Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 27/07/2020 au 02/08/2020).

CHINE. Loin devant Le Monde, Le Figaro ou encore France Inter,  la chaîne internationale d’État de la Chine, CGTN Français, arriverait en tête des médias francophones les plus populaires sur Facebook… « Une probable manipulation qui illustre la volonté de Pékin de promouvoir sa vision », expliquent Les Décodeurs du Monde. Depuis le printemps dernier, « les types de contenus avancés ont […] évolué, passant d’articles présentant sous un jour favorable [la gestion de la pandémie par la Chine] à des présentations particulièrement biaisées, et à l’amplification de théories du complot […], notamment celles qui présentent les Etats-Unis comme étant à l’origine de la pandémie », notent, dans une étude sur l’usage des réseaux sociaux par les médias chinois anglophones, Vanessa Molter et Renee DiResta, chercheuses à l’université de Stanford (source : Le Monde, 28 juillet 2020).

RASSEMBLEMENT NATIONAL. La couverture du Livre noir du coronavirus, la brochure publiée le 28 juillet 2020 par le Rassemblement national (RN), l’affirme sans ambages : « Ils savaient, ils ont menti, ils continuent de tâtonner dans le brouillard… » L’accusation est grave. Ce n’est pourtant pas la première fois que le parti de Marine Le Pen y a recours. Le 17 mars 2020, interprétant très librement les propos de l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn parus dans Le Monde, le RN tweetait : « Ils savaient mais ils n’ont rien fait ! » La recette est éprouvée et le but, transparent : hystériser le débat public en faisant passer ses adversaires politiques, au mieux pour des incompétents indignes des fonctions qu’ils occupent, au pire pour des criminels. Au risque de flatter un imaginaire conspirationniste largement répandu… (source : Conspiracy Watch, 29 juillet 2020).

AMERICA’S FRONTLINE DOCTORS. Une vidéo a circulé sur le web, où l’on voit une médecin, accompagnée d’autres médecins en blouse blanche, affirmer que l’hydroxychloroquine est un remède pour la COVID-19 ou encore que les masques ne fonctionnent pas. Il s’agit d’une conférence de presse organisée par un collectif dénommé America’s Frontline Doctors (« les médecins de première ligne américains »). Le président américain Donald Trump, et son fils, Donald Jr., en ont tous deux fait la promotion sur Twitter de cette vidéo diffusée en direct par le réseau Breitbart sur Facebook le 27 juillet dernier. La séquence a été rapidement supprimée par Facebook, YouTube et Twitter pour désinformation (source : Radio-Canada, 29 juillet 2020). À noter que Stella Immanuel, la médecin au premier plan, a promu par le passé l’idée que les États-Unis étaient gouvernés par des « reptiliens » et que les problèmes gynécologiques étaient liés à des relations sexuelles avec des démons (source : Huffington Post, 29 juillet 2020). « Cette femme est mon héroïne », a écrit Madonna sur Instagram après avoir soutenu que « des personnes ne veulent pas entendre la vérité », précisant : « surtout les personnes au pouvoir qui sont susceptibles de gagner de l’argent grâce à cette longue recherche de vaccin » (source : Paris Match, 29 juillet 2020). Dans une autre vidéo virale (vue 370 000 fois sur YouTube), une ostéopathe du nom de Carrie Madej prétend pour sa part que les vaccins contre le Covid-19 « sont conçus pour nous transformer en organismes génétiquement modifiés »… (source : BBC News, 27 juillet 2020).

NÉGATIONNISME. Dans une vidéo mise en ligne le 29 juillet, neuf rescapés de la Shoah, dont Eva Schloss, demi-sœur d’Anne Frank, aujourd’hui âgée de 91 ans, ont demandé à Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Facebook, de retirer du réseau social les contenus négationnistes. Cette vidéo a été réalisée en partenariat avec la Claims Conference, une organisation créée en 1951, notamment pour œuvrer à la récupération de biens spoliés. « Ceux qui disent que l’Holocauste n’a pas existé me traitent de menteur », résume Sidney Zoltak, qui a échappé à la déportation en se cachant dans des villages en Pologne (source : France Info, 30 juillet 2020).

SECTE. La pandémie, mais aussi les angoisses et l’isolement qu’elle a causés, a renforcé les théories du complot et leur propagation sur les réseaux sociaux. Un tiers des Suisses ont été séduit par une explication complotiste sur l’origine du Covid-19. De fait, comme l’analyse un article du journal 20 Minutes (Suisse), des personnes toujours plus nombreuses se sont rendues compte qu’un de leurs proches en était adepte. Gérer cette situation est au mieux délicat, au pire douloureux, pour l’entourage de ces sceptiques. « Les frontières claires d’une secte sont […] remplacées par une structure nébuleuse en réseau », constate Susanne Schaaf du centre d’aide InfoSekta, qui juge très difficile pour les proches d’y faire face (source : 20Minutes.ch, 30 juillet 2020).

PAKISTAN. Les théories conspirationnistes sur la pandémie de Covid-19 font florès au Pakistan, l’un des trois pays au monde n’ayant pas vaincu la poliomyélite, en partie du fait de rumeurs selon lesquelles les vaccins contiennent du porc, interdit par l’islam. « En plus de traiter le virus, nous devons répondre aux préoccupations des patients, traiter leur stigmate », un problème aggravé par « l’illétrisme » et « la superstition », remarque le professeur Javed Akram, vice-recteur de la faculté de médecine de Lahore (source : La Croix, 31 juillet 2020).

ANTI-MASQUES. L’Allemagne avait connu des manifestations anti-confinement sur lesquelles Conspiracy Watch avait enquêté, en soulignant les allures de « cour des miracles du complotisme » de ce mouvement hétéroclite. Le pays a vu se multiplier depuis la fin du confinement les rassemblements contre les différentes restrictions imposées par la pandémie. « Bas les masques », « pas de vaccination obligatoire », « retour des libertés ! » ou encore « Le masque est l’étoile jaune des non-vaccinés ! » : plusieurs milliers de manifestants ont réclamé samedi 1er août à Berlin l’abolition des mesures contraignantes pour combattre le Covid-19, avant d’être dispersés par la police, faute de porter des masques. Estimés à quelque 20 000 par la police, les participants à ce cortège hétéroclite rassemblant « libres penseurs », militants antivaccins, conspirationnistes ou encore sympathisants d’extrême droite, étaient finalement bien moins nombreux que les 500 000 annoncés par les organisateurs de cette mobilisation intitulée « La fin de la pandémie – Jour de la liberté » (source : Le Courrier picard, 1er août 2020 ; Twitter).

À noter que le mot d’ordre « Jour de la Liberté » est également le titre d’un film de Leni Riefenstahl, propagandiste du IIIe Reich, tourné lors du septième congrès du NSDAP en septembre 1935, à Nuremberg (source : L’Express, 1er août 2020). À souligner également, l’hostilité au port du masque qui continue de s’affirmer en France (source : France 2). Des publications Facebook partagées plusieurs milliers de fois depuis le 20 juillet affirment par exemple que le virus du Covid-19 passe à travers les mailles des masques chirurgicaux. Si le virus est effectivement plus petit que les pores des masques, comme le soulignent ces publications, celui-ci voyage toutefois sur des gouttelettes plus grosses et est très largement filtré, expliquent des experts à l’AFP (source : AFP, 27 juillet 2020).

ALAIN SORAL. Le 28 juillet, aux alentours de 17 heures, le militant d’extrême droite Alain Soral a été interpellé par trois agents en civil de la brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP). Il a été placé en garde à vue dans la foulée, garde à vue prolongée mercredi avant son transfert au palais de justice de Paris jeudi à la mi-journée. La tête d’affiche de l’antisémitisme français a été mise en examen jeudi pour « injure » et « provocation publique ». Au vu des risques de fuite, son placement en détention avait été requis par le parquet de Paris qui n’a finalement pas été suivi (source : Libération, 30 juillet 2020). L’occasion est ainsi offerte de (re)lire l’enquête de Stop Hate Money (initiative visant à assécher le financement de la haine en ligne) sur l’étrange et problématique montage financier suisse de celui qui a déménagé dans le canton de Lausanne fin 2019 au prétexte d’« échapper à la détestable ambiance qui règne en France, du fait des agissements conjugués des immigrationnistes. »

ANTISÉMITISME. Le Covid-19 a engendré une vague d’antisémitisme dans le monde qui inquiète. Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme a déposé une cinquantaine de plaintes depuis mars pour des actes ou propos antisémites en France. Une hausse également constatée dans plusieurs pays, notamment en Allemagne. « Il existe également une autre tendance, celle des militants anti-masques, anti-vaccins qui disent qu’ils sont les nouveaux juifs parce que “persécutésanalyse Tal Bruttmann. Et, dans les mêmes manifestations il y a également des pancartes antisémites. » (source : Le Figaro, 27 juillet 2020).

COMPLOTISME. Médecin et écrivain, Christian Lehmann a livré une tribune à Libération dans laquelle il alerte sur les dangers du complotisme autour de la pandémie de Covid-19 : « On pourrait en rire, mais nous, qui sommes réellement en première ligne, rions jaune. Parce que ces prises de position complotistes ont pour effet de diffuser dans la population l’idée que les médecins leur mentent, et font partie d’une vaste conspiration pour, au mieux, les asservir, au pire, les tuer. Bercoff et Rioufol peuvent alléguer leur respect pour «un si vital métier», leurs tweets alimentent la suspicion et la haine envers ceux et celles qui tentent de protéger les patients. Ils fragilisent ceux qui tentent de leur éviter de succomber à une expérimentation humaine n’obéissant à aucune règle scientifique, basée sur l’intuition d’un mégalomane narcissique, dont l’absence de doute a enflammé tous ceux qui sont devenus virologues sur YouTube en deux semaines. Leur responsabilité dans le fiasco actuel est immense, et eux qui n’ont de cesse de dépister et de dénoncer des «ennemis de l’intérieur», n’ont probablement pas la moindre idée du mal qu’ils causent. C’est grâce à eux qu’on peut lire ce genre de choses sous le clavier de semi-débiles : “Les médecins traitants sont des vendus, des traîtres et des criminels en blouse blanche, Raoult est un homme intègre” » (source : Libération, 2 août 2020).

QANON. L’organisation NewsGuard révèle dans un rapport que ce mouvement pro-Trump, qui répand des théories du complot autour d’un supposé « État profond », attire « de plus en plus d’adeptes » en Europe et en France. Parmi les supposés complots listés par NewsGuard, Emmanuel Macron serait un « pion » de « l’État profond » propulsé au pouvoir après son passage dans la banque d’affaires Rothschild & Cie. « QAnon, c’est le méta-complot », synthétise la rédactrice en chef Europe de Newsguard, Chine Labbé. « QAnon offre un schéma global qui fait rentrer beaucoup de sous-théories du complot qui existent depuis longtemps mais leur laisse un cadre. » (source : France Info, 30 juillet 2020). Vendredi 31 juillet, une manifestation conspirationniste a été organisée à Hollywood avec des mots d’ordre tels que : « F.uck the NWO. F.ck vaccinations. Execute all pedophiles! », « Hollywood eats babies », « Save the children », « Stop child porn », « We demand Truth and Justice for all », « Child Lives Matter » ou encore « Bill Gates is Evil ».


Article publié le 09 Août 2020 sur Conspiracywatch.info