C’est un paradoxe, Henry PESSAR qui avait toujours une histoire sur le bout de la langue Ă©tait peu disert sur sa propre vie. Reporter photographe journaliste, Ă©crivain, il a parcouru le monde. Il est connu notamment pour ĂȘtre l’auteur de la derniĂšre photographie de LE CORBUSIER et de reportages sur John LENNON et Yoko ONO, dans leur bedroom et leur visite des puces de Saint-Ouen.

Lors d’émissions Ă  Deux Sous de ScĂšne sur Radio Libertaire, sa « mĂ©moire Ă  tiroirs » dĂ©bordait d’anecdotes toujours extraordinaires.

ExubĂ©rant mais profondĂ©ment secret, Henry PESSAR nous a quittĂ©s sans crier gare. Je me souviendrai de l’homme gĂ©nĂ©reux toujours prĂȘt Ă  rendre service et de son regard Ă  l’affĂ»t, Ă©merveillĂ©, enthousiaste. C’était un poĂšte !

Je reproduis ci-dessous l’extrait d’un article que j’avais Ă©crit en 2013 Ă  propos de son livre autobiographique Dans la mĂ©moire des Ă©toiles, Editions Apopsix.

Dans son roman-voyage intitulĂ© Dans la mĂ©moire des Ă©toiles Henry PESSAR tisse sa toile d’araignĂ©e de telle sorte que le lecteur puisse s’y dĂ©placer comme sur une carte du monde presque en suspension et sans ne se soucier ni du dĂ©calage horaire, ni des distances, en se laissant balloter tout simplement, suspendu Ă  l’écriture Ă©lĂ©gante et souple, lĂ©gĂšre et intimiste.
Evidemment, Henry PESSAR, en digne chasseur de papillons de rĂȘves a choisi pour le lecteur les histoires les plus incroyables, celles qui dĂ©bordent de la soupiĂšre. Mais encore faut-il ĂȘtre capable de soulever le couvercle. Avec Henry PESSAR pour guide, le lecteur finit par se croire visionnaire car c’est sous la nappe de l’invisible Ă  l’Ɠil nu que se prĂ©sentent les plus saisissantes dĂ©couvertes.
Oui vraiment, il faut se laisser surprendre par le guide de musĂ©e aveugle, le vieillard aux yeux d’azur, assister Ă  sa rencontre avec JosĂ© GORRAL, un « rouge » espagnol, rĂ©fugiĂ© Ă  Gibraltar qui pleure en lisant un poĂšme de LORCA, suivre l’enterrement d’un ami au cimetiĂšre de TolĂšde

Ses personnages sont des villes : TOLEDE, SAN MIGUEL, SANTO DOMINGO, EDIMBOURG, CHARTRES, COPENHAGUE 
et des anonymes qu’il baptise : le lĂ©vrier philosophe, le lapon de haute Ă©poque 

Ses évocations stupéfiantes ne sont pas sans rappeler Jorge-Luis BORGES, autre voyageur de mémoire impénitent.

Pour rĂ©veiller sa vision de Kirsten, une femme aimĂ©e, Henry devient lyrique et c’est si beau que je ne rĂ©siste pas Ă  vous livrer cet extrait :
« Redoutant de perdre ce joyau, je dois tenter de me rapprocher de toi avec prudence ; Ă©voquant Ă  peine les bribes de toi qui somnolent au fin fond de ma mĂ©moire. Je crains de pulvĂ©riser ton image et te rĂ©duire en miettes impalpables
 Souvenir restaurĂ© qui ne m’appartiendra plus ; qui n’existera qu’au second degrĂ©, rĂ©inventĂ©, Ă©loignĂ© de cet instant aux mĂ©lancoliques dĂ©licatesses ; tel le parfum trop suave, volatile d’une rose thĂ©. »

VoilĂ  un livre Ă  lire sans soif, un soir par exemple oĂč on a laissĂ© tomber la tĂ©lĂ©vision pour s’abandonner Ă  cet exercice audacieux de la lecture-rĂȘve, miraculeuse
 Merci Henry PESSAR !

Eze, le 6 Septembre 2020
Evelyne TrĂąn


Article publié le 06 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr