Avril 23, 2021
Par Le Monde Libertaire
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J’ai terminĂ© de lire le livre de Patrick Schindler, Klaus Mann ou le vain Icare.
C’est un beau livre. Un livre tout simplement superbe.
Que d’émotions, et quelle analyse, sans concession sur la sociĂ©tĂ© allemande qui, dans sa grande majoritĂ©, avait plongĂ© dans la collaboration soit par peur, soit pour sauver sa peau.

C’est un livre d’amour et d’histoire qui rompt avec les idĂ©es dominantes. Un livre rĂ©volutionnaire, pas moins.
Un livre qui, contrairement aux apparences (suicides, changements de nationalitĂ©s, nombreux exils) n’en montre pas moins l’espoir, le chemin de la lutte. Il appelle Ă  ne pas baisser les bras, malgrĂ© la rĂ©pression. MĂȘme si parfois, si certains protagoniste du roman se rĂ©fugient dans la drogue ou et l’alcool… Mais, il y a cependant, toujours le respect de l’individu, le refus de juger.

Entre clairvoyance et aveuglement ou soumission

Les Allemands, mais pas qu’eux, car partout en Europe, en Union SoviĂ©tique et aux États-Unis, en France, l’allĂ©geance au fascisme (hitlĂ©rien, stalinien, pĂ©tainiste, la montĂ©e du maccarthisme et la propagande officielle) menait la plupart des individus Ă  la dĂ©prime ou Ă  la collaboration.
Quelle pertinence, que l’analyse de Klaus Mann sur le plan mondial. D’une luciditĂ© extraordinaire. Certes, pour lui, il fallait Ă©radiquer le nazisme, mais il avait pressenti un autre danger, il l’avait vu grandir et s’imposer : le communisme stalinien et ses camps de concentration.
D’ ailleurs, aprĂšs avoir longtemps hĂ©sitĂ©, il finit par mettre lui aussi, fascisme et communisme sur le mĂȘme pied, ces deux États autoritaires, concentrationnaires.
A la fin de la guerre, Klaus Mann avait constatĂ© que la jeunesse allemande Ă©tait imprĂ©gnĂ©e des idĂ©es nazies et que la lutte pour la dĂ©nazification ne serait pas Ă©vidente. Mais aussi, que la soviĂ©tisation de l’Europe de l’Est Ă©tait en marche, sous la fĂ©rule de Staline. Bon nombre d’anciens nazis avaient rejoints l’Allemagne de l’Est et occupaient des postes importants et s’étaient reconvertis en dirigeants de la zone soviĂ©tique.
Pourtant, pour quelques temps encore, Klaus Mann restait accroché entre espoir et désespoir.
Mais, entre autres, la piĂšce de Carl Zuckmayer, Des Teufels General (Le gĂ©nĂ©ral du diable), cette plaidoirie pour excuser l’Allemand moyen, finit par l’ Ă©cƓurer dĂ©finitivement et fut un des Ă©lĂ©ments qui lui firent mettre un terme Ă  sa vie Ă  l’ñge de 43 ans.
La dĂ©nazification lui paraissait maintenant comme une tĂąche devenue insurmontable et pourtant, il s’était fixĂ© Ă  minima, de participer Ă  la rĂ©Ă©ducation du peuple allemand aprĂšs-guerre.
Ce livre est Ă  mettre entre toutes les mains et notamment dans celles de la jeunesse, afin qu’elle prenne connaissance des difficultĂ©s de cette pĂ©riode, par le biais d’une histoire vĂ©cue au jour le jour par Klaus Mann, non pas l’histoire officielle telle qu’elle est gĂ©nĂ©ralement enseignĂ©e de la montĂ©e du fascisme en Allemagne, mais montrant les dĂ©gĂąts collatĂ©raux qu’elle entraĂźna en Russie, en Italie, en France, en Espagne, et jusqu’au Japon…
Ce livre a Ă©galement la qualitĂ© de mieux faire connaitre Klaus Mann, ce grand Ă©crivain, ce grand journaliste, malheureusement trop mĂ©connu et qui ne figure guĂšre dans les livres d’histoire.
Je vais d’ailleurs relire le livre une deuxiùme fois !

Justhom, Ă©crivain




Source: Monde-libertaire.fr