Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 20/07/2020 au 26/07/2020).

HALLE. C’est dans le contexte d’un regain de la menace d’extrême droite que le procès de l’auteur de l’attentat antisémite perpétré à Halle (9 octobre 2019, deux morts et deux blessés graves), en Allemagne, s’est ouvert le mardi 21 juillet. L’accusé, Stephan Balliet, un extrémiste de droite de 28 ans, n’a pas exprimé de remords, s’attachant plutôt à exposer, en des termes souvent offensants, sa vision raciste du monde. « J’ai décidé qu’il n’y avait pas d’autre solution que de s’armer et de se battre, sinon nous serons tous “brunis” dans 50 ans », a-t-il déclaré devant le tribunal de Magdebourg (Saxe-Anhalt), faisant allusion à l’arrivée de millions de réfugiés en Europe… (source : France 24, 21 juillet 2020). À l’époque des faits, le NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), formation néonazie, suggérait que l’auteur des faits avait été manipulé afin de jeter le discrédit sur les nationalistes (source : Conspiracy Watch, 18 octobre 2019).

CHEMTRAILS. Le nouveau secrétaire d’État chargé de la Ruralité, Joël Giraud, s’est illustré il y a quelques années en se faisant le porte-voix, dans l’hémicycle, des rumeurs sur les soi-disant “chemtrails“, l’une des théories du complot contemporaines les plus populaires. En novembre 2013, à l’Assemblée nationale, ce député PRG avait posé une question sur le sujet au ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Quelques semaines plus tard, il avait accordé une interview sur ce sujet à Agence Info Libre, un site conspirationniste gravitant dans la mouvance dieudonniste (source : Twitter/Conspiracy Watch).

TELEGRAM. C’est un canal comme il en existe des dizaines d’autres, un groupe privé constitué sur la messagerie Telegram. Baptisé « Team patriote », fort d’environ 150 membres recrutés au sein du réseau Twitter, il permet à ces militants nationalistes de discuter en privé, « sans censure », de leurs obsessions : l’immigration, l’islam, la « gauchiasse », le survivalisme, les armes à feu et la « guerre raciale » qu’ils appellent de leurs vœux. Le Monde a pu, durant plusieurs semaines, suivre en temps réel les discussions de ce petit groupe, emblématique des procédés de « radicalisation » permis par les réseaux sociaux. « De nombreux membres ramènent aussi d’outre-Atlantique les théories du complot les plus fumeuses, notamment autour de la figure du milliardaire George Soros, accusé par l’alt-right de financer un “mouvement antifa” tout aussi vaporeux » (source : Le Monde, 21 juillet 2020).

WHATSAPP. Pendant le confinement, des groupes d’entraide ont vu le jour sur l’application WhatsApp pour porter secours aux plus vulnérables ; des familles et des amis se sont retrouvés pour échanger, briser la solitude, partager leurs angoisses ou leurs espoirs… Pour partager, aussi, des fausses informations et des théories du complot. Alors que Facebook, YouTube et Twitter sont régulièrement associés au problème de la régulation des contenus toxiques sur Internet, WhatsApp gagne en influence dans une relative indifférence. Le service proposé par l’application de messagerie cryptée contribue pourtant à la viralité de contenus complotistes (source : Conspiracy Watch, 24 juillet 2020).

TWITTER. Twitter accentue sa lutte contre la désinformation. Le réseau social a supprimé plus de 7 000 comptes liés à la mouvance « QAnon » et a entrepris de limiter la circulation des contenus liés à cette théorie du complot américaine, propagée par des fans de Donald Trump. « Cette semaine, nous prenons davantage de mesures contre l’activité dite “QAnon” », a annoncé le réseau mardi 21 juillet sur son compte dédié à la sécurité, au nom de son règlement sur « les comportements ayant le potentiel de causer des torts dans la vie réelle » (source : France 24, 22 juillet 2020). À lire également, au sujet de QAnon, l’enquête du Guardian qui révèle que plus de 3 millions d’abonnés sur Facebook soutiennent cette théorie du complot, un nombre en augmentation (source : The Guardian, 20 juin 2020).

ANTIVAXX. Un tweet de la nouvelle maire de Marseille, Michèle Rubirola, remontant à mars 2018, a resurgi ces derniers temps sur Internet. On peut y lire le message suivant : « #vaccins stop. Confirmation #Pétition #Montagnier / Joyeux. » Si le lien qui accompagnait le message a été supprimé, il apparaît clairement que Michèle Rubirola s’associait alors à Henri Joyeux, figure de proue des antivaccins, et au biologiste virologue Luc Montagnier. En janvier 2018, ces deux professeurs avaient lancé un « appel à la raison » à destination des personnels et professionnels de santé pour s’opposer à la nouvelle loi, portée à l’époque par Agnès Buzyn, imposant onze vaccins aux enfants (source : Libération, 23 juillet 2020).

Source : Twitter, 11 mars 2018.

COVID-19. Avec près de 5000 nouveaux cas de coronavirus en une seule semaine, la Roumanie connaît une résurgence alarmante. Cet ancien pays communiste de 19 millions d’habitants avait pourtant utilisé avec un certain succès, dès le début de la pandémie, la manière forte pour endiguer la maladie, en hospitalisant systématiquement toutes les personnes touchées. Mais début juillet, la Cour constitutionnelle a jugé illégale cette mesure, digne selon ses détracteurs d’une « dictature médicale ». Elle a souligné que garder un malade à l’hôpital contre son gré « portait atteinte aux droits fondamentaux ». À la bataille contre la maladie s’ajoute à présent la lutte contre les « coronasceptiques » (source : France 24, 21 juillet 2020).

ANTI-MASQUES. Un mouvement de contestation anti-masques prend doucement de l’ampleur en France, notamment sur des groupes Facebook comme « Accrochez-vous, ça bouge » ou « Regroupement contre le port du masque obligatoire » (environ 5 000 membres chacun). Véritables nids à complotistes, ces groupes attirent de nouveaux membres depuis la décision de rendre obligatoire, le 19 juillet, le port du masque dans tous les lieux publics clos (source : L’Express, 21 juillet 2020). On lira à ce sujet l’enquête du Point et l’analyse de Rudy Reichstadt, directeur de l’Observatoire du conspirationnisme, pour qui « les anti-masques ne sont qu’un “nouvel épisode” du continuum de théories fumeuses et conspirationnistes qui traverse notre époque »… (source : Le Point, 25 juillet 2020).

CORBYN. À Nottingham (Royaume-Uni), on a pu voir Piers Corbyn, frère de l’ancien leader du Labour Party, Jeremy Corbyn, participer à une manifestation contre le confinement et le port du masque. L’homme était muni d’un écriteau sur leque on pouvait lire : « C’est un canular pour détruire l’emploi, l’économie et vous contrôler » (source : Twitter).

BILL GATES. On sait que Bill Gates est au cœur de multiples théories du complot autour de la propagation du coronavirus et de la vaccination, accusée de permettre l’implantation de puce sous la peau. Interviewé par la chaîne CNN, le fondateur de Microsoft a expliqué que les candidats à la vaccination contre le coronavirus pourraient avoir besoin de plusieurs doses pour obtenir une protection efficace. Diffusé sur Twitter, l’extrait a provoqué une avalanche de commentaires conspirationnistes parfois très virulents qui illustre l’ampleur du travail de sensibilisation à effectuer sur ce plan (source : Twitter).

RÉCHAUFFEMENT. « Le Groenland gagne chaque année de la glace ». Cette étonnante affirmation est depuis quelques jours reprise sans sourciller par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, à partir de sites complotistes comme Sott.net. Après tout, les chiffres ne mentent pas. Un article intitulé « Le Groenland a gagné plus de 27 gigatonnes de neige et de glace rien qu’au cours des cinq derniers jours » est en effet là pour le prouver… Une énième théorie du complot qui viserait à démontrer qu’on nous cache que la glace s’accumule, année après année, en Arctique, au contraire de ce qu’affirment régulièrement les scientifiques (source : L’Express, 25 juillet 2020).


Article publié le 02 Août 2020 sur Conspiracywatch.info