Alors que l’occupation illimitée du TNT se poursuit toujours, voici l’intervention très détaillée de la Coordination des Intermittent-es et Précaires de Midi Pyrénées (CIP MP) expliquant les raisons de la colère.

C.I.P. – M.P. Conférence de de presse du 3 mai 2016 au TNT

Un accord a été conclu dans la nuit du 27 au 28 avril entre des organisations syndicales de salariés et d’employeurs du secteur du spectacle et de l’audio visuel, sur l’assurance chômage spécifique des intermittents.

Si nous pouvons dire qu’il s’agit d’un accord inédit car conclu entre des parties jusqu’alors peu enclines au dialogue et parce qu’il reprend une partie des propositions que nous défendons depuis 13 ans, nous disons par ailleurs que la partie n’est pas gagnée.

C’est une étape, gagnée par notre lutte acharnée, par toutes les formes d’action que nous avons mises en place pendant toutes ces années : par la grève, les propositions de loi parlementaire, les occupations, les blocages, les manifestations etc…

Cet accord ne respectant pas le cadrage du Medef qui demandait 185 millions d’économies, nous n’avons pas d’autre choix que d’amplifier notre mouvement pour qu’il soit agrée à l’unedic.

Et nous nous battrons également pour qu’il soit étendu à l’ensemble des salariés à l’emploi discontinu.

Nous refuserons que l’état se substitue à la solidarité interprofessionnelle pour prendre en charge les économies demandées, ce qui préfigurerait la création d’une caisse autonome. Mais si l’état veut payer, qu’il paie pour tous les chômeurs !

Nous tenons à réaffirmer qu’il n’y a pas de déficit du régime spécifique d’assurance chômage des intermittents du spectacle, la manipulation des chiffres par le medef, trop souvent reprise par les médias, est idéologique. Les intermittents représentent 4% des allocataires et perçoivent 4,2% des allocations !

L’argument du déficit de l’unedic est martelé depuis des années pour faire passer toutes les régressions sociales et le contrôle accru des sans emploi. Ce déficit ne représente qu’1,5% de la dette publique et nous savons que le rapport entre les cotisations versées et les cotisations perçues est excédentaire.

Ce qui grève le budget de cet organisme paritaire c’est :

  • 10% des fonds de l’unedic, donc de nos cotisations, alloués au budget de fonctionnement de pôle emploi, y compris les salaires des contrôleurs
  • l’augmentation des exonérations de cotisations pour les employeurs, cotisations qui ne sont pas des charges ! Mais du salaire socialisé
  • la fraude sociale des employeurs
  • les opérations immobilières que nous avons dénoncé lors de nos dernières actions

C’est cette fois 800 millions d’économie, de coupe sur les droits des chômeurs en général qui ont été demandés par le gouvernement. Quand aujourd’hui 6 chômeurs sur 10 ne sont pas indemnisés.

La moitié des indemnisés touche 1000€ brut par mois, quand le seuil de pauvreté en France est de 1000€/personne. Et dans ce système ce sont les moins bien indemnisés qui subissent le plus de contrôle de la part de pôle emploi.

Dans un même temps, avec la loi « travaille et tais toi », le gouvernement veut imposer une politique de dérégulation du droit du travail où la flexibilité serait le maître mot et la précarisation, le quotidien de salariés de plus en plus nombreux. L’article 52 de cette loi prévoit de renforcer le contrôle des chômeurs en autorisant pôle emploi à ponctionner directement les supposés trop perçu, en laissant un délai de seulement 15 jours à la personne pour saisir le juge en cas de contestation. Cette loi revient donc impunément sur une décision du conseil d’état d’octobre 2015 qui avait pourtant statué contre cette pratique.

Cette loi et la négociation de l’assurance chômage sont les 2 mâchoires d’un système qui fragilise nos vies et démembre nos « conquis sociaux »

Nous occupons actuellement le Théâtre national de Toulouse et soutenons activement les occupations des Centres Dramatiques Nationaux de Montpellier, Bordeaux, Caen, Lille, de la Maison de la Culture de Grenoble, des Théâtres Nationaux de Bretagne, de Toulouse, de Nice. Car nous avons besoin de lieux pour nous réunir, pour faire des assemblées générales, des conférences de presse, pour travailler à l’amplification de la mobilisation, à la convergence des luttes.

N’en déplaise à la ministre de la culture qui nous exhortait récemment à quitter les salles de spectacle qui, je cite « doivent être rendues au public et ne pas être le lieu de revendications d’autre nature », c’est à celles et ceux qui luttent de décider de leurs moyens d’action !

  • Nous réaffirmons que le régime des intermittents du spectacle doit s’inscrire dans la solidarité interprofessionnelle et qu’il est un modèle pour l’intermittence de l’emploi.
  • Nous exigeons que 10 chômeurs sur 10 soient indemnisés
  • Nous refusons toutes les économies faites sur dos de l’ensemble des chômeurs et précaires.
  • Nous dénonçons la politique de contrôles de pôle emploi qui stigmatise et culpabilise les plus fragiles d’entre nous.
  • Nous dénonçons la gestion mafieuse de l’UNEDIC par le Medef et demandons son exclusion des caisses paritaires qui gèrent nos cotisations salariales.
  • Nous exigeons le retrait de la loi « travail »
  • De plus, nous dénonçons vivement l’usage disproportionné dangereux et illégitime de la violence par les forces de l’ordre à l’encontre des citoyens qui manifestent et occupent.
  • Nous demandons à pouvoir nous réunir sereinement et pacifiquement sur les places publiques, sur nos lieux de travail et d’études sans contrôle policier.

Nous appelons à rejoindre le mouvement d’occupation du TNT.

Nous appelons le plus grand nombre à organiser des assemblées générales sur tous les lieux de travail (et envisager la grève généralisée et totale) ?.

Ce que nous défendons nous le défendons pour tou-tes !




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