Novembre 14, 2020
Par Rapports De Force
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Même si on ne sait toujours pas quoi mettre sur notre attestation quand on part en manif’, les mouvements sociaux ont le mérite de toujours exister dans l’Hexagone au bout de deux semaines de confinement. Normal, les motifs de colères sont nombreux : plans sociaux, nouvelles lois sécuritaires, jour de carence toujours pas suspendu… La liste est longue et on vous la détaille dans ce nouveau récap hebdo.

Mobilisations

Grève enseignante du 10 novembre

Après une semaine de rentrée mouvementée, les enseignants ont fait grève ce mardi 10 novembre à l’appel de la grande majorité des organisations syndicales. Très suivie dans les collèges (45% de grévistes dans les collèges selon la FSU) et loin d’être inexistante dans les écoles (20%), la grève avait notamment pour but d’obtenir la réduction des effectifs d’élèves présents dans les établissements, comme c’est déjà le cas dans les lycées (voir notre article). La revendication n’a pas été entendue par le ministre Jean-Michel Blanquer qui a une fois de plus minimisé l’ampleur de la mobilisation lors d’une séance de questions au gouvernement.

Un 17 novembre de toutes les colères

Ironie du sort : deux ans après le début du mouvement des gilets jaunes, le 17 novembre 2020 sera à nouveau une journée riche en mobilisations sociales :

  • En lien quasi direct avec le mouvement aux 24 éborgné.es, une manifestation contre la loi de sécurité globale se tiendra à 18h devant l’Assemblée Nationale. La loi contient un grand nombre de mesures sécuritaires comme l’accroissement des pouvoirs de la police municipale ou encore le très médiatisé article 24, qui pourrait limiter très fortement le droit de filmer des policiers en exercice. Des appels à manifestation devraient se multiplier dans diverses villes de France. À Lyon une manifestation est par exemple déjà prévue à 18h devant la préfecture.
  • En 12 ans, ils ont vu leur pouvoir d’achat réduit de 20 %. Ils représentent 80 % des victimes de la COVID-19… ce sont… les retraités. Une large intersyndicale CGT-FO-SUD-FSU appelle ces derniers à organiser une journée d’action et d’information le 17 novembre pour alerter sur la dégradation de leurs conditions de vie.
  • Une intersyndicale rassemblant tous les salariés et fonctionnaires de l’éducation de Seine-Saint-Denis appelle à rentrer en grève le 17 novembre. Alors que les agent.es de la ville de Saint-Denis sont en grève depuis début octobre pour maintenir des conquis en terme de salaire et de temps de travail, leur jonction avec les enseignant.es pourrait bien renforcer le caractère interprofessionnel de la grève (voir notre article).

5000 personnes dans les rues de Toulouse pour la santé

C’était samedi dernier : 5000 personnes (selon la CGT du CHU de Toulouse, organisatrice de l’événement) défilaient dans les rues toulousaines sur un trajet validé par la préfecture. Annoncée avant le reconfinement, la manifestation avait été rejointe par non moins de 18 organisations. Les manifestants exigeaient des moyens supplémentaires pour les hôpitaux ainsi qu’une autre gestion de la crise sanitaire (voir notre article).

Quelle attestation pour manifester ?

Pour ce confinement nouvelle mouture, les manifestations sont a priori autorisées. Pourtant, vous serez nombreux à remarquer que vos attestations ne comportent pas de case « manifestation »… l’Union Syndicale Solidaires, le Syndicat des Avocats de France et le Syndicat de la Magistrature se sont donc fendus d’une lettre au premier ministre pour lui faire remarquer cette incohérence.

Covid-19

Confinement : un point d’étape sans annonces

Emmanuel Macron avait promis durant son allocution télévisée un point d’étape, 15 jours après le début du confinement. Jean Castex, entouré de plusieurs ministres, s’est plié à l’exercice jeudi 12 novembre au soir. Pourtant, presque aucune annonce n’a été faite. Ni nouvelles restrictions ni assouplissement pour gérer une situation sanitaire toujours aussi tendue dans les services hospitaliers, mais qui voit le nombre de contaminations quotidiennes réduire sensiblement depuis quelques jours. Le confinement reste donc en l’état, au moins jusqu’au 1er décembre, où des allégements pourraient intervenir. Notamment pour les commerces à l’approche des fêtes de fin d’année.

Un vaccin pour Noël ?

C’est la nouvelle de la semaine qui a fait bondir les bourses du monde entier : les laboratoires Pfizer et BioNTech ont annoncé dans un communiqué de presse que, selon les premiers résultats de la phase 3 de leur essai clinique, leur vaccin serait efficace à 90 %. Des résultats qui devront cependant être confirmés par d’autres analyses, appuyées sur des publications scientifiques. D’autant que le vaccin s’appuie sur une technique nouvelle (l’ARN messager). De plus, il présente la contrainte de devoir être conservé à très basse température. Pour autant, dans la course au vaccin, le laboratoire Pfizer espère une homologation par les autorités américaines en fin d’année. Un préalable avant toute campagne de vaccination.

Adoption définitive du nouvel état d’urgence sanitaire

Après une semaine parlementaire agitée, la prolongation de l’état d’urgence sanitaire a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale samedi 7 novembre. Celle-ci permet au gouvernement de prendre toutes les restrictions qu’il juge nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid-19 jusqu’au 16 février. Au-delà de cette date, un nouveau texte devra être présenté au parlement. Les députés des trois groupes de gauche ont déposé un recours devant le Conseil constitutionnel, considérant que cette prolongation représente une atteinte aux libertés fondamentales.

Un nouveau décret pour les personnes vulnérables

Mardi 10 novembre, le gouvernement a signé le décret établissant une nouvelle liste de pathologies permettant aux personnes vulnérables de bénéficier du chômage partiel. Celle-ci reprend et allonge la liste des maladies augmentant les risques de formes sévères de Covid-19 fixée au printemps. Un décret limitant cet été les pathologies retenues avait été cassé par le Conseil d’État en octobre. Pour autant, le nouveau décret conditionne l’accès à l’activité partielle à l’absence de mesures sanitaires renforcées dans les entreprises (lire notre article). Un scandale pour plusieurs associations de malades.

Toujours pas de suspension du jour de carence

Dans un courrier aux organisations syndicales de fonctionnaires daté du 10 novembre, Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, refuse de suspendre le jour de carence. C’est la seconde fois depuis la rentrée qu’elle botte en touche, malgré l’actuelle saturation du système hospitalier et un second confinement (lire notre article).

Aggravation des pénuries de médicaments

Pas directement en lien avec le Covid-19, mais un exemple de plus des insuffisances du système de santé tout de même. Selon l’association UFC-Que-Choisir, le nombre de ruptures de médicaments en 2020 devrait atteindre un nouveau record : 2400 contre 405 en 2016. Des pénuries affectant également des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), et qui touchent principalement des molécules anciennes, vendues à bas prix, sur lesquelles les laboratoires ne font que peu de marge bénéficiaire. D’où la demande de l’UFC-Que Choisir de développer une production publique de médicaments. En novembre2019, Agnès Buzyn avait lancé un plan pour faire face à l’augmentation des pénuries, mais sans viser les laboratoires. Manifestement sans effet.

Chômage

Les fins de droit prolongées

C’est une des rares annonces faites par Jean Castex, lors de son point presse de jeudi dernier. Les chômeurs dont les droits à l’indemnisation se terminent en novembre, pendant le confinement, bénéficieront encore de leur allocation en décembre. Et possiblement en janvier si la mise sous cloche de pans de l’économie se poursuit. Une mesure identique à celle prise lors du premier confinement, alors que le gouvernement prévoit une baisse d’activité économique importante au quatrième trimestre. Une décision dont les partenaires sociaux réunis par visioconférence par la ministre du Travail ont pris connaissance quelques heures plus tôt.

Vers un aménagement de la réforme de l’assurance chômage ?

Oui, mais à la marge estiment les syndicats de salariés à la sortie de la visioconférence avec Elisabeth Borne jeudi 12 novembre. Les adaptations envisagées par l’exécutif sur les deux volets de la réforme de l’assurance chômage ne sont pas actées, mais deux scénarios tiennent la corde. L’un envisage de réduire le nombre de mois travaillés pour ouvrir des droits, quand l’autre crée une distinction plus avantageuse pour les moins de 26 ans. Sur les modalités de calcul des allocations, un plancher pourrait être mis en place pour limiter un peu la casse. Seul réel bénéficiaire immédiat : le patronat. Celui-ci voit l’instauration du bonus-malus sur les contrats courts repoussé de trois ans quand les chômeurs ne gagnent eux qu’un sursis de trois mois.

Le taux de chômage s’envole à 9 % au 3e trimestre

C’est le résultat mis en avant par l’étude de l’Insee publiée mardi 10 novembre. Ainsi, le nombre de chômeurs au sens restrictif du BIT atteint le chiffre de 2,7 millions et le taux de chômage progresse de deux points par rapport au trimestre précédent.

Suppressions de postes

Bridgestone

La ministre chargée de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher a annoncé jeudi 12 novembre la fermeture de l’usine Bridgestone de Béthune, à l’issue d’une réunion avec la direction du groupe. Le sort des 853 salariés du site a été réglé en quelques minutes selon un des délégués syndicaux présent lors de cette entrevue. À sa sortie, la ministre a expliqué « travailler sur des scénario de reprise » et chercher à « faire en sorte que le plan social qui est aujourd’hui proposé soit amélioré ». Un scénario de fermeture écrit d’avance que nous expliquions déjà le 21 septembre à l’occasion de la première visite de la ministre à Béthune (lire notre article).

Société générale, intérêts particuliers

La société générale a annoncé cette semaine la suppression de 640 de ses postes en France. Ces coupes font partie du vaste plan d’économies de 450 millions d’euros d’ici 2023, annoncé en août. Il a pour but d’augmenter la rentabilité de l’entreprise. Les activités de marché et celles des titres de bourse seront de loin les plus touchés avec environ 430 suppressions de postes.

Sale hiver pour Le Printemps

Le groupe Printemps (grands magasins) envisage de supprimer 428 emplois en France d’ici à juillet 2021, soit plus de 10 % de ses effectifs. D’ici à janvier 2022, le groupe va fermer 7 de ses magasins situés un peu partout en France.

De moins en moins d’emplois dans l’aéronautique

Les jours passent et se ressemblent dans l’aéronautique toulousain : l’entreprise sous-traitante d’Airbus Akka technologie envisage de supprimer 1 150 postes sur les 2200 du site de Blagnac (banlieue toulousaine). Des négociations avec les syndicats ont déjà débuté.

Et aussi

Les mouvements étudiants criminalisés

Le diable se cache souvent dans les détails. Ici, la répression se glisse dans le projet de loi de programmation de la recherche. Faisant suite à un amendement adopté par le Sénat fin octobre, la commission mixte paritaire a validé un article prévoyant de punir d’un an d’emprisonnement et 7500 € d’amende le fait de pénétrer ou de se maintenir dans un établissement d’enseignement supérieur dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement. Une peine passant à 3 ans et 45 000 € lorsque les faits sont commis en réunion. Ce qui est le propre de tout mouvement social (lire notre article). Le texte final doit être définitivement voté le 17 novembre, malgré l’hostilité du monde universitaire.

Libé sous pression policière

Willy Le Devin, chef adjoint du service Enquêtes de Libération, a été entendu comme suspect par l’IGPN vendredi 6 novembre. Il est soupçonné de « recel de violation du secret professionnel » à la suite de la publication d’un article sur l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine dans lequel était citée une note du service du renseignement territorial (RT) des Yvelines. Libération dénonce une atteinte à la liberté de la presse.

Jeudi noir pour la police et l’Etat

Deux procès différents impliquant des gilets jaunes victimes de violences policières ont eu lieu ce jeudi 12 novembre.

  • Le premier à Paris, où un policier de la CSI 75 a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour des violences commises contre deux frères, manifestants gilets jaunes. Alors qu’ils étaient tous deux immobilisés, ce dernier les avait respectivement frappés d’un violent coup de pied à la tête et d’un coup de bâton de défense en plein visage. Ces violences sont « manifestement disproportionnées » et « illégitimes », a tranché la procureure dans son réquisitoire, soulignant qu’elles « érodent la confiance du public dans l’institution ». Le policier ne se verra pas interdit d’exercer son métier cependant.
  • Le deuxième à Lyon, où une gilet jaune a saisi le tribunal administratif et demandé réparation à l’État pour avoir reçu un tir de LBD 40 à la jambe en février 2019. Et elle pourrait bien obtenir justice : la rapporteure publique a en effet demandé la condamnation de l’État, estimant que celui-ci est « responsable des dommages causés lors d’attroupements ». Le juge délibérera d’ici deux à trois mois.

Mélenchon candidat pour 2022

La course à l’échalote est officiellement lancée à gauche. Dimanche soir, le leader de la France insoumise a annoncé sa presque troisième candidature à l’élection présidentielle de 2022. Cherchant à s’entourer d’une « légitimité évidente », il a conditionné sa candidature à l’obtention de 150 000 parrainages via un site internet dédié. Un seuil atteint en quelques jours pour un mouvement insoumis qui revendique 500 000 membres. Au PS, à EELV, chez ceux qui militent pour une candidature d’union, ou encore ceux qui se verraient bien un destin national à la place du calife, la candidature de Mélenchon fait grincer des dents.




Source: Rapportsdeforce.fr