DĂ©cembre 18, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Madrid. DĂ©cembre 2021

Dans un monde qui a besoin d’une vision globale et d’une action locale, nous voulons, en cette fin d’annĂ©e 2021, situer sur la carte quelques-uns des conflits ouverts dans le monde, des coups d’État et de la rĂ©pression contre les civils, un voyage aux limites de la pĂ©riphĂ©rie. En l’espace de douze mois seulement, il y a trop de violences contre la population du monde, de vies humaines brisĂ©es et les fossĂ©s politiques et sociaux se sont creusĂ©s. Dans un systĂšme capitaliste qui nous habitue Ă  vivre perpĂ©tuellement dans le conflit, ce systĂšme criminel gĂ©nĂšre des violences continuelles, la plupart en rapport avec la classe sociale ou l’ethnie culturelle et les migrations, se matĂ©rialisant par des occupations militaires, des exterminations de masse ou des assassinats ciblĂ©s au sein de communautĂ©s humaines dans le monde.

On compte actuellement 65 conflits armĂ©s ou situations de guerre ouverte dans le monde, “guerre” au sens de lutte armĂ©e entre nations ou entitĂ©s politico-militaires. Nous passerons en revue briĂšvement certains de ces conflits dans le seul but de les localiser, notre intention n’est pas et nous ne pourrions pas proposer une analyse de chacun d’entre eux.

La guerre en Afghanistan et les talibans ; cet ennemi devenu encombrant

El conflit afghan comptait dĂ©jĂ  vingt ans d’histoire depuis qu’en 2001, les États-Unis et leurs alliĂ©s avaient envahi le territoire, censĂ©ment pour dĂ©manteler le rĂ©seau d’Al Qaeda, soutenu par les talibans. Plus de 46.000 civils morts en vingt ans de conflit, pour atteindre un triple objectif Ă©conomique des États-Unis. Deux billions de dollars ont Ă©tĂ© investis dans la prĂ©sumĂ©e modernisation du pays et de l’armĂ©e afghane ; en rĂ©alitĂ© le but Ă©tait de s’assurer le contrĂŽle des gazoducs depuis le TurkmĂ©nistan jusqu’en Inde en traversant le territoire afghan. Une autre affaire pipĂ©e a Ă©tĂ© la production d’opium en Afghanistan qui l’a fait devenir le plus grand supermarchĂ© de la drogue dans le monde, inondant le pays de narcodollars. Et le dernier objectif de la derniĂšre dĂ©cennie a Ă©tĂ© le blanchiment de capitaux des plus grandes entreprises des États-Unis dans des affaires et des infrastructures afghanes. AprĂšs deux dĂ©cennies de guerre, ces objectifs Ă©tant atteints, les troupes des États-Unis se sont retirĂ©es cette annĂ©e en laissant derriĂšre eux le sang versĂ© et le chemin dĂ©gagĂ© pour que les talibans reprennent le contrĂŽle effectif du pays. des talibans qui sont toujours l’extrĂȘme-droite de l’islamisme et qui ont Ă©tĂ© maintenant prĂ©sentĂ©s au monde comme l’ancien ennemi mais le futur ami.

La guerre au YĂ©men et le massacre opĂ©rĂ© par la monarchie autoritaire d’Arabie Saoudite

La RĂ©publique du YĂ©men, seule rĂ©publique dans la PĂ©ninsule Arabique, est nĂ© en 1990 de l’unification de la RĂ©publique Arabe du YĂ©men (Nord) et de la RĂ©publique Populaire du YĂ©men (Sud) et fixĂ© en 2000 ses frontiĂšres avec l’Arabie Saoudite. Dans le contexte des printemps arabes, le prĂ©sident Abdullah Saleh a dĂ©missionnĂ© suite Ă  la forte contestation de rue contre la pauvretĂ©, le chĂŽmage et la corruption. Tous les pouvoirs prĂ©sidentiels ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s au vice-prĂ©sident Al-Hadi (2012). Cependant, en 2014, la faction politique des Houthis, une branche islamique nationaliste libĂ©rale s’emparait de Saná, la capitale du pays. DĂšs lors, l’Arabie Saoudite soutient la faction Al-Islah, la branche ultraconservatrice et salafiste, bloquant les frontiĂšres du YĂ©men, et bombardant systĂ©matiquement la population yĂ©mĂ©nite depuis 2015. Cette situation, qui dure depuis six ans, a abouti Ă  un conflit permanent de forte intensitĂ© mais rendu invisible internationalement et qui pourrait se prolonger indĂ©finiment. Le YĂ©men continue Ă  se morceler et sa population vit harcelĂ©e par l’Arabie Saoudite, un alliĂ© Ă©conomique important des pays occidentaux.

La guerre des narcotrafiquants au Mexique : les cartels le jour et la police la nuit

Ce conflit remonte Ă  l’annĂ©e 2006 et a Ă©tĂ© ouvert par l’ancien prĂ©sident Felipe CalderĂłn,censĂ© s’engager dans une lutte contre le crime organisĂ© et le trafic de drogue au Mexique. Cependant les acteurs de cette guerre ouverte jouent presque toujours dans le mĂȘme camp, il s’agit d’un conflit Ă  diffĂ©rentes Ă©chelles territoriales pour le contrĂŽle effectif du marchĂ© de la drogue, mais aussi d’autres affaires illĂ©gales comme le trafic d’ĂȘtres humains ou le trafic d’organes. Les forces armĂ©es fĂ©dĂ©rales et les cartels narcotrafiquants se disputent ces activitĂ©s oĂč chaque protagoniste a de puissants intĂ©rĂȘts. Cela entraĂźne un conflit avec la population qui se retrouve impliquĂ©e dans cette guerre qui a causĂ© la mort de 350.000 mexicain.e.s, dont 25.000 en 2021. Le prĂ©sident actuel, López Obrador, a annoncĂ© officiellement la fin de cette guerre en 2019 ; cependant, en rĂ©alitĂ©, le conflit crĂ©e toujours un fossĂ© important dans la sociĂ©tĂ© mexicaine. Au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, des Groupes d’AutodĂ©fense ou Gardes Communautaires sont nĂ©s, comme par exemple dans la localitĂ© de Cherán (État de Michoacán), oĂč, en avril en 2011, ils ont chassĂ© le narcotrafiquant et la police. Le CongrĂšs national IndigĂšne et les communautĂ©s de la sphĂšre zapatiste sont sur cette mĂȘme ligne et ont crĂ©Ă© des unitĂ©s d’autodĂ©fense pour faire face Ă  l’armĂ©e et aux cartels de la drogue.

La guerre du Tigré, conflit territorial éthiopien aux relents de post colonialisme

Ce conflit en cours depuis 2020 a Ă©clatĂ© suite Ă  un affrontement civil sur le territoire du TigrĂ©, en Ethiopie entre autoritĂ©s rĂ©gionales et gouvernement fĂ©dĂ©ral. A la fin de la guerre civile Ă©thiopienne en 1991, le parti dominant Ă©tait le Front DĂ©mocratique RĂ©volutionnaire du Peuple Ethiopien ; or dans la derniĂšre dĂ©cennie, l’un des partis intĂ©grant cette coalition, le Front de LibĂ©ration Populaire du TigrĂ©, s’est dĂ©marquĂ© de cette ligne unitaire de gouvernement. L’an passĂ©, le prĂ©sident Abiy Ahmed (Prix Nobel de la Paix 2019) accusait les autoritĂ©s du TigrĂ© d’avoir sapĂ© son autoritĂ© et resserrait ses liens avec le prĂ©sident de l’ÉrythrĂ©e, IsaĂŻe Afewerki, considĂ©rĂ© comme un ennemi au TigrĂ©. En novembre 2020, l’armĂ©e Ă©thiopienne a lancĂ© une opĂ©ration militaire contre le Front de LibĂ©ration Populaire du TigrĂ©, aprĂšs avoir annoncĂ© que ceux-ci avaient attaquĂ© une base militaire nationale. Cela a signifiĂ© le dĂ©but d’un conflit territorial dans lequel l’ÉrythrĂ©e est aussi entrĂ©e, en occupant une partie du territoire de Tigray. En 2021, ce conflit a fait prĂšs de 20 000 morts, avec une rĂ©pression ethnique contre les populations du TigrĂ©. actuellement on est dans une spirale compliquĂ©e ; aprĂšs le cessez-le-feu unilatĂ©ral en juin quand les forces du TigrĂ© ont pris la capitale rĂ©gionale, Mekelle. Les combats se sont Ă©tendus aux rĂ©gions voisines d’Amhara et Afar ; et des organisations internationales essayent d’impulser un processus de paix qui est assez loin d’une quelconque solution.

Amérique latine : guerre sociale en Colombie et situation apocalyptique en Haïti

Cette annĂ©e, l’AmĂ©rique latine a surtout Ă©tĂ© sous les projecteurs en raison du grand conflit social et des manifestations en Colombie. Cela fait des dĂ©cennies que le pays est soumis Ă  un rĂ©gime politique incarnĂ© par Álvaro Uribe. Le prĂ©sident actuel, Iván Duque, suivant la ligne politique de l’ex prĂ©sident Uribe, voulait appliquer toute une sĂ©rie de rĂ©formes fiscales qui creusaient encore la pauvretĂ© d’une population Ă©puisĂ©e et asphyxiĂ©e par la crise du Covid-19. Les mouvements de contestation qui ont Ă©clatĂ© suite Ă  la grĂšve du 28 avril 2021, se sont Ă©tendus Ă  tout le territoire et les principales villes colombiennes ; dans certaines enclaves telles que Medellín, Pereira ou Cali, les forces policiĂšres, militaires et milices en rapport avec les bandes paramilitaires sont entrĂ©es en action contre la population civile en tuant des dizaines de jeunes. Rien que pour cette annĂ©e, en outre, 88 massacres ont eu lieu en Colombie, accompagnĂ©s de l’assassinat de 313 leaders sociaux, indigĂšnes ou activistes des droits humains. Plus de 40 ex combattants des FARC ont Ă©galement Ă©tĂ© assassinĂ©s, alors qu’ils s’essayaient Ă  un long processus de paix, Ă©maillĂ© de violences de l’État colombien et des paramilitaires.
En HaĂŻti, on vit une situation vĂ©ritablement apocalyptique, on pourrait parler de tentative criminelle du capitalisme du XXI siĂšcle, qui n’est pas sans rappeler des scĂšnes de film de ce genre. Depuis des dĂ©cennies, HaĂŻti conserve une institution Ă©tatique qui en fait le paradis de l’ultralibĂ©ralisme, des gouvernements corrompus et clientĂ©listes, des bandes armĂ©es qui contrĂŽlent autoritairement certaines ressources comme le combustible et une population dĂ©pourvue de tout service Ă©ducatif, sanitaire et alimentaire de base.

Anciens et nouveaux conflits : frontiĂšres criminelles et occupations de territoires

Au cours de cette annĂ©e 2021, les conflits internationaux ont connu de nouvelles Ă©volutions ; et des conflits sont apparus, comme le coup d’État au Myanmar en fĂ©vrier, l’insurrection au nord du Tchad en avril, la rĂ©ouverture du conflit dans le delta du Niger entre les paysan.ne.s et les compagnie pĂ©troliĂšres, ou la rĂ©volte en juin au Swaziland contre la monarchie absolue. La guerre en Syrie et les attaques turques au Kurdistan se sont Ă©galement poursuivies contre la population du Rojava. En mai, les manifestant.e.s palestiniens se sont dĂ©fendus contre les attaques de la police israĂ©lienne suite Ă  la dĂ©cision de la Cour SuprĂȘme d’IsraĂ«l d’expulser des familles palestiniennes dans le quartier de Sheij Yarrah. L’armĂ©e israĂ©lienne a lancĂ© des attaques aĂ©riennes sur la Frange de gaza pendant deux semaines causant la mort de pas moins de 150 civils palestiniens. Le conflit au Sahara a Ă©tĂ© rouvert il y a un an avec l’entrĂ©e de militaires marocains dans la zone de Guerguerat, Ă  la frontiĂšre mauritanienne. De plus, Joe Biden a clairement laissĂ© entendre qu’il continuera la politique de Donald Trump dans ce conflit ; pendant ce temps-lĂ , la monarchie marocaine instrumentalise les personnes migrantes qui servent de chair Ă  canon Ă  la frontiĂšre espagnole comme mesure de pression, alimentant les discours xĂ©nophobes et les violences envers les migrants.

Un autre conflit frontalier dans la vieille Europe serait situĂ© sur le canal de la Manche, entre la France et l’Angleterre, oĂč des centaines de migrants se pressent dans des camps assiĂ©gĂ©s par le gouvernement français en attendant de fuir. Cela fait des dĂ©cennies que l’Union EuropĂ©enne signe des accord commerciaux avec des pays tiers, Ă©loignant les migrants de leurs frontiĂšres en Ă©change d’argent, et il y a quelques semaines nous avons vu la police de BiĂ©lorussie charger des migrants, les obligeant Ă  traverser la frontiĂšre avec la Pologne oĂč les attendait aussi la rĂ©pression policiĂšre.

L’histoire interminable de la violence sociale s’inscrivant dans un systĂšme capitaliste qui fait des affaires avec la misĂšre humaine. Il crĂ©e les guerres et le peuple fournit les morts.

Traduction de l’espagnol. Monica Jornet. Groupe Gaston CoutĂ© FA




Source: Monde-libertaire.fr