Janvier 10, 2021
Par Paris Luttes
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La Cabale et ceux qui en font partie

QAnon vénère Donald Trump, qu’il appelle souvent par le nom de code Q+. Dans le monde vu du terrier de lapin, Trump a répondu à un appel du Pentagone par amour pour son pays et a accepté de devenir président pour mener une lutte acharnée – secrète, bien qu’elle soit commentée par des millions de personnes sur Facebook – contre un gouvernement mondial occulte de pédophiles satanistes : la ainsi dénommée « Cabale ». Qui se prononce en accentuant le second a.

La Cabale a pris le pouvoir aux États-Unis après l’assassinat de John F. Kennedy et contrôle depuis lors l’État profond, à l’exception des forces armées. On devrait s’interroger sur ce que signifie « contrôler l’État profond », mais passons. La Cabale a placé tous les présidents avant Trump y compris Ronald Reagan et les deux Bush. La Cabale inclut tous les opposants politiques de Trump, de Barack Obama et sa femme Michelle — qui selon QAnon est un transgenre, c’est-à-dire « un homme », ce qui fait d’Obama « une pédale » — aux mouvements Black Lives Matter et Antifa, en passant par les figures honnies de Nancy Pelosi et Hillary Clinton — qui selon QAnon dévorent littéralement les nouveaux-nés, se filmant même en train de le faire.

La Cabale comprend également des célébrités telles que Tom Hanks, Céline Dion, Oprah Winfrey, Marina Abramović et Beyoncé, ainsi que les incontournables George Soros [1] et Bill Gates. Pour être précis, selon QAnon Obama et Clinton ont déjà été arrêtés, enfermés à Guantanamo et exécutés. Ceux que nous voyons sont des clones. Cela n’explique cependant pas pourquoi ces clones continuent à dire et à faire ce qu’ils faisaient auparavant, y compris attaquer Trump lors de la convention nationale du parti démocrate. Pourquoi ne pas avoir gardé, dans ce cas, les originaux ? Tom Hanks a plutôt essayé d’échapper à la justice en prenant la citoyenneté grecque car, selon QAnon, « la loi grecque considère la pédophilie comme un simple handicap ». Le plan a échoué : l’acteur a été arrêté par les agents de Trump et enfermé dans un hôtel australien avec un bracelet électronique à la cheville [2].

Si tout cela ne semble être qu’un tissu d’idioties tout juste bonnes à faire rire, sous l’impulsion de ces idioties, la haine — même raciale — s’est largement répandue. Des attaques et des incendies ont été commis aux États-Unis et plus près de chez nous, en Allemagne, un massacre a été perpétré [3]. Et ce n’est pas tout : lors des élections américaines du 3 novembre prochain, nous pourrions voir des partisans de QAnon remporter des sièges au Congrès.

Un acharnement particulier est réservé à une pizzeria de Washington DC, le Comet Ping Pong, déjà au cœur d’un enchevêtrement de calomnies appelé Pizzagate et dont j’ai reconstitué la genèse dans l’enquête de 2018. Le Comet Ping Pong — très populaire dans la ville et point de repère de la culture LGBTQ+ — est décrit par QAnon comme un repaire de satanistes dans lequel seraient emprisonnés des enfants. Il a donc subi un raid armé en décembre 2016 [4],une tentative d’incendie en janvier 2019 [5] et son propriétaire James Alefantis, homosexuel, reçoit constamment des menaces de mort.

Lire la suite du premier volet de l’enquête sur Lundi Matin.




Source: Paris-luttes.info