La réapparition de Bertrand Cantat sur la couverture du magazine « les Inrockuptibles » a provoqué mercredi dernier à nouveau un tollé de protestations et de vives réactions chez les féministes, comme chez des personnalités politiques et médiatiques. Marlène Chiappa, la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes s’est indignée de la promotion d’un assassin, condamné il y a treize ans pour le meurtre de Marie Trintignant.

L’ancienne ministre des Familles Laurence Rossignol a quant à elle parlé de « honte » pour ce magazine qui affiche le portrait de Bertrand Cantat et le nom du rappeur Orelsan, auteur de « je vais te marie-trintigner » dans l’une de ses chansons.

L’intention des « Inrocks » ne fait pas de doute : faire le buzz et provoquer le débat, ce qui n’a pas manqué de se faire une nouvelle fois. Car depuis sa libération conditionnelle en 2007, chaque réapparition du chanteur, chaque concert, chaque album soulève le même émoi et les mêmes questions : le meurtrier de Marie Trintignant peut il reprendre son métier d’artiste et retouver sa notoriété passée comme si rien n’était ? Doit il être banni des médias et du show bizz pour ce meurtre qu’il a payé de quatre ans de prison ? Nous ne nous lancerons pas dans ce débat moral, surtout concernant ce milieu du show bizz où la morale a bien peu de place. Néanmoins, ce qui interpelle, c’est la pause de Cantat, cheveux en pétard, look négligé, le regard un peu perdu et cette attitude beau gosse macho marqué par la vie : c’est bien le héros rebelle et viril qui s’affiche avec son refus des bonnes mœurs et son air provocateur. Ses propos dans la double page du magazine sont du même acabit : la souffrance et le désespoir d’un homme seul face à tous, un paria, un mal aimé. Bref, tous les clichés sont là et plus fort que tout le désir de provoquer. Mais est ce vraiment sérieux ? Cantat peut il encore se fantasmer en rebelle quand le machisme qu’il arbore est rétrograde et archaïque, en plus d’avoir été meurtrier ? Quoi de plus conformiste justement que cette volonté de puissance transférée sur des questions sexuelles, à l’origine des violences faites aux femmes ? Quoi de plus inscrit dans l’ordre social et dans la banalité ? La dimension contestataire de ses chansons et le genre marginal rebelle sonnent bien creux. En cela Cantat me dérange. Pour ce qu’il a fait mais aussi pour cette prise de conscience attendue et qui n’a pas eu lieu.