le contrôle de nos vies, déplacements et communication, de simples effets secondaires indésirables des mesures d’hygiène. Pire les sacrifices à venir des travailleu.r.euse.s sont envisagés comme acte bénévole de sauvetage de la société, une forme d’action humanitaire. L’humanité unie, attaquée dans son essence et ses terrasses de café par un mal aveugle. Voilà la tarte à la crème rhétorique des gouvernementale.

Si l’on regarde un peu en arrière, après les attentats du 11 septembre 2001 la guerre contre le terrorisme (War on Terror) a permis de faire sauter tous les verrous liés à la régulation des conflits armés. Le terrorisme étant une sorte de maladie de laquelle les états auraient à débarrasser la surface de la terre par tous les moyens, s’autorisant pour ce faire les ingérences, la torture etc… La surveillance généralisée et les restriction de libertés en étant les effets secondaires indésirables.



Jeudi 14 mai, peu après minuit, une antenne-relais SFR a été volontairement brûlée à Toulouse. Le feu a été allumé depuis le local technique avant de monter jusqu’au sommet de l’antenne.

La recherche et la neutralisation des terroristes permet de transformer la guerre en une série d’opérations policières internationales et d’évacuer toute possibilité de comprendre les enjeux internationaux et géopolitiques ayant mené au conflit, la qualification de terroriste dépolitise de ce fait tout dissident potentiel, mais aussi la situation même du conflit. Raison pour laquelle cette qualification est utilisée systématiquement, pour ce qu’elle permet dans le discours de l’état et de la justice et ce qu’elle permet de mobiliser comme ressources répressives. Aujourd’hui plus aucun état ne se retient de qualifier à un moment ou à autre ses opposants de terroristes.

Malgré une rhétorique sur l’usage des drones visant à réduire les pertes civiles ainsi que des réunions régulières nommées Terror Tuesday et durant lesquelles, pendant les deux mandats d’Obama, les responsables militaires et du renseignement américain désigne 15 cibles à chaque fois nommées Personality Strikes, la majorité des personnes abattues par des drones seront des Signatures Strikes, c’est à dire des cibles non désignées au préalable, mais identifiées sur la base de leur comportement et des signes qu’ils exhibent malgré eux, ne se sachant pas forcément surveillés.

De fait, les drones de combat ne signent pas seulement l’avènement d’un nouveau type de guerre où le champs de bataille se trouve aboli, ils changent aussi la définition même de la guerre, en donnant à une « guerre perpétuelle de basse intensité » la vocation d’assurer une « paix perpétuelle impériale« . en constituant un « nouveau type de cible » – l’activiste armé invisible, ni civil, ni soldat -, ils inaugurent non seulement « une nouvelle façon de penser et de faire la guerre » mais aussi une texture particulière de relation à l’autre, une géographie de menaces et de domination, une ontologie politique.

Comment Pensent les drones. La détection et l’identification de cibles invisibles. Gregory Delaplace.

Cette période a notamment permis, dans le domaine de la surveillance et de la guerre à distance, de déplacer peu à peu le choix de l’abatage d’un individu potentiellement considéré comme un combattant, de l’opérateur derrière son écran à une série d’algorithme reposants sur l’analyse de l’apparence de la cible, ses mouvements etc. Ces faits, très bien expliqués dans La théorie du drone de Grégoire Chamayou, démontrent tragiquement et une nouvelle fois que les systèmes répressifs que nos gouvernements mettent en place contre nous on déjà été testés et mis en place largement contre les classes les plus opprimées de la planète.

L’analyse des formes de vie se définit plus précisément comme « la fusion de l’analyse des liens et de l’analyse géospatiale ». Pour avoir une idée de quoi il s’agit, il faut s’imaginer la surimpression, sur une même carte numérique, de Facebook, de Google Maps et d’un calendrier Outlook. Fusion des données sociales, spatiales et temporelles ; cartographie conjointe du socius, du locus et du tempus – c’est-à-dire des trois dimensions qui constituent, dans leurs régularités mais aussi dans leurs discordances, ce qu’est pratiquement une vie humaine.

Cette méthode relève du « renseignement fondé sur l’activité ». De la masse de données collectées au sujet d’un individu, d’un groupe ou d’un lieu, émergent progressivement des « patterns », des motifs repérables.

La Théorie du drone. Grégoire Chamayou. P82



Dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 mai à Munich, la tour hertzienne de la Radio Bavaroise dans le quartier Freimann a été volontairement incendiée.

Plus proche de nous, ces vingt dernières années de lutte antiterroriste ont vu la transformation radicale de l’espace public, plus personne aujourd’hui ne s’étonne des dispositifs mis en place dans les aéroports, de l’existence de programmes permettant le captage par les services de renseignement de toutes nos données numériques, ni même de l’usage de la biométrie dans le contrôle des camps de réfugiés.

A Marseille comme dans d’autres ville, Jean-Claude Gaudin avait lancé l’équipement de la ville de « caméras prédictives » profitant en 2016 du contexte de menace terroriste pour doper son programme. Aujourd’hui, les recours ayant été rejettés il y a quelques mois, celles-ci sont en place. Le dispositif de caméras connectées entre elles a pour objectif de « prévenir certains événements avant qu’ils ne se produisent« . Capables de reconnaissance faciale et de suivi des déplacements, repèrent des patterns par l’analyse continue des flux de population puis détecte de fait des déplacements dans des zones sensibles, des personnes un peu trop cagoulées, des déplacements inhabituels et le cas échéant, la police est immédiatement prévenue et dépêchée sur place. Les images arrivent au « Centre de Superivision Urbain« , inauguré le 8 février 2013 par Manuel Valls au 40 avenue Roger Salengro 13003 Marseille. Des mots de la police, Le Centre de Supervision Urbaine (CSU) est le centre névralgique du dispositif­ où les images filmées par les caméras convergent et sont exploitées 24h/24, 7j/7 par la Police Municipale.

La détection automatique des comportements anormaux se poursuit par la prédiction de leurs développements possibles. Les traits caractéristiques d’une séquence connue ayant été repérés dans une situation donnée, les analystes prétendent pouvoir en inférer de façon probable, en prolongeant les lignes, les trajectoires futures, et intervenir en amont pour les empêcher d’advenir. C’est la fonction « avance rapide » du dispositif : « la reconnaissance automatique de certains scénarios peut fournir des alertes précoces concernant une menace ». La prévision du futur se fonde sur la connaissance du passé : les archives des vies forment la base sur laquelle, par repérage des régularités et anticipation des récurrences, on prétend pouvoir à la fois prédire l’avenir et en modifier le cours par une action préemptive. De telles prétentions reposent évidemment sur des bases épistémologiques très fragiles, ce qui ne les empêche en rien, et même au contraire, d’être très dangereuses.

La Théorie du drone. Grégoire Chamayou. P72

Le panoptique généralisé, maillage à toutes les altitudes de satellites dans l’espace, de drones dans l’atmosphère, de caméras et micros dans les rues puis de smartphones dans nos poches est plus ou moins déjà en place. L’étape que sont en train de réaliser les acteurs du numérique, les états et collectivités locales, et la police est, à dessin ou non, la connexion entre eux de ces capteurs et la mise en place d’algorithmes réalisant les opérations de surveillance automatiquement par la détection de comportements inhabituels. Non seulement ces dispositifs sont un véritable obstacle a tout soulèvement populaire, mais ils sont aussi un vecteur de normalisation, par la réduction de nos déplacements ou centre d’intérêts à des patterns communs, trop banals pour susciter la suspicion.



Dans la nuit du 12 au 13 mai à Alby-sur-Chéran (Haute-Savoie), le relais TDF situé route des Chavonnets a été volontairement détruit par le feu peu avant minuit.

Mais ces dispositifs, comme tout ressort du capital, sont avant tout matériel. Des câbles, des datacenters hébergeant des milliards de lolcats et de données bancaires entremêlées cachées derrière des kilomètres de barbelés, des antennes 3, 4, et maintenant 5G dont le réseau massif de surveillance qui se met chaque jour en place a besoin pour connecter de manière efficace tous les objets connectés et les applications de traçage intégrées aux outils que nous utilisons tous les jours. Cela implique beaucoup d’antennes, car si leur puissance est décuplée, leur portée est relativement faible. Alors…

Dans le cadre de la loi d’état d’urgence sanitaire, le Gouvernement a pris, par ordonnance n°2020-320 du 25 mars 2020, des dispositions dérogatoires concernant les antennes-relais et émetteurs radioélectriques, pour faire face à l’accroissement de l’usage du numérique.

Concrètement, l’article 1 permet de déroger aux règles habituelles imposées par le code de l’urbanisme, de ne pas informer les maires de l’installation d’antennes-relais, et donc, par voie de fait, leurs administrés. L’article 2 permet également aux opérateurs de se passer de l’accord de l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR).

Plusieurs associations redoutent que cette réglementation exceptionnelle permette d’installer des antennes-relais un peu partout en France. « Si, en théorie, ces dérogations sont censées s’appliquer uniquement à la période d’état d’urgence sanitaire et à seule fin d’assurer la continuité du fonctionnement des services et réseaux, l’absence de cadrage et la possibilité de pérenniser les antennes modifiées au-delà de la période de crise sanitaire, sont particulièrement choquantes », s’alarment, dans un communiqué commun, Pour une réglementation des antennes relais de téléphonie mobile (PRIARTEM), France Nature Environnement (FNE), le Conseil National des Associations Familiales laïques (CNAFAL) et Agir pour l’Environnement.

« Sous prétexte de se prémunir contre la montée en charge des réseaux, il s’agit d’une véritable aubaine pour les opérateurs qui pourront, en toute discrétion, augmenter la puissance d’antennes, couvrir à peu de frais les zones blanches ou grises, voire anticiper le déploiement de la 5G », analysent les associations, qui demandent de « revoir l’ordonnance pour encadrer les conditions dans lesquelles ces dérogations pourront être actionnées et supprimer la possibilité de pérennisation post-crise. »

Repris de Actu-Environnement. Nul.le n’est sensé ignorer la loi

Internet, le cloud, ce fatras de câbles et armoires de serveurs est un réseau parfaitement tangible dont toutes les cartes et les données sont publiques, comme celles de du déploiement de la fibre optique par exemple. Si dans l’internet se battent un grand nombre d’acteurs revendiquant la neutralité du réseau, abolie aux Etats-Unis, et le datalove ou toute sorte d’autres concepts revendiquant un internet libre et décentralisé, la puissance de quelques entreprises met en péril toutes ces belles idées. Il s’agit des GAFAM, en France d’Orange Bouygues et consorts, mais aussi d’acteurs plus discrets bien qu’essentiels. A Marseille on trouve par exemple, DE-CIX, deuxième plus gros Exchange Point du monde. Des datacenters comme ceux de Interxion sur le port autonome.



La nuit du 26 au 27 mars 2020, de fortes explosions ont secoué la commune de Contulmo, située dans la province de Arauco au Chili. Des mains anonymes ont placé des explosifs à la base d’une antenne de télécommunication, en la faisant sauter et s’écraser au sol.

Un aspect primordial à comprendre avec la nouvelle norme de réseaux mobile serait l’abandon de la neutralité du net avec la 5G. Ce n’est pas uniquement une volonté commerciale des opérateurs, mais une véritable spécificité technologique.

En effet, le projet de réseau mobile en cours de standardisation a la particularité d’être adaptatif, en fonction des besoins de chaque application. Le réseau pourra atteindre des vitesses de pointe de plus de 10 Gbps, offrir moins d’un milliseconde de latence, ou exiger très peu de ressources de calcul pour gagner en autonomie, mais ces performances dépendront des protocoles et des fréquences mobiles choisis par les développeurs en fonction de leurs besoins. Plus qu’un réseau, la 5G sera en fait un ensemble de réseaux cohabitant de façon transparente pour l’utilisateur.

[…]

Or si les applications ont des besoins différents et peuvent demander à accéder à telle partie du spectre qui offre plus de distance de couverture, ou à telle autre qui offre une meilleure latence, il devient techniquement nécessaire d’arbitrer entre les utilisateurs du réseau, et de fixer des règles qui permettent de savoir qui peut accéder à quoi, selon quels critères et quelles priorités. Sauf à imposer un système auto-géré par déclarations de besoins, et par des algorithmes non discriminants, les opérateurs mobiles se retrouvent en position de choisir qui a accès à certaines parties de la 5G, et donc de vendre cet accès.

Repris de Numerama

Le déploiement en cours de la technopolice, avec l’entrée brutale des smartphones dans tous les aspect de nos vies, se fait depuis quelques temps par la mise en place d’antennes 5G dont la nouvelle puissance permettra une augmentation massive du débit et d’après les startups aux aguets, l’accès à la véritable puissance des objets connectés devenant disponibles et réactifs en temps réel. C’est la raison pour laquelle les villes en sont les premières clientes, attirées par la mise en place de smart et safe city. Voitures autonomes, drones pilotables depuis des kilomètres, capteurs environnementaux partout, lampadaires intelligents… Et si Marseille est sur le pied de guerre sur ce dossier là c’est qu’elle a une position de choix dans l’économie numérique. Un succès qu’elle doit essentiellement à sa situation géographique, puisque 9 câbles sous marins y attérissent, venant principalement d’Asie et du Moyen Orient. Contrairement à Barcelone, Rome ou Athènes, Marseille est aussi un accès direct au fameux « quadrilatère d’or » constitué de Londres, Amsterdam, Francfort et Paris, où se concentrent 80% des plates-formes européennes dédiées à l’informatique et aux télécommunications. Pour le moment, en France la suite des infrastructures du réseau est composée des fibres optiques déployées par les autoroutes et la SNCF qui sont louées aux opérateurs. Mais le déploiement de la 5G pourrait chambouler tout ça.

Les officiels prétendent que ces méthodes assurent la distinction dans le ciblage : « Vous pouvez traquer des individus, et – patiemment et soigneusement – construire une image de la façon dont ils se déplacent, où ils vont, et ce qu’ils voient. » Ceux que l’on finit par tuer, « ce sont des gens dont les actes ont rendu évident, au fil du temps, le fait qu’ils représentent une menace ». […]

La Théorie du drone. Grégoire Chamayou. P83

[…]

Le paradoxe est qu’à la rigueur, avec une telle autonomisation de la décision létale, le seul agent humain directement identifiable comme étant la cause efficiente de la mort serait la victime elle-même, qui aura eu le malheur, par les mouvements inappropriés de son corps, comme c’est déjà le cas avec les mines antipersonnel, d’enclencher à elle seule le mécanisme automatique de sa propre élimination.

La Théorie du drone. Grégoire Chamayou. P377



Moins de trois semaines après sa mise en place, un pylone de 30 mètres portant une antenne relais d’Orange et exploitée par Free, s’est effondrée le dimanche 22 mars, poussée par une rafale. L’opérateur téléphonique estime que la base de l’équipement a été déboulonnée.

Afin de repérer ces militants anonymes présumés, on se fonde sur « ce que les officiels décrivent comme une “analyse des formes de vie”, qui utilise les éléments factuels collectés par les caméras de surveillance des drones ainsi que d’autres sources […]. Les informations sont ensuite utilisées pour cibler des militants supposés, même si leurs identités exactes demeurent inconnues. »

L’activité constitue une alternative à l’identité : plutôt que, une cible nominative ayant été désignée, chercher à la localiser, faire l’inverse, commencer par surveiller, amasser des données, tracer des graphes à vaste échelle, pour ensuite, par analyse de « big data », faire émerger les points nodulaires qui, de par la position et la taille que leurs pastilles de couleur se mettent à occuper sur le diagramme général peuvent être identifiés comme des menaces à neutraliser : « en compilant des données associatives fondées sur l’activité avec leurs métadonnées dans le temps […] on formera une riche archive permettant de récolter des formes de vie, des réseaux et des anormalités qui auraient pu autrement être négligés ».

Tout un chacun a une forme ou un motif de vie. Vos actions quotidiennes sont répétitives, votre comportement a ses régularités : vous vous levez sensiblement à la même heure et vous empruntez régulièrement le même itinéraire pour aller au travail ou ailleurs. Vous rencontrez fréquemment les mêmes amis dans les mêmes endroits. Si on vous surveille, on peut noter tous vos déplacements et établir une carte chrono-spatiale de vos parcours familiers. On peut également, en épluchant vos relevés téléphoniques, sur-imprimer à cette carte celle de votre réseau social, déterminer quels sont vos liens personnels, et, pour chacun, estimer l’importance relative qu’il occupe dans votre vie. Comme l’explique un manuel de l’armée américaine : « Lorsque l’ennemi se déplace d’un point à un autre, la reconnaissance ou la surveillance le suit et note chaque lieu et chaque personne visités. On établit ainsi les connexions entre la cible, ces lieux, ces personnes, et les “nodes” du réseau de l’ennemi émergent. » Une fois tissé ce double réseau – celui de vos lieux et de vos liens –, on pourra prédire votre comportement : s’il ne pleut pas, il est probable que samedi vous irez faire votre jogging dans tel parc à telle heure. Mais on pourra aussi voir apparaître des irrégularités suspectes : aujourd’hui, vous n’avez pas pris le même chemin que d’habitude, vous avez eu un rendez-vous dans un lieu inhabituel. Toute dérogation à la norme que vous avez vous-même établie par vos habitudes, tout écart avec les régularités de votre comportement passé peut sonner l’alerte : quelque chose d’anormal, et donc de potentiellement suspect, est en train de se produire.

Comment Pensent les drones. La détection et l’identification de cibles invisibles. Gregory Delaplace.


Article publié le 30 Mai 2020 sur Mars-infos.org