Novembre 23, 2020
Par Lundi matin
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Des lecteurs de lundimatin partagent ici leur analyse de la situation en milieu scolaire au temps du coronavirus. L’originalitĂ©, ici, est celle du point de dĂ©part : les auteurs ne sont pas des profs ni des lycĂ©ens ou des Ă©tudiants mais d’assistants d’éducation, qui, plutĂŽt que de s’indigner, s’engagent Ă  soutenir les Ă©lĂšves faisant face Ă  la rĂ©pression mais aussi Ă  Ă©crire et s’organiser face Ă  la situation. Le texte original est en ligne sur leur blog.

Nous partons de constats et d’expĂ©riences locales aux similitudes dĂ©rangeantes. 

Pour commencer, ce qui nous pousse Ă  Ă©crire est le rĂ©sultat d’une politique gouvernementale Ă  long terme et la rĂ©cente et courte gestion de la Covid-19. De plus, si nous prenons position, c’est qu’il n’existe pas de consensus au sein du milieu scolaire et que finalement, nous ne le recherchons pas. En revanche, ce que nous poursuivons (et pas seulement dans le milieu scolaire), est de rĂ©vĂ©ler un conflit et d’alimenter un rapport de force, qui, de fait, nous est encore dĂ©favorable, pour conduire Ă  des avancĂ©es stratĂ©giques. Pour terminer, il nous parait nĂ©cessaire de dĂ©faire une idĂ©e et de souligner que les professeur.es ne sont pas les seul.e.s qui composent la longue liste du personnel au sein des Ă©tablissements scolaires. Ilelles ont souvent Ă©tĂ© les seul.e.s interlocuteur.ice.s autorisĂ©.e.s, position qu’ils ont souvent acceptĂ©e, alors qu’une pluralitĂ© de positions existent : AESH, AED, AVS, agents, personnel administratif, mĂ©decin, documentaliste, intervenants extĂ©rieurs et tant d’autres. Il s’agit alors de ne plus cacher la multitude des expĂ©riences qui rĂšgnent, ainsi, et avant toute chose, le sort rĂ©servĂ© aux enfants, qui seront dans les annĂ©es Ă  venir, les propagateurs culpabilisĂ©s et traumatisĂ©s du virus.

En ce sens, nous parlerons ici en tant qu’assistants d’éducation

Si nous dĂ©cidons de parler de ce que nous vivons au Travail, ce n’est pas seulement pour parler de notre rĂŽle en tant que travailleur, mais de rĂ©vĂ©ler ce qui se crĂ©e Ă  l’intĂ©rieur du milieu scolaire : en l’occurrence les conditions pour qu’un dĂ©sastre sanitaire et mĂ©dical continue de se construire. Nous voulons faire rĂ©sonner Ă  l’extĂ©rieur du mur des enceintes scolaires ce que nous vivons, voyons et percevons, car il n’est pas seulement question de notre statut Ă©conomique mais bien de quelque chose qui nous dĂ©passe politiquement et socialement et que nous ne contrĂŽlons pas. Ce virus circule, et nous le portons trĂšs probablement, au risque de contaminer, par chaĂźnes, des individus que nous ne connaissons mĂȘme pas. Cette situation, de participer malgrĂ© nous Ă  la composition de clusters, Ă  cause de la gestion gouvernementale et locale de la pandĂ©mie dans les Ă©coles nous rĂ©volte. Comme nous pouvons l’entendre ici et lĂ , ces mesures ne servent pas Ă  rien, elles s’insĂšrent au sein d’une stratĂ©gie Ă©conomique et politique qui doit se lire dans sa perspective propre d’ordonnancement des existences : ne pas fermer Ă©cole et entreprise, prĂ©server la garde scolaire d’enfants et sa discipline, maintenir un relai rĂ©publicain et autoritaire
 Ces mesures paraissent ridicules et nous sommes incapables de les justifier : proscrire les jeux de balles pendant que les classes Ă©touffent, interdire aux enfants de s’asseoir sur des bancs dans la cour, apposer du ruban magique partout oĂč c’est possible 
 Il reste alors toujours plus simple de punir et de sanctionner des enfants, pendant que l’état des choses se dĂ©tĂ©riore. Ces prescriptions n’en restent pas moins effectives et empĂȘchent d’autres pratiques. Elles sont donc consciemment et volontairement choisies pour rĂ©pondre Ă  une utilitĂ© et une fonction politique, gestionnaire, et stratĂ©gique. Certes, nous sommes gouvernĂ©-es et dirigĂ©-es par des imbĂ©ciles. Il n’en reste pas moins qu’une pratique gouvernementale existe Ă  travers une stratĂ©gie quotidienne, non par des mesures oĂč elle pourrait se dĂ©juger seule et reconnaitre sa propre bĂȘtise en annulant la dite mesure immĂ©diatement. Le discours gouvernemental est systĂ©matiquement Ă  l’opposĂ© de ses actes, leurs manƓuvres ne sont pas « incohĂ©rentes Â» mais bien dirigĂ©es et commandĂ©es, rĂ©pondant Ă  une certaine planification et une ambition nĂ©olibĂ©rale et destructrice. Ces choix, mesures, dĂ©cisions, commandements, prescriptions perpĂ©tuent l’ordre actuel, qui a lui-mĂȘme provoquĂ© ce qui se dĂ©roule sous nos yeux : se croyant intact, il se dĂ©bat contre son propre leg pour s’affirmer ; se pensant intĂšgre, il impose ses critĂšres « essentiels Â» pour s’affiner. Partout, on dĂ©clare le virus sous contrĂŽle, alors qu’à l’heure actuelle, la seule chose qui reste sous contrĂŽle est bien la population scolaire.

En contrepoint, cet ordre rĂ©sonne avec notre dĂ©sir de faire Ă©cho aux voix qui s’insurgent et qui ne veulent plus rester au stade de la critique molle, pour tisser des liens dans les Ă©tablissements, et en dehors de ces murs, car ce problĂšme sanitaire est une question politique et vitale qui ne devrait pas seulement concerner les travailleur.euse.s au sein des Ă©coles. 

Il n’est jamais question de consensus ou d’unitĂ© mais toujours d’un rapport de force, Ă  l’intĂ©rieur d’une localitĂ© ou au sein d’un mouvement global. Nous ne prĂ©tendons pas l’homogĂ©nĂ©itĂ© du personnel scolaire mais son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, et c’est Ă  travers ces lignes que nous posons ce que nous dĂ©sirons, car diffĂ©rents discours invisibilisent le nĂŽtre, et nous ne l’acceptons plus. Contre les pratiques qui font taire certains discours, conduisent une politique mortifĂšre, valident et mettent en danger une multitude d’individus. Rappelons que nous nous situons une semaine aprĂšs une journĂ©e de grĂšve et que plusieurs lycĂ©en.ne.s courageux.ses ont rĂ©ussi Ă  obtenir des demi-groupes grĂące Ă  diffĂ©rents blocages. Nous devrions, nous adultes, prendre exemple sur la dĂ©termination de ces enfants et adolescent.e.s. Aussi, nous soutenons tous les enfants qui ont connu la rĂ©pression des forces de police et les mesures racistes et islamophobes de ces derniĂšres semaines.

Nous encourageons partout que les AESH, AED, AVS, agents, personnel administratif, mĂ©decin, documentaliste, intervenant.e.s extĂ©rieur.e.s et tous.te.s ceux.elles que nous oublions de se retrouver, s’écrire, s’organiser, rendre compte de leur situation de travailleur.euse en fonction de leur contexte matĂ©riel et local ainsi que les formes qu’ils dĂ©cident d’imposer. Nous nous devons aussi et surtout de nous faire les relais et de dĂ©fendre les voix des enfants, qui ne peuvent que difficilement se rĂ©unir. Que la situation sanitaire dĂ©sastreuse qui se structure dans les Ă©coles et les vies qui sont mises en danger soient visibilisĂ©es au-delĂ  du pĂ©rimĂštre scolaire

En dĂ©finitif, nous voulons des gains et des avancĂ©es : confiner et fermer les Ă©coles oĂč la situation le permet ou au pire des demi-effectifs, davantage de personnel avec l’augmentation des tĂąches qu’exige la situation, des masques gratuits pour les enfants et le personnel, les primes promises REP/REP + par le gouvernement, rendre compte au dehors de ce qu’il se passe Ă  l’intĂ©rieur des Ă©tablissements et finalement d’imposer tous les moyens rĂ©els dĂ©cidĂ©s par les personnels.




Source: Lundi.am