Octobre 20, 2020
Par Paris Luttes
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La décapitation… je suis tout de suite sidérée par ce mot et j’essaie de me représenter ce qu’il recouvre. Il reste étranger à ma vie. C’est ce mode opératoire qui m’alerte sur la distance qui me sépare de cet homme qui a décapité un prof.

Tout de suite, j’apprends que le prof a montré les caricatures de Mahomet qui ont valu la vie de la rédaction de Charlie Hebdo. Tout de suite je perçois l’acte de mon collègue comme une provocation ou une inconscience. Les mots tuent. La psychanalyse nous l’a appris. Nous sommes des êtres de langage et l’école fait mine de ne pas voir les rapports de domination qu’elle instaure à travers les mots, le langage, sur les corps des jeunes enfants, des élèves. Un rapport de domination violent, qui s’inscrit pour la vie. Pierre Bourdieu, Jean Foucambert disent cette peine qui s’abat pour longtemps sur nos vies. L’Ecole contre les populations laborieuses, dangereuses.

Méconnaître cette violence institutionnelle, rien d’étonnant à cela car on ne peut connaître ce que l’on ignore et qui s’apprend. L’Education nationale cache cette violence pourtant fondatrice, revendiquée par Jules Ferry pour ses hussards noirs de la République : il faut en finir avec le siècle des révolutions.

L’abîme de haine et de violence qui s’ouvre sous nos pieds avec cette décapitation, c’est le fascisme qui s’avance. La pauvreté, la misère organisée par les dirigeants jettent les bases de cette marée noire. Les fanatismes fleurissent et provoquent des chaos que la répression et les lois liberticides font mine de vouloir juguler.

Nos dirigeants sont des pompiers pyromanes. Nous leur devons les injustices de classe, les pillages planétaires, les guerres coloniales qui continuent – meurtres, tortures, viols, pillages, massacres légalisés. Pour que les riches se gavent.

Une plaie ouverte que je garde au cœur. C’est à hurler.

Samuel P. et Abdoullakh A. n’arrêteront jamais de s’entretuer tant que cette violence de classe et de race ne sera pas reconnue. Une violence que la police a rétablie dans l’instant en abattant l’assaillant. Ce qui est important c’est de rétablir immédiatement le monopole de l’État sur nos vies.

Devant tant d’horreur, nous ne nous tairons pas. Nous ne tairons pas les crimes coloniaux, les violences policières, la relégation des quartiers populaires, les réfugié.e.s mort.e.s dans la Méditerranée , les camps de rétention, la prostitution des enfants, les tortures en prison, les vies de labeur sous le joug capitaliste.

Nous ne renoncerons jamais à nous-mêmes, au combat et à l’amour pour que puissent dialoguer à jamais Samuel et Abdoullakh.

Une enseignante.




Source: Paris-luttes.info