Août 10, 2020
Par Conspiracy Watch
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Des gros titres aux petites infos passĂ©es inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualitĂ© des derniers jours en matiĂšre de conspirationnisme et de nĂ©gationnisme (semaine du 03/08/2020 au 09/08/2020).

DIEUDONNÉ. AprĂšs avoir Ă©tĂ© banni de YouTube fin juin, DieudonnĂ© M’Bala M’Bala, figure majeure de la complosphĂšre francophone – condamnĂ© Ă  plusieurs reprises et rĂ©cemment encore pour des propos nĂ©gationnistes et antisĂ©mites – a vu sa page Facebook et son compte Instagram supprimĂ©s « de maniĂšre permanente », le lundi 3 aoĂ»t 2020. Cette page Ă©tait suivie, avant sa suppression, par prĂšs d’1,3 million d’autres comptes Facebook. Le compte Instagram l’était par 36 000 autres comptes (source : Le Monde, 3 aoĂ»t 2020). Il est Ă  noter que celui que Facebook a identifiĂ© comme « figure de haine Â» compte toujours, aujourd’hui, plus de 153 000 abonnĂ©s sur Twitter. Selon nos informations, le rĂ©seau social TikTok a Ă©galement dĂ©cidĂ© de bannir DieudonnĂ© de sa plateforme.

ANTI-MASQUES. Les premiers signaux ont Ă©mergĂ© dans la complosphĂšre anglophone, plus particuliĂšrement du cĂŽtĂ© des États-Unis, dans les fractions les plus radicales de la population qui se proclament ni Ă  gauche ni Ă  droite mais aux marges. Les antimasques s’inscrivent dans le mouvement plus large du complotisme, de ceux qui se pensent comme des dissidents face Ă  un systĂšme qui leur ment et veut les opprimer. InterrogĂ© par la RTS et par le journal LibĂ©ration, Rudy Reichstadt, directeur de l’Observatoire du conspirationnisme, replace la mouvance anti-masques dans le sillage du mouvement complotiste (source : LibĂ©ration, 3 aoĂ»t 2020).

Ce phĂ©nomĂšne des anti-masques rĂ©vĂšle des motivations trĂšs diffĂ©rentes, parmi lesquelles la remise en question de son utilitĂ©, Ă  l’instar de Maxime Nicolle, figure du mouvement des Gilets jaunes, qui, dans une vidĂ©o vue des dizaines de milliers de fois, a voulu administrer la preuve de la prĂ©tendue futilitĂ© du masque.

L’engagement contre le masque prend des dimensions plus dramatiques aux États-Unis, comme le montre Tristan MendĂšs France, signalant des militants prĂ©tendant agir pour le compte d’une agence gouvernementale « The Freedom to breath agency », et qui font croire Ă  des employĂ©s de magasins qu’ils risquent de graves poursuites judiciaires s’ils continuent Ă  porter un masque (source : Twitter).

RESSOURCES EN LIGNE. Conspiracy Watch poursuit son travail de documentation des notions et des acteurs du champ du complotisme. On pourra ainsi se reporter avec profit Ă  la notice consacrĂ©e Ă  Alexandra Henrion-Caude, gĂ©nĂ©ticienne française, ancienne directrice de recherche Ă  l’Institut national de la santĂ© et de la recherche mĂ©dicale (Inserm), qui voit dans l’origine du nouveau coronavirus une manipulation gĂ©nĂ©tique et propage des infox concernant les essais vaccinaux. On lira aussi la notice sur Ema Krusi, chantre des anti-masques et des anti-vaccins qui a accusĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, fin avril 2020, les autoritĂ©s suisses et les mĂ©dias de semer la peur quant Ă  la dangerositĂ© de la pandĂ©mie de coronavirus. Au terme de sa vidĂ©o du 4 aoĂ»t dernier annonçant la rĂ©ouverture de sa boutique, Ema Krusi a saluĂ© ses auditeurs en arborant dans la paume de sa main la lettre « Q », un clin d’oeil au mouvement conspirationniste QAnon.

QANON. QAnon en route pour Washington ? Au moins quatorze personnes ayant embrassĂ© (ou dĂ©jĂ  donnĂ© du crĂ©dit) Ă  cette thĂ©orie complotiste d’extrĂȘme droite seront candidats en novembre prochain Ă  l’élection prĂ©sidentielle aux États-Unis : ils se prĂ©sentent Ă  des postes d’élus Ă  la Chambre des reprĂ©sentants ou au SĂ©nat, selon un dĂ©compte effectuĂ© par le site amĂ©ricain Media Matters for America. Une preuve que la thĂ©orie QAnon parvient, peu Ă  peu, Ă  se faire une place dans le monde politique amĂ©ricain, mĂȘme si elle reste encore peu connue du grand public – 76 % des AmĂ©ricains interrogĂ©s disaient, en mars dernier, n’en avoir jamais entendu parler (source : Le Monde, 5 aoĂ»t 2020).

COMPLOTISME. Dans un article publiĂ© par The Conversation, ChloĂ© Chaudet, maĂźtresse de confĂ©rences en LittĂ©rature gĂ©nĂ©rale et comparĂ©e Ă  l’UniversitĂ© Clermont Auvergne, invite Ă  envisager le phĂ©nomĂšne complotiste dans sa profondeur historique et Ă  ne pas rejeter d’emblĂ©e ces discours dans leur totalitĂ©. Elle plaide pour qu’une ligne de partage soit tracĂ©e entre les thĂ©ories du complot qui relĂšvent d’une entreprise de diabolisation d’une part et celles qui tĂ©moigneraient d’une pensĂ©e critique fantaisiste d’autre part (source : The Conversation, 2 aoĂ»t 2020).

ALLEMAGNE. Samedi 1er aoĂ»t, Ă  Berlin, la manifestation Â« Jour de libertĂ© : la fin de la pandĂ©mie » a rĂ©uni plus de 20 000 personnes opposĂ©es aux restrictions mises en place en Allemagne pour lutter contre le coronavirus, comme le port du masque. Le mouvement « Querdenken 711 Â», lancĂ© par un informaticien sans affiliation politique, assure que « les idĂ©es d’extrĂȘme droite, fascistes et inhumaines n’ont pas leur place » en son sein. Mais il ne se distancie pas des militants d’extrĂȘme droite qui participent Ă  ses manifestations contre les restrictions liĂ©es Ă  la crise du Covid-19 (source : CheckNews, 5 aoĂ»t 2020). Prenant la forme d’une « commission extra-parlementaire », l’« ACU » est un groupement de mĂ©decins allemands qui a lancĂ© en juillet un appel afin que des enquĂȘtes indĂ©pendantes soient rĂ©alisĂ©es sur la gestion de la crise sanitaire. Cette initiative s’inscrit dans la droite ligne des mouvements contre les restrictions imposĂ©es en Allemagne pour lutter contre le Covid-19, comme le confinement, le port du masque, la vaccination ou encore la distanciation sociale (source : L’Express, 29 juillet 2020).

HIROSHIMA. Le 6 aoĂ»t 2020, le Japon commĂ©morait le 75e anniversaire du bombardement atomique de la ville d’Hiroshima, qui prĂ©cipita la capitulation de l’Empire du soleil levant et fit 140 000 victimes. Ce qui n’empĂȘche pas certains vidĂ©astes conspirationnistes de considĂ©rer que « la bombe atomique n’existe pas Â»â€Š

COVID-19.  Un sondage de l’Institut national de santĂ© publique du QuĂ©bec rĂ©vĂšle que 23% des QuĂ©bĂ©cois croient Ă  la thĂ©orie du complot qui affirme que le coronavirus a Ă©tĂ© crĂ©Ă© dans un laboratoire. Plus du tiers des rĂ©pondants (35%) estiment que le gouvernement leur cache des informations. L’étude, menĂ©e en ligne, fait Ă©galement ressortir l’emprise du conspirationnisme sur les travailleurs de la santĂ© : au moins 28% d’entre eux disent croire Ă  la thĂ©orie de l’invention de la Covid-19 en laboratoire, tandis que 13% estiment qu’il y a un lien entre la technologie 5G et le coronavirus, soit deux fois plus qu’au sein de la population gĂ©nĂ©rale (6%)
 (source : RCI, 4 aoĂ»t 2020). L’occasion nous est ici donnĂ©e de rappeler l’enquĂȘte exclusive rĂ©alisĂ©e il y a quelques mois par l’Ifop pour la Fondation Jean-JaurĂšs et Conspiracy Watch, rĂ©vĂ©lant que 26% des Français pensent que la Covid-19 a Ă©tĂ© fabriquĂ©e en laboratoire, soit intentionnellement (17%), soit accidentellement (9%) (source : Conspiracy Watch, 28 mars 2020).

La thĂ©orie du complot selon laquelle il existerait un lien entre le dĂ©ploiement de la 5G et le dĂ©clenchement de la pandĂ©mie de Covid-19 circule depuis le mois de janvier 2020. Des chercheurs d’une universitĂ© australienne (UniversitĂ© de technologie du Queensland, en collaboration avec des chercheurs amĂ©ricains et anglais) ont dĂ©roulĂ© le fil de la propagation de cette thĂ©orie, depuis le mois de janvier 2020, jusqu’au 12 avril (source : RTBF, 9 aoĂ»t 2020).

A noter Ă©galement que le site Newsguard tient Ă  jour la liste des sites qui diffusent de fausses informations sur la Covid-19, pour les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Allemagne.

BEYROUTH. La double explosion de Beyrouth, survenue le mardi 4 aoĂ»t 2020 a Ă©tĂ© immĂ©diatement suivie de la formulation, sur les rĂ©seaux sociaux, de multiples thĂ©ories du complot : bombe nuclĂ©aire, attaque d’IsraĂ«l contre le Hezbollah
 certaines alimentĂ©es par des personnalitĂ©s politiques de premier ordre, Ă  commencer par Donald Trump lui-mĂȘme (source : Le Parisien, 5 aoĂ»t 2020).

La rĂ©daction de Conspiracy Watch a consacrĂ© un article aux spĂ©culations conspirationnistes accusant gĂ©nĂ©ralement IsraĂ«l ou les États-Unis d’ĂȘtre derriĂšre le drame (source : Conspiracy Watch, 6 aoĂ»t 2020). Une lecture Ă  complĂ©ter par le dĂ©cryptage de Rudy Reichstadt dans L’Express (6 aoĂ»t 2020). Selon le directeur de l’Observatoire du conspirationnisme, « le complotisme poursuit trĂšs souvent un objectif politique – calomnier un adversaire, affaiblir un gouvernement, stigmatiser des opposants, faire diversion lorsqu’on est soi-mĂȘme mis en accusation, etc. Face Ă  cela, il y a tout simplement des gens qui prennent leur panurgisme pour de l’indĂ©pendance d’esprit. Le complotisme scelle les noces de la dĂ©fiance et de la crĂ©dulitĂ© : il prospĂšre sur l’esprit de soupçon propre Ă  notre Ă©poque et renoue en mĂȘme temps avec quelque chose de trĂšs archaĂŻque qui confine Ă  la pensĂ©e magique. Pour le comprendre, il faut tenir compte de ces deux aspects apparemment contradictoires. »

Parmi les figures de la complosphĂšre qui ont mis en avant la thĂšse de l’attaque israĂ©lienne, il faut citer la contribution particuliĂšre de Thierry Meyssan qui, sur son site, RĂ©seau Voltaire, prĂ©tend qu’IsraĂ«l a dĂ©truit Beyrouth-Est avec une « arme nouvelle », un post illustrĂ© sur Twitter avec un vidĂ©ogramme issu d’une vidĂ©o de trente secondes qui a abondamment circulĂ© au cours des derniers jours sur les rĂ©seaux sociaux Twitter, Facebook, WhatsApp et Youtube. Cette vidĂ©o, produit d’un montage grossier, montre un « missile » en train de frapper le port de Beyrouth. Elle a en fait Ă©tĂ© truquĂ©e comme l’a dĂ©montrĂ© sans mal l’agence Associated Press (6 aoĂ»t 2020), suivie par LibĂ©ration et AFP Factuel (7 aoĂ»t 2020).

La rumeur de l’attaque israĂ©lienne a Ă©galement Ă©tĂ© Ă©tayĂ©e par la diffusion d’une vidĂ©o, devenue virale, montrant deux drones survolant les lieux soi-disant le jour du drame. En rĂ©alitĂ©, cette vidĂ©o circulait sur les rĂ©seaux sociaux depuis le 30 juillet 2020. Face au trouble suscitĂ© par ces images, l’agence nationale de l’information libanaise est intervenue pour prĂ©ciser que la vidĂ©o avait Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©e (source : France Info, 8 aoĂ»t 2020).

Il faut signaler Ă©galement une rumeur apparue immĂ©diatement aprĂšs l’explosion Ă  Beyrouth et soutenant que la Banque centrale du Liban avait Ă©tĂ© dĂ©truire dans le drame et que cette banque avait des liens avec la famille Rothschild. Comme le montre l’agence de presse Reuters, cette rumeur, partagĂ©e des milliers de fois sur Twitter, fait Ă©cho au mythe antisĂ©mite selon lequel des banques centrales seraient contrĂŽlĂ©es ou dĂ©tenues par la famille Rothschild. Elle est sans fondement et la Banque centrale du Liban n’a, du reste, subi aucun dommage sĂ©rieux en lien avec l’explosion au port de Beyrouth (source : Reuters, 6 aoĂ»t 2020).

THE UMBRELLA ACADEMY. La sĂ©rie de super-hĂ©ros de Netflix « The Umbrella Academy » est de nouveau accusĂ©e de promouvoir des stĂ©rĂ©otypes antisĂ©mites. Le programme, basĂ© sur une sĂ©rie de bandes dessinĂ©es du mĂȘme nom, fait apparaĂźtre en effet une sociĂ©tĂ© clandestine de lĂ©zards qui contrĂŽlent secrĂštement le monde et montre leur maĂźtre parler yiddish dans certaines scĂšnes (source : The Times of IsraĂ«l, 10 aoĂ»t 2020).

CANADA. Le Bnai Brith Canada, une organisation luttant contre l’antisĂ©mitisme, a portĂ© plainte pour l’article publiĂ© Ă  deux reprises par l’hebdomadaire en langue polonaise GƂos Polski, une publication Ă©ditĂ©e Ă  Toronto. Les Juifs y sont accusĂ©s d’ĂȘtre responsables de la pandĂ©mie de Covid-19. Par ailleurs, d’aprĂšs la mĂȘme source, cet article affirme que la communautĂ© juive est Ă©galement responsable de la crĂ©ation de l’Etat islamique : IsraĂ«l y est qualifiĂ© de « source des problĂšmes du monde » et d’« une Ă©manation du diable lui-mĂȘme Â» (source : i24News, 7 aoĂ»t 2020).

MÉSINFORMATION. Les DĂ©codeurs (Le Monde) ont tentĂ© de dresser un portrait-robot des consommateurs de sites d’information peu fiables, en croisant les donnĂ©es fournies par le DĂ©codex (outil de vĂ©rification d’informations du service) et des donnĂ©es de mesures d’audience, rĂ©alisĂ©es par l’institut MĂ©diamĂ©trie. L’enquĂȘte, rĂ©alisĂ©e pour le mois d’avril 2020, en plein confinement, rĂ©vĂšle notamment que « les retraitĂ©s partagent avec les Ă©tudiants une faible attirance pour les sites peu fiables, mais pour des raisons diffĂ©rentes : les Ă©tudiants parce qu’ils consultent assez peu les sites d’actualitĂ© en gĂ©nĂ©ral, et les plus ĂągĂ©s parce qu’ils privilĂ©gient les mĂ©dias traditionnels Â» (source : Le Monde, 4 aoĂ»t 2020).

RUMEURS D’ENLÈVEMENTS. Depuis le dĂ©but du mois de juillet, des publications virales sur les rĂ©seaux sociaux affirment qu’à Bruxelles, des personnes distribueraient gratuitement des roses contenant « un traceur Â», qui permettrait de « faciliter les enlĂšvements Â». Sur Twitter, des internautes Ă©voquent des thĂ©ories selon laquelle ces enlĂšvements seraient liĂ©s Ă  un « trafic d’organes Â» ou « d’ĂȘtres humains ». L’AFP fait le point sur une rumeur qui, d’aprĂšs la police de Bruxelles et la police fĂ©dĂ©rale belge, n’a aucun fondement (source : AFP, 4 aoĂ»t 2020).




Source: Conspiracywatch.info