Mai 5, 2016
Par Le Monde Libertaire
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Chaque Révolution a mis du temps à germer, et aucune n’a également aboutit à une société anarchiste, et on peut imaginer qu’aucune n’aboutira à cet idéal mais tendra vers lui. L’idée de Révolution permanente (surtout dans les esprits) semble alors trouver sa place. Cependant il y aura bien à un moment un changement radical de société, qui se fera plus ou moins brutalement et que l’on peut appeler Révolution, et même plus précisément Révolution Sociale. Pour en arriver là, une lutte quotidienne est nécessaire, afin de propager des idées et pratiques anarchistes au plus grand nombre, dans le but de construire des rapports entre êtres humains avec une absence totale (soyons optimistes !) d’oppression quelle qu’elles soient (sexistes, racistes, religieuses, etc…).

L’éducation populaire est donc une des étapes, mais pas la seule et elle doit se combiner avec d’autres, plus organisationnelles comme le syndicalisme, ou également la création de groupes affinitaires pour réfléchir et construire une pensée amenant un débat, ou décidant de mener des actions dîtes « directes » par exemple (permettant de défier l’autorité de manière plus concrète). La lutte doit se faire sur le lieu de travail, de vie et dans les esprits. Cela implique donc une diversité des formes de luttes, des mouvements et des consciences pouvant dépasser le seul cadre des organisations anarchistes (donc avec des réformistes), mais ayant un même objectif émancipateur et étant critique les unes envers les autres, pouvant ainsi s’enrichir et avancer de manière commune.

La Révolution ne surgira pas d’un Grand Soir, mais se construit sur des années et des années, par une prise de conscience commune de nos oppressions ainsi que du fait qu’il est possible de changer cette société, qui chaque jour détruit des milliers de vies. Avec le mouvement « Nuit Debout », un élan d’enthousiasme m’a envahi, sentant le début de quelque chose, mais est vite retombé quand j’ai entendu les déclarations de certains, me ramenant brutalement à la réalité. On était très loin de discours révolutionnaires voulant un changement radical de société. La Révolution mettra beaucoup de temps et tout reste à faire, en espérant que ce genre de mobilisation va perdurer afin que se construise une lutte commune, qui petit à petit deviendra peut-être révolutionnaire. Une chose cependant de notable, les fascistes semblent ne pas apprécier Nuit Debout à Lyon puisque une attaque a eu lieu le Vendredi 22 Avril. Ils montrent leur vrai visage, des gens ne voulant pas que le peuple se prenne en charge de manière anti-autoritaire (puisqu’il n’y a pas de responsables de Nuit Debout) et prêt à en découdre physiquement. Nous avons bien la preuve que la Révolution se fera contre la réaction (et que la violence est donc inévitable), et également que Lyon voit une résurgence des groupes fascistes qui se font de plus en plus visibles et violents (notamment le GUD qui n’hésite pas à attendre devant une fac, armé-e-s et casqué-e-s afin de repousser des lycéens et étudiants voulant bloquer la fac). En espérant que ça ne soit qu’une particularité lyonnaise !

Recréer des endroits de partages, de discussions et une solidarité entre ceux qui luttent ou qui le désirent, c’est pour moi les premières étapes pour la construction d’une Révolution. Sachant que de cela doit découler la création d’une forme d’organisation permettant de s’émanciper petit à petit de notre société, de créer une autre société alternative, parallèle à la société capitaliste, et pourtant antagoniste à celle-ci, c’est-à-dire avec une organisation permettant la fin de toute oppression et ainsi l’émancipation de l’être humain. La construction de liens entre révolutionnaires est donc primordiale mais il faut aussi réussir à être en contact avec le reste des personnes, qui peuvent être intéressées par un changement de société profond car désillusionnées par la comédie politique de notre temps et sentant le danger de la crise sociale, économique et environnementale. Mais ces personnes se retrouvent souvent seules, ne sachant pas où se renseigner (pour des manifs par exemple), où aller pour parler avec d’autres personnes et ainsi découvrir des alternatives au capitalisme et à l’autorité et peuvent alors tomber dans le complotisme, voir le fascisme, dont les théories sont véhiculés de manière massive sur les réseaux sociaux et internet. Un travail de propagande énorme reste à faire, que ça soit sur les murs, sur internet ou dans des salles. Choquer, provoquer une réflexion et l’alimenter afin de déconstruire un conditionnement, un schéma de pensée acquis depuis la naissance est révolutionnaire en soit (mais n’est qu’un début). Pour beaucoup de personnes, changer les choses est impossible, car ceux qui nous gouvernent ont trop de moyens, sont trop forts, mais ils ne sont seulement forts de notre consentement à accepter leurs règles, à rentrer dans leur jeu par le comportement que nous reproduisons à travers ce que l’on voit par l’intermédiaire de nos parents, de l’école, de la télévision etc… Cette peur permanente qui est diffusée sur toutes les chaînes et se retrouve même physiquement dans la rue avec les mesures de l’Etat d’urgence (militaires et policiers en armes), a bien un impact sur nous, nous sommes méfiants de l’autre, nous poussant ainsi toujours plus dans l’individualisme, réduisant ainsi toute notion de commun au néant. Ainsi il n’y a rien de surprenant à voir partout en Europe un repli identitaire, provoquant un vote massif à l’extrême droite. A l’heure actuelle, la probabilité que le FN se retrouve au deuxième tour est très grande. Je crains que le sursaut à gauche, matérialisé par Nuit Debout ne soit arrivé tardivement. A nous d’essayer de construire la Révolution par rapport à ce mouvement, c’est-à-dire de permettre que ce mouvement touche de plus en plus de monde, et surtout les classes populaires (aujourd’hui peu représentées dans les agoras), afin qu’il y ait une mixité sociale permettant une prise en main des problèmes de la majorité de la population et créer des solidarités, des réflexions et des actions communes, car ensemble nous sommes de la DYNAMITE !

Pinou (groupe Graine d’Anar, Lyon)




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