Novembre 27, 2020
Par ZEKA
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Nous partageons ici une analyse de la situation en milieu scolaire au temps de la pandémie. L’originalité, ici, réside dans le point de départ : les auteur·ice·s ne sont ni des profs ni des lycéen·ne·s ou des étudiant·es, mais des assistant·es d’éducation, qui, plutôt que de s’indigner, s’engagent à soutenir les élèves faisant face à la répression, mais aussi à écrire et à s’organiser face à la situation.

Nous partons de constats et d’expériences locales aux similitudes dérangeantes.

Pour commencer, ce qui nous pousse à écrire est le résultat d’une politique gouvernementale à long terme et la récente et courte gestion de la pandémie. De plus, si nous prenons position, c’est qu’il n’existe pas de consensus au sein du milieu scolaire et que finalement, nous ne le recherchons pas. En revanche, ce que nous poursuivons (et pas seulement dans le milieu scolaire), est de révéler un conflit et d’alimenter un rapport de force, qui, de fait, nous est encore défavorable, pour conduire à des avancées stratégiques. Pour terminer, il nous parait nécessaire de défaire une idée et de souligner que les professeur·es ne sont pas les seul·e·s qui composent la longue liste du personnel au sein des établissements scolaires. Iels ont souvent été les seul·es interlocuteur·ice·s autorisé·e·s, position qu’ils ont souvent acceptée, alors qu’une pluralité de positions existent : AESH, AED, AVS, agents, personnel administratif, médecin, documentaliste, intervenants extérieurs et tant d’autres. Il s’agit alors de ne plus cacher la multitude des expériences qui règnent, ainsi, et avant toute chose, le sort réservé aux enfants, qui seront dans les années à venir, les propagateurs culpabilisés et traumatisés du virus.

En ce sens, nous parlerons ici en tant qu’assistant·es d’éducation

Si nous décidons de parler de ce que nous vivons au Travail, ce n’est pas seulement pour parler de notre rôle en tant que travailleur, mais de révéler ce qui se crée à l’intérieur du milieu scolaire : en l’occurrence les conditions pour qu’un désastre sanitaire et médical continue de se construire. Nous voulons faire résonner à l’extérieur du mur des enceintes scolaires ce que nous vivons, voyons et percevons, car il n’est pas seulement question de notre statut économique, mais bien de quelque chose qui nous dépasse politiquement et socialement et que nous ne contrôlons pas. Ce virus circule, et nous le portons très probablement, au risque de contaminer, par chaînes, des individus que nous ne connaissons même pas. Cette situation, de participer malgré nous à la composition de foyers d’infection, à cause de la gestion gouvernementale et locale de la pandémie dans les écoles nous révolte. Comme nous pouvons l’entendre ici et là, ces mesures ne servent pas à rien, elles s’insèrent au sein d’une stratégie économique et politique qui doit se lire dans sa perspective propre d’ordonnancement des existences : ne pas fermer écoles et entreprises, préserver la garde scolaire d’enfants et la discipline, maintenir un relai républicain et autoritaire… Ces mesures paraissent ridicules et nous sommes incapables de les justifier : proscrire les jeux de balles pendant que les classes étouffent, interdire aux enfants de s’asseoir sur des bancs dans la cour, apposer du ruban magique partout où c’est possible, maintenir la distanciation physique à l’intérieur des établissements, etc. Il reste alors toujours plus simple de punir et de sanctionner des enfants, pendant que l’état des choses se détériore. Ces prescriptions n’en restent pas moins effectives et empêchent d’autres pratiques. Elles sont donc consciemment et volontairement choisies pour répondre à une utilité et une fonction politique, gestionnaire, et stratégique. Certes, nous sommes gouverné·es et dirigé·es par des imbéciles. Il n’en reste pas moins qu’une pratique gouvernementale existe à travers une stratégie quotidienne, non par des mesures où elle pourrait se déjuger seule et reconnaitre sa propre bêtise en annulant ladite mesure immédiatement. Le discours gouvernemental est systématiquement à l’opposé de ses actes, leurs manœuvres ne sont pas « incohérentes », mais bien dirigées et commandées, répondant à une certaine planification et une ambition néolibérale et destructrice. Ces choix, mesures, décisions, commandements, prescriptions perpétuent l’ordre actuel, qui a lui-même provoqué ce qui se déroule sous nos yeux : se croyant intact, il se débat contre son propre leg pour s’affirmer ; se pensant intègre, il impose ses critères « essentiels » pour s’affiner. Partout, on déclare le virus sous contrôle, alors qu’à l’heure actuelle, la seule chose qui reste sous contrôle est bien la population scolaire.

En contrepoint, cet ordre résonne avec notre désir de faire écho aux voix qui s’insurgent et qui ne veulent plus rester au stade de la critique molle, pour tisser des liens dans les établissements, et en dehors de ces murs, car ce problème sanitaire est une question politique et vitale qui ne devrait pas seulement concerner les travailleur·euse·s au sein des écoles.

Il n’est jamais question de consensus ou d’unité, mais toujours d’un rapport de force, à l’intérieur d’une localité ou au sein d’un mouvement global. Nous ne prétendons pas l’homogénéité du personnel scolaire, mais son hétérogénéité, et c’est à travers ces lignes que nous posons ce que nous désirons, car différents discours invisibilisent le nôtre, et nous ne l’acceptons plus. Contre les pratiques qui font taire certains discours, conduisent une politique mortifère, valident et mettent en danger une multitude d’individus. Rappelons que nous nous situons une semaine après une journée de grève et que plusieurs lycéen·ne·s courageux·ses ont réussi à obtenir des demi-groupes grâce à différents blocages. Nous devrions, nous adultes, prendre exemple sur la détermination de ces enfants et adolescent·e·s. Aussi, nous soutenons tous les enfants qui ont connu la répression des forces de police et les mesures racistes et islamophobes de ces dernières semaines.

Nous encourageons partout que les AESH, AED, AVS, agents, personnel administratif, médecin, documentaliste, intervenant·e·s extérieur·e·s et tous·te·s celleux que nous oublions de se retrouver, de s’écrire, de s’organiser, de rendre compte de leur situation de travailleur·euse en fonction de leur contexte matériel et local ainsi que les formes qu’ils décident d’imposer. Nous nous devons aussi et surtout de nous faire les relais et de défendre les voix des enfants, qui ne peuvent que difficilement se réunir. Que la situation sanitaire désastreuse qui se structure dans les écoles et les vies qui sont mises en danger soient visibilisées au-delà du périmètre scolaire.

En définitive, nous voulons des gains et des avancées : confiner et fermer les écoles où la situation le permet, davantage de personnel avec l’augmentation des tâches qu’exige la situation, des masques gratuits pour les enfants et le personnel, les primes promises REP/REP+ par le gouvernement, rendre compte au dehors de ce qu’il se passe à l’intérieur des établissements et finalement d’imposer tous les moyens réels décidés par les personnels.

Source : Fractaledit

Photographie de couverture : Londonderry kids, par Christine Spengler (Irlande du Nord, Londonderry, 1972).


Appel à la grève du mardi 1er décembre 2020

Plusieurs syndicats appellent les assistants d’éducation (AED, AESH, AP et APS) à se mettre en grève partout en France le mardi 1er décembre 2020. Dans son communiqué, le syndicat SUD Éducation incite les assistant·es d’éducation à s’organiser localement. La mobilisation pourra donc prendre des formes diverses.

Les assistant·es d’éducation

Essentiellement employés dans le second degré, les assistant·es d’éducation sont des personnels précaires dont les contrats ne peuvent être renouvelés au-delà de six ans. Recrutés niveau bac, ils aident à l’accompagnement des élèves dans les classes, participent à la vie de l’établissement et se révèlent partout indispensables. Iels ne sont pourtant pas ou peu reconnu·e·s : rémunéré·e·s au SMIC, leurs contrats sont souvent à temps partiel et ont une durée limitée.




Source: Zeka.noblogs.org