Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 18/05/2020 au 24/05/2020).

« OBAMAGATE ». Donald Trump a récemment répété à satiété l’expression « Obamagate » sur Twitter. Pour le président américain, il s’agit du « plus grand crime politique de l’histoire des États-Unis ». Ce « complot mondial » apparaît surtout comme une bonne façon de détourner l’attention publique de la pandémie de Covid-19, un moyen de ternir l’image de Barack Obama, la figure politique la plus populaire aux États-Unis, qui a qualifié la gestion de la crise sanitaire par son successeur de « désastre chaotique absolu » (source : La Presse, 18 mai 2020).

« INFODÉMIE ». Le terme d’« infodémie » revient sans cesse désormais dans la couverture du coronavirus, au moins depuis son emploi par l’OMS, en février 2020. Il semble recouvrir plusieurs sens, qui ne sont pas forcément exclusifs, mais qu’il vaudrait mieux distinguer. Le philosophe Mathias Girel propose sur son blog le questionnement utile d’un vocable utilisé sans réelle rigueur conceptuelle (source : mathiasgirel.com, 19 mai 2020).

YOUTUBE. Plus d’un quart des vidéos les plus regardées sur YouTube contiennent des informations trompeuses sur la maladie Covid-19. Tel est le sombre constat que dressent des chercheurs canadiens au terme d’une étude, menée en mars 2020, qui a consisté à analyser le contenu des 150 vidéos en anglais les plus visionnées sur la maladie due au SARS-CoV-2. Postée le 20 avril sur l’espace de prépublication de la revue The Lancet, il s’agit de la première étude évaluant la pertinence et la qualité des vidéos YouTube les plus vues pendant la pandémie de Covid-19 (source : Le Monde, 19 mai 2020).

DÉMOCRATIES MENACÉES. Le Covid-19 a donné lieu à une flambée de thèses complotistes qui renforce encore l’emprise planétaire de ce phénomène. Dans un entretien accordé aux Échos, Rudy Reichstadt, fondateur de l’Observatoire du conspirationnisme, met en garde contre la dangereuse migration du complotisme – autrefois l’apanage des États autoritaires – vers les régimes démocratiques. « Le complotisme est devenu un code culturel dont se sont emparés les populistes », explique notamment Rudy Reichstadt qui observe que « les déclarations aventureuses et les théories du complot dont Donald Trump a parsemé sa campagne ne lui auraient sans doute pas permis, auparavant, de se qualifier pour les primaires du Parti républicain ni de remporter le scrutin. » Or, le constat est là : « Le complotisme favorise l’arrivée au pouvoir de dirigeants dangereux à force d’être irresponsables » (source : Les Échos, 22 mai 2020). À écouter également, l’entretien de Rudy Reichstadt avec Valérie Expert sur Sud Radio.

FURET. Dans Penser la Révolution française, François Furet opère un rapprochement, digne d’être médité par tous ceux qui s’intéressent au conspirationnisme, entre complot et idéal révolutionnaire : « Si l’idée de complot est taillée dans la même étoffe que la conscience révolutionnaire, c’est qu’elle est une partie essentielle de ce qui est le fond même de cette conscience : un discours imaginaire sur le pouvoir ». Dans un texte publié sur Conspiracy Watch, Gilles Clavreul revient sur le diagnostic posé par l’historien de la Révolution française, qui éclaire le complotisme sous un jour différent : ce dernier ne serait pas seulement une technique destinée à conquérir les esprits par la manipulation des faits, mais le ressort même d’une idéologie permettant aussi bien aux gouvernés de rejeter par principe tout pouvoir qu’aux gouvernants de justifier leur impuissance (source : Conspiracy Watch, 20 mai 2020).

COMPLOTISME ET « INDÉCIS ». Au rythme actuel, préviennent les chercheurs, les opinions des anti-vaccins deviendront dominantes dans dix ans. Pour le neuropsychologue Sebastian Dieguez, c’est aux « indécis » qu’il revient d’étouffer ou d’amplifier les sirènes du complotisme. Ce qui n’est rien d’autre qu’un choix pour l’avenir de nos sociétés et la survie des démocraties. Pour Conspiracy Watch, le chercheur rend compte d’une étude sur le mouvement anti-vaccins sur Facebook, qui, à partir de millions de compte, permet de modéliser d’immenses masses de données capturées en temps réel. Le chercheur explique notamment qu’un complotisme « soft » se déploie dans la masse des « indécis », « qui ne fait que partager ou poser certaines « questions », et donne lieu à des échanges soutenus et très engagés ». Le mouvement anti-vaccins « s’insère pour ainsi dire tout naturellement dans ces flux dynamiques et variés, et y prospère même » (source : Conspiracy Watch, 22 mai 2020). « Une fois qu’une personne a basculé dans une croyance, il faut plusieurs années pour qu’elle puisse en ressortir », explique Gérald Bronner au sujet des positions anti-vaccination. Pour le sociologue, c’est aussi la catégorie des « indécis » qu’il faut cibler en premier lieu avec des contre-discours (source : Clique, Canal +, 21 mai 2020).

ANTIVAXX. Vaccination inutile ou dangereuse, « interférence virale », « plans de dépopulation » de Bill Gates… : une vidéo vue plusieurs dizaines de milliers de fois depuis le 15 mai, compilant deux interventions d’une députée italienne connue pour ses positions antivaccins, contient au moins cinq affirmations fausses ou infondées. Décryptage avec le service de fact-checking de l’AFP (source : AFP, 20 mai 2020).

VACCINATION (ÉTUDES). Une prépublication rend compte de deux études transversales menées par les chercheurs Paul Bertin, Sylvain Delouvée et Kenzo Nera, qui ont consisté à examiner les liens entre les croyances conspirationnistes autour du Covid-19, les attitudes à l’égard de la vaccination et l’intention – ou non – de se faire vacciner contre ce virus, lorsqu’un vaccin sera disponible. L’enquête révèle la corrélation entre l’adhésion aux théories du complot sur le Covid-19 (dont celles qui entourent la chloroquine) avec une plus forte défiance à l’égard de la vaccination.

MICHEL ONFRAY. La revue Front populaire de Michel Onfray, qui doit être lancée en juin, entend réunir les « souverainistes de droite et de gauche ». « Nous voulons contribuer au débat d’idées qui n’existe plus depuis des années, explique Michel Onfray au Monde. Nous souhaitons faire de telle sorte que des notions comme “peuple”, “populaire”, “nation”, “souverainisme”, “protectionnisme” ne soient pas des insultes mais des prétextes à débattre. » Parmi ses premiers soutiens et auteurs déjà révélés, on trouve notamment les noms de Mathieu Bock-Côté, Djordje Kuzmanovic, Jacques Sapir, Philippe de Villiers ou encore Didier Raoult (source : Le Monde, 19 mai 2020).

« EUROPE ÉCOLOGIE LES BRUNS ». « EELB » est un forum très actif sur une plateforme créée début avril. Il compte déjà plus de 1 500 inscrits après quelques semaines seulement d’existence et un nombre inquantifiable d’« invités » (non-inscrits). Des centaines d’internautes y sont régulièrement connectés simultanément selon les statistiques de la plateforme et un total de près de 40 000 messages, répartis en plus de 1 800 sujets, ont été postés depuis le lancement. Avec une estimation de 144 000 visites lors du premier mois d’activité, racisme, antisémitisme négationnisme et complotisme s’y déploient à grande échelle (source : Libération, 21 mai 2020).

AMBASSADE DE CHINE EN FRANCE. Le dimanche 24 mai au soir, l’ambassade de Chine en France a posté sur son compte Twitter une illustration complotiste bien connue, avant de l’effacer. Ce dessin suggère que la situation à Hong Kong, à la suite d’autres crises régionales, est en réalité une déstabilisation orchestrée par les États-Unis et Israël. Conspiracy Watch a consacré un thread à ce dessin qui circule sur les réseaux sociaux depuis 2013, et qui a notamment transité par le site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation, en février 2014.


Article publié le 31 Mai 2020 sur Conspiracywatch.info